BOLIVIE
rAmérique du Sud, ont commencé la réalisation d'un programme aussi vaste. ^
Eu 18G4 la Bolivie, le Chili et l'Equateur envoyèrent des députés au cong-rès convoqué à Lima par le gouvernement péruvien, que menaçaient les armes espagnoles. L'Espagne réclamait justement la réparation des dommages causés à ses nationaux, mais le plénipotentiaire envoyé d'Europe pour exposer les griefs de l'ancienne métropole prit le titre assurément agressif de commissaire extraordinaire de la reine, titre des anciens gouverneurs avant l'indépendance. On étaitau plus fort de la guerre de la sécession des États-Unis et de la guerre du Mexique. Les républiques de l'Amérique du Sud se persuadèrent que la France et l'Angleterre favorisaient le démembrement des États-Unis et le congrès de Lima en inféra l'existence d'un plan européen, d'après lequel l'Espagne chercherait à reprendre ses colonies.
Le Pérou obtint l'alliance des trois républiques qui avaient envoyé des délégués au congrès de Lima. La Bolivie conclut son traité en février 1866; mais elle ne put fournir à la guerre d'autre concours que d'empêcher le ravitaillement de la flotte espagnole dans le port bolivien de Cobija. La guerre se termina en fait en 1866 par la retraite de la flotte espagnole, repoussée du Callao (votj. Pérou). Mais la paix ne fut signée qu'en 1 868.
Dans l'intervalle . la Bolivie s'allia plus étroitement avec le Chili. Les deux répubhques étaient en contestation pour la propriété des dépôts de guano des lies de Mejillones. Un traité du 10 août 1866 en partagea les produits et en laissa l'administration à la Bolivie , qui en confia l'exploitation à une compagnie française.
J'ai indiqué , en commençant , la situation défavorable qu'occupe la Bolivie au centre du continent américain, situation qui la condamne à un isolement presque absolu et semble opposer une barrière infranchissable au développement de sa puissance politique ou commerciale. La Bolivie est divisée par la nature en deux parties très-distinctes : le pays des plaines à l'est, qui en forme la portion la plus considérable, et qui s'étend des bords du Pilcomayo, affluent de la Piata, au sud. jusqu'à la pointe nord-est du territoire, où le Rio-Mamore se joint au Rio-Beni pour former le Rio- Madeira, le principal affluent des Amazones; — à l'ouest, le pays montagneux. La vallée du Pilcomayo occupe le sud de cette région occidentale; le nord est arrosé par le Desaguadero, qui se jette dans le lac Titicaca, le plus grand de l'Amérique du Sud, qui n'a pas moins de 4,600 milles carrés, et dont la surface s'élève à 12.795 pieds anglais au-dessus du ni- Teau de la mer; il forme la frontière de la Bolivie et du Pérou , et son immense bassin est enfermé par une double chaîne de montagnes, la Cordillère des Andes et la Cordillère d'Alama, un des rameaux qu'elle fait pénétrer dans les contrées orientales. L'altitude moyenne de cette vallée e.st de 1,3.000 pieds au-dessus du niveau de la mer, et elle communique avec
l'Océan par six passages, dont les points culminants dominent le Pacifique de 15,000 pieds et la vallée de 2,000. Outre le lac Titicaca et les grands cours d'eau que je viens de nommer, de nombreuses rivières fécondent les vallées et les plaines de la Bolivie et vont porter leurs eaux, au sud, dans le Rio de la Plata, au nord, dans le fleuve des Amazones, qui trouvent dans ces montagnes leurs sources les plus reculées et la ligne de partage de leurs eaux. La Bolivie doit à l'élévation de la plus grande partie de son territoire un climat plus tempéré que ne semblerait l'indiquer sa position géographique. On y trouve de l'or en quelques parties, surtout sur la pente est de la Cordillère orientale; les mines d'argent de Potosi ont une ancienne célébrité, qu'elles ont, dit-on, cessé de mériter. On rencontre le cuiATe en abondance, particulièrement dans le district de la Paz, et enfin des gisements de plomb et d'étain. Le sol mal exploité de ces vastes contrées, privées d'habitants, se prête aux cultures les plus diverses, et l'on y pourrait recueillir à la fois les fruits de l'Europe et les produits des régions tropicales: le cacao, la salsepareille, le copayer, le caoutchouc, les plantes aromatiques et médicinales, le quinquina, autrefois objet d'un commerce prospère, etc.
La population de la Bolivie, mal connue, est diversement calculée. En 1835, on la portait à plus de 2,300,000 habitants, dont 1,650,000 blancs d'origine étrangère ou de sang mêlé et 7 à 800,000 Indiens. Le docteur Petermann la réduisit, en 1848, à 1,742,000 âmes, non compris environ 245.000 indigènes. En 1867, elle s'élevait à 1,987,352 âmes; le nombre des indigènes était encore évalué à 245,000.
Les organisateurs de la Bolivie ont pris pour modèle l'administration française. Ils ont importé chez eux nos préfets , nos sous-préfets et nos municipalités; ils ont traduit notre Code civil, qui a pris, sans façon, le nom de Code Santa-Gruz. La république est divisée en deux évêchés, dont les sièges sont à Cochabamba et à Santa-Cruz, et l'armée compte 2,500 hommes, plus 32,000 hommes de garde nationale. Le revenu de la république était estimé , en 1850, à 1,976,000 piastres, et les dépenses à 1,730,000; la dette publique à 5,850,000. Depuis lors la dette a augmenté du montant des intérêts impayés.
En 1870, les recettes se sont élevées à près de 2,500.000 piastres ou pesos, dont environ 1 million en impôts directs.
L'anarchie de la Bolivie ne lui permet pas de féconder les éléments de richesse que renferme son sol. L'agriculture y est négligée, l'industrie y est nulle et le commerce languissant. Elle fabrique quelques étoffes de coton, surtout à Oropesa, des étoffes de laine, de lama et d'alpaca, parmi lesquelles celles de la Paz occupent le premier rang, des chapeaux de laine de vigogne et du verre de bonne qualité, qui se fait particulièrement à Oropesa; mais ce sont les métaux qui. transportés de l'intérieur au port de Cobija, avec des peines