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BOUDDHISME. — BOURGEOISIE

le pouvoir civil, qui est toujours resté le maître. Dans le brahmauisme , au contraire, le corps religieux , maintenu par la caste , est devenu le clicf véritable de la société; et l'autorité politique s'est soumise en fait à l'autorité spirituelle. Le ksliatriya n'a été rien que sous la main et avec la permission tacite du brahmane; après des luttes longues et sanglantes , les rois ont dû céder et rester à jamais obéissants.

Le bouddhisme, né dans le sein du brahmanisme, et peut-être douze ou quinze siècles après lui, a tenté de le réformer; mais il a échoué dans cette entreprise; et l'Inde ne Ta pas adopté, parce qu'elle ne l'a pas trouvé meilleur que la foi antique à laquelle elle est demeurée invinciblement attachée. Pournous, qui sommes impartiaux dans ces débats , le bouddhisme doit sembler également fort inférieur à sou rival, et quoique le culte védique n'ait pas porté de bien bons fruits , il valait cependant beaucoup mieux que celui qui prétendait le remplacer. 11 a permis au génie indien de se développer avec richesse dans toutes les direclions à peu près, tandis que le bouddhisme, sombre et puéril tout ensemble, a renfermé les peuples qu'il touchait dans un cercle aussi étroit que triste. Les peuples bouddhistes n'ont absolument aucun autre livre que leurs livres sacrés; et comme l'esprit humain ne perd jamais ses droits, les imaginations se sont donné carrière dans les ouvrages orthodoxes eux-mêmes avec une licence de raison vraiment extraordinaire. On peut aisément s'en convaincre en lisant le Lotus de la Bonne Loi ou le Lalitavistdra. En un mot, si la religion bouddhique est la plus répandue parmi les hommes , elle est aussi la plus singulière et la plus déplorable qu'ils aient jamais professée, bien qu'elle ait plus d'un rapport apparent avec le cluistianisme, et qu'entre les fondateurs de religions, la figure du Bouddha soit la plus pure et la plus noble après celle du Christ lui-même. D'ailleurs les rapprochements qu'on a parfois essayés entre la religion chrétienne et la religion bouddhique sont tout à fait erronés; elles sont nées et se sont développées indépendamment l'une de l'autre, et le christianisme aurait trop à rougir d'être le flls ou d'être le père du bouddhisme, comme on l'a prétendu quelquefois par des motifs peu fondés et peu honorables.

Pour connaître le bouddhisme, il faut lire les ouvrages cités plus haut, et aussi l'ouvrage où l'auteur de cet article a résumé tous les résultats qu'a obtenus jusqu'à ce jour l'érudition : le Bouddha et sa Religion.

Barthélémy Saint-Hilaire.

CouPAHEZ : Brahmanisme , Lamaïsme.

BOURGEOISIE. L'histoire de la bourgeoisie se confond dans ses origines avec l'histoire de la renaissance des villes. Le moyen âge avait fondé deux classes sociales : l'une dominante et oisive , guerrière et en possession du sol , l'autre sujette et travailleuse, soumise à la protection des propriétaires de fiefs , et exclue de toute participation à la souveraineté. La première protestation contre ce régime se fit jour

par l'opposition des villes contre la féodalité dans les douzième et treizième siècles. En Italie et dans le midi de la France, le mouvemcut politique des communes se rattache aux souvenirs romains; dans le nord de la France et dans les pays germaniques, la commune 7 «<ree dérive des mœurs germaines : c'est la municipalité constituée par association et par assurance mutuelle sous la foi du serment. Ces deux origines conduisent au même but. Que ce soit sous l'influence romaine ou sous l'influence germanique , cette restauration des villes et de leurs libertés civiles et pohtiques pose le fondement de la société moderne. L'histoire de la bourgeoisie , soit , en France , du tiers état, est celle de l'évolution qui , de degré en degré , a élevé les classes inférieures et opprimées de la société à la plénitude des droits pohtiques et a fait disparaître toutes les inégalités illégitimes pour former un même peuple. Ce n'est pas ici le heu de faire l'hisloù'e de la vie communale au moyen âge, mais il fallait la mentionner, parce qu'elle est le berceau de la bourgeoisie. Celle-ci fut donc d'emblée en opposition avec le principe féodal; néanmoins, elle sut se faire peu à peu une place régulière dans la société du moyen âge. En France, le tiers état fut l'âme des états généraux. Par son alliance avec la royauté, il modifia constamment la société féodale jusqu'au point de la dissoudre, et lorsque Fesprit municipal des villes commença à s'affaibhr, lorsque , dès la fin du quatorzième siècle , les rois, jusqu'alors aUiés des villes contre les seigneurs, commencèrent à supprimer leurs privilèges, le tiers état n'en resta pas moins puissant. Au heu de défendre des libertés locales, il s'éleva par les fonctions pubhques. Les ofïices de judicature et d'administration, qui exigeaient de longues études, furent l'apanage du tiers état. La noblesse s'éloigna elle-même de ces offices plutôt qu'elle n'eu fut écartée. Au seizième et au dix-septième siècle, le tiers tenait déjà tout, jusqu'aux ministères; c'est en vain que Sully voulut attirer la noblesse au conseil d'État ; elle se borna à garder le commandement des armées , le gouvernement des provinces et les charges de la maison du roi. Mais le conseil d'État, les intendants institués en 1635 et les parlements se recrutèrent surtout dans le tiers état, dans ce que nous appellerions aujourd'hui la haute bourgeoisie. Les parlements surtout, après la suppression de fait des états généraux, représentèrent le tiers état. Les parlements aussi devinrent une aristocratie secondaire , et, dans les deux derniers siècles de Faucienne royauté française , le développement du tiers fut plutôt un fait social que politique. La marche ascendante des classes inférieures se fit en silence et avança de pair avec le développement général, et il arriva ainsi, qu'en 1789, lors de la convocation des états généraux, le tiers, loin de trouver sufTisante la représentation par ordres, prétendit faire valoir sa supériorité numérique et représenter la nation tout entière. De là le mot de Sieyès: « Qu'est-ce que le tiers? Rien. Que doit-il être? Tout. M Ce mot définit le point culminant du

BOUEGEOISIE. — BOURGMESTRE.

développement de la bourgeoisie aux débuts de la Révolution française, et , en même temps, il y met fin. Depuis le douzième siècle, le tiers avait tendu à la suppression des privilèges, même lorsqu'il s'en faisait accorder pour garantir ses libertés; son rôle émancipateur finit au moment où la Révolution fait de la liberté et de l'égalité devant la loi un principe primordial et général, qui doit profiter à tous sans distinction de lieux et de caste. Le mot de bourgeoisie change dès lors de signification; on n'est plus bourgeois parce qu'on appartient à telle ou telle ville , mais parce qu'on remplit certaines conditions sociales. En général, on entend maintenant par bourgeoisie cette partie de la société qui représente la propriété acquise ou en train de se former par l'industrie et parle commerce, et celle qui exerce les professions libérales. Dans ce sens , le mot de tiers état ne suffirait plus pour la définir ; car le tiers état, ce n'était pas précisément la bourgeoisie, mais la nation moins la noblesse et le clergé. Aujourd'hui , au contraire , la bourgeoisie n'est pas une classe fermée : elle a un caractère d'universahté qui tient à ce que, par des nuances infinies , elle se confond en haut avec la noblesse et touche en bas au prolétariat. Dans une société sans cesse en mouvement, où la fortune se fait et se défait avec une rapidité inconnue à nos pères , le passage d'une classe à l'autre est si fréquent que l'on peut dire qu'elles se confondent. Cependant , le mot de bourgeoisie revêt encore une signification spéciale , beaucoup moins lorsqu'on l'oppose à la noblesse , dont le rôle social est terminé , que lorsqu'il sert à exprimer la distinction entre les bourgeois et les paysans et les ouvriers. Dans ce sens, la bourgeoisie a prétendu à un rôle politique indépendant de ces deux dernières classes. Prenant le mot de Sieyès à la lettre et à son compte exclusif, il lui est arrivé de vouloir prendre en main le gouvernement de la société fout entière. Elle a fait preuve dans cet essai de quaUtés et de défauts faciles à caractériser. Ses qualités consistent dans la conduite raisonnable des affaires , dans le goût du self-government, dans le besoin de contrôler le gouvernement; en un mot , dans la pratique du gouvernement constitutionnel dans les monarchies et de la démocratie représentative dans les républiques. Ses défauts consistent dans un trop grand attachement à ses intérêts particuliers, et généralement dans une trop grande timidité de conceptions. Elle montre plus d'habileté dans les petits calculs que dans les grands, plus d'aptitude pour la politique au jour le jour que pour celle à longue échéance. On peut dire que ses défauts et ses quaUtés se sont fait jour surfout sous le règne de Louis-Philippe. Ce qui alors a contribué surtout à mettre fin au gouvernement de la bourgeoisie, c'a été sa négligence des intérêts qui s'agitaient en dessous d'elle. Elle a oublié qu'elle ne doit pas être une classe particulière , mais qu'elle est simplement le milieu dans lequel toutes doivent se rencontrer. C'est donc une entreprise sans chance de réussite que de vou-

loir fonder un gouvernement sur les classes moyennes seules ou de vouloir môme les envisager comme une classe particulière.

M. Guizot, dans un article intitulé Nos Mécomptes et nos Espérances , refuse aux classes moyennes, c'est-à-dire à la bourgeoisie, le sens pohtique, et il demande contre la versatihté de leurs dispositions un contre-poids dans l'influence pohtique de la noblesse ou de la grande propriété. Cette erreur de l'éminent écrivain se ressent de ses mécomptes avec le pays lé- < gai. On ne saurait, de nos jours, en France, i établir des contre-poids en s'appuyant sur une classe plutôt que sur une autre, par la raison qu'il n'existe plus de classes bien définies. L'aristocratie nobiliaire est morte, socialement parlant, la grande propriété manque de stabilité; elles ne sauraient donc, ni l'une ni l'autre , servir de contre-poids aux prétendues versatilités de la bourgeoisie. Le salut de celleci n'est point dans son alliance avec une ombre ou avec un phénomène fugitif, mais dans sa solhcitude pour tous les intérêts de la nation , lors même qu'ils ne sont pas les siens propres. Il faut qu'elle élargisse son cadre, qu'elle ouvre ses rangs , qu'elle fasse en sorte que tout ce qui ne compte pas encore dans la bourgeoisie en fasse de plus en plus partie. Pour atteindre ce but, il n'est pas de meilleur moyen que de répandre l'instruction publique et de favoriser la création de la richesse commune par l'appUcation de sains principes d'économie pohtique. Par le développement de l'instruction publique, les couches sociales qui ne sont pas encore arrivées à prendre part à la vie intellectuelle, et qui par conséquent ne contribuent que confusément à la formation de l'opinion publique , apporteraient leur contingent à celle-ci et lui enlèveraient l'étroitesse inhérente aux opinions issues d'intérêts particuliers. Par l'application de principes sains d'économie politique, qui est un corollaire de la diffusion de l'instruction, on ferait disparaître de plus en plus l'antinomie des intérêts de classes. Le rôle social de la bourgeoisie , avant la Révolution, a été , comme nous l'avons dit , de représenter la marche ascendante des classes inférieures. Ce rôle est encore aujourd'hui le sien; il est le seul qui puisse lui offrir des garanties durables d'influence , et il est le seul aussi qui ait un sens. La bourgeoisie a commencé par être un dissolvant dans la société féodale; elle a préparé l'avènement de la démocratie. C'est se montrer peu infelhgent de ses intérêts que de lui conseiller de faire front contre ce qu'elle a contribué à fonder. Elle a mieux à faire. Après l'œmTe négative et dissolvante vient l'œuvre positive et d'organisation. C'est celle-ci qui reste à accomplir, et l'expression de bourgeoisie ne devrait plus avoir d'autre signification que celle de la démocratie instruite et intelligente.

Jules Grenier.

Comparez: Commune, Tiers état.

BOURGMESTRE (en allemand Burgermcister, chef des bourgeois). En Belgique, eu Hol-

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