BRAHMANISME. — BREME
Quoi qu'il en pût être, le brahmanisme a régné sur ces vastes contrées, non pas seulement par le droit de la force, mais surtout par la supériorité intellectuelle, et l'organisation qu'il a fondée répondait si bien au génie de ces peuples qu'ils l'ont adoptée voilà quarante siècles et que rien n'annonce qu'ils songent à la quitter. L'Inde a été bien souvent conquise, mais sans changer, depuis que les brahmanes se la sont appropriée. L'invasion d'Alexandre n'en a touché que quelques parties occidentales et ne l'a qu'effleurée, sans y laisser d'autres souvenirs que l'établissement de royautés moitié grecques, moitié hindoues, qui ont vécu jusqu'à notre ère. Plus tard, la conquête musulmane s'est étendue beaucoup plus loin; elle a envahi des provinces entières et l'islamisme s'est répandu dans une bonne partie de la péninsule sans y faire de très-nombreux prosélytes. Après l'islamisme, les incursions des hordes tartares ont pu porter d'affreux désordres dans l'Hindoustan; mais le torrent n'a fait que passer sans aller bien loin, et surtout, il n'a rien laissé de durable. Le pouvoir même des Mongols, qui ont possédé assez longtemps la presqu'île à peu près entière, et qui avait pris pied dans l'antique patrie des Aryas, n'a pas apporté de modiOcation trèssensible, et le brahmanisme n'a été ni détruit, ni même profondément altéré. Depuis le seizième siècle, de nouveaux adversaires se sont présentés, et les Européens se sont mis en contact avec les Hindous. On sait les luttes que lef. Français et les Anglais ont engagées durant le siècle dernier. Les Anglais sont restés les vainqueurs et les maîtres de l'Inde, et aujourd'hui leur gouvernement est à la fois mieux assis et plus bienfaisant qu'il ne l'a jamais été. Le pouvoir de la couronne d'Angleterre a remplacé celui de la Compagnie, et c'est un inappréciable avantage à la fois pour la métropole et pour la colonisation. Ce que les Anglais ont fait dans l'Hindoustan, depuis un siècle, est prodigieux; mais la tâche est inunense et c'est une entreprise digne d'un grand peuple chrétien de civiliser deux cents millions de sujets. L'Angleterre, toute énergique, toute persévérante qu'elle est, y parviendra-t-elle? C'est ce que l'avenir seul peut apprendre au monde.
Quant au brahmanisme, il est certain qu'il n'a jamais eu à redouter une crise plus grave que celle que le christianisme lui prépare, à la fois sous la forme de la foi religieuse et sous la forme d'une civilisation meilleure. Le brahmanisme est peut-être de force à soutenir cette épreuve. U a pour lui la tradition et une antiquité immémoriale; il a de plus la superstition populaire, et comme au fond le christianisme est très-tolérant, surtout dans la race anglosaxonne, il est peu probable que la simple prédication puisse jamais faire de grands progrès et opérer une conversion générale. Le danger le plus menaçant qu'ait jamais subi le brahmanisme, c'est la réforme bouddhique, parce qu'elle était assez semblable à la foi qu'elle prétendait remplacei*. Or, là où le boud-
dhisme a été impuissant, U est à présumer que le christianisme , malgré toute sa valeur, ne le sera pas moins. Les Anglais ont individuellement une énorme ardeur de prosélytisme; mais le gouvernement lui-même est très-réservé sur ces matières délicates, et sauf quelques coutumes barbares, qu'à son honneur il est parvenu à déraciner, comme le sacrifice des veuves se briîlant sur le corps de leurs maris, il s'abstient sagement de toute intervention dans le culte national, laissant à chacun la pleine liberté de sa croyance et de ses usages religieux. C'est peut-être encore le plus siir moyen de propagande. L'emploi de la force , outre qu'il serait odieux de la part d'un peuple chrétien, resterait inefficace; il ranimerait la foi nationale loin de la détruire, et ce sont des scrupules religieux qui ont servi de prétextes à l'insurrection militaire qui a désolé le nord de l'Hindoustan en 1857 et
En résumé , et si l'on peut jeter un regard quelque peu assuré dans les ténèbres de l'avenir, on doit penser que le brahmanisme, quelque dégradé qu'il soit aujourd'hui, napas beaucoup à craindre du christianisme. Les deux religions vivront en paix sans que la meilleure absorbe l'autre. Ce sera une phase nouvelle dans l'histoire du brahmanisme, et voilà tout; ce ne sera pas sa ruine. Eu attendant, il reste encore bien des labeurs à accompUr pour le connaître entièrement, et la philologie européenne, qui, depuis le début du dix-neuvième siècle, a fait déjà tant de découvertes eu ce qui regarde l'Inde et ses religions, a toujours devant elle un vaste champ qu'elle n'est pas près d'avoir épuisé.
Les ouvrages à consulter sur le brahmanisme sont excessivement nombreux, quoiqu'il n'y en ait pas un seul qui ait essayé d'embrasser le sujet dans toute sa généralité. Les plus curieux sont ceux qui se rapportent aux védas; le Rig-Yéda a été traduit en notre langue par M. Langlois, 4 vol. in-8"; il a été traduit en anglais par M. IL H. Wilson; mais cette traduction n'est pas achevée; M. le professeur .Max Millier en a donné une magnifique édition, M. Albrecht Weber a publié le texte sanskrit du Yadjour-Véda blanc. M. Eenfey a publié le Sàma-Véda, texte sanskrit et traduction allemande, et il publie aussi une traduction du Rig-Véda; enfin, MM. Rolh et Whitney ont publié le texte de l'Atharvan. Il faudrait lire parmi les livres les plus récents Y Histoire de l'ancienne liltérature sanskrile, par M. Max Millier, et le recueil de Textes sanskrits originaux , par M. J. Muir, etc., etc.
BaRTHKLE.MY SAI.NT-HlL.\mE.
Comparez: Bouddhisme, Lamaïsme.
BREF. Voy. Bulle.
BRÈME. La ville libre et hanséatique de Brème, située sur le Wéser, à environ 10 milles ou 75 kilomètres de son embouchure dans la mer du Nord , est le second port commercial de l'Allemagne et constitue l'un des États