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BUREAUCRATIE

ment emploient bureaucratie comme synonyme de bureaux; les autres, auxquels un romancier (Balzac) a rendu le mot familier, considèrent le bureaucrate simplement comme un homme de bureau , un employé inférieur ou supérieur. Dans cette acception, la bureaucratie serait donc l'ensemble des employés de tous grades, ouïe personnel de l'admiaistration, mais avec une certaine nuance défavorable, vague, indéfinie.

Toute institution, sans aucune exception, court le danger d'altérer avec le temps son principe , de voir se développer dans son sein les abus dont elle porte le germe en naissant. C'est une conséquence de l'imperfection humaine que chaque qualité ait pour pendant un défaut spécial dont il est difticile de se préserver. Heureux l'homme qui n'a que les défauts de ses qualités.

L'administration ne saurait échapper à la commune destinée. De même qu'aucune société, qu'aucun corps politique ne saurait se passer de gouvernement, aucun gouvernement ne peut exister sans administration. Ce serait la tète d'un corps qui n'aurait pas de niembres pour exécuter ses desseins. Et plus l'État sera grand et civilisé, plus son administration sera nécessairement , inévitablement compliquée.

iN'ous ne prenons pas ici, bien entendu, le mot compliqué en mauvaise part. Il ne signifie pour nous que: multitude d'organes, ce qui est un mérite évident en présence d'une multitude d'attributions. L'art de l'organisation consiste précisément à proportionner exactement les rouages à l'effet à produire, les organes administratifs aux attributions dont on les a chargés. Mais cette juste proportion existet-elle toujours — on peut pécher en moins comme en plus — et le jeu du mécanisme n'éprouve-t-il jamais aucun frottement abusif?

Ce serait, nous l'avons dit, échapper au sort commun des hommes.

La médaille administrative a donc son revers, et c'est ce revers qu'on désigne par le mot bureaucratie ; ou par l'expression lesbureaux.

Que reproche-t-on à la bureaucratie, et dans quelle mesure les reproches sont-ils fondés? C'est là une question difficile à résoudre. Ou comprend que les plaintes varieront surtout selon le degré d'instruction des citoyens; il en est qui en veulent au garde champêtre de les empêcher de commettre des déprédations dans le champ d'autrui. Les plaintes dilTéreront en outre selon la classe sociale à laquelle on appartient, selon la profession qu'on exerce, selon le drapeau politique sous lequel on se range, selon le culte qu'on professe, enfin selon l'idée qu'on se fait des dl'oits et des devoirs de l'administration.

Ce dernier point est même d'une influence toute particulière sur le jugejuent du citoyen. Si l'on n'est pas d'accord sur les attributions naturelles de l'administration et sur celles qu'elle aurait usurpées ou qui lui auraient été conférées à tort, comment s'entendre sur ce qui est exercice légitime de l'autorité et sur ce qui est abus?

On répondra peut-être qu'il ne s'agit pas ici des limites de l'autorité administrative, mais de la manière de l'exercer; c'est l'organisation et le personnel qui sont en cause et non les lois. 11 est des points sur lesquels les ijarlisans de la centraUsation ne contredisent pas les partisans du sel/-govei-nment, et ce sont ces points que nous allons relever pour rechercher dans quelle mesure ils sont fondés.

En tète des reproches qu'on articule contre la bureaucratie, est celui-ci: Elle abonde trop dans son propre sens, en d'autres termes, elle administre trop.

Pour démêler ce qu'il y a de vrai dans cette accusation, nous sommes obligé de rappeler brièvement quelques faits historiques. Lorsque au quatrième et au cinquième siècle des peuples armés envahirent l'Allemagne , la France (les Gaules), les îles Britanniques, et formèrent des États par voie de conquête, les souverains n'eurent, pendant longtemps, d'autre souci que de défendre, et quelquefois d'étendre leurs possessions. Le seul but du gouvernement — ou de ce qui en tenait la place — la seule mission de l'Etat, c'était donc de constituer une force armée. L'organisation qu'on lui donna pour ce but aboutit au système féodal. [Yoy. Féodalité.)

La féodaUté n'était au fond qu'un campement en pays ennemi, campement qui avait pour tentes des châteaux forts.

Mais dans la société, comme dans la nature, rien n'est immuable. Aussi, dès que la conquête fut consohdée et la féodaUté établie , la transformation commença. Elle marcha d'abord lentement, puis plus ou moins rapidement, mais sans jamais s'arrêter. Nous n'avons pas à retracer l'histoire de cette marche de la barbarie vers la civilisation; mais il importe défaire remarquer que le premier pas fut fait lorsqu'on reconnut que la société avait encore d'autres besoins qu'une force armée. Telles étaient d'abord la justice, la sécurité intérieure, et bien- . tôt aussi la nécessité de pourvoir aux dépenses communes, dépenses qui, hélas! progressèrent plus rapidement que la civilisation dont elles payaient les frais.

Or, pour chaque nouveau besoin, matériel ou moral, que l'État était appelé à satisfaire, il fallait créer un organe spécial, un nouveau rouage administratif. Et qu'on ne s'y méprenne pas, les juges aussi étaient d'abord des administrateurs — ils administraient la justice — et souvent d'ailleurs le même fonctionnaire rédigeait des règlements et prononçait des jugements.

Cette augmentation croissante des besoins sociaux^, était-elle un mal ou un bien? Nous pourrions nous borner à répondre: Qu'importe? C'était un fait irrésistible, il fallait bien s'y soumettre. Mais nous n'esquiverons pas la difficulté par cette fin de non-recevoir; nous aimons mieux dire carrément: C'était un bien. Abstraction faite de quelques aberrations, ces besoins étaient directement ou indirectement

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