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Ne pas confondre avec les besoins de l'État

BL'REAUCRATIE.

de l'ordre moral. Les exemples ne nous manquent pas pour prouver cette proposition; ils se présentent en foule à notre esprit: mais choisissons pour notre démonstration un des faits dont les effets moraux sont peut-être les moins apparents, la création des armées permanentes.

Vers la fin du moyen dge, nous insistons sur l'époque, la création des armées permanentes était un immense bienfait. Auparavant tout honmie libre en état de porter les armes était soldat; les serfs qu'on ne jugeait pas à propos d'armer, travaillaient pour nourrir les guerriers. L'usage continuel des armes et l'absence de tout frein divisaient alors la nation en oppresseurs et opprimés. L'anarchie régnait en maltresse absolue. Le gouvernement n'était qu'une ombre , qu'un mot. Les armées permanentes flrent cesser le chaos, et en spécialisant les occupations elles purent permettre à la société de consacrer une partie bien plus grande de ses membres aux travaux de la paix. La sécurité se rétablissant, ces travaux purent devenir fructueux et préparer la diffusion des lumières *.

xUnsi donc, les besoins de la société se multiplièrent à mesure que la civilisation avança , et c'est l'administration qui fut chargée, sous les ordres du gouvernement, de veiUer à leur satisfaction.

Tout d'abord les affaires administratives durent être très-simples : un homme décidait, d'après les inspirations de son jugement, les difficultés qui se présentaient. A mesure que les relations sociales se multiplièrent et se compliquèrent, l'administrateur reçut plus souvent des instructions du gouvernement. Des règlements furent r-édigés , et des clercs, secrétaires, employés, furent appelés à porter les décisions sur des registres, à rédiger et à mettre au net les correspondances adressées soit à l'autorité supérieure, soit aux subordonnés, soit encore aux particuliers : voilà l'origine des bureaux.

Ils ne purent manquer d'acquérir une certaine influence officieuse, tranchons le mot, occulte; car la loi ne leur en a jamais conféré en France....- à tort selon nous, car en en faisant des instruments passifs, on les affranchit de toute responsabilité. L'influence leur vint tantôt de la paresse, de la négligence de l'administrateur titulaire, tantôt de son ignorance, surtout dans les siècles antérieurs. A ces époques reculées on donnait les emplois par trop souvent à de grands seigneurs, à des favoris : on a nommé plus d'une fois un danseur là où il fallait un calculateur. Les affaires n'en attendaient pas moins une solution; les bureaux s'en chargèrent, et le titulaire se borna à si-

1. Pour éTiter tout malentendu, nous répétons que nous considérons les armées permanentes comme un bienfait relatif et nullement comme un bienfait absolu. A l'époque dont nous parlons les armées permanentes comptaient un petit nombre de milliers d'hommes.

2. Il y a eu quelques exceptions dans l'administration des finances.

gner. Les bureaux eurent en conséquence d'autant plus d'influence que l'administrateur était plus étranger à sa fonction.

Le mal aurait été moindre si les bureaux avaient eu une mission oflicielle, une responsabihté. >"en n'ayant pas , il se trouva plus d'un commis ambitieux qui s'arrogea une autorité extralégale, que le public n'avait que trop intérêt à reconnaître. Pour fortifier son influence, il dut songer à multiplier les affaires . c'est-àdire, les points de contact entre l'administration et les citoyens , et il y arriva en rédigeant des règlements minutieux^ des formalités plus ou moins nombreuses.

Au fond, c'était donc le gouvernement qui était la cause première des abus qui pouvaient résulter de cet excès de réglementation, pourquoi n'avait-il pas fait de meUleurs choLs ? Pourquoi nommait-il un administrateur qui ne savait pas administrer? On a toujours vu que là où le chef est à la hauteur de sa tâche , les employés restent dans leur rôle de subalternes, d'auxiliaires, s'inspirant de sa pensée et l'exécutant fidèlement. Cette règle est sans exceptioji.

Mais s'il n'y avait eu que les règlements provenant de cette source, on n'aurait eu à se plaindre que de maux locaux. Le mal a des causes à la fois plus profondes et plus générales. >'ous croyons, en effet, pouvoir attribuer aux trois causes principales suivantes l'origine de l'excès de réglementation dont on se plaint, et que l'administration eUe-même tend maintenant à restreindre.

Premièrement, le servage a duré en France tellement longtemps, bien plus longtemps par exemple qu'en Angleterre, que les populations se sont habituées à tout attendre, à tout voir venir de l'autorité, de leur seigneur ou de l'État. Elles ont donc provoqué bien des mesures et appelé bien des interventions auxquelles on n'aurait pas pensé. La manie de demander le concours du gouvernement est tellement entrée dans le sang français, qu'on la retrouve chez des personnes où on est loin de la chercher.

Secondement , en France on est assez logique et surtout grand admirateur de la symétrie. Ayant réglementé une chose, on ne voyait pas pourquoi on ne réglementerait pas une autre. Kous ne parlons pas ironiquement. Cette tendance était d'ailleurs secondée par l'esprit d'empiétement qui est dans la nature humaine, et plus encore dans la nature de toute institution, de tout corps, de toute assemblée.

Troisièmement, enfui, et ici nous arrivons à la cause la plus puissante et en même temps la plus légitime de la réglementation, la nécessité de contrôler l'action des fonctionnaires a dû porter le gouvernement d'uue part, et le législateur de l'autre , à établir une foule de prescriptions, dont les inconvénients sont souvent vivement sentis par les citoyens. Il arrive alors qu'on met sur le compte de l'administration les actes mêmes qui ont été dirigés contre elle.

>ous admettons donc la réalité d'un excèi de

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