‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 134 sur 557 · BUREAUCRATIE · texte numérisé non relu

BUREAUCRATIE

réglementation en matière administrative; mais nous ne saurions admettre en même temps que les plaintes des citoyens aient toujours pour fondement les règlements superflus. Une telle supposition serait contraire à la nature humaine. Comment, les citoyens, disons ici les administrés, seraient toujours justes, équitables, raisonnables? Ils ne seraient jamais égoïstes ou passionnés? L'expérience nous apprend qu'on se plaint de ce qui gêne momentanément, souvent sans se préoccuper de savoir si cette gêne momentanée n'est pas dans l'intérêt général, peut-être dans notre propre intérêt de demain. Les personnes que nous avons vues se soumettre avec le plus de mauvaise grâce à la visite douanière aux frontières, étaient des protectionnistes ardents !

Eh bien, toute la gêne nécessaire, comme les entraves inutiles que l'administration est chargée d'imposer au public, sont imputées à la bureaucratie, et l'on a vu qu'il ne lui revient en réaUté qu'une assez petite partie de ces reproches. Mais ce sont les bureaux qu'on voit plutôt que leurs chefs supérieurs, et de plus, il y a moins de danger à frapper sur le sac que sm' le meunier.

On reproche encore à la bureaucratie d'être, les uns disent /o/-»ia/z.s^e^ les autres, bornée. Ces deux mots sont synonymes aux yeux du public. En d'autres termes, les bureaux s'attachent un peu trop à la lettre de la loi et en négligent l'esprit. C'est un reproche qui a reçu une fausse direction. Le factionnaire ne doitil pas exécuter fidèlement sa consigne? Où irions-nous si les bureaux modifiaient arbitrairement les lois? U est de leur essence de les exécuter à la lettre, et d'autant plus, qu'ils n'ont pas la responsabilité de leur violation. C'est à l'administrateur à choisir entre l'esprit et la lettre , lorsque les circonstances ne permettent pas de les mettre d'accord, ce qui d'ailleurs devrait être la règle.

Que l'administrateur lui-même soit parfois borné ouformalisie, qu'il préfère proposer pour une récompense plutôt un homme qui a vingt aruB de service qu'un homme qui se distingue, qu'il aime mieux laisser une affaire en souffrance que de la régler d'après un principe nouveau, cela n'est pas impossible. Ce n'est pas là encore du reste le pire de tous, s'il est bien sincèrement épris du règlement. II nuit eu retardant le progrès , mais il causerait bien plus de dommage s'il se servait du règlement seulement comme d'une fin de non-recevoir,sans s'en préoccuper là où il le gênerait.

En résumé, si les bureaux suivent fidèlement les formes prescrites, c'est à celui qui a fait le règlement qu'on doit adresser les reproches qu'il peut mériter.

La routine est un autre défaut qu'on impute à la bureaucratie.

Qu'est-ce que la routine? Cest le rail qui guide la locomotive, ou pour parler sans métaphore, c'est l'expérience acquise par la pratique des affaires. A force de faire une môme chose, d'cxaniiucr une qucsiion sous toutes ses faces, on ;i des solutions toutes prêtes pour

presque tous les cas qui peuvent se présenter. C'est là un très-grandavantage. Seulement cette médaille aussi a son revers, et c'est à ce revers qu'on attache le sens défavorable du mot rouline. Obligé de répéter toujours le même travail, on arrive à le faire mécaniquement ; n'ayant plus l'habitude de chercher des solutions , on veut faire entrer dans un des moules du laboratoire bureaucratique jusqu'à des affaires qui ne peuvent qu'y être déformées.

Ce reproche est-il fondé? Il serait difficile de nier que des hommes chargés d'une fonction pour laquelle ils ne sont pas suffisamment préparés par leurs études ne soient heureux de se débarrasser de cette façon de toute difficulté; mais dans ce cas, ce n'est pas à eux, mais à ceux qui les ont choisis qu'incombe la responsabiiité. 11 n'y aura toujours que les ignorants ou les intelligences bornées qui suivront aveuglément et servilement les précédents. Les esprits cultivés ne se considéreront corome liés par les décisions antérieures que dans la mesure d'une justice égale pour tous, et ne fermeront nullement la voie aux perfectionnements.

Du reste, ce n'est pas aux bureaux qu'est donnée la mission d'innover; leur tâche consiste plutôt à conserver, à maintenir, afin de servh" de frein à l'arbitraire.

Autre plainte. Les alTaires engagées dans les rouages administratifs n'en sortent qu'après une perte considérable de temps. On en accuse non-seulement les formahtés nombreuses à remplir — formalités aussi souvent protectrices que gênantes — mais encore la paresse, la négligence des employés. Là où ce reproche peut être mérité , c'est aux chefs et à ceux qui les ont nommés que la responsabilité incombe. Tant vaut le chef , tant valent les employés.

A ceux qui parlent de l'impolitesse , de la grossièreté de certains employés , nous répondrons simplement : Rien ne vous oblige à supporter la grossièreté. Si tous les citoyens réclamaient avec l'énergie nécessaire , l'abus cesserait. Toutefois, cette plainte va en diminuant. D'abord ehe ne s'applique pas aux employés de tous grades qui ne reçoivent qu'accidentellement une personne étrangère au service; quant aux agents qui sont obligés de recevoir un nombreux pubhc , on leur accordera volontiers un peu d'indulgence , lorsqu'on se sera mis pour quelques jours à leur place. Les commis des étabhssements particuliers, soumis aux mêmes influences , se laissent souvent entraîner aux mêmes mouvements d'impatience. Mais, répétons-le, il y a sur ce point des progrès évidents , et si le pubhc y tient la maiji — car cela le regai'de — ce qui reste de cet abus disparaîtra.

Heureux si d'autres améliorations , bien autrement importantes, pouvaient être réahsées aussi rapidement et aussi certainement que celle-là. Ce serait d'abord . d'étabhr des conditions d'admission qui assurent aux futurs employés ou fonctionnaires un savoir au niveau des exigences de l'époque actuelle. Les examens sont , il est vrai, maintenant plus fré-

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