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CAHIERS

CAISSE D'ÉPARGNE

Tince de JN'ormanclie n'ayant pas dans leurs cahiers de pouvoirs pour accorder un subside , il fallut qu'ils retournassent près de leurs électeurs pour s'en pourvoir. En 1381, les états répondirent à Charles VI qu'il leur était enjoint par leurs cahiers d'entendre, en fait d'impôts, ce qui leur serait proposé, san^ rien conclure. Ceux des députés qui crurent pouvoir passer outre furent désavoués, et la résistance des électeurs fut telle qu'on dut renoncer à lever les subsides consentis sans mandats.

Le mode de confection des cahiers dont nous venons de parler est très-ancien : on le trouve très-nettenieut exposé et suivi dans la formation des états de 1560 et de 1614'. 11 fut également employé en 1 789, et six millions de Français y prirent part.

Les caliicrs de 1789 resteront à jamais mémorables dans l'histoire; ils contenaient réellement l'expression des vœux et des besoins de la France. En voici le résumé tel que le présenta M. de Clermont-Tonnerre, au nom de la commission nommée par les états pour en faire le dépouillement. Onze articles étaient unanimement portés dans les cahiers des tiers ordres; c'étaient ceux-ci : 1° Le gouvernement de France est un gouvernement monarchique; 2° la personne du roi est inviolable et sacrée; 3" la couronne est héréditaire de mâle en maie par ordre de primogéniture dans la famille de Louis XVI; 4" le roi est dépositaire du pouvoir exécutif; 5" les agents de l'autorité sont responsables; G" la sanction royale est nécessaire pour la promulgation des lois; 7° la nation fait la loi avec la sanction du roi; 8° le consentement national est nécessaire à Femprunt et à l'impôt; 9" l'impôt ne peut être consenti que d'une tenue des états généraux à Fautre ; 10" la propriété est sacrée; 11° lu liberté individuelle est sacrée. C'étaient là vraiment les bases de la constitution de la monarchie française. D'autres articles avaient obtenu une immense majorité, ceux-ci notamment: l'administration communale et provinciale appar-

1. t Ung cry ayant été fait par les carrefours de Paris en vertu duquel tous marchans, maîtres, gardes des corps et communautés et toute autre personne de quelque estât et condition qu'ils soyent, étoient invités à se trouver à l'assemblée générale pour y apporter leurs doléances ou bien proposer de vive voix ee qu'ils auroieut à déduire en toute liberté», les trois ordres s'asiembléreut à l'hôtel épiscopal. — tOn fait s.avoir à tous les bourgeois et marchands, maistres et gardes des corps et communautés des marchandises, jurés des arts et métiers et toutes autres personnes de quelque estât, qualité et condition qu'ils soyent, mauanï et habitans cette ville, qu'ils ayent à apporter en toute liberté , pour chacun jour, en l'hostelde ville, les plaintes, doléances et remonstrances que bon leur semblera, lesquelles ils pourront mettre es mains du prévost des marchands et eschevina ou les députés pour recevoir lesdites plaintes, ou icelles mettre en un coffre qui pour cet effet sera mis en l'hostel de ville , au grand bureau , ouvert en forme de troue, pour après estre fait ou- Tertnre du coffre par lesdits prévost des marchans, eschevius, députés, estre par eux relié en cahier desditos plaintes, doléances et remonstrauces. i {Proclamation de la ville de Sens, 27 juin 1614.) Mêmes dispositions à l'hôtel de ville de Paris, où est placé ■ un coffre en forme de tronc, fermant à trois serrures i. (Voir pour plus de détails l'ouvrage de M. Ch. dé Montaigu: Histoire constitutionnelle de la France.)

tient à des assemblées électives sous la haute direction du roi; les états doivent être assemblés périodiquement tous les 3 ou 5 ans; le sacerdoce est indépendant; les citoyens doivent être également admissibles aux emplois, etc.

Que l'on rapproche ces vœux des principes posés par le roi dans la célèbre déclaration du 23 juin, antérieure au dépouillement des cahiers, et on verra quel admirable accord existait entre les aspirations légitimes et honnêtes de la nation, et les généreuses et loyales intentions de Louis XYI.

On applauthra au titre de restauraleur des libertés françaises accordé à cet excellent et malheureux prince, et on déplorera amèrement que la France ne s'en soit pas tenue à ces cahiers et à cette déclaration qui renfermaient réellement les conditions de l'alliance de l'autorité et de la liberté. « C'est plus que nous ne pouvions espérer, s'écriait Mirabeau dans un accès de franchise trop tôt démenti; la patrie peut être sauvée!» Cela était vrai. Hélas! cela ne fut pas réalisé; et nous en avons porté cruellement la peine.

«Il existe, dit Chateaubriand, un monument précieux de la sagesse de la France, ce sont les cahiers de 1789. Là se trouvent consignés, avec une connaissance profonde des choses, tous les besoins de la France, de sorte que, si Fon avait suivi exactement les instructions des cahiers, on aurait obtenu tout ce que nous avons acquis par la Révolution, moins les crimes révolutionnaires.» Puisse cette leçon n'être pas perdue! Henry de Riancey.

Comparez : Révolution de 1789.

CAISSE D'ÉPARGNE. Épargner c'est restreindre les jouissauces du présent en prévision des besoins de l'avenir. On a prétendu que Fépargne, par la prévoyance qu'elle dénote et Felfort sur lui-même, sur ses appétits du moment , qu'elle impose à l'homme , est un des traits qui le distinguent delà bête. Ce point est fort discutable. Les bêtes elles-mêmes savent épargner (ou du moins accumuler des provisions). H est "^rai, toutefois, que l'épargne, tout en améliorant la situation matérielle de celui qui la pratique, est en même temps un puissant histrument de moralisât ion pour Fhonime et pour la société. Dans toutes les communautés quelque peu civilisées Fhomme a toujours pratiqué Fépargne; le progrès social, la formation et Faccroissemcnt continu des fortunes individuelles et de la richesse nationale sont à ce prix; Fépargne seule crée, conserve et accroît le capital, instrument indispensable de la yroductiou. Dans les sociétés prospères, chez les individus aisés, Fépargne s'opère toute seule, pour ainsi dire; les bénéfices de chaque année dépassent les besoins raisonnables de la consommation immédiate ; l'emploi productif de l'excédant est aisément trouvé; la jouissance d'une certaine fortune stimule à l'accroitrc: tout invite ainsi l'individu à prélever sur les moyens de jouissance de quoi acci'oitre les instruments de travail. C'est le premier pas qui coûte; pour les classes les moins heureuses

CAISSE D'EPARGNE

de la société l'épargne est incontestablement difBcile, mais notre époque démontre qu'elle n'est pas impossible.

Ce n'est pas, à la vérité, depuis Mer seulement que ces classes économisent, elles aussi. Le serf qui thésaurisait son gain libre pour se racheter, le compagnon qui accumulait les parcelles disponibles de son salaire pour s'établir maître, Téchoppier qui amassait , sou par sou, la dot de sa flUe; eux et leurs semblables pratiquaient l'épargne avec une persévérance et un succès parfois étonnants. JN"'est-ce pas par l'épargne , par la fortune qu'elle crée et le pouvoir qu'ainsi elle donne, que la classe dite inférieure engendre la classe moyenne, que la classe travaillante produit et renouvelle constamment la classe qui fait travailler? 11 ressort toutefois de la définition même de l'épargne, que deux conditions sont indispensables pour que l'épargne se généralise dans les classes laborieuses: il faut que ces classes aient atteint le degré d'intelligence et d'élévation morale où la prévoyance devient plus qu'une habitude, presque une seconde nature ; il faut encore et surtout la possibilité matérielle de mettre quelque chose de côté , d'obtenir du travail un peu plus qu'U ne faut pour satisfaire les besoins les plus urgents du travailleur. Est-il nécessaire de prouver que ces conditions faisaient défaut au moyen âge? Elles existaient à peine il y a un siècle, quand le docteur Quesnay , dans ses Maxùnes générales du gouvernement , dut démontrer qu'il ne faut pas « diminuer l'aisance des dernières classes de citoyens ». Bien des administrateurs prétendaient alors qu'il faut les « maintenir pauvres pour les empêcher d'être paresseuses » 1 La caisse d'épargne, qui se propose de faire naître l'habitude de l'économie prévoyante en la rendant plus avantageuse , ne peut donc exister qu'avec le travail et le travailleur libres. Il est naturel aussi que cette institution ait pris naissance dans les pays où , sous l'égide de la liberté et favorisée par le développement industriel, l'amélioration du sort des classes ouvrières s'est réalisée plus tôt qu'ailleurs. L'Allemagne du Nord (les villes de Hambourg et d'Oldenbourg notamment) et la Suisse, où quelques établissements d'épargne avaient été créés entre 1778 et 1796, en réclament la priorité. 11 est certain, cependant, que l'Angleterre est le premier pays où cette création ait reçu un sérieux développement, et que c'est le succès obtenu de l'autre côté du détroit qui la lit introduire en France* et dans les

1. Peut-être aurions-nous le droit, comme au sujet de tant d'innovations importantes que l'Angleterre a réalisées la première, de réclamer pour la France la priorité de l'idée. Dans son immense projet {Premier Plant de mont-de-piété franchois , Paris, 1611, in-i") , présenté à la régente Marie de Médicis , Hugues Deiestre trace aussi les bases d'une caisse d'épargne, destinée à faire partie de son Mont, pour recevoir les économies des « serviteur ou servante et tout autre mercenaire qui loue et engage son labeur par au ou ajournées •. On devait leurbonifier l'intérctà raison du denier 17 ; • entend mesrae que ce pauvre mercenaire prenne par taux bénédictions sur les œuvres

de piété qui seront aidées par cest apport • . Malheureusement, le projet de Delestre n'eut pas de suite.

principaux pays du continent. Les commencements de cette institution ont été bien modestes: ils remontent à la société de secours mutuels {friendly society) pour femmes et enfants fondée, en 1798, sous la présidence de M'"^ Priscilla Wakefield, à Tottenham High Gross ; deux ans après , la société admettait « les enfants des deux sexes , appartenant ou non à des membres, à apporter toute somme audessus d'un penny, pour être déposée dans la caisse de la société, où ces modestes épargnes s'accumuleront en sécurité jusqu'au moment d'unbesoin quelconque». L'année précédente, le révérend Jos. Smith, de Wendover, avait proposé de recevoir pendant l'été les épargnes de ses paroissiens et de les rendre à la Noël avec une gratification d'un tiers en plus ; en 1797 déjà, Bentham avait fait entrer les frugality banks dans ses projets pour l'amélioration du sort des pauvres. Toutefois, la caisse d'épargne de M"« Wakefield, réorganisée et élargie en 1804, parait avoir été le premier établissement fonctionnant d'après les règles qui depuis ont été généralement adoptées. La caisse d'épargne que s'adjoignit la Provident Institution, créée, en 1806, à Londres, fut bientôt abandonnée; l'étabhssement créé en 1808 à Bath se conserva. Mais c'est surtout le zèle avec lequel le révérend Henry Duncan , pasteur à Ruthwell, embrassa en Ecosse la cause des caisses d'épargne (1810), qui imprima à leur développement une vigoureuse impulsion; l'effet s'en fit sentir jusqu'en Angleterre. Six ans plus tard, le mouvement avait acquis assez d'importance (on comptait déjà 78 caisses d'épargne) pour appeler l'intervention du législateur. Le premier bill, présenté en 1816, fut promulgué en 1817; modifié à diverses reprises, il aboutit à la loi du 28 juillet 1828 qui forme aujourd'hui encore la base du régime des caisses d'épargne anglaises; les bUls de 1833 et de 1844 ne l'ont modifié que dans ses parties secondaires.

Le trait saillant de ce régime , que la France s'est approprié dans ses éléments essentiels, c'est de regarder la caisse d'épargne comme une sorte d'établissement de bienfaisance. Les notables de la commune conviennent de créer une caisse d'épargne, pourvoient aux dépenses d'élabhssement , fournissent un fonds de garantie et de réserve , soUicitent l'autorisation voulue , et se chargent gratuitement de la gestion; le gouvernement, représenté à cet eflet par les commissaires pour la réduction de la dette nationale, autorise les caisses d'épargne, concentre dans ses mains tous les fonds versés dans ces établissements et leur sert un intérêt fixe (2 d. par jour, soit 3 1. 10 d. par an pour 100 1. déposées). Mais comme le gouvernement en tire un intérêt moindre, il est constamment en perte. On a calculé que, de 1817 à 1869, le gouvernement a reçu en intérêt 39,567,129 1. tandis qu'il a payé aux déposants 43,736,5571.; perte en 52 ans. 4,169,428 L Le taux de l'intéH'èt doit être réduit à 3 p. 100, la proposition en a élé faite au parlement dans la session de 1870. [Voij. The Economiste 19 févr. 1870.) Par

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un troisième point important encore — nous passons sur les stipulations secondaires — se trahit le caractère charitable des caisses d'épargne anglaises; c'est la limitation dans le moulant du dépôt: aucun individu (la restriction ne s'applique pas aux dépôts des sociétés mutuelles et autres associations) ne peut déposer plus de 30 1. st. dans le courant d'une seule année , ni dépasser en tout , au risque de perdre l'intérêt, la somme de 1501. st. Ces stipulations restrictives n'ont pas empêché le développement des caisses d'épargne : on en compte aujourd'hui au delà de 600 , dont 500 dans l'Angleterre propi'ement dite. Plus marqué encore est l'accroissement continu dans le nombre des déposants et le chiffre des dépôts. Ainsi, le nombre des déposants individuels, de 421,129 en 1830, s'élève eu 1850 à 1,161,838 pour arriver en 1860 à 1,557,149, et à 1,112,072 en 1869; les dépôts, de 13,729,000 1. st. en 1830, s'élèvent à 33,921,881 1. st. en 1850; en 1800 à 38,495,456 1. st., et atteignent le 20 novembre 1 1869 la sonuue de 31,588,490. Dans l'ensemble du Royaume-Uni on comptait au 20 novembre 1869 1,277,892 déposants, et leurs dépôts s'élevaient à 37,55 i,556 1. st.

D convient d'ajouter que, depuis le 16 septembre 1 86 1, il y a en outre les caisses d'épargne postales, destinées surtout à faire pénétrer l'institution jusque dans les localités les plus écartées. Fin 1870, on comptait sur les registres des caisses d'épargne postales 1,183,153 déposants , et leur actif était de 15,099,104 1. st.

Les chiffres qui précèdent n'embrassent toutefois que les dépôts individuels; il faut y ajouter 12,074 hvrets appartenant aux sociétés de secours mutuels (montant: 1,965,710 1. st.) et 17,419 livrets appartenant à des établissements de charité (montant: 883,5601. st.); ensuite, 561 sociétés de secours mutuels, en rapport direct avec les commissaires de la dette, ont déposé à cet office centralisateur de l'épargne la somme de 2,018,750 1. st.; l'ensemble des dépôts s'élève donc à 43,565,225 liv. st. (1,089,131,000 fr.), représentés par 1,610,413 livrets.

En Fj-ance , la création des caisses d'épargne , si Fon fait abstraction d'un essai avorté qui remonte à 1798, date de 1 8 1 8. A cette époque, M. Benj. Delessert engagea la Compagnie royale d'assurances maritimes à ouvrir une caisse d'épargne à Paris. Le régime établi en France est calqué sur celui de la Grande-Bretagne, dans les trois points signalés plus haut , qui en constituent l'essence et qui sont, en France, plus nettement accentués encore qu'en Angleterre. La caisse d'épargne , dans sa création et dans sa gestion, est une œuvre de patronage locale; le gouvernement, représenté par la caisse des dépôts et consignations , concentre les dépôts et leur bonifie un intérêt fixe (de 4 p. 100); les versements sont limités à 300 fr. par semaine et les dépôts à 1,000 fr. Relativement au premier point, la dépendance de la

1. C'est à cotte date que sont toujours arrêtés les comptes de l'exercice.

caisse d'épargne est aujourd'hui plus fortement accusée qu'en 1818, lorsque la générosité des Delessert, des Larochefoucault, des d'Argout, constitua le fonds de garantie et de réserve de la caisse parisienne , que leurs successeurs continuent de gérer avec le même dévouement désintéressé; actuellement, à peu d'exceptions près , les caisses d'épargne ne s'ouvrent et ne fonctionnent plus qu'avec le concours du conseil municipal En ce qui concerne le second point, une importante modification a été réalisée par l'ordonnance royale du 3 juin 1829, qui releva les caisses d'épargne de l'obligation, souvent fort onéreuse , de placer en rentes , sans retard, tous les versements reçus; cette ordonnance, sanctionnée par la loi de finances du 2 août suivant , autorise les caisses d'épargne, à de certaines conditions, à verser leurs fonds en compte courant à la caisse des dépôts et consignations; ce placement est devenu la règle générale par les lois des 5 juin 1 835 et 31 mars 1837, qui constituent pour ainsi dire le code français en cette matière ; le placement en rente est réservé pour certains cas spéciaux sur lesquels nous reviendrons. Mais si cette réforme diminue les embarras et les chances de perte pour les caisses d'épargne , elle en crée de très-graves au Trésor : elle le chai'ge en permanence d'une dette flottante de 300 à 400 millions, qui demande un intérêt supérieur à celui de ses autres modes d'emprunt (bons du Trésor), et dont le remboursement instantané pourra être réclamé dans ces moments critiques où il est le moins capable d'y satisfaire. Pour amoindrir ce danger, on avait, en 1835, établi le maximum du dépôt à 3,000 fr.; dix ans après, la loi le réduisait à 1,500 fr. et arrêta toute bonification d'intérêt pour les dépôts ayant atteint 2,000 fr. La crise de 1848 devait bientôt démontrer que ces stipulations, si contraires au but même de Finstitution, qui est de stimuler l'épargne , ne suilisaient pas pour écarter le danger inhérent à ce mode de placement des dépôts. Lorsque éclata la révolution de 1848, le Trésor devait 355 millions de francs aux caisses d'épargne ; la méfiance chez quelques-uns, le besoin réel chez la plupart des déposants, amenèrent de nombreuses demandes de remboursement: le Trésor était hors d'état d'y faire face. Un décret du 9 mars limita les remboursements à 100 fr. par livret et octroya aux déposants, à ceux même qui ne réclamaient point le remboursement, la conversion du surplus moitié en bons du Trésor — qui perdaient 30 à 40 p. 100 — et moitié en rente, qui était à 30 fr. au-dessous du pair! C'était bel et bien une banqueroute dont quelques mesures réparatrices pouvaient ultérieurement atténuer l'iniquité, mais non changer la nature.

Malheureusement, la leçon ne servit à rien, du moins quant au législateur. Au heu de voir dans ce qui venait d'arriver la preuve éclatante d'un vice originel et de l'urgence d'une réforme radicale, il se bornait à renforcer les palliatifs: la loi du 30 juin 1851 réduit le maximum du dépôt à 1,000 fr. ; quand capital et

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intérêt d'un livret dépassent cette somme , la de TÉlal le grand collecteur des épargnes, qui

caisse acLète d'office une rer.le de 10 fr. au charge le Trésor de recevoir, de garder et

porteur du livret. Ces stipulations sont re- d'employer toutes les économies des classes

grettables, et la commission de surveillance travailleuses; nous avons vu, en eflet, que ce

de la caisse d'épargne de Paris en demande régime impose des pertes continuelles au Tré-

la suppression. Toutefois, si après 18 '18 le sor et le menace de graves embarras, et expose

montant des dépôts semble s'accroître avec les déposaiits à des pertes sérieuses: on com-

une rapidité relativement moindre, il faut prend donc qu'en Angleterre , aussi bien qu'en

l'attribuer, du moins en grande partie, aux fré- France, on cherche à amoindrir ces inconvé-

queuts achats de rentes , et peut-être aussi à nients par les palliatifs que nous avons indi-

d'autres placements , ces derniers faits directe- qués. Mais ce régime est-U donc en lui-même si

ment par les propriétaires des épargnes. Voici essentiel, si nécessaire, pour qu'en sa faveur

un tableau indiquant le nombre des livrets et on supporte de pareils inconvénients, et qu'on

le montant des crédits à diverses époques. aille jusqu'à combattre « l'esprit d'économie

que les caisses d'épargne sont appelées à déve-

Années. Livrets. Crédits. lo[)i,eT 1 Aucunement. C'est le contraire qui est

1835 121,199 48,129,905 fr. vrai. En effet, le système du placement de

1840 351.807 191,365,379 toutes les épargnes au Trésor n'entraînât -il

1847 736,951 370,194.075 même aucun des fâcheux effets dont il abonde,

1848-49 561,440 73,917,550 que par lui-même déjà il serait des moins re-

1853 844.9 49 285.573,378 commandables : il condamne la caisse d'épargne

1860 1,218,122 377,250,992 à n'accomplir que la moitié de la tâche que la

1868 1,971,523 033,238,270 nature des choses lui assigne. Cette tâche est

Ces chiffres s'appliquent à l'ensemble de la double : stimuler lépargue en offrant aux

France. Si nous donnons séparément les résul- économies faibles ou fortes du travadleur un

tats d'épargnes de Paris, nous trouvons les placement sûr, facile, productif, avec la ga-

chiffres qui suivent: rantie d'un retrait effectif au moment du besoin ; capilaHser ces épargnes pour les rendre

Années. Livrets. Crédits. conime instrument de production à Factivité

1820 6,636 1,928,540 fr. économique , des classes travailleuses surtout.

1830 27,065 5,329,192 En un mot, il faudrait cesser de ne voir dans

1835 65,220 24,039,258 les caisses d'épargne que des institutions cha-

1840 118,990 69,357,276 rilables au moyen desquelles FÉtat fait F é-

1847 183,449 91,864,574 ducation du travailleur en matière d'épargne;

1849 173,029 23,093,628 il faudrait les regarder et les organiser comme

1853 19i.950 54,413,164 des institutions de crédit destinées — coimne

1860 236,719 50,947.864 le sont toutes les banques (l'o^/. Z'flr^. Banque)

1868 266,279 52,491,933 — à recueillir les moindres parcelles d'argent

1869 271,069 54,180,747 oisives pour les transformer en capital pro- Après la guerre de 1870, les caisses d'é- ductif. L'État , si surchargé à notre époque

pargne ont eu à traverser une nouvelle crise; ^^,1""^/ P'"^ ^ P'^T^,'"' P^^^ fJ^^ P^'"/'^ t,^^.

es déposants ne purent retirer, pendant la dette flottante, un mtéretrelativemenexce..if,

guerre, que 50 fr. par mois. Toutefois cette i ne serait pas menacé, ni Im, m les déposants

mesure, qui était de force majeure, n'a pu du retour des désastres de 1848; loin d avo r

ébranler la conûance des populations, seule- ^ combattre 1 accumu a ion des épargnes on la

ment, à Fheure qu'il est avril 1872) on ne avonserait; on aurait trouvé en "^eme emps

connaît pas encore complètement Felfét de la la so utio,i du problème si actuel: rendre le

guerre sur les caisses d'épargne, les Comptes ^^l^.^^^H'^'''^^^ ^"^ '^^''^' moyennes et m-

""^fne ^'e'ra'ïas'saSst'térêt de connaître la '^f^ espace assigné à cet article ne nous

dientèle des caisses d'épargne , la voici pour Per^^^^'t Pas , a notre vd regret de doiine r ici

1860 et 1 868. Kous ne dinnons que le noAbre f '^ observations qui précèdent tout le dé^e-

Hpq livrptq loppement qu appelle lunportance du sujet.

uLsnvieii.. Bornons-nous à constater que les errements

Profession des déposants. 1860. 1868. érigés cu principe daus Ics doux Etafs dont

Ouvriers 77,097 97,997 uqus veuous de uous occupcr, u'ont pas été

Domestiques 37,441 46,178 g^j^.jg parfont. Ainsi , cu Prussc Ics écouomies

Murta°reseVni*aHn.s. '. '.'.'.'. '. *. '. '. 9%2 s,ni recucilUcs par les caisses d'épargne ne vont

Professions diverses 49,710 77,305 point sc perdre improductivcmeut dans le

Min.«71>;^- • • ^f^.;?G 55,236 gouflre de la dette flottante; elles font retour

Sociétés de secours mutuels .... ^oH 4U( ° ^^• , ,,..^A-..niifc, .\ !■>

, aussitôt , par différents emplois productils , a la

Ensemble 220,204 299,319 circulation économique. Lcs 46,308,492 thalers,

Les restrictions par lesquelles on cherche

à combattre l'accumulation de fortes sommes l. Kst-ce bien combattre l'esprit d'économie que

dans les caisses d'épargne (maximum 300 fr. de placer en rentes la somme qui dépasse 1,000 fr.?

. 1 /-.r.or 1 ^^ i Cette rente n'est pas perdue pour le déposant, qui

par semaine et 1,000 fr. en tout), ne sont pour- p^^ d'ailleurs disposer à son gré de ses économies.

tant que la conséquence de ce principe qui fait m. b.

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