A. DE R
Comparez: Election. *
CANTON. En France, c'est la circonscription
qui répond au ressort d'un juge de paix et qui rend quelques services dans l'organisation administrative; ainsi le recrutement de l'armée s'opère par canton. Cette circonscription renferme généralement plusieurs communes rurales; il est cependant aussi quelques grandes villes qui ont été divisées en cantons ou même réparties entre plusieurs cantons, composés à la fois d'une partie de la ville et de quelques communes rurales.
On a plusieurs fois exprimé l'opinion qu'il conviendrait de composer la commune municipale de fout un canton, afin de réunir ainsi les capacités nécessaires pour former une administration à laquelle on puisse donner une certaine autonomie. Mais nous ne savons si les objections ne l'emportent pas sur les avantages qu'on peut faire valoir en faveur de cette manière de A'oir.
En Suisse , on donne le nom de canton aux États qui forment la confédération. On y trouve aussi des demi-cantons, ce sont ceux qui n'envoient qu'un membre au conseil des États au lieu de deux. [Voy. Suisse.)
CAPACITÉS. On peut définir ce mot : citoyens exemptés des conditions du cens électoral, à raison de l'instruction qu'ils ont reçue.
On sait que, dans certains pays, le droit de prendre part à l'élection des représentants est réservé aux citoyens remplissant . outre les conditions de nationalité, d'âge, de séjour et de morahtè, encore celle de posséder une certaine fortune , ou de payer une somme déterminée d'impôts. Dans ces pays on croit, et l'on croyait autrefois aussi en France, que le cens assure à la chose publique d'importantes garanties. On fait valoir en sa faveur les arguments qui suivent. En premier lieu, l'électeur doit avoir un intérêt direct à la conservation de l'ordre pour qu'on puisse lui accorder une infiuence sur la marche du gouvernement; l'intérêt est le meilleur contre-poids à la passion, que le patriotisme seul ne suffît pas toujours pour contenir ou régler. En second lieu, pour avoir des droits actifs , il faut qu'on remplisse des devoirs, qu'on paye des impôts. En troisième lieu enfin, le pouvoir politique suppose chez celui qui en exerce la faible parcelle représentée par le droit électoral une certaine instruction indispensable pour le guider dans son choix. Or l'aisance était admise comme une présomption favorable à l'instruction , puisqu'elle permet d'en faire les frais.
Nous n'avons pas à examiner ici la question du cens (voy. Elections), jugée d'ailleurs en France; nous ferons seulement remarquer que
CAPACITES. — CAPITAL, CAPITALISTE.
le troisième des arguments qu'on fait valoir en sa faveur, a motivé les dispositions qui affranchissent de la condition du cens les citoyens exerçant une profession ou possédant des grades académiques qu'on n'obtient qu'à la suite d'une série d'études et d'examens. C'est d'ailleurs un hommage que notre civiUsation rend à la culture intellectuelle.
Quelles sont les professions qui confèrent le caractère d'une capacité dans le sens politique? Peu de législations s'expriment clairement sur ce point, et il faudrait des recherches minutieuses et une énumération sans intérêt pour être complet : nous citons à titre d'exemple rénumération reproduite au mot Autriche- Hongrie (p. 158). En France, où les prix d'honneur sont exempts du service militaire et où les mœurs rendent volontiers l'hommage au savoir, le droit pubhc ne reconnaissait guère que les membres de l'Institut comme des capacités : un cens de 200 fr. au lieu de 500 les rendait éligibles , et ils figuraient dans la catégorie de ceux parmi lesquels le roi pouvait choisir les pairs. M. B.
CAPITAINE. Voij. Officier.
CAPITAL, CAPITALISTE. Aucun mot n'a plus varié et n'est encore plus variable dans sa signification. Capital, dans le langage commun, se dit d'une somme qui porte intérêt. Il est alors synonyme de principal, qu'il vaudrait mieux conserver en ce cas , et emporte l'idée d'une certaine masse de numéraire, ou de valeurs représentatives équivalentes, prêtée ou versée dans une entreprise quelconque, en vue d'un remboursement. En opposition au mot revenu , ce terme signifie encore la fortune, t avoir d'un individu, sa richesse, la somme de ce qu'il possède. Les économistes ont contesté, ces deux significations, trouvant l'une trop restreinte et l'autre trop étendue , mais n'ont pu encore s'accorder entre eux sur celle qu'ils doivent lui donner. Beaucoup se refusent à comprendre sous le nom de capital la terre et les autres instruments de travail, richesses ou utilités données par la nature , et ils restreignent le sens du mot à désigner l'ensemble des moyens artificiels créés par l'industrie de l'homme. De sorte qu'une propriété foncière, une mine , une chute d'eau , ou son usage , ne seraient pas des capitaux; cependant ils reconnaissent que les bâtiments, les clôtures et toutes améliorations qui sont mises à un fonds de terre approprié peuvent constituer , s'ils en sont assez distincts , un capital immobiiier. Mais où sera la mesure de cette distinction ? à quel signe reconnaitra-t-on ce qui est capital de ce qui ne l'est pas? Même ceux qui s'accordent sur le sens général à donner au mot capital se divisent encore sur son étendue. Les uns comprennent sous ce mot foutes les valeurs produites par l'homme ; les autres seulement celles qui sont spécialement dcstiuécs et appliquées à la reproduction; ces derniers classant dans les revenus les objets destinés à la consommation immédiate. J. B. Say et Mac
Culloch abondent dans le premier sens. Bossi, après Malthus, et Adam Smith , préfèrent le second. « On est heureux toutefois, dit M. J. Garnicr, de pouvoir remarquer qu'au fond , et quelle que soit l'étendue du sens que les économistes donnent au mot , pour tous l'idée de reproductiofi est liée à l'idée de capital.
Il n'est pas malaisé de voir que ce terme a suivi le sort commun à tous les mots nouveaux : il s'est élargi, générahsé par suite de la tendance logique de notre esprit à nommer d'un même nom les choses de même nature , de sorte que l'idée de capital, d'abord spécifique et désignant telle espèce de capital, est devenue générique et commune à toutes les espèces de capitaux.
Une analyse réfléchie de l'idée de capital entraîne celle d'une force utile à l'homme et disponible entre ses mains pour l'usage ou pour la consommation, soit improductive ou de pure jouissance et d'agrément, soit reproductive ou se combinant avec un travail. Le terme de capital ainsi étendu comprend donc comme espèce non-seulement les valeurs mobilières, les instruments de travail , les produits et matières premières accumulées en excédant sur la consommation , les bâtiments , superficie et fonds , mais encore les terres. Il comprend même les richesses, forces ou agents naturels, ainsi que les forces et les facultés accumulées dans l'homme, et dont le travail est l'elTet. Le capital se confond ainsi avec l'idée de richesse accumulée ou de fonds disponible. Il s'augmente de toute nouvelle accumulation, c'està-dire de toute valeur produite en excès sur la consommation. Il diminue par des destructions inutiles aussi souvent que par des consommations bien entendues.
Presque toutes les utopies sociales ou paradoxes économiques plus ou moins dangereux qui ont circulé pendant ces derniers temps, ont eu pour origine cette compréhension fautive ou incomplète de l'idée de capital, qu'on a ainsi à tort opposée, d'une part, à la terre et, de l'autre, au travail, comme tyrannisant l'un et l'autre.
Tout homme est capitaliste plus ou moins. Il l'est en raison de la valeur totale des forces ou utilités échangcaijles dont il dispose en propriété , ou de celles qu'il peut obtenir à crécUt, et quelle que soit, du reste, la nature de ses forces. En réalité le capital ne s'échange que contre un autre capital , et la production est une transformation féconde des capitaux qui en augmente la valeur ou l'utilité totale en les changeant de destination et de forme pour les mieux adapter aux besoius du temps, exprimés par l'état du marché ou de la demande.
Par cette définition du capital ainsi élargie jusqu'à comprendre l'idée dans sa généralité, le capital devient l'instrument général de la production, à laquelle il n'est point hostile, puisqu'il naît d'elle et qu'il ne s'augmente ou ne se reproduit que par elle. Il est le fonds qu'elle seule féconde. Cette distinction oiseuse et factice qu'on a voulu établir entre les diverses espèces de capitaux s'elTace. A quoi bon