CAPITAL, CAPITALISTE
séparer le capital fixe du capital circulant, par exemple , et n'est-ce pas le plus souvent par une classiflcation arbitraire qu'on les distingue? La A-aleur des machines peut-elle être nettement séparée de celle des matières premières , et l'une et l'autre ne se confondentelles pas dans les frais de production? Le capital terre peut-il toujours se détacher du capital de travail ou d'amélioration qu'on y enfouit? L'argent dépensé par louvricr pour l'achat de ses outils est-il d'une autre nature que celui qu'il a dépensé pour et pendant son apprentissage? Évidemment non, et l'on aurait tort de tenir à toutes ces distinctions mal définies qui ne peuvent que mettre obstacle à une conception plus large et plus générale de la valeur et des lois économiques qui en gouvernent l'échange.
Il est dans la nature du capital d'être appropriable ; seulement l'appropriation peut ne pas être individuelle, mais sociale. Le capital possédé en commun est ce qu'on nomme le capital public ou les capitaux de l'État. Ils consistent dans tous les biens nationaux ou communaux, et à leur défaut , ils existent encore dans les voies de communication, les ports, les canaux et les monuments pubUcs ; sans compter les richesses naturelles du pays, telles que l'air, les eaux, etc., dont l'appropriation individuelle est impossible , mais qui n'en concourent pas moins à la production et à- la mise en valeur des capitaux individuels. De sorte que la somme des capitaux possédés par une nation est toujours supérieure à la somme des richesses individuellement appropriées.
Il peut y avoir des raisons politiques trèsdiverses , et dépendantes des lieux et des temps, pour augmenter ou diminuer le rapport des capitaux de l'État aux capitaux individuels. Mais soit le principe de la communauté absolue , soit celui de l'appropriation absolue , seraient également inadmissibles, et tout état politique ne peut être qu'une combinaison de l'un et de l'autre , bien qu'il puisse pencher plus ou moins vers l'un ou l'autre extrême. Mais on peut dire qu'il y a toujours diminution du capital national , quand le principe de la communauté tend à prévaloir sur le principe de l'appropriation individuelle, taudis que si le régime de l'appropriation individuelle l'emporte, l'inégalité de répartition tend , il est vrai , h s'accroître , mais , en revanche , la série des fortunes est mieux graduée et la somme totale de la richesse publique augmente par un meilleur emploi.
Tout capital produit-il un revenu? Il serait plus exact de dire : tout capital produit-il un autre capital? la différence du capital et du revenu étant encore une différence de nom plutôt que de chose. Le capital et le revenu sont les deux états de la richesse: c'est la valeur à l'état naissant distinguée de la valeur mère. Tout revenu est un capital où se reproduit avec usure le capital consommé. On peut même dire que tout capital consommé, qu'il ne faut pas confondre avec le capital détruit ou perdu {voy. Consommation), se reproduit touiours assez
intégralement sous la forme d'une autre valeur, que cette valeur soit un capital matériel disponible, ou un capital personnel de forces et de facultés développé dans les individus par suite de l'absorption des valeurs consommées par eux. La perte ne commence que si ces facultés produites demeurent inactives sans reproduire à leur tour un revenu. C'est pourquoi il faut admettre que cette reproduction est trèsinégalemcut féconde selon les individus et se-» Ion les produits absorbés, et qu'en certains cas il y a une perte sociale nette , comme en d'autres il y a gain.
Mais toujours est-il qu'un capital n'étant qu'une accumulation de valeurs produites antérieurement, c'est-à-dire d'anciens revenus ou d'anciens profits , tout revenu ou profit est un nouveau capital ajouté à l'ancien, et comme lui rendu disponible , soit pour la reproduction, soit pour la consommation.
Le capital d'une nation s'accroît donc chaque année de toute la part de valeur produite qui se trouve en excès sur, la valeur détruite. Or, le capital se détruit non-seulement par la consommation que suppose une jouissance, mais aussi et d'une manière plus stérile, par le défaut d'usage ou d'appropriation individuelle, et par l'anéantissement de l'utilité ou la détérioration de la valeur sans jouissance: ainsi une nation perd son capital quand son industrie périclite, que ses villes tombent en ruines et demeurent désertes , quand son agriculture rétrograde, que ses ports s'ensablent, que ses voies de circulation s'obstruent, que le génie des sciences et des arts l'abandonne et que sa population diminue ou s'étiole.
Toute crise industrielle ou chômage causant, avec une diminution dans la production annuelle du capital accumulable, une diminution sensible du capital accumulé, il en résulte que tout capitaliste propriétaire doit redouter les événements poUtiques qui pourraient amener ces chômages ou ces crises. Mais les crises elles chômages n'étant pas moins funestes aux travailleurs dont le capital de facultés demeure également improductif, il semble que ce soit une grande imprévoyance de leur part de désirer ces mêmes révolutions ou changements que redouteut les détenteurs de capitaux accumulés; car en fln de compte ils ont tout à perdre , leur pain quotidien leur étant enlevé avec le travail, tandis que les capitalistes propriétaires ne risquent autre chose que de voir diminuer leur fonds de réserve. Aussi faut-il remarquer que presque toujours les révolutions ou troubles politiques sont précédés de lougues crises iiulusfrielles, pendant lesquelles les travailleurs , manquant d'emploi pour leur capital de facultés, ou n'obtenant plus qu'une rétribution insuffisante , ne peuvent plus que gagner à un changement, quel qu'il soit, dùt-il même amener leur décimaliou , qui rétablirait pour un temps du moins l'équilibre entre l'offre du travail et la demande.
Mais bien à tort le préjugé populaire s'est élevé contre l'accumulation même du capital, Duisaue cette accumulation seule constitue la