‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 144 sur 557 · CAPITAL, CAPITALISTE. — CAPITALE · texte numérisé non relu

CAPITAL, CAPITALISTE. — CAPITALE

richesse d'une nation , que cette richesse ne s'augmente que par des accumulations nouvelies, et qu'une nation n'est forte et puissante qu'en raison de la somme des capitaux qu'elle peut répartir entre la masse de ses citoyens. Il est vrai aussi que la prospérité générale dépend beaucoup de cette répartition, et que l'accumulation trop grande des capitaux dans quelques mains a pour corrélatif inévitable une extrême misère à l'autre extrémité de l'échelle sociale. On peut dire en général que la meilleure répartition est celle qui naît du libre essor des intérêts s'opposant les uns aux autres sans privilège et sans violence. C. A. Royer.

CAPITAL (Impôt sur le). Voi/. Revenu (Impôt sur le).

CAPITALE, siège du gouvernement. Paris, Londres, Vienne, Berlin, Copenhague, Stockholm, Madrid, Lisbonne, Munich, etc., sont devenus des capitales , parce que ces villes sont habitées de temps immémorial par le souverain, autour duquel se sont naturellement groupées les autorités supérieures. Rome ancienne est devenue capitale parce qu'elle a conquis peu à peu le pays qui l'entourait.

Mais on a aussi l'exemple de capitales créées spécialement pour ce but, ou de villes érigées en capitales par un acte solennel. Dans la première catégorie, on peut ranger Saint-Pétersbourg, Washington, Carlsruhe; dans la seconde, Constanlinople, Berne, Albany et autres.

A quelques exceptions près, les capitales sont de grandes villes; cependant, il n'y a pas de rapport bien étroit entre le nombre de leurs habitants et celui de la population totale des pays , comme on peut le voir au tableau que nous donnons en note *.

Il ne semble pas impossible d'indiquer, pour un certain nombre de capitales , les circonstances qui ont favorisé leur accroissement extraordinaire, et celles qui ont refardé les progrès des autres. Londres n'était et n'est pas seulement le siège du gouvernement, il s'y réunit aussi un parlement qui compte parmi ses membres presque tous les grands propriètah'es et beaucoup de personnes riches; mais

1. Voici les principales capitales avec le nombre proportionnel de leurs habitants (en tant sur 1,000, c'est-à-dire, sur 1,000 Français, 45.3 habitent Paris).

Munich 29.7

Stuttgart 2S.9

Berlin 27.5

Stockholm 27.1

La Haye 22.3

Constantinople. . . 22.0

Carlsruhe 19.0

Vienne 14.9

Madrid 11.3

Saint-Pétersbourg . 7.0

Londres 95.6

Lisbonne 61.1

Copenhague .... 59.5

Athènes 55.2

Dresde 55.0

Santiago 51.3

Paris 45.3

Rio-Janeiro .... 38.5

Darmstadt 37.4

Bruxelles 36.9

Christiania 31.2

Si ces villes avaient été classées d'après leurpopulation absolue, on aurait trouvé l'ordre suivant: Londres, Paris , Constantinople, Beilin, Saint-Pétersbourg, Vienne, Rio-Janeiro, Maflrid, Lisbonne, Bruxelles, Munich, Dresde, Stofkholm, Santiago, La Haye, Athènes, Stuttgart, Christiania, Darmstadt, Carlsruhe. Nous omettons la capitale de l'Italie, parce qu'elle est de création trop récente pour que le temps ait pu exercer son eflfet.

la métropole anglaise est avant tout un centre commercial qui dut s'élargir à mesure que le commerce britannique s'étendit. C'est sa situation favorable, à l'embouchure du Tage, et l'acquisition de colonies par le Portugal qui a fait gagner à Lisbonne le second rang parmi les capitales. Paris, et il s'agit du Paris agrandi, ne vient que bien loin après; ce n'est donc actuellement encore qu'une capitale d'une grandeur normale. Saint-Pétersbourg est relativement la plus petite des capitales euro- j péennes , et après Washington , la plus petite entre toutes; c'est qu'elle aussi est de date récente, et il faut du temps pour que le chêne étende ses branches au loin. Madrid et Vienne figurent également parmi les capitales les moins grandes, mais cela paraît venir, en Espagne , de l'aridité du territoire qui entoure le siège du gouvernement; en Autriche, de la diversité des nationalités qui se groupent chacune autour d'un chef-lieu spécial , où l'on parle leur langue; la dilférence des idiomes fait presque de Vienne une ville étrangère pour plusieurs de ces nationalités.

Vaut-il mieux pour un pays que sa capitale soit grande ou petite? Cette question peut paraître oiseuse , car c'est la force des choses qui amène ou éloigne les populations. On trace en vain des rues à Washington , et quand on renvoyait les ouvriers sans travail par une barrière de Paris , ils rentraient par l'autre, — avec ou sans passe-port. Néanmoins, et lors même qu'il serait impossible de déplacer le siège d'un gouvernement, ce qui n'est pas, il y aurait encore utilité à se rendre compte de l'influence que peut exercer la capitale.

Toute grande ville est un centre intellectuel, un foyer de lumières. Chaque homme, — chaque homme instruit surtout , — en est pour ainsi dire un rayon, et plus ils sont nombreux à un endroit donné , plus le foyer qu'ils forment est ardent. C'est dans les villes qu'est née, — comme l'indique l'étymologie, — la civilisation. iVoij. ce mot.)

Les capitales ont généralement l'avantage spécial d'être riches et de posséder de nombreuses institutions, d'où les lumières se répandent au loin. C'est naturellement près de JL leur source que ces lumières brillent avec le % plus d'intensité.

Un grand centre de consommation attire les producteurs. Les ateliers deviennent des manufactures loi'squ'ils se trouvent dans des circonstances favorables. Les capitaux, les bras abondent, le débouché est sous la main, le concours des arts et des sciences est assuré à l'entrepreneur. Les capitales tendent donc à devenir des villes industrielles , et l'agglomération de populations imparfaitement instruites, mobiles, très-impressionnables, dégagées de tout lien de propriété, constitue un élément dont la politique doit tenir compte. Si, dans ces villes, les vices sont fréquents, c'est que les tentations sont nombreuses et le respect humain presque nul.

Une capitale aura nécessairement toujours une grande iullucnce sur le pays. Cette in-

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