CAPITULATIONS. — CARAVANE
Les capitulations sont exécutables dans toutes les parties de l'empire ottoman (art. 9 du traité de 1838) et s'appliquent même, par une extension qui peut paraître une anomalie, aux provinces tributaires, comme les principautés unies de Valacbic et de Moldavie, et la Serbie , qui jouissent, d'après les traités [traité de Paris de 185G, art. 22 et 28), de la pleine liberté (!(' législation, de commerce et de navigation. [Voij. Principautés-Unies et Serbie.)
Ce n'est pas seulement dans leur application à la Moldo-Yalacliie et à la Serbie dans leur étal actuel, mais à la Turquie elle-même, que les capitulations peuvent donner lieu à de graves objections. Aussi la question de savoir s'il ne conviendrait pas de les réviser, et même de les abroger entièrement , a-t-elle été agitée à plusieurs reprises dans le cours des dernières années. M. Koguès, dans une brocbure publiée en mars 1851 à Constantinople , et dédiée par son auteur « à la presse européenne » , profita de l'occasion d'un récent article de M. le duc de Valiny dans le Correspondant du 10 décembre 1850. pour demander formellement l'abrogation des capitulations. La France, en sa qualité d'amie la plus ancienne et la plus fidèle de la Turquie, était particulièremeut conviée à prendre l'initiative d'une mesure destinée à bjiter la régénération de l'empire ottoman. Les journaux et les revues qui s'occupéreut de la brochure de M. Noguès tombèrent tous d'accord de l'anomalie que présentaient les capitulations avec la situation que les derniers traités avaient faite à la Turquie , sans pour cela résoudre la question dans le sens des demandes ou des désirs de la Porte. En effet, s'il est impossible de ne pas méconnaître que le maintien des capitulations est en contradiction avec les traités qui ont fait entrer la Turquie dans le concert européen, qu'elles portent atteinte à son indépendance, entravent de mille manières son administration et son commerce intérieur, qu'elles sont une source intarissable d'abus et de conflits, il n'est pas moins incontestable qu'un gouvernement se doit avant tout à la protection de ses nationaux ; et qu'il ne saurait consentira se dessaisir ici des privilèges qui ne sont leur •■sauvegarde qu'autant que la Turquie lui présenterait d'ailleurs toutes les garanties désirables. Or, ces garaiilies existaient-elles? Voilà la question qui doit êlre résolue d'abord.
Les capitulations des autres puissances européennes avec la Porte ont été insérées textuellement, d'après les originaux, dans le Maiiua/e di dirillo pubblico e privato ottomano, di Domenico Ga ftesc/i i , klcssandriai di Egitlo , 18G5. Nous nous bornons à les indiquer ici avec leurs dates. Ce sont :
Pour l'Autriche : le traité de commerce et de navigation de 1718, et le Sencdûe 1784;
Poi'r la Russie : le traité de commerce de 178:j;
Pour la Prusse: le traité de commerce de I7G1;
Pour f Angleterre: les capitulations de 1675 et le traité de paix cle 1809;
Pour les États-Unis d'Amcrique: le traité de commerce et de navigation de 18iO;
Pour la Grèce: le traité de commerce et de navigation de 1855. A. Ubicini.
Comparez: Députés, Échelles du Levant, Francs.
CARAVANE. De même que la vie pastorale et nomade a été la première phase de la vie civilisée, la caravane a été le premier mode de locomotion et de communication entre les peuples. C'est, avant toutes les garanties qui se succéderont, l'association pratique contre les dangers du voyage. L'individu isolé est saus ressources suffisantes, sans défense possible contre les privations et les périls qui l'attendent dans un long trajet. On se réunit, on associe ses forces, pour être plus fort contre le péril prévu, pour se prêter aide et assistance dans les épreuves qu'on affronte. Le mot caravane, encore aujourd'hui, rappelle la pensée du désert, parce que c'est encore en face de ces solitudes que l'individu est le plus impuissant, parce que c'est là encore que la civilisation a le moins pénétré; il ne faudrait pas croire cependant que ce mot s'applique exclusivement aux espaces inhabités de l'Afrique, en passant, sans transitions, des traditions de la Bible aux notions contemporaines des caravanes de la Mecque. Le mot plus ou moins exactement traduit représente dans toutes les langues et dans tous les pays de longs voyages accomplis par terre et en commun, dans un but d'exploration ou de commerce. Ce mot a une acception pacifique qui le met dans un parallélisme permanent avec les guerres de conquêtes et les expéditions à main armée. 11 est une représentation des idées de paix et de commerce. C'étaient en effet de pacifiques caravanes qui, dès l'antiquité la plus reculée, apportaient à Tyr et à Carthage les produits du mystérieux Orient. L'œuvre vainement tentée par Alexandre s'accomplissait par de pauvres chameliers. Ce n'est point là seulement que le génie de la paix luttait contre les triomphes de la force. Derrière les hordes barbares, qui des hauts plateaux de l'Asie se ruaient sur l'Europe et l'envahissaient, des troupes de trafiquants allaient échanger les produits de la chasse et de la pèche, d'une part contre les épices de l'Orient, d'autre part contre les fruits du sol récemment conquis. Ce n'est ni au point de vue commercial ni au point de vue économique que nous devons examiner ici l'action des caravanes; toutefois il faut reconnaître que c'est au besoin et à la pratique des échanges dont elles ont été le principal agent, qu'est due leur influence civilisatrice et politique. Quand, dans notre France du moyen âge, les foires étaient les seuls centres commerciaux importants et reconnus, quand pour échapper aux détrousseurs de grands chemins, nobles ou manants, quand pour di^:cuter droits de barrières ou de péages, colporteurs et marchands se donnaient rendez-vous . n'étaient-ce pas les caravanes de l'Occident? Qui pourrait mesurer ce qu'il s'échangeait d'idées au mdieu du troc des marchandises? Partout , à travers les empêchements naturels