CARAVANE. — CARICATURE
ou les obstacles de la barbarie, la caravane a été le véhicule des idées de civilisation. En Orient, il s'y mêle aujourd'hui encore un caractère religieux qui nous empêche d'en apprécier sainement la portée; mais bientôt les tentatives sérieuses qui se font en Algérie et sur les frontières de la Russie orientale nous permettront de rendre au mot curuvaae sa véritable valeur. D'un coté il s'agit de nouer des relations entre les côtes colonisées et l'Afrique centrale ; d'autre part il s'agit de relier l'extrême Orient à la Russie européenne; il faut dans les deux cas traverser d'immenses espaces où la civdisafion n'a point encore préparé ses étapes; la caravane moderne n'a plus sans doute à s'enqiiérii- des oasis pour le repos du soii", et des sources d'eau vive pour remplir les outres vides ; mais c'est encore à elle qu'incombe la charge et que revient la gloire de planter les poteaux du télégraphe électrique, de tracer les voies du chemin de fer; quand elle s'eflace et disparait, c'est dans le triomphe d'un progrès qui est son œuvre. L. Legault.
CARBONARI. T'oy. Sociétés secrètes.
CARDINAL. Les cardinaux sont les princes de 1 Eglise. Le mot cardinal vient du latin cardinalis, essentiel, important; dans l'origine, un cardinal était le principal prêtre de chaque éghse de Rome, ou le diacre chargé d'une diaconie régionnaire; le nombre des cardinaux n'était encore, en 1057, que de 28; actuellement leur nombre peut atteindre jusqu'à 70. La réunion des cardinaux forme le Sacré- GoUége. Ils composent le conseil du pape , président les congrégations spéciales et générales, gouvernent l'Église pendant la vacance du saiut-siége.
Innocent III leur donna le chapeau rouge dans le concile de Lyon, en 1245, et Boniface Vlllla pourpre. Ils ont le titre d'Émineuce ; il y a des cardinaux diacres, des cardinaux prêtres et des cardinaux évèques, Richelieu était prêtre, mais Mazarin était diacre. Les grandes puissances qui comptent beaucoup de sujets calhohques , ont un certain nombre de cardinaux, qui sont nommés par le pape, sur la présentation seule de la Couronne, et appelés cardinaux de la Couronne. Un arrêté du 7 ventôse an XI attribuait à chaque cardinal français, indépendamment de tout autre traitement en fonctions, un traitement spécial de 30,000 fr. Ce traitement et les frais d'établissement des cardinaux ont été supprimés par ordonnance du 11 octobre 1830; mais à cette époque tous les cardinaux joignaient à leur litre celui d'archevêque, et le traitement des archevêques, fixé à 25,000 fr. , parut assez élevé. Depuis, ou réduisit le traitement à 1 5,000, et on porta de 15 à 25,000 fr. le traitement des archevêques-cardinaux qui appartiennent à la France. Sous la constitution de 1852 les cardinaux français étaient membres-nés du sénat, et ils avaient droit à un traitement de 30,000 francs en deliors de la dotation sénatoriale qui s'élevait au même cliiil're. RrrTiEz.
CoMPAKiiz : Contile, Conclave, Papauté, etc.
CARICATURE, La caricature politique, et nous ne parlons que de celle-là, n'est autre choie qu'une forme particulière de la liberté de la presse. Elle est l'arme du faible, c'est le livre du peuple qui ne sait pas encore lire, c'est le journal du manant, alors qu'il n'y a pas encore de journaux. L'événement a lieu, la caricature s'en empare et, de la pointe de son crayon, le cloue au pilori. L'impression produite est immédiate: le peuple saisit, l'indifTérence ici ne lui est pas possible, d'un coup d'oeil il a compris, et en même temps il se déclare pour ou contre l'artiste. Mieux que ne le ferait l'article ou le livre, la caricature donne un corps aux idées et un but aux rancunes indécises. Le peuple souffre , il gémit , il s'irrite, mais sa colère ne sait sur quelle responsabilité s'abattre; le crayon se chargei'a de fixer son attention sur tel ou tel point, de détourner le chàtuncut sur telle ou telle tête.
Aussi l'histoire de la caricature politique estelle intimement liée à l'histoire des peuples. Tandis que les bourgeois ou les nobles écrivent des livres ou rédigent des gazettes, le peuple raconte avec un burin ses douleurs, ses joies, ses espérances et ses colères. Il se peint tel qu'n est : il représente ses ennemis tels qu'Us lui paraissent; il pose les questions brutalement et naïvement. En 1496, bien avant Luther, il voue la Rome papale à l'exécration; '. avant la Ligue, il traîne sur la claie Henri III, l'hermaphrodite. Richelieu fait trembler tout le monde, il redoute pourtant les fouets de la satire dessinée, qui ne respecte pas même la terrible majesté de Louis X.l\'. La caricatm'e aide à la Révolution, en habituant le peuple à l'idée de révolte; elle se fait prévoyante la veille du 18 brumaire, en représentant le premier consul escamotant la République sous les pyramides transformées eu gobelets. Vaincue en 1815, elle se venge en raillant les vainqueurs.
Nous ne saurions cependant avoir la prétention de soutenir que la caricature avait toujours raison. D'abord, elle était méchante, et par conséquent elle exiigérait volontiers; eusuite le désir de faire rire, de montrer de l'esprit , est une véritable passion qui a dii aveugler plus d'une fois l'artiste. Mais dans ces cas le pubhc n'était pas de son côté, ou si la nation applaudissait un moment à l'esprit, elle n'approuva pas la méchanceté.
La caricature sociale et pohtique ne fut longtemps qu'une représentation assez exacte des personnages qu'elle voulait livrer à la risée publique. Des phrases encadrées par un trait partant de la bouche d'un des acteurs de la scène reproduite, traduisaient seules comiquemcnt la pensée de l'artiste. Rarement voyait-on la caricature, fidèle à sa signification étymologique, exagérer les attitudes et les défectuosités du corps, ainsi que l'expression de la physionomie'. L'intention était tout entière dans la légende, les vêtements ou les attributs du personnage; mais avec les William IIogartL, les Goya, les Callot, la caricature atteignit tout son développement; elle devint moins naïve,