CASUS BELLI. — CAUSE ET EFFET EN POLITIQUE
prince pour succéder sur un trône voisin, d'un cliangcuiciit de forme de gouvernement, d'une vanité blessée (vanité nationale ou vanité princière) ; nous nous bornerons à indiquer sommairement les causes générales qui produisent les guerres. Ils naissent soit de la lésion des droits, soit de la lésion des intérêts d'une nation par une autre , soit aussi d'atteintes portées à la dignité nationale.
«Les droits des États, dit Kliiber (Droit des gens moderne, sect. II, cb. i, p. 208), sont lésés de la même manière que les droits des particuUers; ils le sont ou directement oj indirectement : directement, si le préjudice a été porté au corps de l'État; indirectement, s'il l'a été à quelques individus seulement, sujets de l'État, soit par quelques-uns de ses membres, quand toutefois leur gouvernement a participé d'une manière quelconque à la lésion.» L'État, aussi bien que tout bomme isolé et vivant dans l'état de nature, nous dit encore Kliiber, d'après les plus éminents jurisconsultes , a le droit de se défendre , par des actes de violence proportionnés, contre des lésions existantes ou à craindre. Ainsi un État peut se trouver lésé par le seul fait qu'un État voisin s'est agrandi outre mesure : il peut faire sortir de cet agrandissement un casus belli.
Il y a eu des cas où l'on a fait la guerre sous prétexte qu'on craignait une invasion morale , une contagion intellectuelle, une épidémie politique, ou parce qu'on prétendait les craindre ; cependant une révolution, même une rébellion, quand elles sont purement nationales, nullement accompagnées de dangers directs pour d'autres États, ne justifient pas une intervention de ces États.
Voici comment s'exprime, sur ce point, M. Bluutscbli, le Droit international codifié, g517:
« On doit reconnaître et admettre la nécessité pour cliaque État et pour cbaque peuple de se modifier suivant les besoins politiques de l'époque , au même titre qu'on doit protéger les droits historiques lorsqu'ils ne sont pas en contradiction avec les principes admis parles contemporains. En s'opposant à la formation d'un droit nouveau , on méconnaît le souffle vivant qui anime le droit , et on empêche ce dernier de progresser en même temps que la nation. On ne voit pas pourquoi \m. peuple aurait le droit de faire la guerre pour défendre la couronne de son prince, et n'aurait pas celui de recourir aux armes pour fonder l'unité nationale. Serait-ce peut-être parce qu'un Aieux parchemin a déterminé au moyen âge le droit de succession du prince, tandis qu'une suite d'événements funestes ont entravé pendant plusieurs siècles la consolidation de l'unité nationale? — Il me parait que le droit d'un peuple de recourir au besoin aux armes pour se donner la constitution qu'il réclame, pour développer SCS qualités naturelles , pour remplir sa juissiou, poiu'voir à sa sûreté, défendre son honneur, est bien plus naturel, pins important, plus sacré que les manuscrits poudreux constatant des droits d'une dvnastie.
CATHOLICISME. Voy. Église catholique.
CAUCUS. On appelle ainsi aux États-Unis certaines réunions préparatoires dans lesquelles on s'entend sur le choix d'un candidat, ou dans laquelle on soutient une opinion quelconque dans le but de la faire accepter par le parti auquel on appartient. Le mot est toujours pris en mauvaise part, parce que certains comités électoraux et les chefs de partis ont souvent abusé de ce moyen. [Voy. Conventions aux É.-U.)
CAUSE ET EFFET EN POLITIQUE. Rien ne semble plus naturel et , à première vue . plus facile , que de rapporter les faits , sinon toujours à leur cause vraie , du moins à leur cause probable , vraisemblable. Et pourtant , à chaque instant, nous voyons les hommes mettre en rapport deux faits, deux circonstances, les faisant découler l'une de l'autre , sans se demander s'il est matériellement ou moralement possible que l'une puisse procéder ou résulter de l'autre. L'erreur va même souvent assez loin pour confondre la cause et l'effet et prendre celui-ci pour celle-là. Sont-ce les lois qui font les mœurs, ouïes mœurs qui font les lois? Est-ce le gouvernement qui corrompt la nation, ou le gouvernement est-il une émanation de la nation, fait à son image? Voilà des questions — et l'on pourrait les multiplier — auxquelles on répondra bien ou mal , selon qu'on saura ou qu'on ne saura pas discerner les causes et les eficts.
On comprend que la réponse à de pareilles questions n'est pas chose indifférente; mais ce qui est encore plus important, c'est l'attention qu'on doit porter aux effets de ses propres actions (individuelles ou nationales). C'est un précepte banal qui commande de prévoir la conséquence de ses actes, tout le monde admet que cette pi'évision est nécessaire, et cependant on la néglige dans bien des cas.
Combien de fois ne se borne-t-on pas à dire : je ferai ceci, ou nous ferons cela, sans porter sa pensée au delà de son acte? Vous ferez cela, c'est bien vite dit, mais ce n'est généralement réalisable que lorsque vous vous trouvez en face de la nature morte, en face de pierres ou d'argile, alors vous pouvez aisément calculer la résistance et dire : wouiferons cela. Oui, vous le ferez, vous vaincrez la pierre et l'argile , même le fer et l'airain ; mais quand on se trouve en face d'autres hommes, on n'est pus toujours aussi sûr de réussir. Les autres hommes sont presque toujours nos égaux, et autant de fois nos supérieurs que nos inférieurs. Il est donc indispensable de changer celte phrase: nous ferons telle chose, en une autre, qui serait formulée à peu près ainsi : que feraient les autres, si nous agissions envers eux de telle ou telle façon? quel sera l'effet de notre acte? Car, et on ne doit pas le perdre de vue un seul instant, chacun de nos actes est une cause.
iXous craignons bien de prêcher dans le désert; on continuera de fermer sa frontière aux produits étrangers, et l'on s'étonnera (comme si ce n'était un effet naturel de la cause que