CAUSE ET EFFET EN POLITIQUE. — CENSURE
uous avons produite) que les autres pays en fassent autant envers nous ; on chantera mort aux Anglais , et Ton trouvera mauvais qu'on crie à ba& les Français; on s'efforcera d'affaiblir les voisins, et 'l'on se mettra en colère lorsqu'à leur tour les voisins cherchent à vous affaiblir. Nous réclamons la liberté, et nous ne pouvons comprendre que nos concitoyens s'en servent également, nous trouvons naturel d'en jouir seuls et d en priver ceux qui pensent autrement que nous. Et nous pourrions multiplier les exemples , si nous voulions sortir des généralités applicables à tous les pays pour citer des faits spéciaux, déterminés. Mais à quoi bon? S'habituera-t-on davantage à se mettre par la pensée à la place des autres, s'apercevra-t-on davantage de la poutre qu'on a dans l'oeil, appliquera-t-on davantage ce précepte d'or, de ne pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'on vous fit? En un mot, recherchera-f-on plus sérieusement les causes, prévoira-t-on plus allcntivement les effets? IVous n'oserions attribuer à notre enseignement un résultat que l'expérience ne produit pas toujours. M. B.
CAUTION. Votj. Détention préventive.
CÉLIBAT. A différentes reprises on a pu voir, dans le même pays, la religion glorifier le célibat, en faire une vertu, une chose qui plait à Dieu , et la loi civile le flétrir, le stigmatiser , le soumettre à un impôt , l'exclure de certains honneurs ou dignités. Noiis n'avons pas à juger ici ce que telle ou telle Église peut prescrire à ses fidèles ; c'est une affaire de discipline intérieure, et nous ne uous reconnaissons pas le droit d'intervention. Mais en politique ou en administration et finances, toute différence entre les pères de famille et les célibataires est injuste et repose sur des vues fausses. Le législateur espérait quelquefois pouvoir pousser au mariage , oubliant que l'homme qui ne cède pas à la puissante loi naturelle qui fait désirer le mariage à fout adulte, et même aux adolescents, a des raisons assez fortes pour résister à quelques dispositions financières ou autres semblables. Nous disons qu'il est injuste de faire du célibat un délit, car plus d'un évite le mariage pour cause de santé; d'autres, parce qu'ils ont des charges de famille, qu'ils doivent soutenir, par exemple, de vieux parents, etc.; d'autres encore par d'autres motifs tout aussi louables, et loin de punir ces célibataires, on devrait plutôt les honorer de ce qu'ils aient pu faire taire un penchant que la nature a rendu si énergique. Du reste, nous comprenons — sans justifier, bien entendu , — les mesures qui favorisent le mariage dans les contrées neuves, comme si la facilité d'élever une famille n'était pas un encouragement qui dispense de tout autre; mais dans les contrées très-peuplées, il serait difficile de modifier convenablement ces lois. Quisaits'ilne viendra pas un moment où l'on songera plutôt à favoriser le célibat pour arrêter, s'il est possible, le flot montant de la population ? M. B.
CELTES. Foy. Races.
CENS, CENSITAIRE. Vo!/. Élection. Proportionnalité, Représentation nationale, Suffrage universel.
CENSURE. Ce mot, qui figure encore dans notre vocabulaire politique , à la fois comme l'antithèse de liberté et comme une protestation muette du mot progrès , est loin d'avoir la signification qu'il a eue longtemps. Il ne dit plus cette institution pleine de prévoyance, sorte de magistrature pieusement exercée, derrière laquelle s'abritèrent les sociétés grecque et romaine. Ce n'est plus ni la censure qu'Athènes appelait la gardienne des lois ou la gardienne des /««'^o-*; ni celle que Sparte confiait aux vieillards; ni celle que Rome établit d'abord comme une fonction administrative (répartition des taxes, cens), et plus tard, comme une haute juridiction sociale. La censure a été l'un des plus puissants éléments de la force civilisatrice du peuple romain, car cette force , comme le dit Montesquieu , « consistait dans la discipline, l'austérité des mœurs et l'observation constante de certaines coutumes ». Les censeurs s'attachaient à corriger les abus que la loi n'avait pas prévus ou les fautes que les magistrats ordinaires ne pouvaient punir.
L'histoire nous a appris par quelles phases agitées passa la censure romnmo. Les plus beaux noms de la grande République figurèrent d'abord sur les listes des censeurs. Mais quand l'autorité, tombant aux mains du despotisme , descendit la pente rapide qui devait la conduire à sa ruine, la censure, qui avait été la dernière à céder au courant, fut bientôt la première à précipiter le mouvement social vers une complète décadence. C'est alors qu'elle ne perdit pas seulement son caractère d'institution purement morale; elle dégénéra jusqu'à la comphcité avec le pouvoir qu'elle était chargée de contrôler aussi bien qu'elle contrôlait le peuple. Elle resta une auxiliaire de la tyrannie , quand on ne vit pas ses membres en devenir les premières victimes.
Une distinction très-nette et qui nous rapproche de la censure moderne , peut s'établir entre les magistrats de la République romaine et les censeurs de l'époque des Césars. Les premiers avaient été indépendants et dégagés par eux-mêmes de tous les liens du pouvoir politique exécutif; les autres apparaissent uniquement comme les instruments de l'autorité , investis bien plus du droit de persécuter que de protéger. Dans leurs fonctions, devenues secondaires, les titulaires flattaient les vices du peuple pour abriter les excès des gouvernants, et tout leur zèle consistait à déployer autant d'empressement à encourager le mal , que leurs prédécesseurs avaient mis de sévérité à le châtier.
Les censeurs de la décadence dénonçaient, accusaient ou condamnaient les hommes qui , par leurs vertus ou leurs opinions , faisaient ombrage au pouvoir. Remises plusieurs fois