‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 156 sur 557 · CENSURE · texte numérisé non relu

CENSURE

, spus font aboudr à l'avènement de Charles X.

fÀ'ce moment, on vit les censeurs suspendus.

^ Celte trêve n'eut pas de durée. Bientôt réinstal-

tlàe, la censure reçut une organisation nou-

' Telle qui appela daus les bureaux ministériels

de hauts fonctionnaires et des hommes de

lettres, quelques-uns, parmi ces derniers,

connus et aimés du public.

Mais rien ne put faire que le mécontentement du public n'augmentât, en raison même des eiTorts de l'autorité pour dissimuler ses tendances inquisitoriales. L'opinion confondit un jour (outes les fautes et tous les abus, les excès de l'arbitraire politique et les excès de la répression préventive , et les ordonnances de juillet 1830 amenèrent une révolution, monceau de ruines , sur lesquelles s'éleva la Charte restaurée, dont l'article 7 porte ces mots lisiblement écrits: « La censure ne sera jamais rétablie!.. » Elle fut cependant maintenue pour les images et les œuvres dramatiques. La révolution de 18i8 la supprima, et le second Empire la rétablit dans la proportion qui lui parut nécessaire après une appréciation personnelle du troible des esprits, de l'agitation des intelligences et du « désordre des partis «. L'autorité de fait, issue de la révolution du 4 septembre 1870, a, à son tour, aboli la censure théâtrale et littéraire; mais si les services publiquement installés au ministère ùe l'intérieur pour les livres ont été supprimés , si le personnel de ces services a été dispersé, il n'en a pas été absolument de même pour les théâtres , placés sous le contrôle administratif du ministère de l'instruction pub'iquc et des beaux-arts. Dans ce ministère ont été maintenus des « inspecteurs » , sous les yeux desquels passent les manuscrits, et qui ont mission en outi'e d'assister aux premières répétitions. Quant au colportage, nous nous bornons à renvoyer à ce mot.

Si donc nous jugions de l'utilité de la censure d'après sa durée, son ancienneté et d'après le.s précautions prises par un régime d'origine révolutionnaire et partant libérale, nous aurions à nous prononcer pour son maintien. Une institution qui date d'aussi loin, diront les esprits superficiels , doit être nécessiiire. Nécessaire, oui, si comme le philosophe on accepte tout ce qui est, ou si quelque raisonnement spécieux faisait admettre qu'en dépit des résistances censoriales , la marche de l'esprit humain s'est régulièrement accomplie à travers les siècles, stimulée peut-être au heu d'être suspendue par la résistance. Mais on doit jeter un voile sur le passé d(! la censure, en même temps que sur les conditions sociales daus lesquelles elle a pu longtemps s'exercer. Les temps ont changé et avec eux les nécessités et les périls. Les dangers qu'on voulait prévenir ne sont plus ou à redouter ou à combattre; ceux que la société déplore encore avec les maux qu'elle endure demandent d'autres soins et de nouveaux procédés. Les moyens les plus sûrs et les spéciliques les plus puissants, nous les trouvons dans le goiit public , dans le bon sens toujours éveillé, dans l'iulclligence

commune à toutes les classes, disons enfin dans l'instruction populaire, trop incomplète peut-être encore, mais assez générale cependant pour fournir des armes contre toutes les productions des imaginations malsaines.

Sans rien exagérer, nous pensons, en un mot, que la censure serait mieux placée de nos jours et plus naturellement aux mains du public. S'il est impossible de l'enlever absolument à 1 autorité qui a charge d'esprits, elle peut être partagée pour être mieux et plus lial)ilement exercée dans maintes circonstances.

La question est , nous ne l'ignorons i)as , fort controversée. Les partisans de la hbcrté absolue trouvent des adversaires qui rempliraient un volume de preuves à l'appui de leur thèse. Ce volume, beaucoup l'ont déjà écrit. Mais que n'écrirait-ou pas aussi à l'appui de la thèse contraire, à commencer par la citation des procès-verbaux de l'enquête ouverte il y a dix ou douze ans pour la censure des œuvres de théâtre? De même qu'il fut alors hautement démontré que l'auteur dramatique et son interprète peuvent facilement par un mot ou par un geste déjouer la perspicacité des censeurs , de même on démontrerait par d'innombrables exemples qu'en matière de politique et de littérature la censure iite politique ou la censure des mœurs peuvent également se trouver en défaut. Mais ce qu'aucune habileté ne déjoue, ce qu'aucune l'usc n'égare, c'est le bon goût et le bon sens. En admettant même que tous deux.un jour, se laissent prendre aux tlatleries d'un auteur coupable ou aux charmes d'un poëfe éloquent, l'heure du réveil ue tarde pas à sonner, et la réaction est terrible pour ceux qui ont eu un moment de triomphe immérité. Si, dans les cataclysmes politiques, l'esprit public troublé, bouleversé par la soudaineté des événements , laisse passer de violentes insultes aux principes fondamentaux de notre société; s'il s'associe même au succès passager de ces décevantes théories qui ont toujours une plume expérimentée pour les traduire, le calme rentre bientôt dans toutes les tètes et dans tous les cœurs , et alors s'accomplit en plein jour un sacrifice, que l'autorité serait impuissante ou maladroite à consommer elle-même. C'est le public qui brûle ce qu'il a adoré; c'est lui qui sépare le bon grain de l'ivraie, et rarement il néglige de prendre le bon grain. Oui sait s'il ue le repousserait p^s des mains de l'autorité pour recueiUir l'ivraie?

Encore une fois, nous n'entendons pas que le pouvoir se dessaisisse de ses droits et qu'il abandonne ses devoirs; il a besoin de protéger et de se protéger hii-même. Mais à quoi doivent tendre ses clforts? A donner de plus en plus à la société la conscience de ses propres dangers et la force de les prévenir. Il faut habituer peu à peu l'enfant à marcher seul. 3iofre éducation sociale a un vice que le temps aurait dû déjà détruire. iS'ous ne savons encore ni nous gouverner nous-mêmes, ni travailler par nous-mêmes; l'esjjril d'entreprise nous fait défaut, cl daus l'ordre économique nous ig!)orons ce que c'est que l'initiative individuelle. Faul-il

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