CHANCELIER
Francs, qui depuis la conquôte des Gaules au cinquième siècle se réunissaient en armes aux premiers jours du printemps, et, suivant la coutume apportée des forêts de la Germanie, délibéraient, avec leur clief, sur les afîaircs de l'État. Tout guerrier, tout liomme libre devait participer à ces assemblées.
On a, dans les temps modernes, appelé champ de Mars certains lieux consacrés aux exercices militaires. Paris , ainsi que beaucoup d'aulres villes, a son champ de Mars. Ce n'éiait encore, en 1770, qu'un terrain occupé par des maraichcrs. A cette époque , on y traça un immense parallélogramme, de 1,000 mètres de longueur sur 500 mètres de largeur.
Destiné alors aux élèves de l'école militaire, on lui donna le titre de champ de Mars. Le physicien Charles y fit, en 1783, la première expérience aérostatique. Cette immense place fut le (héàtre d'un grand nombre d'événements importants. On y célébra la fédération du 14 juillet 1790. Le général Lafayette fut chargé de tout le soin de la fête, et nommé chef de la fédération en sa qualité de commandant de la garde parisienne. Celle fête eut un caractère de véritable grandeur. Quatre cent mille spectateurs remplissaient les amphilhéàtres latéraux : au centre s'élevait un mag:nifique autel de la patrie. Le roi et la cour assistèrent à celte importante cérémonie. L'évêque d'Autun célébra la messe , sur un autel élevé dans le champ de Mars. L'enthousiasme fut général.
Kous ne retracerons pas ici toutes les cérémonies publiques qui eurent lieu au champ de Murs. Citons néanmoins quelques faits : le 10 nivôse an 11, on y célébra l'abolition de l'esclavage, et le 1" vendémiaire an Vil, eut lieu dans le même champ de Mars la première exposition de l'industrie française. Le 3 novembre 1804, l'empereur Kapoléon I" fit au champ de Mars la distribution Ag ses aigles, et le I'^'' mai 1815, on y proclama l'acte additionnel aux constilutions de l'Empire. Le roi Charles X, en 1827, y passa une grande revue de la garde nationale parisienne. Des cris de: A bas les ministres, s'étant fait entendre au moment du défilé, les ministres demandèrent au roi le licenciement de la garde nationale de Paris, et Charles X y consentit.
En 1837, le champ de Mars fut le théâtre d'un déplorable événement. A l'occasion de la fête donnée par la ville de Paris pour célébrer le mariage du duc d'Orléans, cette place fut choisie pour représenter la prise de la citadelle d'Anvers. Des fortifications en terre avaient été préparées pour ce but, et devaient être enlevées dans un combat simulé. Des précautions avaient été prises par l'autorité militaire et par la police, afin que les feux n'atteignissent aucun speclateur. Cette petite guerre se termina en efict sans accident; nrais bientôt des cris sinistres, parfis de diirércnts points, vinrent jeter l'cirroi dans une foule composée de plus de deux cent mille personnes. Elle s'ébranle, se heurte, se pousse en tous sens, une horrible confusion est partout, on se précipite vers les issues qui sont encombrées, cl un
grand nombre de personnes sont étouffées et foulées aux pieds. En 1848, diverses fêtes publiques ont également été célébrées sur ce vaste terrain; enfin, en 18G7 on a pu y admirer l'exposition internationale la plus grandiose qu'on avait vue jusqu'alors.
Le champ de Mars, dans rorigine, avait été destiné aux élèves de i'école militaire; mais depuis que les élèves de cette école ont été transférés hors Paris, il sert principalement aux fêtes publiques et aux manœuvres de cavalerie et d'infanterie. Son nom, et même son sol, ont éprouvé des changements amenés par les événements politiques. Ainsi après la fête mémorable qui y fut célébrée le 1 4 juillet 1790, il fut nommé Champ de la fédération. Il reprit plus tard le nom de champ de Mars, qu'il a conservé depuis. R — z.
CHANCELIER vient du latin cancellarius.
Dans les derniers temps de la puissance romaine , on donnait ce titre aux secrétaires impéiiaux, qui, lorsque l'empereur rendait la juslice, se tenaient à la barre [cancelli) de son prétoire. Au moyen âge le chanceherfut l'ofiicier de cour le plus important et le premier fonctionnairepublic du souverain. 11 était chargé de l'expédition des ordonnances et rescrits du prince, et, à cet ellet, on lui confiait ordinairement la garde des sceaux.
En Allemagne, la charge d'archi-chancelier de l'empire fut, de bonne heure, réunie d'une manière permanente à l'électoral de Mayence, tandis que les deux autres électeurs ecclésiastiques eurent, celui de Cologne, l'archi-chancellerie d'Italie, et celui de Trêves, celle de Bourgogne; c'étaient, pour ces deux derniers, de simples titres honorifiques. L'archi- chancelier d'Allemagne était de droit directeur de l'assemblée des États de l'empire et chef de toutes les chancelleries inférieures. L'archichancelier avait en outre le droit de se donner un suppléant, qui portait le titre de vice-chanceher, résidait à la cour de l'empereur, et fonctionnait conune ministre de l'empire.
Vers la fin du moyen âge, presque tous les princes souverains instituèrent des chanceliers, dont les attributions furent très-diverses, bien que, la plupart du temps, elles se rattachassent à celles de chef de cour de justice ou d'administration supérieure.
Le roi de Prusse Frédéric II nomma grandchancelier (Grossicaiizler) et chef de la justice l'illustre Cocceji, qu'il chargea de réformer la législation et les tribunaux. Ce premier grandchanceher eut quelques successeurs, mais au commencement du siècle, la charge fut supprimée. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III revêtit du titre de chanctiier d'État [Staatskanzler) le prince de llai'denberg et le constitua son premier ministre; mais ce haut fonctionnaire n'eut point de successeur.
En Autriche, la dignité de chancelier de cour et d'État [llof- undSlaatshnnzIer) fut créée pour le prince de Kaunitz. Plus tard elle fut conférée au prince de Mctiernich, qui avait concentré dans ses mains la direction suprême de toutes