‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 162 sur 557 · CHARTE. — CHARTISTES · texte numérisé non relu

CHARTE. — CHARTISTES

tion, le prince n'exerce généralement pas d'influence sur sa rédaction : comme c'est à prendre ou à laisser, il trouve le plus souvent qu'il vaut mieux prendre. Mais on a des exemples du contraire; l'histoire a en eJTet enregistré quelques cas de refus de s'asseoir sur un trône.

Ou pourrait faire encore d'autres rapprochements , mais il serait difTicile de formuler des règles, les cas ayant trop peu de resseml)lancc pour être réunis aisément sous une même rubrique. Nous avons essayé quelques rapprochements dans d'autres articles. [Voij., par exemple, Bureaux.)

Quant aux chartes et constitutions de la France, ou en trouvera l'analyse aux mots Constitutions françaises ivoy. aussi Régime constitutionnel, Gouvernement, Représentation nationale, etc ). Les constitutions des autres pays se trouvent aux articles consacrés à chaque État en particulier. M. B.

CHARTISTES. C'est le nom donné pendant un certain nombre d'années aux démocratessocialistes anglais. Dans fous les pays, de nombreux individus sont condamnés à gagner péniblement leur vie et l'entretien de leurs familles. Souvent cette situation stimule leur activité et les excite à de grands efTorts (poverty is the mother of invention) , quelquefois aussi cette lutte contre la misère ne produit que le découragement. Celui-ci, à son tour, a pour résultat, ou un penchant au mysticisme qui fait naître ce genre d'idées qu'on appelle utopiquc, •ou simplement des sentiments d'envie et de haine contre ceux qui possèdent. Ces deux résultats, si ditTérents, on peut même dire opposés, du découragement, ont le même effet pratique: ils inspirent le désir de changer l'organisation de la société. De là le nom de socialistes. Seulement , l'utopiste est en général doux , bienveillant pour tout le monde, sentimental même, il espère persuader et croit au triomphe pacifique de sa panacée ; l'envieux, \q parlarjeux, au contraire, ne recule pas devant la violence : le chemin qui le conduit le pkis vite au but, lui parait le meilleur. Les uns et les autres oublient que l'organisation sociale existante n'est pas l'effet du hasard, mais de la nature humaine, qu'elle peut être amendée dans ses détails, mais qu'elle reposera toujours sur une combinaison de l'égoïsme et de la sympathie , ou de l'intérêt privé et de l'intérêt général. Or, cette combinaison est d'une complication telle, qu'il n'est pas donné à un cerveau humain, quelque vaste qu'il soit, d'en embrasser tous les fils, qu'il a fallu des millions de générations pour en marier la chaîne et la trame.

Cela est si vrai, que les mécontents — utopistes ou envieux, bienveillants ou méchants — ont varié souvent leurs 'demandes. Ils ont rarement cherché en eux-mêmes, dans leur inactivité, dans leur inintelligence, la cause de leur misère. 11 n'y a que le sage qui s'en prenne à lui-même quand il ne réussit pas; et les .^ages sont peu nombreux! C'est en dehors d'eux qu'ils ont vu les défauts à corriger. En Angle-

terre spécialement , ce sont les privilèges politiques qu'ils ont attaqués tout d'abord. Ainsi, dans la réunion tenue à Birmingham, le 6 août 1838 , l'un des chefs du mouvement populaire. Lovet, ancien menuisier, cafetier, libraire, proposa la Charte du peuple (the people's charter), qui donna son nom au parti, si parti il y avait. Cette charte , jointe à une pétition adressée à la chambre des communes, demandait les points suivants : le vole secret, un parlement annuel; la suppression du cens électoral, division des territoires en districts électoraux d'après le chiffre de la population, rémunération des députés. On le voit, il n'y avait là Cfue des demandes politiques. En France, les ouvriers savent par expérience qu'il n'y a aucun rapport entre le mode des élections et le taux des salaires.

Le comité de la Working men's association (société d'ouvriers) se réunit à Londres , en 1839, pour compléter cette charte et la présenter à la chambre. Le nouvel acte contenait trente-neuf articles, et déjà des exigences d'une autre nature s'y font jour. Outre les points que nous venons d'indiquer, on y demandait un impôt sur le revenu, Fabolition des nouvelles lois sur les pauvres, la diminution des charges fiscales, etc. La pétition fut rejetée dans la chambre, en juillet 1839. par 235 voix contre 46. Les membres du comité ne se tinrent pas pour battus; mais tandis que quelques-uns d'entre eux (le parti de la force morale) continuèrent de préférer les voies pacifiques pour arriver à leur but, d'autres (le parti de la force physique) fomentèrent des insurrections qui furent toutes comprimées sans peine, mais non sans effusion de sang.

Les agitateurs pacifiques se bornèrent à présenter au parlement , en 1841, une pétition monstre, avec — prétend-on — 1,300,000 signatures, mais sans succès. Pendant l'époque où Fassociation pour la réforme des lois sur les céréales agita le pays, les working men passèrent à Farrière-plan ; mais la révolution de Février leur donna, pour un moment, une nouvelle vie, et une pétition monstre — on lui attribua 5,7G0,000 signatures — fut présentée aux communes, mais le parlement ne fit pas à cette pétition meilleur accueil qu'à la première. [Voy. les Speeches de Macaulay.)

Il y eut des menaces de troubles; mais quand les chartistes virent les habitants arriver en foule pour se faire inscrire comme constables (et parmi eux le prince Louis-Napoléon — Napoléon 111), et que lors de la grande manifestation les bourgeois se tenaient à leur porte, chacun avec un gourdin à la main, ils se dispersèrent tranquillement et la manifestation n'eut pas de suite.

La suppression des lois sur les céréales et la prospérité industrielle devinrent un dissolvant puissant pour Fassociation des chartistes: ils sont remplacés maintenant par l'Internationale [voy.), peut-être, du moins dans une certaine mesure, par les Tradcs-V nions; mais les classes supérieures et moyennes de l'Angleterre ne paraissent craindre aucun danger de

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