CHEMINS DE FER. — CHEVALERIE
à tous et des institulions appropriées aux besoins nouveaux. A. Audiganne.
Comparez: Passe-port, Science, Vapeur.
CHEVALERIE. Ce n'est pas le moyen âge qui a iiitroiliiit le nom des chevaliers dans la langue politique. Les petites cités de la Grèce et la république romaine avaient leurs chevaliers, qui formaient un ordre dans l'État, et qui n'étaient i>as, à certains égards, sans quelque analogie lointaine avec les chevaliers du )noyen âge. Quant à l'esprit chevaleresque, mobile désintéressé des vaillantes prouesses et des aclioDS héroïques, on le rencontre à la fois dans les temps et dans les pays les plus divers; il caractérise une période particulière dans la vie de la plupart des sociétés humaines, celle pendant laquelle elles passent de la pure barbarie à une civilisation plus raffinée, et où, conscrvani encore en partie la sauvage grandeur de la première, elles commencent à s'orner des grâces de l'autre. L'esprit chevaleresque, par exemple, jette quelques lueurs chez les Arabes avant Mahomet. M. Ampère le signale dans les poèmes du Radjastan. »Le modèle de lu chevalerie dans sa forme la plus générale», selon Hallum, «c'est l'Achille d'Homère», et Heeren voit, dans Godefroy de Bouillon, l'Agamemnon d'une armée qui, dans les Tancrède, les Raymond, les Boemond, avait ses Achille, ses Diomède et ses Ulysse. La Grèce enfin, au temps de sa splendeur, concevait le personnage d'Hercule comme une sorte de chevalier errant et de redresseur de torts. Jlais le régime féodal a seul suscité et possédé la chevalerie, c'est-àdire le complet développement de l'esprit chevaleresque dans une institution qui lui est propre. Qu'est-ce donc que la chevalerie, «le système merveilleux de la chevalerie» , pour parler coinnic Montesquieu, «la meilleure école de discifiliiie morale que produisit le moyen àgC", selon Hallam, « le plus grand fait moral et social des temps modernes», ajoute M. Ampère, "entre l'établissement du christianisme, qui l'a produit, et l'explosion de la Révolution française qui a achevé de le tuer?» Il n'est pas facile de répondre à cette question, et bien des causes, que je ne puis indiquer ici, ont contribué à jeter la confusion dans ce sujet. Distinguons d'abord deux chevaleries diiï'érentes. Lune, c'est la chevalerie primitive et héréditaire. Elle se confond avec la féodalité ou plutôt c'est la féodalité armée elle-même. C'est la militia proprement dite. Vancien ordre. Elle se compose des anciens vassaux de la couronne, qui tous relevaient d'elle directement avant que la hiérarchie féodale fût définitivement constituée, des gentilshummes titrés depuis les ducs jusqu'aux biirons. Ce sont les milites per nain mm , generositate sanguinis, les Riches hommes, en Espagne. Ricoshombres, Ricoshomhresdc nutura. Celte chevalerie avait aussi ses eciiyers. valets, varlets ou vassalets, éciiyers de naissance également, et du titre de leur fief, pour kfjuel ils devaient un service particulier. C'étaient des arrière-vassaux nés de la multiplication des fiefs vers la fin de la
seconde race , nobles pourvus de bénéfices par les grands barons, hommes libres, propriétaires allo.liaux, qui entrèrent postérieurement dans les cadres de la féodalité lorsque celle-ci étendit sou réseau sur tous les possesseurs du sol.
L'autre chevalerie est la nova militia, le milituris honos, opposé au gcnus mililare, le mililiœ cingulum, l'Ordre de Chevalerie, la Chevalerie de l'honneur, de la colée, de l'accolée ou de l'accolade. Celle-ci est personnelle et non plus héréditaire, et tend de plus en plus à être considérée comme la récompense de la valeur et de la vertu. Elle se recrute d'abord parmi ces vassaux que je nommais tout à l'heure, ces nobles de rang inférieur , ces écuyers , qui pouvaient y être admis sans que leur fief changeât pour cela de nature, et qui s'élevaient ainsi personnellement dans la hiérarchie féodale. Elle recevait encore dans son sein les chevaliers héréditaires, chevaliers désignés mais non accomplis, tant qu'ils n'avaient pas atteint l'âge de porter les armes, dont la dignité était acquise mais différée, et avait besoin d'être sanctionnée par une investiture solennelle. Amesnre d'ailleurs que l'Ordre jetait plus d'éclat, il était plus honorable pour eux d'y entrer , et de devoir à leur valeur ce qu'ils pouvaient réclamer du droit de leur naissance.
C'est de cette seconde Chevalerie que je dois dire ici quelques mots. Son berceau, comme celui de toutes les grandes institutions, est entouré d'obscurité. Elle naquit en France, «la terre classique de la Chevalerie» (Hallam). Elle se forma dans l'ombre , spontanément , sans dessein prémédité, développement naturel de germes divers déposés dans la société moderne, et quand elle apparut pour la première fois, elle existait depuis longtemps. Quelques éléments empruntés aux moeurs, aux traditions et aux sentiments de l'ancienne Germanie, en fournirent le fond militaire et comme la substance; la religion bientôt s'en empara, aspira à la diriger vers un but noble et moral, et a en faire un instrument d'ordre et de réparation. La galanterie à son tour, le culte des daines, l'amour, avec la poésie pour escorte, la marqua de son empreinte de plus en plus profonde, lui donna sa grâce, son éclat, son tour original, sa politesse, à la fin domina et couvrit tout, et laissa dans l'histoire cette trace lumineuse qui nous signale la Chevalerie.
C'était, dans les forèls de la Germanie, une vieille coutume dont Tacite porte témoignage, que le jeune homme arrivé à l'âge de porter les armes reçût, solennellement, dans le conseil de la trihii, de quelque chef, de son père ou de l'un de ses proches, le bouclier et la framée. Cette coutume ne fut jamais abandonnée par les conquérants germains. On en voit la trace pendant toute la durée de la première et de la seconde race. Quand la féodalité s'est constituée, la cour du château féodal remplace le conseil de la tribu; le seigneur dominant remplace le chef barbare, et il confère la dignité nouvelle non pas à son fils seul, mais