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CHEVALERIE

aussi aux jeunes vassaux élevés dans l'intérieur de la maison, et qui tiennent à honneur de la recevoir de la main de leur suzerain, au milieu de leurs compagnons... au fond c'est le même fait. Voilà la Chevalerie; elle consiste essentiellement dans l'admission au rang et aux honneurs des guerriers, dans la remise solennelle des armes et des titres de la vie guerrière, c'est par là qu'elle a commencé (Guizot). Dès le neuvième siècle , quelques riles religieux se mêlaient à cette investiture, et vers la fin du dixième, la cérémonie était déjà, dans ses traits principaux, ce que nous la voyons plus tard. Bientôt les croisades donnèrent à la Chevalerie un élan incomparable. Elles en développèrent tous les germes, et en firent une institution religieuse, vouée surtout à la défense de la foi. Au douzième siècle, la Chevalerie, solidement constituée, s'était répandue de la France dans tous les États de l'Occident, en Angleterre, en Allemagne, en Ifahe, en Espagne, où elle eut des fortunes diverses, et où, quoique toujours identique pour le fond, elle revêtit des caractères quelque peu différents; elle avait un moment pénétré même en Orient, où elle ne trouva pas un sol favorable, et où elle n'eut qu'une existence de courte durée.

Je n'insisterai pas sur l'éducation que recevait le jeune homme pour mériter l'honneur de la Chevalerie. On sait qu'enlevé dès l'âge de sept ans à la direction des femmes, il passait successivement chez le suzerain de son père, ou dans la demeure de quelque illustre chevalier , sept années comme page et sept années en qualité d'écuyer, chargé de fonctions serviles auxquelles les peuples d'origine germanique n'attachaient aucune idée de flétrissure. C'était habituellement, au moins dans les premiers temps, à vingt et un ans, âge de la majorité des nobles, que l'écuyer recevait l'Ordre; quelquefois, grâce à son haut rang, ou à une valeur déjà signalée, il pouvait devancer cet âge; plus souvent il différait le moment de ceindre le baudrier , ou même il y renonçait tout à fait, soit qu'il attendit une action d'éclat pour rendre sa chevalerie plus honorable, soit que sa pauvreté ne lui permit pas d'en supporter les charges. Au début sans doute, l'Ordre était conféré presque exclusivement, comme nous l'avons vu, par les mains du seigneur dominant, et dans les murs du château féodal; aussi les écrivains du moyen âge aimaient-ils u comparer l'investiture des armes à celle du flef, à rhommage, ou encore au sacrement de la prêtrise; plus tard, et à mesure que la Chevalerie desserrait les liens qui la rattachaient à la féodalité , on choisit pour l'armement des chevaliers, l'époque des grandes solennités pubUques, des tournois, des fêtes données à l'occasion des couronnements des rois, des baptêmes ou des mariages des princes. Selon le goût du temps, les cérémonies qui accompagnaient la création d'un chevalier avaient un caraclère profondément symbolique; elles retraçaient, dans des rites nobles et poétiques, les travaux et les devoirs de sa nouvelle carrière; variables dans les détails accessoires,

selon les pays et selon les temps, elles con« servôrent, tant qu'elles furent pratiquées, leurs traits essentiels. Quand l'écuyer avait pris le bain, qu'il avait accompli la veille des armes, on lui confiait les armes qu'il était appelé à illustrer, et particulièrement l'épée et la lance, marques principales de sa dignité; puis le parrain chargé de l'introduire dans l'ordre le frappait sur le cou du plat de son épée ; c'était la colée ou l'accolade. Désormais le nouveau chevaher était adoubé, adopté, oViespouse, comme on disait encore. Le prêtre intervenait à son tour ; dans un discours de circonstance, il rappelait au récipiendaire les obligations qu'il venait d'accepter, et auxquelles celui-ci, par un serment solennel, jurait de rester fidèle. Il promettait d'être le défenseur du droit, le protecteur des faibles, des veuves, des orphelins, des opprimés, « humble à non puissants », vaillant, loyal, doux, courtois, généreux et modeste, de garder sa parole, d'aimer la vérité^et de pratiquer la justice. Le moyen âge, en effet, conçoit le chevalier comme le type accompli, l'idéal du noble et du guerrier. Il accumule en lui toutes les vertus, toutes les qualités, foutes les grâces dont il compose la perfection morale de l'homme des classes élevées. Ce n'est qu'un idéal sans doute, que personne ne pouvait atteindre; quelques-uns, seulement, les meilleurs, cherchaient à en approcher; le plus grand nombre n'en avait nul souci; et cependant il sutTisait qu'il restât gravé dans l'imagination des hommes de ce temps, pour relever, dans une certaine mesure, le niveau des caractères, pour empêcher de s'eiïiiccr le sentiment du droit et de l'honneur dans cette société en proie à la force et à la violence, et c'est surtout peut-être aux chevaliers du moyen âge qu'on peut appliquer ces paroles dont M. Renan caractérise les peuples de souche indo-européenne : "Ce fut une race capable de dévouement, et préférant beaucoup de choses à la vie. »

La Chevalerie n'était pas toujours conférée avec les cérémonies dont J'ai essayé de donner une idée; souvent, et surtout dans les dernière temps , les chevaliers étaient créés en grand nombre, soit avant lu bataille pour exciter leur valeur, soit après pour les récompenser. L'accolade alors suffisait presque seule. Peu à peu cette coutume prévalut et au quinzième siècle les rites solennels de \ adoubement ki'ix&Vii complètement oubliés.

L'éducation du chevaher cependant n'était pas terminée quand il ceignait le baudrier. Pendant la guerre il l'achevait sur le champ de bataille, cela va sans dire; pendant la paix, if se perfectionnait dans des exercices militaires variés, qui embrassaient toutes les parties de la guerre telle qu'on la faisait alors : la joute, ou course de la lance, quelquefois à fer émoulu, plus souvent à armes courtoises, toujours dangereuse et meurtrière, le combat à l'épée , à la hache, à la dague, le combat en ligne, le combat à la foule ou trépignée, le pas d'armes, défense de défilés , de gués ou de ponts , les caslilles, simulacres d'attaque ou de défense dos places , les luttes dans les mines ; la

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