‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 167 sur 557 · CHEVALERIE. — CHILI · texte numérisé non relu

CHEVALERIE. — CHILI

riciircs qui distinguaient les rangs étaient effacées; les sentiments, se subtilisnnt de plus en plus, prenaient je ne sais quoi d'atTccté, de faux et de prétentieux; l'amour des dames , la galanterie était devenue une sorte de folie spéciale et superficielle, qui ne trouvait plus pour se manifester que des extravagances puériles empruntées aux plus fades imaginations des romans dont la vogue semblait s'accroitre tous les jours, à mesure que disparaissait la société dont ils prétendaient conserver l'image, et que les grands railleurs qui ouvrent les temps modernes, Rabelais, FArioste, plus tard Cervantes, livraient à leur verve impitoyable ou indulgente les béros si cbcrs aux vieux âges, leurs coups portaient sur cette littérature décrépite bien plus que sur une institution éteinte désormais.

Cette dernière période de la Chevalerie cependant produisit des héros, comparables, pour la grandeur de leurs prouesses et pour la noblesse de leur caractère, aux plus grands du passé: Walter Manuy, John Cliandos , puis Talbot et Suffolk en Angleterre; DuGuesclin et Loucicaut, puis Lahire, Dunois et Xaintrailles en France ; Biiyard enfin, qui fut à peu prés le dernier. François I^"", à la journée même de Marignan, et quand il venait de recevoir Taccolade du chevalier sans peur et sans reproche, s'excusait d'offrir la chevalerie au maréchal de Fleuranges: «Je sens bien, lui disuit-il , que, en quelque bitaille que vous ayez été , ne Toulustes être chevalier: je l'ai aujourd'hui esté; je vous prie que le veuillez estre de ma main.» Un peu plus tard, en 1590 , Henri IV semblait prendre un détour et un prétexte pour armer Sully chevalier. Il lui disait : « Je veux vous embrasser et déclarer vrai et franc chevalier, non tant de l'accolade tel que je TOUS fais à présent , ni de Saint-Michel, ni du Saint-Esprit, que de mon entière et sincère affection.» Qu'avait-on besoin alors, en effet, de demander au roi la chevalerie? On la prenait soi-même, et tout gentilhomme d'ancienne noblesse qui avait compté des chevaliers parmi ses ancêtres, y avait un droit généralement reconnu. Le nom de chevalier était devenu peu à peu le dernier tilre de la noblesse, après celui de baron. La vogue s'élait depuis assez longtemps déjà tournée vers les Ordres de chevalerie de cour, qui vers le quinzième siècle avaient commencé à briller d'un vif éclat. Les ambitions et les convoitises s'adressaient désormais aux cordons et aux croix qui leur servaient d'insignes. Je n'ai pas à m'en occuper icL Je devais me borner à indiquer dans ses traits principaux l'histoire de la Chevalerie militante. La Chevalerie triomphante a sa place ailleurs. (Voy. Ordre de Chevalerie )

A. RAnuT.\ux.

Comparez: Féodalité.

CHIFFRE. Vo>j. Déchiffrement.

CHILI. Cette contrée, sous la domination csp;ignolc, formait, à côte des vice-royautés de Grenade, du Pérou et de la Plata, une capi-

tainerie générale placée sous l'autorité d'un officier ayant rang de lieutenant général, président, gouverneur, et capitaine général du royaume de Chili.

Les funestes événements qui bouleversèrent l'Espagne pendant la seconde moitié du règne de IN'aiioléon I*^'' avaient déjà eu leur contre-coup dans le continent américain, lorsque l'esprit nouveau franchit les Andes et vint agiter le Chili, La république du Chili commença sa révolution sous de tristes auspices. Les premiers efforts pour l'affranchir datent de 1810; le 18 se[)tembre de cette année elle proclamait sou indépendance, lorsque quelques mécontentements provoqués par des questions électorales fournirent aux trois frères Carrera, jeunes débauchés ambitieux, l'occasion de prendre une part active au mouvement. Le 11 décembre 1811 ils dispersèrent le Congrès. Ils s'emparèrent du pouvoir, en furent précipités, y reparurent, et à la suite de leur domination, le Chili se trouvait presque réduit par les armes espagnoles.

La cause de l'indépendance semblait perdue, lorsqu'un secours inattendu vint lui donner une nouvelle force et thialement la faire triompher. Le général San-Martin , le véritable fondateur de la république chilienne, accourt de Buenos -Ayres, entre dans le Chili (,1817), à la tète d'un corps de 3,000 hommes, rend à tous l'espérance et le courage, réorganise l'armée nationale, bat les royalistes à Ghacabuco, subit uue défaite à Cancharayada, répare bientôt cet échec en gagnant, le 5 avril 1818, la bataille célèbre de Jlaypo, qui décide le succès de la révolution et assure l'indépendance du Chili.

Le jeune État avait à se défendre contre les dangers qui le menaçaient dans son propre sein; il s'en tira avec bonheur. San-Martin, en 1821, avait quitté le Chili , pour remonter vers le nord et soustraire au joug espagnol le Pérou, dont il avait été déclaré protecteur. Les généraux O'Higgins et Freyre lui avaient tour à tour succédé à la présidence. Après eux le général Pinto, auquel sou esprit élevé et ses voyages en Europe avaient valu un grand crédit dans le pays , gouverna d'abord avec une habileté qui assura au Chili quelques années de tranquillité. Le pays l'en récompensa en le réélisant, mais quelques irrégularités dans sa réélection fournirent aux mécontents un prétexte d'agitation; lui-même se laissa entraîner aux conseils du parti libéral exalté, et donna au Chili une constitution ultrà-démocratique. Celte conduite imprudente souleva une violente opposition. Le parti réactionnaire, c'est-à-dire, dans la langue du pays, le parti modéré, avait à sa tête le général Prieto, et parmi ses membres l'infortuné Porfalés. Une guerre civile excitée contre eux se termina par leur victoire et par l'abolition de la constitution.

En 1838, le Chili reçut sa constitution définitive, "l'une des plus sages de l'Amérique", dit un voyageur, «qui donne au pouvoir les moyens légaux de se faire obéir, et au pays des garanties suffisantes de liberté». Le prési-

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