‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 172 sur 557 · Le mot x/.ï;p!.>co; ne s'y rencontre pas · texte numérisé non relu

Le mot x/.ï;p!.>co; ne s'y rencontre pas

le christianisme primitif, à tous les chrétiens sans exception. L'Église chrétienne, dans les temps apostoliques, n'avait rien d'analogue à ce que nous désignons par le mot de clergé. Tous ceux qui adoptaient la foi nouvelle étaient, comme s'exprime saint Pierre [V^ Épitre,\i. 9): «la race élue, la nation sainte, le peuple acquis, le sacerdoce et la royauté»; ou, comme il dit encore: «les héritages» de Dieu, Y.'/~r,?o'. [ibid., V, 3), expression métaphorique, qui était appliquée, dans l'Ancien Testament, à la famille d'Israël, et qui est maintenant transportée aux chrétiens, substitués, dans les desseins de Dieu, à l'ancien peuple élu.

Le fondateur du christianisme ne songea pas un seul moment à l'organisation de la nouvelle société rehgieuse que son enseignement allait faire naitre. Les apôtres ne se préoccupèrent pas davantage des questions d'administration Il s'agissait pour eux de gagner des âmes à la foi qu'ils prêchaient , et non de formuler une constitution religieuse ou sociale. Ils établirent, il est vrai, dans les sociétés de chrétiens qui se formèrent en divers lieux, des surveillants (èTttsxo-QL), des anciens (TipeajBJTspGt.) et des diacres (Ôîaxovoi), les surveillants et les anciens, pour présider les réunions et pour maintenii' et étendre la connaissance de la foi nouvelle', et les diacres pour recueillii- et distribuer les aumônes. Mais ce fut là une mesure d'ordre, imitée tout simplement des usages de la synagogue. Et si ces fonctions devinrent plus tard le point de départ de la formation d'un clergé, elles n'avaient pas un caractère sacerdotal dans le principe et dans l'intention des apôtres. Les surveillants, les anciens et les diacres n'étaient en réalité que les primi inter pares.

Ajoutez qu'il n'y avait pas, pour les apôtres, de raison d'établir un sacerdoce quelconque, appelé à dh'iger les destinées futures de l'Ég\is,e. Ils étaient persuadés que le Sauveur allait bientôt revenir sur la terre, et qu'à la suite du ce grand événement, le monde finirait ou serait complètement transformé. Cette catastrophe devait arriver dans un temps très-rapproché, avant même que leur génération fût entièrement éteinte. {Matth., xxiv, 3 ï ; Marc, xiii, 30; Luc, XXI, 32; / Corinth., x\ , 51 et 52; IThess., II, 19; IT, 15-17; v, 23; II Pierre, ni.. 5-9, 15, etc.)

Entin, toute institution sacerdotale est contraire à lesprit du" christianisme primitif. Elle est condamnée péremptoirement dans une foule de passages du Nouveau Testament. Jésus-Christ se proposa avant tout de mettre la conscience individuelle en rapport direct avec Dieu; c'est ce que suffirait à prouver la formule chrétienne par excellence, qui nous représente Dieu comme un père et les hommes comme ses eufauls. Entre le premier et les

1. Les motst~i3/.o~o;et'^p£3JEuTepoîdésignaientils, dans le principe, des fonctions différentes, ou n'étaient-ils que des dénominations diverses d'une même fonction? On a soutenu l'un et l'autre. Il est probable, comme le fait remarquer M. Guizot , que la ligne de dOmarcation était très-vague et liottaute. (Histoire de la civilisation en Europe, 2^' levon.)

CLERGE

seconds il n'est parlé , dans le Nouveau Testament , d'aucun autre intermédiaire que de Jésus-Ciirist lui-même.

IJ arriva cependant, dans le sein du christia- *iisme, un phénomène analogue à celui qui S'était produit dans le bouddhisme quelques Siècles auparavant. La religion du Bouddha n'avait été, au fond, qu'une réaction contre le sacerdoce brahmanique; elle n'avait pas eu d'autre but que de briser la caste sacerdotale, qui s'était placée comme un médiateur entre le ciel et la terre, et d'ouvrir à tous les hommes sans exception un Hbre accès auprès de Dieu. Et cependant, il s'était écoulé deux cents ans à peine depuis que la voix du Bouddha avait appelé les peuples de l'Inde à la liberté spirituelle, qu'un sacerdoce nouveau était à la tête de ce qu'on pourrait appeler les églises bouddhiques, s'assemblait en conciles, formulait des dogmes, arrêtait une discipline, réglait les cérémonies du culte et ne gouvernait pas avec moins d'autorité que la caste des brahmanes, les consciences que le maître avait voulu affranchir. L'Église chrétienne eut une semblable destinée. Le second siècle ne s'acheva pas sans qu'elle eût un sacerdoce.

La fin du monde n'arrivant pas et le nombre des chrétiens s'accroissant de jour en jour, les surveillants, les anciens et les diacres, que la mort des apôtres laissa seuls à la tête des églises, virent augmenter à la fois et leur responsabilité et leurs travaux, presque partout dans des circonstances dilTiciles. Chefs de diverses communautés chrétiennes, défenseurs de la religion nouvelle , ils avaient de fait, sur leurs frères en la foi, une supériorité que l'opinion publique était toute disposée à reconnaître, qu'elle provoquait peut-être même. Les chrétiens, qu'ils sortissent du sein du judaïsme ou du milieu des païens, étaient habitués, par leur éducation première, à voir la rehgion dirigée par un sacerdoce, ils n'étaient guère en état de concevoir un ordre de choses différent, ils se trouvaient tout naturellement portés à considérer les hommes qui dirigeaient les églises, comme remplissant dans le culte nouveau des fonctions analogues à celles des lévites et des sacrificateurs dans le culte juif, et à celles des prêtres dans les cultes païens. . Dans la seconde moitié du second siècle, on distinguait déjà les ecclésiastiques [oi-do ecclesiasticus) de la foule des chrétiens (plebs); les premiers étaient considérés comme des prêtres (sacenlotes) , tandis que l'on désignait sous le nom de laïques (laici), les autres membres de l'Église. Il y avait même un commencement de hiérarchie L'évêque (le surveillant, i-ioxoTTo;) était au-dessus des prêtres {Kpio^ûzipoi, les anciens ) , ou du moins était considéré comme leur président. Le diacre ne venait qu'au troisième rang.

Ce n'est pas à dire toutefois que les ecclésiastiques (ordo ecclesiasticus) constituassent encore un sacerdoce dans le sens propre du mot, c'est-à-dire qu'ils fussent tenus et qu'ils se prissent eux-mêmes, comme cela arriva plus tard, pour des intermédiaires entre Dieu

et le reste des fidèles, pour des agents choisis expressément par Dieu pour parler en son nom et répandre ses grâces. Ils étaient tout simplement des administrateurs qui, tout en remphssant des fonctions utUes, nécessaires au bien de la société, ne formaient pas une classe de chrétiens distincte, par des vertus particulières, des autres membres de l'Église. L'idée primitive du sacerdoce universel de tous les chrétiens n'était pas encore tombée dans un complet oubli. Irénée, quelque porté qu'il pût être à relever l'autorité des chefs des églises, déclare cependant que tous les justes ont l'ordination sacerdotale. Tertullien réclame pour les laïques les privilèges du sacerdoce: «Nous laïques, s'écrie-t-il, ne sommesnous pas aussi ecclésiastiques'?» Il rapporte à la seule autorité de l'Église, la différence entre l'ordre ecclésiastique et le peuple. Et en effet, le corps des ecclésiastiques ne se recrutait pas lui-même; les laïques prenaient part à leur élection; il en fut ainsi pendant longtemps.

Ce n'était donc que par mesure d'ordre et non point par une sorte de droit divin, que les fonctions ecclésiastiques étaient mises entre les mains de quelques-uns des membres de l'Église. Tertullien reconnaît qu'en droit ses fonctions pouvaient être remplies par tous les chrétiens; mais il ajoute que l'exercice de ce droit engendrerait le désordre, et, s'appuyant sur une parole de saint Paul, il fait remarquer que, quoiqu'il soit permis à tous d'user de toutes choses, il n'est pas toujours convenable de le faire.

Sauf la hiérarchie qui commence à s'accentuer fortement , Vordo ecclesiasticus de la seconde moitié du second siècle ne différait à peu près en rien, quant au principe de son organisation et aux conditions de son existence, du corps des pasteurs des églises réformées de notre temps. II n'était que le représentant des fidèles, dont il tenait son mandat. Les choses vont bientôt changer de face.

Au siècle suivant, le clergé se donne décidément pour une institution divine. Il prétend tenir ses pouvoirs de Dieu* et non du peuple, quoique les laïques concourent encore à l'élection des ecclésiastiques ou cojiservent, du moins, le droit de s'opposer à leur nomination 3; il déclare qu'il a été substitué au sacerdoce lévitique des Hébreux. Tous les privilèges attribués par la législation mosaïque à la famille de Lévi, Cyprien les réclame pour le clergé chrétien.

1. Nonne et laici sacerdoies sumtts î (Tertullien, De exhortât, castitat., vu.)

2. Cyprien se sert très-souvent de cette expression : Quod Deus faciat sacerdutes ; entre autres dans Epistola LXix. II dit encore: Apostolos , id est episco' pas, Dominus ipse elegit. {Epistola ix.)Ce qui ne l'empêche pas de vouloir que la nomination du prOtre soit approuvée pnblico judicio ac testimonio. [Epistola Lxiv, §§3 et 4.)

3. Le synode d'Antioche, can. xviii, déclare qu'un (■■vêque , à la nomination du(Hiel le peuple s'oppose, no peut prendre possession de sa charge , propter populi recusationem. De même, synode d'Ancyre, can.

CLERGE

Depuis ce moment, on ne tient plus d'autre langage. Les évèques, les prêtres et les diacres sont, d'après saint Jérôme, ce que furent, dans l'ancienne alliance, Aaron, ses fils et les lévites'. En même temps on donne pour un fait incontestable que les apôtres ont transmis les pouvoirs qu'ils avaient reçus de Dieu, aux évèques, qui sont, par conséquent, leurs légitimes successeurs^; et Ion commence à faire précéder les décisions des synodes et des conciles de cette formule caractéristique: Placuit Spiritui sancto qui in nobis est, Dei prœsidentis arbilrio '. C'était proclamer l'infaillibilité de ces assemblées. L'Eglise entière adopta cette doctrine sans opposition.

Les ecclésiastiques gardèrent dès lors, pour eux seuls, le titre de xXirîpoi, clerici (élus, choisis), qui, dans le principe et dans le Nouveau Testament, appartenait à tous les chrétiens indistinctement et sans exception. Les laïques ne furent plus qu'un troupeau muet confié à leur garde. Il leur fut interdit d'enseigner, en présence des clercs, à moins d'en avoir reçu l'ordre. Les évèques de la Palestine ayant laissé prêcher publiquement Origéne, qui n'avait pas encore reçu l'ordination, Démétrius , évêque d'Alexandrie , leur en fit de vifs reproches. Plus tard, enfin, Théodose défendit aux laïques de s'occuper en public de sujets relatifs à la rehgion ^ Le cercle se rétrécissait de plus en plus autour des simples fidèles. Les temps étaient passés, où TertuUien pouvait s'écrier: «Est-ce que nous laïques, nous ne sommes pas aussi des prêtres".'»

La hiérarchie a fait en même temps des progrès. Cyprien ne croyait devoir prendre aucune mesure de quelque importance, sans consulter ses prêtres, qu'il nomme ses associés. Dans les constitutions apostohques les prêtres sont appelés les conseillers de l'évêque, consiliarii episcopi. Tout cela change après le troisième siècle. Les évèques sont dans l'Église ce que les exarques sont dans l'État; ils se donnent le titre de ôeaTtorr,;; ils marchent entourés d'une foule d'ecclésiastiques, leurs inférieurs. Les prêtres sont moins leurs conseillers que leurs subordonnés. S'ils assistent encore aux conciles et aux synodes, ce n'est qu'en simples spectateurs, pour en augmenter la pompe; ils n'y ont plus du moins voix délibérative. Les diacres ont baissé dans une égale proportion. Tel était leur état d'infériorité qu'il leur était défendu de s'asseoir en présence d'un prêtre, à moins que celui-ci ne leur en eût donné la permission*.

Jusqu'au milieu du troisième siècle, les évèques avaient été égaux, sinon de fait, du moins

1. Qxiod Ueeat episcopis , preshyteris et diaconis idem tibi vindicare quod Aaron, et fiUi ejus et Levitœ fucTutit in Veieri Teatamento. (Jérôme, Epùtol. ad Eragrium.)

2. Poleslas apoatoli» data est .... et episcopis gui eis vicaria ordinatione succeaaerunt. (Cyprien, Epistol.

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