‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 173 sur 557 · LXXV · texte numérisé non relu

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3. C'est dans un synode donatiste de 393 que cette formule fut employée pour la première fois. Elle fut bientôt d'un usage général.

•4. Cod. Theodos., lib XVI, tit. m, 1. 2. 5. Xon sedeat diacoyius prœstnte prethijlero , niai jusatrit. (Synode de Laodicée, can. xx.)

de droit. On connaît l'énergie des réclamations de Cyprien contre les prétentions de l'évêque de Rome à la suprématie. Cette égaUté disparut bientôt après lui. D'un côté, les chefs des églises de la campagne et des villes de peu d'importance cessèrent d'être considérés comme des évèques et ne furent plus regardés que comme de simples prêtres, et, d'un autre côté, les évèques des grands centres de population acquirent une certaine supériorité sur les autres évèques.

Le premier de ces deux faits fut la conséquence de la considération toujours croissante qui s'attachait au titre dévêque. L'organisation du clergé prenant une forme aristocratique de plus en plus prononcée , il ne pouvait se faire que le chef d'une égli&e obscure restât l'égal de celui qui était à la tête d'une communauté considérable.

Le second dériva aussi, en partie, de la même cause. Les motifs qui firent baisser les directeurs des églises des petites localités au-dessous de la dignité d'évêque qui ne semblait pas en rapport avec leur humble position, firent monter, au contraire, dans l'opinion publique, ceux qui siégeaient dans les grandes cités de l'empire; on les considéra comme des évèques d'une classe supérieure. Mais cette élévation eut encore d'autres raisons. 11 y avait un certain nombre d'églises de grandes villes qui, fondées par les apôtres ou du moins réputées d'origine apostohque, se regardaient, non sans quelque raison, comme les mères des églises voisines et se distinguaient par les titres de matrices ecclesiœ, apostoticœ sedes. Les évèques qui les dirigeaient, se tenant, à un titre plus exact que les autres, pour les successeurs des apôtres, prétendaient, bien avant le quatrième siècle, à une sorte de suprématie. Il était impossible que, par la marche même des choses, ces prétentions ne finissent pas par recevoir la sanction générale. Ces évèques prirent les noms d'exarques , de métropolitains et , enfin , de patriarches. Il faut ajouter que, quand le christianisme fut devenu la religion de l'État, le gouvernement de l'Église se modela naturellement sur le gouvernement civil, et de même que, d'après la division de l'empu-e par Constantin , il y avait quatre grands gouvernements civils, occupés par autant de préfets du prétoire, au-dessous desquels étaient des vicaires ou vice-préfets, chargés de l'administration des départements, ainsi il y eut dans l'Église des métropolitains étendant leur autorité sur un certain nombre de diocèses et au-dessous d'eux des évèques dirigeant chacun un de ces diocèses.

Enfin, on sait que. tandis que le clergé chrétien resta aristocratique en Orient, il prit, en Occident, une forme monarchique, en reconnaissant pour son chef suprême l'évêque de Rome. Lescausesqui amenèrent ce changement sont assez connues; je n'ai pas à m'en occuper. Mais il n'est pas inutile de faire remarquer que la centralisation du pouvoir ecclésiastique contribua à donner de nouvelles forces à l'action du clergé.

CLERGE

On vient de voir comme il se forma, dans le sein d'une religion dont l'esprit est essentiellement antisacerdotal, un sacerdoce dont la puissance, aussi longtemps qu'elle a été soutenue par la foi, ne l'a cédé en rien à celle des castes sacerdotales de l'antiquité. Ce serait se perdre dans un monde de cliLmères que de rechercher s'il n'aurait pas été plus avantageux à l'humanité que le christianisme eût conservé son caractère primitif. Les événements se sont enchaînés de telle sorte dans l'histoire, que la formation d'un sacerdoce chrétien, tel qu'il était à la fin du quatrième siècle, en a été une conséquence naturelle, inévitable. 11 faut accepter le fait tel qu'il s'est produit , et demander au clergé quels services il a rendus à la société dans l'occident de l'Europe, la seule contrée où il ait joué un rôle historique, et quelle est sa position actuelle , dans les conditions nouvelles d'existence que la renaissance des lettres, la réforme, la philosophie du dixseptième siècle et du dix-huitième et la révolution française ont faites au monde civilisé.

Il n'y aurait pas moins d'exagération à prétendre avec Voltaire que le sacerdoce a été toujours et partout fatal à l'humanité, qu'à assurer avec de Maistre qu'il est la seule puissance capable de faire le bonheur des nations. Il n'est pas d'institution humaine qui soit exclusivement bonne ou exclusivement mauvaise. II n'en est pas non plus qui ne réponde à quek]ue phase du développement social et qui ne soit par conséquent utile et avantageuse à ce moment, tandis qu'elle devient, au contraire, dans tous les autres un embarras et même un danger.

On ne saurait refuser au clergé le mérite et la gloire d'avoir, au cinquième siècle, sauvé la civilisation dans l'Europe occidentale, en travaillant, sans relâche, depuis ce moment jusqu'au dixième siècle, à reconstruire la société détruite jusque dans ses fondements par l'invasion des Barbares. Son propre intérêt lui flt sans doute une loi de résister à forage qui menaçait de l'entraîner dans une ruine commune, avec toutes les autres institutions antérieures. Mais il eut du moins le courage de ne pas s'abandonner lui-même et de ne désespérer ni de son salut, ni de la cause de la civilisation qui se trouvait inséparablement liée à sa propre cause.

Le succès de son entreprise dépendit de l'influence qu'il réussit à prendre sur les farouches conquérants. Cette influence, il ne l'aurait certainement pas obtenue, s'il n'avait pas été, à ce moment, un corps fortement organisé et s'il n'avait pas passé dans l'opinion générale pour une classe privilégiée, divine en quelque sorte, représentant Dieu lui-même sur la terre. Ce qui le sauvait, et sauva avec lui la civilisation, ce qui lui permit de s'imposer aux Barbares et de frapper leur imagination, ce fut précisément ce qu'il y avait en lui de contraire à l'esprit du christianisme primitif, c'est-à-dire sou caractère sacei'dotal et son organisation hiérarchique.

La civilisation que le clergé travailla à faire

triompher, n'est pas celle qui nous parait la plus conforme aux données de la raison, ni la plus propre à donner satisfaction à tous les besoins de la nature humaine. Le gouvernement exercé par des prêtres se propose un autre but et se présente avec un caractère tout autre que les gouvernements modernes. Dans nos idées, la législation ne doit atteindre que les actions extérieures et ne réglementer que les rapports civils des hommes entre eux. Quant à la pensée, à la conscience, à la morahté proprement dite, quant aux opinions individuelles et aux mœurs privées, c'est un principe aujourd'hui généralement admis qu'elle ne doit pas, qu'elle ne peut pas s'en mêler. Les législations sacerdotales sont conçues à un point de vue différent; elles veulent gouverner l'homme tout entier, le corps aussi bien que l'âme, les pensées et les sentiments aussi bien que les actes extérieurs. C'est ce que le clergé a toujours eu la prétention de faire, et c'est dans ce sens qu'il agit sur les Barbares, à partir du cinquième siècle.

«Ce que l'Église chrétienne entreprenait de gouverner, dit M. Guizot, c'était la pensée humaine, la liberté humaine , les mœurs privées, les opinions individuelles. Elle ne faisait pas un code comme les nôtres, pour n'y définir que les actions à la fois moralement coupables et socialement dangereuses, et ne les punir que sous la condition qu'elles porteraient ce double caractère; elle dressait un catalogue de toutes les actions moralement coupables , et, sous le nom de péchés , eUe les punissait toutes; elle avait l'intention de les réprimer toutes; en un mot, le gouvernement de l'Éghse ne s'adi'essait pas, comme les gouvernements modernes, à l'homme extérieur, aux rapports purement civils des hommes entre eux, il s'adressait à l'homme intérieur, à la pensée, à la conscience'.»

La civilisation moderne proteste énergiquement centre les législations de ce genre. Mais elles étaient les seules possibles après l'invasion des Barbares, et il faut ajouter : les seules qui pussent alteindre le but auquel on voulait arriver, c'est-à-dire l'adoucissement des mœm's et des sentiments des conquérants.

Je dis les seules possibles , car il n'était pas au pouvoir du clergé de se faire de la société humaine une idée difl'érente de celle qui est propre à tous les sacerdoces. L'Église lui paraissait la société la plus parfaite; il s'efforça de former l'État sur le modèle de l'Église. Les lois qu'il lui donna, écrites sous l'inspiration de la religion , durent s'étendre sur la vie tout entière et être, avant tout, une sorte de commentaire pratique de la morale ecclésiastique.

Je dis ensuite qu'elles pouvaient seules conduire au but qu'il s'agissait d'atteindre. Ce que l'on voulait, c'était de plier sous le joug de la loi ces Barbares qui , conmie s'exprime M. Guizot, ne s'inquiétaient que de leur propre intérêt, de leur propre passion , de leur propre

1, Hisloire <î< la civilisation en Europe. 5' leçon.

CLERGE

volonté. Comment les introduire dans la vie policée, comment les y retenir, si l'on n'agissait pas principalement sur leurs sentiments, si l'on ne les forçait pas à dompter leurs passions, si l'on ne leur apprenait pas à se déshabituer de la violence, de l'iniquité, du brigandage, de tous les vices et de tous les crimes, dont les conciles, qui prirent des mesures pour l'adoucissement de leurs mœurs, font de si longues et de si lamentables énumérations*? Quel effet aurait pu produire, sur de tels hommes, une législation qui, comme les nôtres, aurait laissé de côté , sans y toucher , le for intérieur, le sentiment intime, et n'aurait réglé que les actes extérieurs et les rapports civils des citoyens? Pour les contraindre a respecter les droits d'autrui, il fallait, non une législation rationnelle, mais une loi Ihéocratique, une discipline morale, scrutant les consciences, parlant au nom de Dieu et renvoyant, sans cesse, à une sanction surnaturelle.

Ce qui serait pour nous un abus déplorable, était alors une nécessité. Détachez la législation de la religion, et vous n'aurez plus aucune prise sur l'esprit des peuplades barijares, ni par conséquent aucun moyen de les faire entrer dans la vie policée.

11 ne sufUsait pas cependant de tracer une règle morale; il fallait encore, dans la mesure du possible, coutraindre les grossiers vainqueurs à l'observer. Le clergé ne pouvait le l'aire qu'à la condition de s'emparer de leur conscience, de les diriger à son gré, d'être à leur égard des maîtres spirituels, infaillibles et sans contrôle. C'est ce que lui permit de faire la confession,

La direction des consciences que l'on accuse avec tant de raison de réduire le pénitent à n'être qu'une simple machine, de détruire dans l'homme la liberté de détermination, la spontanéité, la réllexiou , en un mot , tout ce par quoi il est homme, la direction des consciences fut cependant alors une nécessité, et l'on peut ajouter, un bienfait. Si le clergé n'avait pas pesé sur les barbares, jamais ils n'auraient abandonné leurs mœurs antérieures; la vie régulière, paisible, pohcée n'aurait pas été possible, l'Kurope occidentale aurait lini par devenir un flcsert.

Le système Ihéocratique, d'après lequel était organisé le clergé, remplissait précisément toutes les conditions nécessaires pour la reconstruction de la société, après l'invasion des Barbares. 11 était nécessaire de faire l'éducation de ces peupladi .. grossières, incultes, irréfléchies, et pour cela, il fallait les traiter comme des enfants. Le clergé ne considère guère autrement les laïques; il se regarde comme chargé par Dieu de k's élever, de les diriger. Ce fut ce qu'il eut a faire à l'égard des barbares. Aussi, du cinquième siècle au dixième, il se trouva tout à fait à sa place et dans le rôle qu'il s'attrU)ué dans les affaires humaines.

En fut-il de même plus tard? Il est permis

1. Voii.. entre autres, le second concile de Brag,a ■de l"au 572.

d'en douter. Le clergé, qui a fait son œuvre, en conduisant l'éducation de l'enfance du monde moderne, a eu le tort, à mon avis, de ne pas s'apercevoir que son élève était enfin devenu un homme et que le temps était venu de l'affranchir de la discipline de l'école et de lui rendre une liberté d'action dont il était devenu capable de faire usage. C'est ainsi qu'une institution , qui n'était propre qu'à une certaine époque du développement social, a voulu se continuer quand son œuvre était finie. Tenir l'humanité en tutelle, c'est très-bien, aussi longtemps qu'elle est mineure; mais quand l'heure de la majorité a sonné , le tuteur doit déposer ses pouvoirs, et, de directeur de son pupille, devenir simplement son ami et, au besoin , son conseiller.

Je dis son ami et son conseiller. Tel est le rôle honorable que le clergé me paraît appelé à jouer dans les temps modernes. Je ne saui'ais admettre qu'il n'ait pas une fonction à remplir dans le monde. La religion est un des besoins naturels de l'homme; chacun sent au fond de sa conscience une aspiration plus ou moins ardente vers un idéal moral, qui lui apparaît à la fois comme son guide et son espérance. Qu'un certain nombre d'hommes de bien se consacrent à ranimer sans cesse ce sentiment ; que leurs paroles , que leurs exemples forment un contre-poids salutaire aux préoccupations de la vie matérielle, qui tendent à nous rabaisser; qu'ils entretiennent ainsi la dignité humaine; qu'ils soient les représentants et les défenseurs du spirituahsme; quelle plus noble mission? Y en a-t-il en même temps de plus utile? Ajoutez qu'il y aura toujours des faibles, toujours des affligés, ou, pour mieux dire, qu'il y a pour chacun de nous des heures de faiblesse et d'affliction. Pourquoi n'y aurait-il pas de médecins des âmes pour nous consoler, nous fortifier?

Mais la notion de clergé, dans le sens qu'elle avait au moyen âge, ne répond plus en aucune façon aux idées modernes. Une conséquence inévitable du système qui découle de celte notion, c'est la nécessité pour le laïque d'abdiquer sa propre conscience, de renoncer au gouvernement de lui-môme , de se livrer tout entier à un directeur spirituel. Cet abandon de soi-même n'avait pas trop d'inconvénients dans les temps où, par défaut de lumière, riiomme était exposé à tomber à chaque pas. Mais, de nos jours, on a des idées différentes, en réalité plus sévères et plus vraies, de la dignité de la personne morale et de sa responsabibté. On ne fait pas consister le bien dans l'accomplissement aveugle d'un acte, sous la pression d'une volonté extérieure. Le développement libre et conscient de soi-même nous apparaît comme la condition indispensable de toute moralité. Le siècle ne marche pas vers la doctrine de l'abandon de soi-même aux mains d'un directeur; bien loin de là; l'idéal vers lequel on tend, c'est le devoir pour chaque honune de se mettre eu état de se gouverner lui-même.

Le clergé, tel qu'on le concevait au moyen

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