CLERGE. — CLIMAT
âge, ne prétendait pas seulement au privilège de diriger les consciences; il voulait aussi réglementer tout ce qui tient de près ou de loin à l'homme. La législation, la politique, les arts, les sciences, rien ne pouvait et ne devait échapper à son contrôle. Ces prétentions étaient alors légitimes, s'il est vrai que l'empire appartient au plus capable. Le clergé était, au moyen âge, le maitre de la science; en dehors de lui, il n'y avait guère que des ténèbres. Depuis l'époque de la renaissance des lettres, il s'est accompli, sous ce rapport, une étrange révolution. La théologie, qui était la reine des sciences, abaissé; elle ne vit depuis longtemps que de souvenirs, répétant, sans y rien changer au fond, les déductions que VA>ige de l'école tirait de conceptions ou de faits acceptés sans examen. En môme temps, il s'est élevé, à côté de la théologie, qui est restée la science exclusive du clergé, d'autres sciences qui l'ont éclipsée et qui ont pris une place considérable dans l'éducation générale de l'humanité. Je ne parle pas seulement des sciences physiques qui ont rejeté dans la classe des erreurs et des chimères, les conceptions que la science ecclésiastique du moyen âge se faisait du monde , mais encore des sciences morales et politiques qui sont arrivées également à des vues tout à fait opposées à celles qui dominaient dans l'Église, ainsi que des sciences historiques et philosophiques qui ont brisé le cercle étroit dans lequel les connaissances bornées des scolastiques avaient enfermé le passé de la race humaine.
Et ce qui est un trait encore plus significatif du caractère et des tendances des temps modernes, c'est que ces sciences sont l'œuvre des laïques; elles sont nées, elles se sont développées en dehors du sanctuaire, d'ordinaire en opposition avec l'esprit qui y règne. La main du clergé a laissé échapper le sceptre de la science qu'elle tenait au moyen âge. Le clergé se serait-il en même temps laissé enlever le sceptre du monde?
Je n'ai certes pas qualité pour rechercher par quelle transformation il pourrait se remettre à la tête de la civilisation, qu'il a dirigée, qu'il a fondée du cinquième au dixième siècle. Je me permettrai cependant une remarque. Peutêtre trouverait-il son intérêt à combler en partie, et peut-être mieux, en totalité, l'abime qu'il a creusé , depuis la fin du second siècle jusqu'à Hildebrand, entre lui et les laïques, et, en renversant le mot de Tertullien, à s'écrier: Nonne et sacerdotes laici sumus? Et nous, prêtres, ne sommes-nous pas aussi des laïques? Michel Nicolas.
Comparez r Christianisrae, Cléricalisme, Corps (Esprit de), Discipline, Eglise catholique, Hiérarchie, Religion. Voy. aussi les mots Culte et Égalise catholique.
CLÉRICALISME. L'introduction de ce néologisme, encore absent de nos dictionnaires, dans le langage de la politique et des polémiques religieuses, a été faite, dit-on, par des journahstes belges, vers l'année 1855.
Clerc, clérical, clcricature donnent lidée
de l'usage des fonctions ecclésiastiques , mais cléricalisme et cléricaux en supposent l'abus.
Les abus de pouvoir du sacerdoce se font sentir, soit par des tendances à une domination excessive sur les consciences des fidèles, soit par des empiétements sur le domaine des autorités politiques et civiles. Ces usurpations du clergé ne sont possibles que dans les Églises qui reconnaissent un pouvoir sacerdotal, et elles ne sont à craindre que dans celles qui, étant unies à l'État, forment de véritables établissements politiques ne songeant, en cette qualité, qu'à étendre leurs attributions et visant par conséquent à transformer le gouvernement de l'État en une véritable théocratie.
Les laïques qui se déclarent partisans de ce mysticisme religieux , sont qualifiés de cléricaux et entachés de cléricaUsme.
Mais la religion doit être soigneusement distinguée du cléricalisme.
Si, en effet, nous voulions opposer la politique du cléricalisme à celle du christianisme , nous dirions que l'influence salutaire de celui-ci sur la civilisation moderne se fait sentir d'une manière bien plus elTicace , lorsqu'elle s'opère en dehors de toute Église qui, à l'exemple de Rome, se met en contradiction avec le ILbérahsme des doctrines évangéliques et avec leur respect de la souveraineté des consciences. Cette politique du christianisme est largement humanitaire et tolérante : elle nous fait assister au magnifique spectacle de ses combats incessants contre l'esprit d'ignorance et de superstition, de ses efforts pour réintégrer la conscience individuelle dans la pleine possession d'elle-même par l'assimilation de vérités religieuses faisant seules leur chemin dans le monde. Et c'est seulement par la fibre persuasion que ces vérités chrétiennes influent sur les mœurs , les réforment et réussissent ainsi à prévaloir contre ceux-là même qui s'étaient arrogé le droit d'en conserver le monopole et de les propager parmi les nations.
La politique du cléricalisme est au contraire exclusivement sectaire et intolérante. Malgré l'évidence des faits, le pouvoir sacerdotal persiste à soutenir qu'étant de droit divin, il s'identifie à la religion et qu'il reste l'Église même, dans toute sa pureté et son intégrité originaires. C'est au moyen de cette confusion entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, entre les temps de l'Église primitive et ceux de la décadence de ses institutions ecclésiastiques, que le cléricalisme trouble et démoralise les esprits , produit l'affaissement des caractères, et séduit les faibles en leur évitant jusqu'à l'effort de discerner le vrai du faux , le bien du mal , — l'autorité du prêlre se dressant continuellement devant la conscience des fidèles, et se substituant artificiellement à celle-ci, comme un critérium infaillible de la vérité religieuse, C. HUMANN.
Comparez : Christianisme, Clergé, Eglise catholique, Religion.
CLIMAT. Nous avons, après mille et raille ans de lutte, rompu avec la fatalité antique; la