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CLIMAT

destinée, en ce qu'elle a d'inexorable, a pris place dans le grand ossuaire des institutions humaines, et quand l'Européen entend l'Oriental fatidique murmurer sa formule d'aveugle soumission à ce qui était écrit, il sourit et se félicite d'être né après Voltaire. Cependant, ce même Européen admettra que l'homme subit fatalement les lois de la matière; que l'Oriental est, a été et restera polygame; que pour toutes sortes de raisons, excellentes en elles-mêmes, les gouvernements despotiques se partageront le Midi, tandis que les républiques prospéreront dans le Nord. L'Européen alTu-matif s'appuiera sur l'auteur de l'Esprit des lois, et plus il aura repoussé énergiquement la fatalité religieuse, plus il sera disposé à subir, théoriquement au moins, la fatalité matérielle.

C'est , qu'en effet , les climats exercent sur les corps inorganiques et organisés une influence qui s'élève vers l'homme , et le transforme au triple point de vue intellectuel, moral et physique. C'est que nos qualités et nos défauts, nos faiblesses et nos forces, sont si intimement Hés à notre organisation, qu'on ne peut modifier ou altérer l'une , sans altérer ou modifier les autres.

La climatologie, malgré les remarquables et nombreux travaux auxquels elle a servi d'objet, est encore dans sa période embryonnaire. Elle touche , par tant de côtés , à un si grand nombre de points; les faits sont si souvent contradictoires des théories à grand'peine établies, que les éléments d'analyse sont encore incomplets et que , par conséquent , la synthèse de cette science n'a point été formulée.

Le lecteur n'attend pas de nous un traité technique de la climatologie. Il trouvera dans les travaux de MM. de Humboldt, Michel Lévy, Toissac, Virey et Wilson, de longues et remarquables études sur cette science.

Pour nous, nous avons à rechercher la mesure dans laquelle le climat influe sur les institutions politiques , ce qui revient à poser cette question : L'homme ne peut-il rompre la chaîne qui l'attache à Yhumus, et parce qu'il est né sous telle ou telle latitude , sa vie sociale est-elle nécessairement et définitivement bornée? En d'autres termes, nous devons chercher à établir les rapports qui unissent la climatologie à la sociologie. Nous nous bornerons d'abord à l'exposition des faits. M. A. de Humboldt, qui, par l'étude des isothermes, a jeté les véritables bases de la climatologie , définit cette science : «l'ensemble de toutes les modifications de l'atmosphère dont nos organes sont affectés d'une manière sensible, telles que la température, l'humidité, les variations de la pression barométrique, la tranquillité de l'air ou les efl^cts des vents héféronymes, la pureté de l'atmosphère ou ses mélanges avec des émanations gazeuses plus ou moins insalubres, enfin le degré de diaphanéité habituelle, cette sérénité du ciel, si importante par l'influence qu'elle exerce, non-seulement sur le rayonnement du sol, sur le développement des tissus organiques dans les végétaux et la maturation des fruits , mais aussi sur l'ensemble des sen-

sations morales que l'homme éprouve dans les jours divers. »

Le climat a une influence immédiate sur le caractère physique et moral de l'individu, par les nécessités qu'il impose, les habitudes qu'il crée et les avantages qu'il procure. Yégèce constatait cette influence en disant : Et plaga cœli non solum ad robur corporum, sed etiam animorum facit (le climat ne contribue pas seulement à la vigueur du corps, mais encore à celle de l'esprit). Avant lui, Hippocrate avait déjà signalé , dans son Traité des eaux et des airs, l'action des climats sur le caractère et par conséquent sur la destinée des peuples. La science moderne n'a point démenti le témoignage de ses pères , et voici de quelle façon elle divise et les chmats et les effets physiques ou moraux qui en résultent. Nous ne nous occupons, bien entendu, que des grandes divisions. On divise les climats en climats chauds, tempérés et froids. L'homme du Nord est généralement grand «, fort; sa peau fine et blanche trahit la couleur du sang qui circule sous elle. La rudesse du labeur, impérieusement commandé par la nécessité, entraine une dépense considérable de forces. Le besoin de réparer ces forces engendre les appétits matériels. Dans les pays froids , le travail étant la première condition de l'existence, l'amour du gain, moyen de satisfaire les besoins multipliés, est presque général. Les appétits sexuels ne s'y font que tardivement sentir. L'individu, dont toute l'activité est absorbée par la production , trouve dans la femme un aide , une compagne , et en lui faisant partager ses travaux, apprend à la considérer comme son égale. De plus, la femme ici s'avance A'ers la vieillesse d'un pas à peu près égal à celui de l'homme. La monogamie est la règle. La lenteur de toutes les fonctions organiques explique la durée de la vie chez les peuples du Nord. La réflexion, la précision, sont des marques particuUères de leur génie. Ils ont dû inventer et appliquer les sciences mécaniques.

Dans les climats chauds, au contraire, l'individu est petit , le système musculaire peu développé. En relâchant les tissus, la chaleur engendre l'apathie. La terre produit sans travail, ici, de quoi assouvir la faim, là, de quoi étancher la soif. Nulle lutte avec les difficultés matérielles, partant point d'industrie. La prodigieuse fécondité de la nature semble entraîner par son exemple l'homme , dont les désirs sexuels, de bonne heure allumés, affectent une violence sans égale. La femme est moins consultée que domptée, elle devient instrument de plaisir, qu'on peut multiplier à son gré. La femme n'étant rien, l'homme est tout. La famille prend pour base la tyrannie paternelle. L'iguorance entretenue dans le groupe donne naissance à la superstition de la société. On vit vite, on meurt jeune. L'activité physique des hommes du Nord est remplacée dans les pays chauds par l'activité passionnelle.

1. Il ne s'agit pas ici des régions polaires. On sait ne les Lapons, les Esquimaux, les Samoyèdes sont petits. M. B.

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