CLIMAT
Les climats tempérés sont mieux partagés, s'il faut en croire le savant M. Virey qui s'est étendu, non sans un peu de complaisance, sur les mérites du climat sous lequel vivent les Européens. Nous citons textuellement. « Dans les climats tempérés , Theureux équilibre de la vigueur des muscles et de l'activité du système nerveux a réuni dans un même peuple les dons de l'esprit et ceux du corps. Dans les contrées où règne ce climat , le courage a pu s'allier à la sensibilité morale : la culture de la raison et des beaux-arts n'a point exclu l'ardeur belliqueuse et les exercices corporels. La lâche flatterie, les vices bas, la perfidie, l'esclavage des naturels du Midi, y furent en horreur comme la férocité, la rudesse, les excès outrageux des caractères arrogants et téméraires du Nord; mais la déhcatesse des sentiments s'est unie à une mâle énergie. Les esprits y prennent un plus libre essor. Les arts, les sciences donnent aux peuples qui les cultivent, une immense supériorité sur toutes les autres nations. La puberté, moins précoce qu'au Midi, moins tardive qu'au Nord, éveille les sentiments les plus délicats de l'amour, sans les exagérer, ni les affaibUr.»
Voilà, à grands traits, la physionomie distinctive des habitants des différents climats. Il ne faut pas oublier, cependant, que l'homme, en naissant, est dans un certain état idiosyncrasique qui explique comment les caractères sont si différents, sous un climat identique. 11 est évident que si certaines facultés se développent particulièrement sous l'influence de certains climats, les mœurs , qui ne sont autre chose que l'exercice, fréquemment répété, des facultés propres à une collectivité quelconque, doivent se ressentir de cette influence. Les religions , sinon quant à la croyance , au moins quant à l'observance , procèdent des mœurs qui dérivent du climat; car, ainsi que le fait observer Voltaire, le législateur qui fut écouté quand il engagea les Indiens à se baigner dans le Gange, eût été fort mal venu de faire une semblable proposition aux habitants des pays glacés'. Voltaire dit au surplus: «Le climat a quelque puissance, le gouvernement cent fois plus; la religion, jointe au "gouvernement, encore davantage.»
Après Jean Bodin, qui fraya la route dans son cinquième livre de la République , vient Montesquieu, qui n'hésite pas à faire du chmat la cause unique de tous les effets qui affectent, à un titre quelconque, l'humanité, théorie qui ne tendrait à rien moins qu'à enlever à l'homme toute liberté morale. 11 semble que , pour l'auteur de VEsprit des [ois, la ci'éature ne puisse rompre la chaîne.
Dans le Nord, la nature a presque l'efusé la Faune, l'herbe perce à grand'peine sa prison de neiges et de glaces, les animaux domestiques sont rares et d'espèces peu variées; ici, suivant Montesquieu, l'homme dont les besoins, ainsi que nous l'avons constaté plus
1. Les Russes ne se baignent cependant pas moins que les ludicus. M. B.
haut , sont en raison inverse des ressources dont il dispose, tentera de conquérir ce qui lui manque par le développement intégral de son activité.
Au Sud, «la bonté des terres y établit fatalement la dépendance». Ainsi la tyrannie s'exerce dans les pays fertiles, et les autres contrées choisissent , d'après cette loi , la forme de gouvernement qui leur est propre. La théorie de Montesquieu , rudement combattue lors de l'apparition de \: Esprit des lois, a trouvé des contradicteurs plus convaincants parmi les modernes , auxquels les progrès de la science ont fourni force arguments sérieux. M. E. Toissac, tout en reconnaissant l'influence du climat sur les mœurs, pense que si Montesquieu, en appliquant, d'une manière altsolue, la climatologie à la forme du gouvernement, n'a pas tenu assez compte de l'étude des faits et des enseignements de l'histoire; d'ailleurs, les événements qui se sont produits depuis la mort du grand écrivain , ont détruit de fond en comble sa théorie. Il fait remarquer que dans cette Europe , si petite, si resserrée, toutes les formes de gouvernements ont pris place.
La Grèce, dont le climat n'a point changé, a profondément modiflé ses institutions. La Turquie a un gouvernement à peu près identique à celui de la Russie, et pourtant elle est placée sous la même latitude que la Grèce , l'Italie et l'Espagne. «Les formes de gouvernement, termine M. Toissac, nous paraissent dépendre du plus ou moins de lumière répandue dans une nation. Dissiper l'ignorance, c'est donc détruire le despotisme; faire régner l'intelligence , c'est fonder l'empire des lois et de la liberté.»
Pour nous , U nous semble que l'être humain, sous quelque latitude qu'il soit né, quelles que soient la couleur de sa peau et ses aptitudes différentes , marche vers un but qui recule et grandit à mesure que l'homme avance , à savoir, la hberté inteUectueile et physique. Sous telle latitude, l'homme marche pas à pas, sans presque s'arrêter, sans regarder en arrière , il poursuit progressivement son développement. Sous telle autre latitude, la société procède par bonds, s'arrête pendant longtemps, puis reprend sa course. Le climat, à notre avis, déterminera la façon dont l'homme marcliera, mais non le but vers lequel il se dirigera. Le progrès matériel qu'il nous est impossible de séparer du progrès intellectuel, est un moyen d'aifranchissement des influences premières. Encore une fois, il n'indique pas le bu(, mais il trace les routes, aplanit les obstacles, comble les ravins, joint les mers. Avons-nous besoin de faire remarquer jusqu'à quel point la machine, les cheinins de fer, réieciricité ont déjà diminué, sur le plus grand nombre de points, l'iiilluence du climat?
Ouant aux formes de gouvernements qui ne sont elles-mêmes que des moyens de hâter ou de retarder la marche des sociétés, l'expérience démontre que le climat n'a sur elles qu'une mince influence. Dans \ok\s les pays du monde, ceux qui goiiverneut font
CLBIAT. — COALITION PARLEMENTAIRE.
leurs eflForts pour accroître la somme d'autorité dont ils disposent , ceux qui sont gouvernés travaillent de leur mieux à conquérir leur liberté. Le froid, non plus que le chaud, n'ont rien à y voir, et c'est alTaire entre le principe d'autorité et le principe de liberté.
Hector Pessard.
Comparez : CiviUsation, KationaUté, Race, Unité de l'espèce humaine.
CLUB. Ce mot nous vient de l'Angleterre, où il désigne des institutions analogues à nos cercles et aux casinos de rAIIemagne. Dans l'acception française du mot, le club est une réunion de citoyens, se proposant de discuter des questions politiques, afin de s'éclairer mutuellement et d'exercer une influence sur les décisions du gouvernement.
Le premier club, dit des Jacobins {voy. ce mot], a été une création spontanée des circonstances; c"est le résultat du développement que prit une réunion de membres de l'Assemblée nationale à laquelle furent admises quelques personnes étrangères à cette assemblée, et qui se transforma ensuite assez rapidement en société populaire.
Nous ne referons pas ici l'histoire des clubs. Il nous parait bien plus important d'examiner quelle peut être leur utilité.
Que peut-on dire en leur faveur? Dans un État gouverné par un souverain absolu : rien. La population n'a aucune influence sur le gouvernement , elle n'a pas besoin d'être éclairée pohfiquement; il vaut mieux, pour sa quiétude, qu'elle n'y voie pas trop clair. — Qu'on le remarque bien, nous parlons d'un peuple qui préfère le gouvernement absolu au gouvernement libéral. Une pareille nation peut mériter notre dédain, mais nous devons reconnaître que, chez elle, le club ne cadre ni avec les volontés d'en haut, ni avec les aspirations d'en bas.
Les clubs sont-ils plus uliles et plus désirables dans une contrée soumise au régime constitutionnel? Là, les citoyens ont besoin d'être éclairés; il est de leur intérêt de bien choisir leurs représentants, ceux qui exercent la souveraineté en leur nom; il est encore de leur intérêt de rester en communication avec eux, de les inspirer. Il faut d'ailleurs qud puisse se former dans le pays une opinion publique. Or, ajoutera l'avocat des clubs, ces réunions servent à répandre les notions politiques (il dira peut-être : les saines doctrines) dont cliacun a besoin pour se guider; et ces notions sont d'autant plus nécessaires, que les journaux sont moins accessibles aux petites bourses, qu'il y a moins d'électeurs sachant lii-e et que le mode de votalion se rapproche davantage (lu suffrage universel. L'avocat des clubs pourra encore arguer de l'utilité de répandre les vertus civiques, de stimuler le patriotisme, de fortifier la dignité du citoyen; il pourra faire valoir encore d'autres arguments semblables. ]?{ous venons de présenter les arguments pour, voyons maintenant ce qu'on peut dire contre.
On admettra sans peine qu'un grand nnnibre d'hommes ont des opinions flottantes sur bien
des questions. L'occasion leur aura manqué, ou ils n'auront a'OuIu prendre ni le temps , ni la peine de se former une conviction motivée. Des hommes aussi peu préparés sont accessibles à toutes les influences , et aux mauvaises — celles qui s'adressent aux passions — plus qu'aux bonnes : ce sont ces hommes-là qui le plus souvent brisent aujourd'hui l'idole qu'ils ont encensée hier.
Nous parlions de l'auditoire. Les orateurs, de leur côté , peuvent être divisés en deux catégories: les hommes de bonne foi, et les hommes à opinions intéressées. Généralement ces derniers seront les plus dangereux. Nous disons généralement , car parmi les orateurs de bonne foi il y a des utopistes , hommes à esprit généreux, à convictions profondes, armés d'arguments spécieux, de raisonnements plausibles, qui obtiennent facilement un certain empire sur des intelligences peu préparées pour résister à la séduction d'une idée — creuse, si l'on veut, mais — exposée d'une manière brillante et avec le feu de la conviction.
Il en résulte que le reproche le plus sérieux qu'on pourra adresser aux clubs, c'est qu'à peu d'exceptions près, les orateurs s'adressent aux passions , et non à la raison. Voilà pourquoi tous les gouvernements, y compris la république, ont été obligés de se montrer hostiles à ces institutions.
L'argument le plus sérieux, nous dirions volontiers le plus pratique qu'on puisse faire valoir contre les clubs, c'est qu'ils ne trouvent un auditoire nombreux qu'aux époques où les esprits sont déjà naturellement surexcités, époques pendant lesquelles ces assemblées sont du vin donné à un homme ivre. Dans des temps calmes, où un léger stimulant pourrait être salutaire au tempérament pubUc, ces simulacres de parlement qui s'agitent dans le vide et dont les votes ne décident rien, n'attireraient que des amateurs rares et peu assidus.
Au lieu de ces réunions périodiques, nous voudrions voir introduire l'usage des réunions accidentelles [voy. Meeting) convoquées pour un but spécial, par exemple à l'occasion d'une grande calamité, d'un événement extraordinaire, d'une élection. Ces circonstances accidentelles sont assez fréquentes pour entretenir la vie pubhque d'un peuple.
Maurice Block.
Comparez: Associations, Meeting', Réunion (Droit de). Sociétés Becrètes, etc.
COALITIONS D'OUVRIERS. Voy. Salaires.
COALITIONS INTERNATIONALES. C'est une alliance des divers pays pour un but déterminé. [Voy. Alliance.)
COALITION PARLEMENTAIRE. Il y a des mots qui ont leur histoire et une signification déterminée par les événements ou les circonstances, qui représentent tout un ordre de combinaisons de la vie internationale ou de la vie intérieure des peuples. Us sont soumis à bien
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des interprétations et ont des fortunes diverses. De ce nombre est le mot coalition, qui, en signifiant une certaine combinaison de forces momentanément rapprochées dans une action commune, n'implique pas toujours l'idée d'une alliance véritable, qui change d'ailleurs de sens et de valeur suivant qu'il s'applique à des faits de l'ordre industriel, aux relations internationales ou à des luttes de politique intérieure. Nous ne prenons en ce moment le mot coalition que dans son rapport avec la politique intérieure. A ce dernier point de vue , il y a d'abord à faire remarquer que les coalitions ne sont possibles que dans les pays régis par des institutions parlementaires, parce que sous ce régime seul les opinions, les partis peuvent librement agir, se combiner, s'allier avec la chance d'exercer une influence sur la direction de la politique, de peser efficacement sur le pouvoir qu'elles menacent. Partout ailleurs il peut y avoir des coalitions latentes, vaguement ébauchées dans le silence d'une défaite commune, fondées sur des regrets ou des espérances : en réalité elles sont alors un fait moral plus qu'un fait politique; elles sont le symptôme de dispositions éparses dans une société, non un phénomène précis, reconnu et concentré dans la vie organisée d'un pays.
Il y a encore à faire observer que presque toujours, souvent du moins, le mot de coalition, qua id il exprime véritablement une réalité, est pris dans un mauvais sens. Pourquoi en estil ainsi? Ce n'est point, sans nul doute, que des opinions séparées d'ailleurs sous d'autres rapports, ayant des traditions et des principes différents, peu accoutumées à marcher ensemble, ne puissent se trouver utilement rapprochées à un instant donné sous un même drapeau pour défendre une liberté menacée , une garantie violée , l'intégrité d'une institution exposée à être corrompue ou la dignité de la pohtique extérieure mise en péril. C'est là ce qui explique, ce qui légitime les coalitions. Malheureusement elles ont un autre côté par lequel elles apparaissent comme une combinaison équivoque et dans tous les cas stérile ou môme dangereuse. Il est trop vrai que le plus souvent les coahtions ont plus de force de destruction que de force de réédification, et cela tient à la nature de leurs éléments. Les partis qui s'allient contre un Système politique, contre une situation représentée par un ministère, ont des griefs identiques; le pouvoir qu'ils combattent est pour eux l'ennemi commun. Ce qu'ils mettront à la place, ils ne le savent pas, ou plutôt en se confondant un instant dans une môme opposition , ils se trouvent bientôt réduits à l'impuissance et à la confusion par la divergence de leur nature et de leurs tendances. Il en résulte que les coalitions, utiles comme moyen défensif, souvent redoutables et efficaces comme moyen d'attaque et de destruction, portent en elles-mêmes un principe négatif qui laisse peser un doute sur leur moralité et qui n'éclate jamais plus visiblement qu'au moment où elles triomphent. La victoire devient pour elles le commencement de la dis-
solution. Elles ont prouvé leur puissance comme opposition, elles ne peuvent plus former un gouvernement après avoir détruit celui qui existe, et elles afl'aibhssent ainsi quelquefois les ressorts de cette vie parlementaire dont elles sont une manifestation passionnée, manifestation que la nécessité extrême de la défense légitimerait seule entièrement, par exemple , quand le principe même des institutions est en péril.
11 y a eu bien des exemples de coahtions parlementaires dans les pays librement organisés, surtout en Angleterre, et en France môme un fait de ce genre s'est produit à l'époque où le régime constitutionnel était dans toute sa force. Nous ne voulons rappeler que deux de ces exemples, l'un dans l'histoire de l'Angleterre, l'autre dans l'histoire de la France: le premier montrant une coalition qui échoue, Fautre montrant une coaUtion qui réussit; ou plutôt, à dire vrai, ni Tune n'échoue, ni l'autre ne réussit; l'une et Fautre montrent dans des conditions différentes ce que c'est qu'une coalition. Peu d'époques de l'histoire parlementaire de l'Angleterre sont plus curieuses peut-être que ce moment de 1782 qui vit tout à la fois la reconnaissance des États-Unis, la paix avec la France et bientôt Favénement au pouvoir du jeune Wilham Pitt , sortant tout armé du seiu de la confusion des partis.
Il yavait dans le Parlement trois partis: l'un, le vieux parti tory, dirigé par lord North , qui Favait peu auparavant représenté au pouvoir et qui avait poussé la guerre à outrance contre les États-Unis; Fautre, le parti whig, ardent adversaire de la guerre, dirigé par Fox; le troisième était le parti de lord Shelburne, qui, placé entre les tories et les whigs , plus rapproché de ceux-ci cependant , venait d'être appelé au pouvoir pour négocier la paix qui était bientôt conclue en effet. Lord Shelburne avait pour collègue comme chancelier de l'échiquier WilUam Pitt, qui avait à peine vingt-trois ans. Ce ministère vit se former contre lui une coalition qui est restée mémorable en Angleterre, entre lord North, qui avait été menacé d'être mis en accusation pour avoir trop poussé à la guerre, et Fox, qui avait été son accusateur. Tories et whigs s'allièrent contre le négociateur de la paix. Lord Shelburne succomba et la coalition arriva un moment au pouvoir. Lord North et Fox furent secrétaires d'État. Mais il arriva ce qui ne pouvait manquer d'arriver. Les divisions s'en mêlèrent; la masse des deux partis ne suivit pas ses chefs, et bientôt, en 1783, un bill sur le gouvernement des territoires anglais dans l'Inde mit la coalition en minorité. Lord North et Fox furent obligés de se retirer. Alors William Pitt arrivait au poste de premier lord de la trésorerie. De quelque talent qu'ileûtfaif preuve jusque-là. il se trouvait dans la situation la plus critique, car il avait à faire face à la coaUtion qui venait d'être vaincue et qui brûlait de se venger, à des orateurs tels que Fox, Sheridan, Burke, North. Il ne se dissimulait pas la gravité de cette lutte, il ne se découragea pas cependant et montra
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une fermeté inébranlable. Du mois de décembre 1783 au mois de mars 1784, l'opposition triompha dans seize votes. Pitt persista malgré tout, se sentant appuyé à la fois par le roi et par le pays. Cette attitude eut son effet. L'opposition se sentit bientôt ébranlée, on réussit à faire voter les subsides, et le Parlement fut dissous. Cent soixante membres de la coalition ne furent pas réélus. C'est ainsi qu'à vingt-six ans William Pitt, le fils de lord Cbatam, s'emparait du pouvoir par le caractère et par la parole en triomphant dune coalition qui avait pour elle les esprits les plus éminents et les orateurs les plus populaires.
11 faut parcourir bien des années pour retrouver en France l'exemple d'une coalition aussi sérieuse, aussi passionnée et réunissant sous un même drapeau d'opposition autant d'hommes d'une éloquence supérieure. C'est en 1839, on le sait, que cet événement, le plus grave peut-être de l'histoire parlementaire de la France, se produisit. M. le comte Mole était alors le président du cabinet cUt du 15 avril, qui comptait dans son sein, avec son chef, MM. de MontaUvet, de Salvandy, Lacave-Laplagne, Bartlie, le général Bernard. Ce ministère, dont le chef était assurément un des hommes les plus considérables qui aient manié les affaires dans notre pays, un des mieux faits pour la pohtique, ce ministère était l'objet de bien des récriminations les plus diverses, quelquefois même les plus opposées. On lui reprochait son incertitude, sa faiblesse, ses complaisances pour toutes les volontés personnelles du roi Louis-Philippe, ses tergiversations dans la politique extérieure; on l'accusait, soit de laisser dégénérer entre ses mains la pohtique dont M. Casimir Périer avait été le représentant, soit d'être composé en dehors de toutes les conditions parlementaires, en écartant les principales notabiUtés des chambres. >'ous ne parlons pas de ceux qui, dans le cabinet, poursuivaient la dynastie elle-même au point de vue républicain ou légitimiste. Bref, après avoir commencé par trois actes qui lui donnaient un certain lustre: l'amnistie, le mariage du duc d'Orléans et la prise de Constantine, le ministère du 15 avril se trouvait, dès l'ouverture de la session de 1839, en face d'une coalition qui comptait dans ses rangs des hommes des partis les plus divers et dont quelques-uns étaient tout-puissants par léloquence : M. Guizot, M. Thiers, M. Odilon Barrot, M. Berryer, M. Garnier-Pagès. Le seul orateur émineut qui resta à côté du cabinet, fut M. de Lamartiue. La première victoire de la coahtion fut le choix de la commission qui rédigea un projet d'adresse d'une couleur notoire d'opposil ion, et c'est sur ce projet que s'engagea le combat. La lutte fut longue et ardente. M. Mole se défendit avec autant de fermeté que d'à-jjropos et d'esprit. Enfin, après douze jours de discussions orageuses, le cabinet réussit à faire voter une adresse amendée dans un sens favorable; mais la majorité était faible et le parti qui soutenait le ministère était blessé à mort.
Une victoire de ce genre ne laissait d'autre
alternative que la retraite du cabinet ou la dissolution de la chambre des députés. Après quelques velléités de démission de M. Mole, ce fut la chambre qui fut dissoute, et ici la lutte continuait plus ardente que jamais entre la coalition et le ministère. Sans être absolument et rigoureusement victorieuse dans les élections, la coahtion obtenait du moins assez d'avantages pour qu'il n'y eiit pas moyen de se soutenir dans la chambre nouvelle. Le ministère le sentit et offrit déhnitivement sa démission, qui fut acceptée, quoique avec regret, par le roi. Or, c'est là que la Coalition périssait dans son triomphe, non-seulement par suite des répugnances du roi et de son habileté à neutrahser les partis, mais encore par la nature même d'une telle combinaison, qui réunissait tant d'hommes divers, ne fût-ce que M. Guizot et M. Odilou Barrot, sans parler de ceux qui étaient impossibles. 11 résulta d'abord de cette situation une période d'attente, de tâtonnements, de négociations inutiles, où le roi cherchait visiblement à évincer l'opposition et y réussissait d'autant mieux que les chefs de la coahtion avaient grand'peine à s'entendre. On eut recours, après trois semaines d'efforts infructueux, à un expédient qui fut la formation d'un cabinet provisoire; mais bientôt une émeute, éclatant dans Paris le 12 mai 1839, ne permettait plus d'ajourner, et sous le coup de cette nécessité d'ordre public, un ministère se forma, ayant le maréchal Soult pour président et comptant dans son sein MM. Duchatel, Dufaure, Villemain, Passy, Teste, Guniu-Gridaine. Ce n'était pas absolument une victoire pour la coahtion, dont les chefs restèrent encore hors du pouvoir. C'était une trêve que l'opposition accepta. iN'euf mois après, un projet de dotation, en faveur de M. le duc de iN'cmours, amena la chute du minislère du 12 mai 1839, et le 1^'' mars 1S40 M. Thiers arrivait au pouvoir, choisissant pour collègues MM. de Remusat, Cousin, Jaubert, Gouin, conlirmant le choix qui venait d'être fait tout récemment de M. Guizot, comme ambassadeur à Londres. Mais, quoique la coalition de 1839 parût triompher cette fois, bien des divisions existaient; il y avait bien des causes de froissement qui n'attendaient que l'occasion de se faire jour. D'un autre côté, le traité signé à Londres, le 15 juillet 1840, entre l'Angleterre, la Russie, la Prusse et l'Autriche, à l'exclusion de la France, pour le règlement de la question d'Orient, allait créer une de ces diversions de pohtique extérieure qui déconcertent toutes les combinaisons. En définitive, le ministère de M. Thiers dura huit mois, et le 29 octobre M. Guizot, rappelé de Londres, était chargé de former un cabinet pour reprendre purement et sinipicnicnt la politique conservatrice du conunencenicnt du régime de 1830. Que reslail-il alors de la coalition de 1839? Des souvenirs amers, une déception et dans tous les cas un assez grand (rouble dans les partis. Les passions de ce temps ont disparu. Des révolutions nouvelles ont effacé cette coalition. Trop de sévérité serait sans doute de l'injustice à l'égard d'honmies qui
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