‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 180 sur 557 · EN OCÉANIE · texte numérisé non relu

EN OCÉANIE

La Nouvelle-Calédonie, l'archipel de Taïti (simple protectorat) , les îles Marquises.

EN AMÉRIQUE

La Guadeloupe et ses dépendances (Marie- Galante, la Désirade, les Saintes, une partie

COLONIES

de l'île Saint-Martin,; la Martinique, la Guyane, les îles Saint-Pierre et Miquelon , et des droits de pêche sur une partie du littoral de Terre- Neuve.

Nous allons, en suivant cet ordre géographique, résumer les traits caractéristiques de chacune de ces colonies.

Sect. 2 . Description dn domaine colonial de la France.

AFRIQUE

I. V Algérie ayant été l'objet d'un article spécial, nous n'y revenons pas.

II. Sénégal. Cette colonie, qui tire son nom du fleuve africain qui en est la principale artère, est la plus ancienne possession de la France. Le noyau central de formation est à Saint-Louis, dans un îlot voisin de l'embouchure du fleuve, siège du gouvernement; le territoire s'étend au nord jusqu'au cap Blanc, à l'est jusqu'à Médine, dans le haut cours du fleuve; au sud, mais seulement par postes intermittents, jusqu'au voisinage de la colonie anglaise de la Gambie; à l'ouest la colonie est baignée par l'océan Atlantique, où se trouve nie de Corée, qui a tantôt été détachée du Sénégal, et tantôt lui a été réunie, ce qu'elle est en ce moment. La réunion de ces fractions en un corps homogène et continu est un des principaux objets de la politique locale. En vue de cette unité, les droits de pèche et de trafic que possédait l'Angleterre au nord de Saint-Louis, à Portendyk, dans la baie et rivière de Saint- Jean, ont été échangés en 1857, par convention internationale, avec l'établissement d'Albréda que possédait la France dans la Gambie, au voisinage de Sainte-Marie de Bathurst. Dans l'intérieur des terres, la France s'est annexé la province du Oualo (1855), le Toro, le Dimar et le Damga (1860); elle a échelonné des ports, centres naissants de domination, de commerce et de colonisation tout le long du fleuve, savoir: Eichard-ToU , Dagana, Podor, Saldé, Matam, Bakel, Médine. SurlaFalèmé, principal affluent du Sénégal, on a construit Sénédoubou, et dans l'intérieur du Bambouk, Keniéba, qui fut de 1859 à 1861 le siège d'une exploitation officielle des mines d'or. Pour unir les établissements du Sénégal à ceux qui font face à Gorée, on a obtenu du chef du Cayor (1861 et 1862) une zone de 2 lieues de large sur le littoral depuis Gandiole jusqu'à Dakar, et au delà de Dakar une zone de 6 lieues de large • jusqu'à la rivière deSaloum(1859). Au delà il n'y a jusqu'à présent que des postes et des comptoirs épars en pays indigène.

La colonie du Sénégal est administrativement divisée en trois arrondissements qui ont pour chefs-lieux: Saint-Louis, Bakel, Gorée; avec des subdivisions de peu d'importance.

Le commandement de Gorée protège en outre les établissements commerciaux fondés par

1. Cette stipulation n'est que la reconnaissance des droits attribués à la France par le traité de Nimégue (1678), par celui conclu en 1679 avec les chefs du pays pai Ducasse et par le traité de Versailles (1783). Elle a déterminé la reprise des comptoirs de Rufisque, Portudal et Joal, qui figurent de longue date dans l'histoire coniiuerciale de ces contrées.

les Français le long de la côte, au sud de Pointe Sagornaf, et dont les principaux sont sur les rios ou rivières Nunez, Pongo, Sangarie, Mellacorée, Mafacony, Scaccio, par où ils confinent avec le bassin de la Sierra-Léone, exploité exclusivement par les Anglais.

La population du Sénégal, avec ses dépendances, dépasse 200,000 habitants, soumis et (Urectement administrés, suivant un recensement effectué au 1" janvier 1867, et dont voici le résumé:

Arrondissement de Saint-Louis.

Saint-Louis et ses faubourgs 18,000

Banlieue de Saint-Louis 8,000

Cayor septentrional, Dimar et Oualo 84,000

Toro 20,000

Cayor central 10,000

Arrondissement de Bakel, Bakel et dépendances, Damga 3,750

Arrondissement de Gorée,

Gorée 3,000

Presqu'île du cap Vert et autres dépendances. 59,000

A cette population il y a lieu d'ajouter:

Troupes indigènes 650

Matelots et employés indigènes 750

Militaires, marins, employés européens et

leurs familles 1,700

On n'a pas compris dans ce recensement les populations des pays qui sont placés sous notre protection, comme le Bondou, le Kaméra, une partie de la Casamance, etc., lesquelles nous obéissent par Pintermédiaire de chefs indigènes nommés et reconnus par nous; on peut compter 50,000 âmes.

Les relations politiques et commerciales du Sénégal avec ses voisins ont été réglées par des traités spéciaux, dont Pénumération serait sans aucun intérêt.

Ces divers traités, conclus presque tous sous l'influence de M. Faidherbe , gouverneur du Sénégal de 1854 à 1861. constituent notre droit international au Sénégal, et sont nés de trois ordres de vues et de faits: 1° la justice et Futilité de refouler sur la rive droite du Sénégal les tribus arabes et berbères musulmanes (Trarzas, Braknas, Douaïch) qui, depuis un demisiècle, avaient usurpé une souveraineté oppressive sur lesnoirsOuolofsdela rive gauche, nos protégés et nos alliés naturels : quatre ans de luttes (1854 à 1858) ont atteint le but; 2° de refouler dans les profondeurs de l'Afrique intérieure le soi-disant prophète musulman El- Hadj-ben-Omar, qui avait arboré contre nous, avec un prestige appuyé sur Pesprit de religion et de race , le drapeau de l'islamisme. Quinze ans de propagande et d'appels à la guerre sainte se sont brisés contre la force de nos armes. Le traité conclu avec lui règle sa part et la nôtre par Padoption d'une frontière qui est le Bafing, branche supérieure du Sénégal, depuis Bafoulabé jusqu'à Médine. Nos pays sont : Natiaga, Logo, Médine, Niagala, Farabana, Tambaoura, Kamanan, Konkodougou, Dentilia, Diabéla, tout le cours de la Falèmé, Guidimakha. Kaméra, Guoy, Bondou, etc., vers l'est. La part d'El-Hadj est : Diombokho, Kaarta, la partie du Khasso sur la rive droite du Badng.Bakhounou, Fouladûugou , Bélédougou ... et tout ce qu'il

COLONIES

pourra prendre de ce côté; S" les conflits pour le commerce, les voyages, les relations de voisinage à régler avec les peuplades indigènes noires et leurs chefs.

Les objets de ces traités sont multiples: achat, cession, échanges de territoires, restitutions et tributs stipulés; flxation de limites; règlement des rapports commerciaux; indépendance reconnue; protection accordée. La liberté commerciale absolue est le principe de toutes ces conventions, sous la réserve d'un droit de 3 p. 100 à la sortie des produits, dont la perception est confiée à des agents français au profit des chefs indigènes.

Fort de ces traités, le commerce sénégalais peut s'établir en toute sécurité avec des populations évaluées à un million au moins d'indigènes, et répandues sur une surface d'environ 200 lieues, du nord au sud, et 400, de l'ouest à l'est : c'est en profondeur surtout qu'il peut "s'étendre et pénétrer jusqu'au bassin du haut Mger, dont Ségou, Djenné et Tombouctou sont les principales stations.

Les principaux articles de ce commerce sont les suivants : 1" dans le règne animal, bœufs (à destination des Antilles), dents d'éléphant, peaux sèches, cire jaune ou brune; 2° dans le règne végétal : gommes pures, gommes copal et dammar, arachides, graines de sésame et autres oléagineux, huile de palme, caoutchouc ou gutta-percha en masse, bois de teinture et d'ébénisterie, lichens tinctoriaux, graines à ensemencer; 3° en produits industriels : les nattes ou tresses. La douane n'a pas enregistré l'or, qui, récolté dans les sables des rivières du Bambouk, circule dans l'intérieur de l'Afrique comme un article important d'échange.

A Saint-Louis, le but principal de toutes les transactions est la gomme qui transsude des arbres, et qui, étant due à l'influence du Sahara, combinée avec celle de Vharmattan ou vent sec du Sénégal, constitue un privilège local que depuis cinq siècles aucune concurrence n'a pu ravir. Vient ensuite l'arachide, exploitée depuis une trentaine d'années seulement, qui domine dans le commerce de Corée.

Ces deux matières sont devenues d'un emploi industriel dans des proportions toujours croissantes : elles assurent donc la prospérité du commerce du Sénégal, en même temps qu'elles procurent du travail aux tribus nomades qui récoltent la gomme et aux tribus sédentaires qui cultivent l'arachide. Cette dernière graine surtout, par les profits qu'elle rapporte, est un des meilleurs contre-poids aux spéculations de la traite des esclaves. On espère lui associer l'indigo et le coton, deux plantes spontanées dans le paj-s.

m. Établissements de Guinée [côte d'Or et Gabon). Ces restes de la prospérité coloniale de la France au quatorzième siècle se réduisaient en 1871 à quatre positions, toutes acquises et occupées en 1842 et 1843, savoir: Grand-Bassam , Assinie , Dabou et Gabon. — On pourrait y joindre -Garroway qui a été acquis , mais non occupé.

Le décret du 26 février 1859, qui a rattaché

Corée au gouvernement de Saint-Louis, a mis les autres étabUssements sous l'autorité du commandant de la di^ision navale de la côte occidentale d'Afrique. Un second décret du 5 mars a institué un ordonnateur des dépenses et un trésorier-payeur. Un commandant centralise le pouvoir dans chacun des postes dont la protection couvre les opérations commerciales.

Grand-Bassam , sur la côte d'Or , fut occupé par la France en vertu d'un traité passé le 29 février 1 842 , avec le roi Peter et les chefs Guachi et Waka. Le pays environnant est riche en or , ivoire , huile de palme.

Assinie, situé sur la même côte, à 9 lieues environ de Grand-Bassam, fut occupé en vertu d'achats et de règlements faits les 4 juin 1843 et 26 mars 1844, avec quatre chefs de village. Le commerce est le même.

L'abandon de ces deux comptoirs a été déterminé en 1872 par la retraite complète du commerce français devant la concurrence anglaise.

Dabou, plus au sud, sur la rivière d'Ébrié, n'est guère qu'une possession nominale.

Le Gabon a été cédé à la France par le roi Louis, le 18 mars 1841 ; le pays est fertile; le port convenable ; le fleuve ou plutôt l'estuaire qui donne le nom à l'établissement, pénètre fort au loin dans Fintérieur par les courants qui s'y déversent. On y traite les dents d'éléphant, le bois d'ébène, l'huile de palme , la cire , la gomme-copal.

Les opérations de ces comptoirs étant confondues dans les tableaux de la douane avec celles de la côte occidentale d'Afrique, on ne peut les évaluer qu'approximativement. On les classe ainsi: Gabon. 1,500,000 fr. ; Grand-Bassam, 1,000,000 fr.; Assinie, 100,000 fr.; Dabou, 50,000 fr.

Le pavillon de la division navale qui protège les transactions du négoce licite, est en même temps chargé de surveiller le commerce illicite de la traite des esclaves, depuis Corée jusqu'au sud de Loango, de concert avec l'escadre anglaise. En 1862 elle comprenait 1 frégate à A'apeur , 4 avisos à vapeur, 2 canonnières, 1 transport à voile, 1 transport mixte, sans compter le stationnaire du Gabon. En 1872 la station du Gabon se compose de deux avisos et d'un ponton; la station du Sénégal de cinq avisos.

IV. La Réunion. Cette lie, Fune des Mascareignes, abordée parles Français dès 1638, ofllciellement occupée en 1642 et 16i9, prit dès lors le nom de Bourbon, qu'elle échangea en 1793 contre celui de la Réunion, abandonné en 1806 pour celui de Bonaparte, repoussé en 1815 pour celui de Bourbon, de nouveau délaissé en 1848 pour celui de Réunion, qu'elle porte dans le langage officiel, concurremment à celui de Bourbon que conserve volontiers la langue courante. Pendant la Révolution , la colonie, ne voulant pas recevoir les envoyés et les lois de la France, se déclara indépendante et s'administra librement par une assemblée coloniale. En 1803 elle rentra sous lasouverai-

COLONIES

neté métropolitaine. Les Anglais s'en emparèrent eu ISIO et la rendirent en 1815.

Située dans rocéan Indien ou la mer des Indes, presque sous le tropique, l'ile de la Réunion a 251,160 hectares de surface'; son clief-lieu est Saint-Denis , situé par 20" 51' 42" de latitude sud, et 53° 10' 00" de longitude est.

L'île se divise administrativement eu 14 communes, réparties elles-mêmes eu deux groupes suivant qu'elles sont dans l'arrondissement du vent [à'QsVj, ou dans celui sous le vent, division naturelle du pays correspondant à tout un ensemble de caractères climatologiques. Saint- Denis est le chef-lieu du premier, Saint-Pierre du second; entre Tune et l'autre ville se trouve Saint-Paul : ce sont les trois principaux centres de population, d'administration et d'affaires. Saint-Denis , le plus considérable , est le siège du gouvernement ^ et compte 36,000 âmes.

Au 31 décembre 1868, la population totale de l'ile comprenait 209,688 âmes, dont 137,313 hommes et 72,424 femmes. Cette grande inégalité des sexes tient à la présence d'un nombre considérable d'engagés (60,000 environ) , parmi lesquels prédomine le sexe masculin dans une proportion inquiétante pour la moralité publique. La population sédentaire comprend un fond de population blanche qui est à la tête de toutes les carrières , avec un certain nombre d'hommes de couleur et beaucoup de noirs, anciens esclaves aiTranchis en 1848 , ou fils de ces esclaves. L'harmonie règne entre ces trois classes mieux qu'en aucune autre de nos colonies.

Lorsque Pile de France , aujourd'hui l'ile Maurice , appartenait à la France , les deux colonies voisines se complétaient mutuellement: à Bourbon , c'était surtout la culture qui florissait; à Maurice, par la nature et par l'art qui Pont doté d'un port magniûque, c'était le commerce. L'Angleterre , qui comprenait mieux que la France la valeur des positions maritimes , ayant gardé Pile de France, la Réunion , réduite à elle-même , souffre gravement de l'absence de tout port naturel. Au prix de beaucoup de sacriGces on s'efforce d'adapter à cette destination le bassin de Saint-Pierre, non sans de vives et incessantes protestations de la part de Saint-Paul, qui revendique la préférence, au nom de conditions fopographiqucs dont il proclame la supériorité. Eu attendant , les crédits et les travaux marchent au profit de Saint- Pierre.

Bien que réduite à un rôle purement économique , la Réunion n'en tient pas moins le premier rang dans la production et le commerce de nos colonies. En 1861 , les produits de ses cultures étaient évalués à 43 millions de valeurs brutes, qui, déduction faite des frais, évalués à 20 millions , laissaient un bénéfice de 23 millions, soit 300 fr. net par licctare, les terres cultivées se portant à 75,000 hectares. La principale culture pour Pcxportation est la

1. Ij'Annuaire de la Réunion pour 1S62 dit seule- 2aeat 228,421 ; et on trouve aiUeura 231,550 hectares.

canne à sucre , qui a successivement remplacé la plupart des autres, telles que le caféier, le giroflier, le cacaoyer; la vanille seule lui est associée , suivant une progression constante , depuis quelques années. Les vivres du pays et un peu de tabac occupent un tiers seulement des surfaces cultivées ; la canne à sucre, les deux autres tiers. Le commerce d'importation fournit à tous les autres besoins; mais la prédominance d'une seule culture inspirait depuis quelque temps de graves inquiétudes, moins encore pour le cas éventuel d'une guerre qui couperait les communications de l'ile avec Pextérieur (c'est un danger que la colonie a souvent couru sans souffrir de la disette), que par quelque accident qui atteindrait la canne à sucre. C'est justement le malheur qui se déclara en 1802, par Faction malfaisante de divers insectes, le boi-ei- entre autres.

Aussi l'épidémie s'étant développée et des troubles de l'atmosphère s'y étant ajoutés , la colonie subit depuis lors une série de mauvaises récoltes. Ainsi, eu 18G7, le nombre des hectares cultivés s'étant élevé à 77,000, la valeur nette des produits n'était plus que de 10,400,000 fr. En 1868, date des derniers renseignements, le nombre des hectares cultivés est de 84,000, et la valeur des produits nets est encore descendue à 8 millions.

En ces conditions, la poUtique économique du pays consiste à mettre en culture les hautes plaines de Pintérieur, très-propices aux vivres, même aux céréales et àPélève du bétail, à relever do leur décadence au moins quelques-unes des plantes rivales de la canne , à multiplier au dehors les marchés d'approvisionnement et les débouchés.

Le commerce extérieur est du reste en plein essor.

Après la canne à sucre, dont Pexportation se compte par millions de kilogrammes, on peut à peine citer le café (en 1859: 206,554 kil. exportésen France valant 330,487 fr.; en 1868, 393.657 kil. valant 866,046 fr.). La production totale du café dans la colonie dépasse ordinairement un miUion de kilogrammes. Cependant le café Bourbon, importé de Moka, et plusieurs fois régénéré à sa source , a compté autrefois parmi les richesses les plus populaires de l'Ile. La vanille dépasse le café en importance , et le girofle même s'en rapproche.

V. Sninte-Marie de Madagascar forme, à elle seule, une petite colonie dont le commandant réunit tous les pouvoirs. La petite ville qui est le centre principal de population , est située par 17" 8' de latitude sud et 47° 34' 30" de longitude est. L'ile entière ne compte guère plus de 3,000 habitants pour une surface d'environ 30,000 hectares; les uns 'adonnés à la culture, les autres à la navigation, un petit nombre à Pindusirie. Acquise, le 30 juillet 1750, de la reine Béti, elle a été occupée et abandonnée , suivant l'instabilité des résolutions du pouvoir de Bourbon dont elle dépendait autrefois. Son occupation définitive remonte à 1831, où elle fut prescrite comme compensation de l'abandon de Tintinguc, après

COLONIES

la rùvûkition de Juillet, et comme un témoignage de nos droits sur la grande île. Elle rend des services sérieux aux navires que les tempêtes jettent souvent vers la côte orientale de Madagascar , par sa bonne rade . par les chantiers de réparation qui y sont établis et qui trouvent à s'alimenter de bois dans les forêts qui couvrent une partie de lile. Un dépôt d'outillage . l'envoi de quelques ouvriers des ports , ont développé ces ressources naturelles.

Le commerce de Sainte-Marie est confondu dans les tableaux de la douane avec celui de Mayotte et Nossi-Bé.

VI. Par le travers de la côte nord-ouest de Madagascar, dans les eaux du canal de Mozambique , gisent les deux lies de Mayotle et de Nossi-Bé, occupées, sous le gouvernement de Louis-Philippe, tant comme stations d'observation de la grande île Malegache que comme stations de refuge, de réparation et de ravitaillement pour les navires se rendant d'Europe en Asie. A ce dernier point de vue, qui fut surtout invoqué par les ministres de Louis-Philippe pour obtenir des Chambres les crédits nécessaires, le choix était d' tin mérite fort douteux: peu de navii-es suivent aujourd'hui cette route, et s'ils mouillaient dans l'une ou l'autre de ces stations, ils auraient bien vite épuisé les ressources du pays en matériaux de construction et en viATes, tant les iles ont peu d'étendue.

En effet, Mayotte, la plus considérable, située par 12° 45' de latitude sud et 43" de longitude est, n'a guère plus de 30,000 hectares de surface, et environ 3,000 habitants. Le siège de l'administration locale est Dzaoudzi. auprès d'une bonne rade de même nom , profonde de 80 brasses , d'où les navii-es peuvent se procurer de l'eau, du bois à brûler et quelques vivres. A défaut de développement politique et maritime, Mayotte est devenue le siège de quelques cultures et d'un commerce local , qui grandit d'année en année. Les vivres, le riz , le café, le sucre surtout, y sont cultivés par des indigènes ou des engagés, les uns Africains , les autres Asiatiques. Une société française, dite des Comores, y a fondé d'importantes sucreries. Mayotte a été acquise à la France par un traité, du 25 avril 1841, conclu avec Adriaiisouly , ancien chef sakaiave, émigré de Madagascar, et alors maître de Mayotle. Le traité fut ratifié par le roi des Français le 10 février 18 43.

Kossi-Bé, occupée en 18 il, en vertu d'un traité conclu le 5 mars avec la reine Tsoumika, est moins étendue que Mayotte (15,000 hectares seulement), mais a plus d'importance sous le rapport poUtique et militaire. Voisine de la côte Malegache, à laquelle elle se relie par la magnilique baie dePassandava, elle offre à des ilottes entières un excellent mouillage par 10 à 13 brasses d'eau, en même temps que les forêts de l'intérieur renferment des bois de mâture. Sa population, en y comprenant les îles de Nossi-Couraba et de Sakalia, ainsi que les îlots de Tani-Kali, ISossi-Tenréc et de ^■ossi- Tanga, s'élève à 14,000 habitants, qui s'adon-

nent, comme à Mayotte, à la culture des vivres, du riz , du café , du sucre , d'un peu d'indigo et de sésame, et au cabotage.

Le chef-lieu administratif est à Helleville , et dépend du commandement de Mayotte.

Le commerce de ces deux iles est confondu avec celui de Sainte-Marie de Madagascar; il se composait , dans ses rapports avec la France, en 1868, de 2,136,000 fr. d'exportations dans la métropole , et de 423,000 fr. d'importations de France dans les trois iles.

En cas de guerre, la valeur politique de Kossi-Bé, et surtout de Mayotte, serait annulée par la position du cap d'Ambre et de Diégo- Suarez, qui commandent, au nord, l'entrée du canal de Mozambique; c'est pourquoi la France doit se garder .dy voir une garantie suffisante de son influence dans ces parages.

VII. Adoulis. On sait que M. le capitaine de vaisseau Russel a acquis, en 1801, d'après l'ordre du gouvernement français, le territoire d'Adoulis et une zone du littoral sur la côte africaine de la mer Rouge; mais ou ignore à quelles conditions.

VIII. En avançant vers l'Orient, nous trouvons sur le continent asiatique les établissements /rançais de l'hide, dont le chef-lieu est Pondichéry° par 11» 55' de latitude nord et 77° 29' de longitude est. Ils comprennent avec cette ville et son territoire, les possessions de Karikal, Yanaon, Chandernagor, Mahé, et divers emplacements appelés loges, enclavés comme les précédents, au milieu des pays soumis à la domination britannique. Ce sont les humbles restes de l'ancien empire de la France dans le monde asiatique, dont les commencements obscurs, dans le cours du seizième siècle jusqu'au milieu du dix-septième siècle, avaient rapidement grandi sous le ministère de Colbert et de son successeur, et avaient reçu, eu 1697, la consécration du traité de Ryswick.Plus d'un demi-siècle de prospérités, qui illustrèrent les noms de Martin, Dumas, Duplcix, ne protégèrent pas notre drapeau contre les armes anglaises, et le traité de 1763 ne nous rendit Pondichéry que diminué des territoires, des ])opulations, des revenus, des défenses, qui en faisaient le prestige. Des vicissitudes diverses nous firent perdre Pondichéry en 1778, pour le recouvrer en 1783. le reperdre en 1793, et, après une éphémère possession en 1802, le recouvrer définitivement en 1814-1815.

La superficie totale de ces territoires , resserrés autour de cinq centres épars , loin les uns des autres, est de 48,962 hectares, la population (en 1868), de 259.981 habitants, y compris 852 fonctionnaires et employés, et 285 soldats indigènes.

Pondichéry, sur la côte de Coromandel, possède environ 40,000 habitants, et son territoire entier 125,000. — Le district de Karikal, sur la même côte, est peuplé de 92,000 âmes ; Yanaon , sur la côte d'Orixa, de 5,728 ; Mahé, sur la côte de Malabar, de 8,08 i; Chandernagor, dans le Bengale, de 24.220.

COLONIES

Les loges, entièrement inoccupées jusqu'à présent, mais affermées au prix d'une légère redevance, sont ainsi distribuées :

Sur la côte d'Orixa, Mazulipatam. — Au Bengale, Cassimbazar, Jougdia, Dana, Balassore et Patna. — Sur la côte de Malabar, Calicut. — Dans le Goudjerate, la factorerie de Surate.

A notre ancienne domination de l'Inde se rattachent les droits non prescrits, d'établir des factoreries à Mascate dans rOmaa> et à Moka, dans l'Arabie.

Sauf Chandernagor, qui n'est entouré que de ses jardins, les quatre autres établissements se livrent à des cultures, à des industries et à un commerce, dont la statistique administrative tient compte. La culture comprend surtout les produits du cocotier, le riz et autres grains, le bétel, le tabac, l'indigo, le sucre, le coton, les huiles, divers fruits. La valeur totale des produits de la culture est estimée à 2 millions 300,000 fr. pour Pondichéry, 1 million 200,000 fr. pourKarikal,21,000fr.pourYanaon, 389,000 fr. pour Mahé.

L'industrie roule surtout sur la teinture et la fabrication des toiles, dites Guinées, dont la France s'est réservé le monopole, avec la condition exorbitante qu'elles doivent faire escale dans les ports de France, avant de pouvoir être introduites au Sénégal qui est sur leur route. Les indigoteries et les filatures de Pondichéry représentent un capital de près de 1,500,000 fr.

Réduites à leur rôle agricole et commercial, nos possessions de l'Inde ont si peu de valeur que Ton en a quelquefois demandé l'abandon, la vente ou l'échange ; mais leur fonction économique est d'un autre ordre. Tous ces établissements, sauf Chandernagor, sont des centres de recrutement et d'embarquement pour les engagés que la France recrute sur ses territoires, et en vertu d'une convention de 1861, sur le territoire anglais, à destination de ses colonies de la Réunion et des Antilles. Déplus, Pondichéry se trouve sur la route des paquebots qui relient la France à l'extrême Orient, et pourra devenir une escale importante.

IX. La Cochinchine française a pour capitale Saigon, ville de 100,000 aines, par 10° 50' latitude nord et 104" 22' longitude est. C'est la plus récente des colonies françaises , sa conquête ayant été consacrée par un traité de paix qui ne remonte qu'au 5 juin 1862. L'expédition franco-espagnole qui a amené ce résultat, commença en 1858 ; elle eut pour cause première une suite de persécutions et de condamnations à mort dont furent victimes , sous les règnes des empereurs annamites Min-Mang, Thieou-Tri, et Tu-Duc, les missionnaires chrétiens et leurs disciples, qui avaient droit de pratiquer librement leur culte, d'après le traité conclu, en 1787, entre Louis XVI et l'empereur Ghia-Long, père de Min-Mang. La tolérance religieuse n'était même qu'une partie de ce que permettait de revendiquer le traité de 1787, qui cédait à la France la presqu'île et la baie de Tourane.

Les principaux exploits de cette expédition

qui a duré quatre ans, avec le concours des forces de l'Espagne, ont été, en 1858, la prise de Tourane, déclarée possession française; en

1859, la prise de Saigon, érigé en centre de notre domination, la visite d'un navire envoyé par le roi de Siam pour resserrer les liens d'amitié qui unissent ce prince à la France ; en

1 860. la franchise déclarée, mais non maintenue depuis, du port de Saigon ; en 1861 , la prise de Mytho et de Bien-Hoa, sur le confluent; l'occupation des lies Poulo-Condor, au sud de la Cochinchine; en 1862, laprisede Vinh-Long. Ces succès déterminèrent l'ennemi à demander la paix, laquelle fut conclue aux conditions suivantes:

Le roi Tu-Duc dut payer 24 millions de francs, dont 21 à la France, et 3 àl'Espagne, dansl'espace de 10 ans. Le roi d'Annam ouvre à notre commerce trois ports dans le Tonquin. Les missionnaires français et espagnols, et les catholiques habitant dans le royaume, doivent être traités et respectés à l'égal des autres sujets du roi. Le roi s'engage à ne céder aucune partie de son territoire, sans y être autorisé par la France. La France conserve trois provinces sur les quatre qu'elle a conquises. La province de Vinh-Long sera rendue au roi Tu-Duc dès que les autres provinces seront complètement pacifiées et organisées. Les trois provinces de l'ouest de la Basse-Cochinchine sont gouvernées par un vice-roi qui ne peut recevoir aucune troupe sans l'assentiment du gouvernement français.

Les trois provinces que garde la France, sont celles de Saigon, Bien-Hoa et Mytho.

La fonction commerciale et politique de la Basse-Cochinchine se déduit de la population et de la fertilité du pays , et de sa situation géographique sur la route de la Chine , au détour du détroit de Malacca ; enfin de son voisinage de la Chine, Où la France peut se trouver un jour appelée à jouer un grand rôle. (Voy. Cochinchine.)

X. En quittant les rivages d'Asie pour pénétrer dans l'immensité de l'océan Pacifique, on rencontre de nouveau, à l'est de l'ÂustraUe, le drapeau français flottant à la Nouvelle-Calédonie. Cette ile,*dont l'occupation ne remonte qu'à J853, git entre 20° et 22» de latitude sud, et 161° à 164» de longitude est. Sa surface est d'environ un million d'hectares ; sa population de 50 à 60,000 indigènes et d'un nombre d'Européens que la déportation grossira sensiblement en 1872. Le siège de Padministration est à Port-de-France (Nouméa).

Placée à 150 lieues à Pest de Sydney, possédant des mines de houille, dotée par la nature de nombreux et excellents mouillages, la Nouvelle-Calédonie est appelée à devenir Pun des anneaux de la chaîne commerciale qui, à travers le Pacifique, unira un jour l'AustraHe à PAmérique. Pour le moment elle s'engage dans la culture et un commerce de cabotage. On avait pensé dès l'origine à y entreprendre une colonie pénitentiaire.

COLONIES

Cette destination lui fut donnée sous le second Empire ; les condamnés aux travaux forcés y furent transportés après la suppression des bagnes, le travail et la vie en commun y furent même encouragés par le gouvernement, qui voulait expérimenter rapplication de divers systèmes socialistes. On renonça bientôt à cette tentative, qui ne rencontrait aucun succès, et la Nouvelle-Calédonie redevint simplement un lieu de détention pour les condamnés aux travaux forcés.

Par une loi du 23 mars 1872, l'Assemblée nationale a assigné l'ile des Pins et l'ile de Mare, comme séjour des individus condamnés , à la suite de l'insurrection parisienne de 1871, à la déportation simple. Les condamnés à la déportation dans une enceinte fortifiée sont internés dans la presqu'île Ducos.

On sait que le lieu de déportation fixé par la loi du 8 juin 1850, pour les condamnés politiques, était Noukahiva dans les îles Marquises.

De la Nouvelle-Calédonie dépendent un assez grand nombre d'archipels et d'Iles dont les plus considérables sont l'Ile des Pins et les lies Loyalty.

XI. A 800 lieues plus à l'est se trouve l'archipel des îles de la Société (Taïti, Mouréo ou Ehnéo, Maïtia, Tetiaora, Toubouaï, Pomotous, Gambier), placé sous le protectorat de la France, dont le siège administratif est à Papéiti, principal port de rUe Taïti. Ce protectorat remonte au 9 septembre 1842, en vertu d'une convention entre la reine Pomaré et l'amiral Dupetit- Thouars. 11 a pour bases: 1° le maintien de la souveraineté de la reine et de l'autorité des principaux chefs ; 2° la reconnaissance du droit de propriété des indigènes sur leurs terres, et le droit de juridiction indigène sur les conflits relatifs à la propriété, 3" la liberté générale des cultes et l'indépendance des ministres de toute religion. En retour de ces concessions, la reine et les chefs ont demandé la protection du gouvernement français, et lui ont abandonné la direction de toutes les affaires avec les gouvernements étrangers, les règlements de port, etc. Mais notre autorité, combattue et contestée pendant quelque temps, n'est devenue elTective qu'à la fin de 1846. C'est un poste de ravitaillement indiqué parla nature pour les navires baleiniers de l'océan Pacifique , mais dont les formalités et les taxes douanières ont diminué l'importance jusqu'à l'année 1861, où un système plus hbéral a été adopté. Le commerce de cabotage consiste en huiles de coco, perles et huîtres perlières, oranges, arrow-root, tripangs, etc. Des colons étrangers se livrent, depuis quelque temps, à la culture du café, de la vanille et de la canne à sucre, qui pourront donner naissance à un commerce lointain. L'étendue de Pile principale , Taïti , est de 104,000 hectares, sa population de 7 à 8,000 habitants.

La fonction maritime et politique de Taïti consiste à fournir un point de ralliement aux navires français dans l'océan Pacifique, et une étape à la correspondance entre le monde australien et asiatique et le monde américain.

Jusqu'au décret du 14 janvier 1860, le commandement de Taïti s'étendait jusqu'à la Nouvelle-Calédonie, qui en fut alors détachée ; il comprend encore, comme une dépendance administrative des îles de la Société, le groupe des lies Marquises, dont la France a pris possession souveraine dès 1 842. Situéesà 250 lieues au nord-est, occupées à titre de station de ravitaillement, destinées ensuite à recevoir une catégorie de condamnés, ce qui a donné à Noukahiva un renom sinistre, ces lies ne sont plus gardées aujourd'hui que par un poste d'infanterie de marine, par amour-propre plutôt que par intérêt, en vue de Favenir plutôt que du présent.

AMÉRIQUE

XII. Sur la terre ferme de l'Amériqne, la Guyane est la seule colonie que possède la France. C'est une partie de cette vaste contrée qui s'étend entre l'Orénoque et l'Amazone, et dont la souveraineté se partage, du nord au sud, entre l'Angleterre, la Hollande et la France. En 1 626, quelques agriculteurs français se fixèrent sur les bords du Sinnamary ; en 1635, d'autres émigrants bâtissaient Cayenne, resté depuis lors le chef-heu de la colonie, qui elle-même ne sortit pas des mains de la France, sauf de 1809 à 1814, où elle fut possédée par le Portugal.

Non explorée encore dans toute son étendue, non délimitée, la Guyane occupe une surface évaluée de 7 à 12 millions d'hectares; sa population est d'environ 23,000 habitants, parmi lesquels la population établie et créole est de 17,000.Le reste comprendles aborigènes (1,500), les émigrants africains (1,500), les émigrants indiens (440) et divers autres éléments mobiles. Reste en dehors la population des pénitenciers, dont le chiffre peut être de 8 à 10,000 condamnés.

Les cultures de la Guyane s'étendent sur environ 4,330 hectares ; après les plantes alimentaires, qui tiennent le premier rang, viennent le rocouyer, la canne à sucre, le caféier, le cacaoyer, le giroflier. A ces produits agricoles s'ajoute Fexploitation des bois et de For.

La Guyane, qui reçut les déportés politiques sous le Directoire et des transportés en 1851- 1852, a depuis lors été affectée à un essai de colonisation pénitentiaire, conséquence de la suppression des bagnes.

Tout entière à cette double fonction , agricole et pénale, elle resterait étrangère à la pohtique, sans une question de frontières au sud, du côté de FAmazone, qui s'agite de temps à autre avec le Brésil, comme autrefois avec le Portugal.

XIII. Au nord-ouest de la Guyane, dans la mer des Antilles, la France possède deux lies, longtemps unies sous un même gouvernement, et formant aujourd'hui deux colonies distinctes, la Martinique et la Guadeloupe.

La Martinique, occupée dès 1635, prise par les Anglais, en 1762, 1794, 1807, 1815, restituée définitivement par le traité de novembre

COLONIES

1815. travaille non sans succès à reconquérir son antique prospérité, violemment ébranlée par les vicissitudes douanières, les calamités atmosphériques, et surtout par l'abolition de l'esclavage, en 1848. Sur une surface totale de 98,000 hectares, 33,000 sont consacrés aux cultm'es, à la tête desquelles la canne à sucre domine presque exclusivement. Sa population était, en 1868, de 150,000 individus, parmi lesquels se trouvaient environ 10,000 engagés africains ou indiens. Le chef-lieu administratif de la colonie est Fort-de-France, peuplé de 13 à 14,000 âmes; la ville la plus commerçante est Saint-Pierre, peuplée de 22 à 23,000 âmes. L'exportation de la colonie a dépassé, en 1868, 33 millions de kilogrammes de sucre et 3 millions 300,000 Utres d'eau-devie de mélasse. Vient ensuite, mais a trèsgrande distance, le cacao ; le café est presque abandonné.

Le port de Fort-de-France a vu, en 1862, accroître son importance commerciale et politique, par la décision qui lui confirme le privilège , vivement disputé par la Pointe-à-Pitre , d'être le terminus des paquebots transatlantiques, et par son rôle de station maritime pour les flottes françaises se rendant au Mexique.

XIV. La Guadeloupe comprend, à titre de dépendances, les petites îles de la Désirade , les Saintes, Marie-Galante, et une partie de Pile Saint-Martin, dont le reste appartient aux Hollandais. Elle-même se divise en deux parties : l'une, appelée proprement Guadeloupe; l'autre, Grande-Terre. Comme à la Martinique, la prééminence administrative et commerciale est divisée entre deux villes : Basse-Terre, siège du gouvernement; Pointe-à-Pitre , centre du commerce , au voisinage des principales cultm'es qui sont dans la Grande-Terre.

La superficie totale de ces Ues est de 164.313 hectares, dont 31,000 cultivés, principalement en sucre; la population est de 125,000 âmes (108,000 à la Guadeloupe, 13,000 à Marie-Galante, 1,300 aux Saintes, 1,200 à la Désirade, 2,800 à Saint-Martin). L'exportation du sucre , en 1868, a été de 30 millions de kilogrammes. Malgré les bouleversements du terrible tremblement de terre de 1843 , la rade de Pointe-à-Pitre est restée un des plus magnifiques mouillages de la mer des Antilles , mais la ville a été presque entière détruite par un incendie au mois de juillet 1871.

La Guadeloupe, colonisée dès 1635, a été prise par les Anglais en 1759, en 1794, 1810, 1815, et définitivement rendue à la France à la paix générale.

XV. Les petites lies de Sainû-Pierre et Miquelon, au sud de la grande Ue de Terre-Neuve, constituent Punique débris , dans Pilmérique du Nord, de Pancien empire colonial dont le Canada était le -centre et qui s'étendait en mer jusqu'à Terre-Neuve et le golfe du Mexique. Abandonnées à la France lors du traité de Paris (1763), comme un refuge pour les pêcheurs et les colons dépossédés de leurs étabhsscments , elles sont devenues , par la tenace et patriotique industrie de leurs habitants et des

armateurs français , une ressource précieuse , comme abri pour les bâtiments aflectés à la pêche de la morue, et comme entrepôts des produits de cette pêche , qui, de là, sont dirigés , soit vers la France , soit vers nos colonies et à Pétranger. Des primes accordées à la pêche et à Pexporlation concourent à la prospérité de ces établissements. A leur possession souveraine se rattachent des droits de pêche et de sécherie conservés sur une partie de Terre- Neuve. Prises et reprises alternativement pendant un demi-siècle, Saint-Pierre et Miquelon ont été restituées à la France par les traités de 1814 et de 1815.

Saint-Pierre a 2,000 hectares de superficie, Miquelon 18,423. Leur population sédentaire est de 3, 126 habitants; leur population flottante de 4,358 âmes. La pêche est Punique industrie des habitants , elle y atteint une moyenne annuelle de 10 miUions de kilogrammes de morues.

Outre ce rôle industriel et commercial, ces deux petites Ues sont des postes d'observation dans PAmérique du Nord, qui fournissent tous les ans, à nos officiers de marine, l'occasion d'explorer, sur un navire de guerre, ces parages, d'où, sans la marine, la France serait tout à fait absente. Elles procurent, enfin, un asile très-sûr et très-sain à nos divisions navales du golfe du Mexique , éprouvées par les chaleurs ou menacées par la fièvre jaune.

En rapprochant les deux principaux éléments que nous avons indiqués pour chacune des colonies , retendue et la population, nous reconnaîtrons que le domaine colonial de la France comprend 55 à 60 milUons d'hectares peuplés de 3 miUions et demi à 4 millions d'habitants.

Sect. 3. Régime politique et administratif.

Politique. Le pouvoir suprême dans les colonies est confié à un fonctionnaire, nommé par le pouvoir exécutif, et qui porte les noms suivants :

Gouverneur, au Sénégal, à la Réunion, dans PInde, à la Nouvelle-Calédonie, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane;

Commandant supérieur, aux établissements de la côte d'Or et du Gabon, à Mayotte et dépendances;

Commandant, à Sainte-Marie de Madagascar, à Saint-Pierre et Jliquelon;

Commandant commissaire, à Taïti.

Quant à l'Algérie, voyez ce mot.

Adininistration générale. Les chefs politiques sont assistés de divers fonctionnahres pour Padministration des colonies.

Un directeur de Pintérieur préside aux services civils intérieurs et à la gestion du budget local dans quatre colonies: Réunion, Martinique, Guadeloupe, Guyane. — Ailleurs, cette fonction est rempUe par Pordonnateur qui, dans ces mêmes colonies , est chargé de Padministration de la marine, de la guerre et du trésor, de la direction générale des travaux de toute nature (autres que ceux du service local et des communes), de Pordonnancement gêné-

COLONIES

rai des dépenses , et de la comptabilité géué- • raie pour tous les services.

' Le contrôleur colonial est chargé du con-

trôle spécial de l'administration de la marine , de la guerre et des linances, et de la surveillance générale de tout le service administratif. L'action du gouvernement local est éclairéepar un conseil privé à la Réunion , la Martinique, la Guadeloupe , la Guyane; — par un conseil d'administration dans les autres colonies ou établissements. Ce conseil se compose des hauts fonctionnaires et de citoyens notables nommés par le chef de l'État.

Sous l'Empire, la population était censée représentée : en Algérie , par des conseils généraux nommés par le pouvoir, et qui envoyaient six délégués à un conseil supérieur, composé des dix-huit principaux fonctionnaires des trois provinces, pour une session annuelle; — à la Réunion , la Martinique et la Guadeloupe , par des conseils généraux nommés, moitié par le pouvoir, moitié par les conseils municipaux, qui avaient la même origine. Ailleurs, il n'y avait aucun genre de représentation locale.

Un comité consultatif des colonies, étabU à l'aris près le ministère de la marine et des colonies, éclaire ses décisions pour les affaires coloniales. Il se compose de quatre membres noaunés par le chef de l'État, et de trois délégués nommés par les conseils généraux de la Réunion , la Martinique , la Guadeloupe.

De 1848 à 1851 , l'Algérie, la Réunion, les deux Antilles , le Sénégal, furent représentés, dans le pouvoir législatif, par des députés : la constitution de 1 852 leur retira ce di'oit qui leur fut rendu par le gouvernement de la défense nationale, pour les élections de 1871, faites en conformité de la loi électorale de 1 849.

Les conseils municipaux et les conseils généraux sont de même établis dans ces colonies par les lois qui régissent la représentation locale dans la métropole.

Législation. Le pouvoir législatif, quant aux colonies, était divisé sous l'Empire entre le Corps législatif et l'Empereur, suivant une répartition établie par le sénatus-consulte organique du 3 mai 1854, qui avait réglé l'organisation de la Réunion, la Martinique et la Guadeloupe. Pour l'Algérie , ainsi que les autres colonies et établissements, le pouvoir législatif appartenait presque exclusivement à l'Empereur.

L'admission de députés des colonies dans l'Assemblée nationale de 1871 a rétabli le régime législatif antérieur à 1852.

Le Code Napoléon régit toutes nos colonies, et le Code de procédure civile , ainsi que celui de commerce, la plupart d'entre elles. Le Code d'instruction criminelle na été rendu applicable qu'avec la suppression du jury, remplacé dans quelques-unes par des assesseurs. Le pourvoi en cassation longtemps refusé, vu la <listance, aux condamnés de la Réunion, a été enfin accordé. Le Code pénal a été également introduit dans toutes les colonies principales, avec quelques modifications.

Un très-grand nombre de lois spéciales dont rénumération ne saurait trouver place ici, ont été promulguées dans les colonies , de sorte que l'assimUation avec la France devient de plus en plus leur caractère général. Toutefois la police du travail, dans les anciennes colonies à esclaves, est réglée par un grand nombre de dispositions spéciales. Une autre dérogation, plus importante encore, est celle qui est admise en faveur de la législation civile des musulmans , en Algérie et au Sénégal; à Taïti la plupart des lois et mœurs indigènes y sont respectées.

Cultes. L'organisation ecclésiastique ne diffère de ceUe de la France que par une plus grande simplicité, à raison du moindre nombre d'églises et de prêtres. Il y a un évêque à la Réunion , la Guadeloupe , la Martinique , un préfet apostoUque à la Guyane, dans Flnde, au Sénégal. L'Algérie a un archevêque et deux évèques.

La liberté des cultes est la même aux colonies qu'en France et y reçoit de nouvelles apphcations. Le protestantisme y est admis à côté du cathohcisme. L'islamisme est pratiqué en Algérie et au Sénégal; le fétichisme sur les côtes d'Afrique; le bouddhisme dans Flade. Le Judaïsme n'est établi qu'en Algérie. Chacun des cultes monothéistes a une organisation régulière et des ministres.

Enseignement. L'Algérie est la seule colonie dotée d'une académie , d'un recteur et d'inspecteurs, d'une école secondaire de médecine; partout ailleurs, l'enseignement est dirigé par des commissions locales, et se donne dans des lycées (à Saint-Denis), des collèges, des écoles primaires sous le haut patronage des autorités locales.

Justice. La hiérarchie judiciaire est la môme dans les colonies que dans la métropole: cours d'appel, tribunaux civils de première instance, tribunaux de commerce, cours d'assises, justices de paix, tribunaux de police, et sur toutes ces juridictions plane la cour de cassation. Mais les cadres varient beaucoup d'une colonie à lautre , et en partie aussi la juridiction administrative et la compétence judiciaire.

Il y a une cour d'appel à Alger, à Saint-Denis (Réunion), à Fort-de-France (Martinique), à Basse-Terre (Guadeloupe), à Cayenne (Guyane), à Saint-Louis (Sénégal) , à Poudichéry (Inde).

Partout ailleurs qu'à Alger, les procureurs généraux sont les chefs du service judiciaire. Les magistrats des colonies sont censés détachés du ministère de la justice pour un service public, mais ils ne sont pas inamovibles.

Des tribunaux musulmans existent en Algérie et au Sénégal.

Armée et marine. L'autorité militaire est partout concentrée entre les mains des gou* verneurs et commandants. Les forces étabhes dans les colonies, autres que l'Algérie, consistent en infanterie, artillerie, génie et gendarmerie , détachés des corps de France.

Il y a des troupes indigènes au Sénégal (tirailleurs sénégalais), dans Flnde (cipayes).

Les troupes assignées à la défense des colo-

COLONIES

nies s'élèvent, en temps de paix, à 2 ou 3,000 hommes, indépendamment, bien entendu, des milices locales.

Finances. Le principe fondamental du sénatus-consulte de 1854 consiste dans une séparation complète entre les services de l'État et ceux des colonies, et dans la décentralisation des recettes et des dépenses appartenant en propre au service local. On abandonne aux colonies tous les impôts qui peuvent y être perçus, et elles en ont la libre disposition à la charge de faire face à leurs besoins locaux. L'État prend à son compte les dépenses militaires et d'administration générale; mais en outre il vient en aide, au moyen d'une subvention sur son budget, aux colonies qui ne peuvent suffire à leurs obligations par leurs revenus. L'Inde est la seule qui ait un excédant de recettes dont elle verse une part dans la caisse de l'État. La Martinique , la Guadeloupe et la Réunion ne reçoivent pas tous les ans des subventions. Le'budget de 1871 en contenait une pour chacune de ces colonies; mais il n'en allouait pas à la Cochinchine. Le budget de 1 872 n'en alloue ni à la Cochinchine, ni à la Martinique , nia la Réunion. Le tableau suivant présente le chiffre des recettes locales et celui des subventions en 1871 et 1872.

ncccitei Sub-

JocalM. Tentioni.

Martinique (1871) 3,261,651 239,550

Guadeloupe 3,884,827 1J2,650

Kéunion (1871) 4,189,973 143,950

Guyane 582,860 110,000

Sénégal et Gorée • 61,000

Gabon • 50,000

Saint-Pierre et Miquelon 286,570 50,000

Sainte-Marie de Madagascar. ... » 30,000

Mayotte » 60,001

Taïti 544,000 140,000

NouveUe-Calédonie 663,680 250,000

Cochinchine 9,259,200

Les dépenses de l'État pour l'ensemble des colonies s'élèvent à 22,351,545 fr.

Quant à l'Algérie, voyez l'article qui lui est consacré.

Commej-ce. Après avoir pesé sur les colonies pendant plus de deux siècles, le système de monopoles et de prohibitions connu sous le nom de pacte colonial a été gravement entamé par la loi du 3 juillet 1861 , dont voici les principales dispositions.

Toutes les marchandises étrangères dont l'importation est autorisée en France, peuvent être importées dans les colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion sous tous pavillons et aux mêmes droits de douane que dans la métropole. Importées par navires étrangers, elles payent une surtaxe de pavillon. Sont affranchis de cette surtaxe , les navires anglais qui importent directement dans nos colonies des produits du sol ou des manufactures du Royaume-Uni, ou de quelque autre pays que ce soit, soumis à la domination britannique, l'Inde exceptée.

L'intercourse entre la France et ses colonies est ouvert à tout pavillon moyennant une surtaxe de 20 ou 30 fr. par tonneau d'affrètement, suivant que les produits sont de provenance ou à destination des Antilles ou de la Réunion.

Par un principe nouveau dans le droit colonial, tous les produits des colonies affranchies du pacte colonial (Martinique, Guadeloupe et Réunion), autres que le sucre , les mélasses non destinées à être converties en alcool , les confitures et les fruits confits au sucre, le café et le cacao , importés en France par navires français, sont admis en franchise de droits de douane.

Quant aux colonies, autres que les trois susnommées, elles n'ont pas encore bénéficié de la réforme, dont elles avaient, à vrai dire, moins besoin, parce que le pacte colonial leur avait été moins durement imposé : même le régime des établissements proprement dits (Gorée, Gabon, côte d'Or, Mayotte, Nossi-Bé, Sainte-Marie, Inde, Océanie, Saint-Pierre et Miquelon) est, à quelques égards, des plus hbéraux; mais il reste encore trop de restrictions oppressives qu'il importe de faire disparaître au plus tôt. Un décret du 3 juillet 1862 a amélioré ce régime dans un sens libéral

CHAP. n. COLONIES ÉTRANGÈRES.

Dans les temps modernes , toutes les puissances ont cherché à étendre au loin leur commerce, leur influence et leur domination; mais, tandis que celles qui étaient assises sur la Méditerranée , trouvant occupés les bords de la mer intérieure, n'ont pu, comme Venise, « Livourne, Gênes, Pise , étabhr, au moyen âge, ■ que des comptoirs commerciaux, les puissances ■ riveraines de l'Océan ont profité de leur situation plus avancée vers le monde extérieur découvert par les navigateurs , pour se développer sur le pourtour de l'Afrique , dans les profondeurs des golfes de l'Asie, sur le continent américain tout entier, dans le dédale des archipels et des lies de l'océan Pacifique. La prépondérance maritime est ainsi passée des cités italiennes et grecques aux nations de rOccident: l'Espagne , le Portugal, la Hollande, la France, l'Angleterre, avec des vicissitudes diverses , mais presque égales d'importance , suivant que la roue de la fortune a tourné ; après elle , le Danemark , et enfin, la Suède ont ■ compté parmi les États possédant des colonies. T L'Allemagne , à peu près privée de ports et de marine,, n'en a point fondé. Quant à la Russie et aux États-Unis, c'est pour leur propre territoire, d'une étendue disproportionnée à la population , que s'exerce leur esprit d'entreprise colonisatrice.

Nous avons exposé l'état colonial delà France; nous exposerons plus brièvement celui des autres nations, dans leur ordre d'importance.

Colonies anglaises. L'empire colonial de l'Angleterre, dont la formation commença dès le dix-septième siècle seulement, a atteint, en moins de deux cent ciuquante ans, de telles proportions, qu'il embrasse aujourd'hui la dixième partie du globe terrestre, et la sixième partie de ses habitants. Le génie entreprenant des Anglais, aidé de la diplomatie ou de la guerre , suivant les temps , leur a valu ces succès qui ont fait, de leur patrie, pour la suprématie coloniale, l'héritière de l'Espagne. Ses

COLONIES

possessions, disséminées dans les diverses parties du monde, sont :

1° En Europe : les iles d'Héligoland, dans la mer du iNord, et de Malte, dans la Méditerranée; le rocher de Gibraltar à la pointe méridionale de l'Espagne. On devrait, peut-être, y joindre les iles normandes de Jersey et de Guernesey, dans la Manche, et l'île de Man, dans la mer d'Irlande, soumises à un régime spécial, comme n'étant pas parties intégrantes du Royaume-Uni. Il fallait y ajouter avant 1864 le protectorat des iles Ioniennes, qui ressemblait beaucoup à une véritable souveraiuelé; l'Angleterre consentit, à Tavénement de Georges I^"', roi des Hellènes, à lu réunion de ces iles au royaume de Grèce;

2" En Afrique : quatre centres principaux de colonisation sur la côte occidentale (la Gambie, Sierra-Leone, la côte d'Or, Lagos), — trois provinces coloniales dans l'Afrique australe (le Cap, la Cafrerie, Porl-ÎS'alal); — ■ enfin les iles africaines (Sainte-Hélène et l'Ascension), dans l'Atlantique; Maurice et ses dépendances, dans l'océan Indien. A l'entrée de la mer Rouge, l'Angleterre a pris possession tcjuporaire de l'ile Périm, dont la propriété appartient à la Turquie;

3" En Asie, les principaux foyers de puissance coloniale sont : Aden, sur la côte arabe; l'Iudoslan , y compris la grande ile de Ceyian , se prolongeant par Siugapore jusqu'au détroit de Malacca; — Hong-Kong, dans la mer de Chine, auquel le traité de Tien-Siu a joint une station sur le territoire chinois ;

i" En Océanie, l'Australie tout entière , divisée en cinq colonies (Nouvelle-Galles du Sud, Victoria, Australie méridionale, Australie occidentale, Queensland); — la Tasmanie (Van- Diémen), la .Nouvelle-Zélande; Labuan, dans les eaux de liornéo;

5» En Amérique, trois groupes: au nord, l'Amérique britannique (Canada, Aouvelle-Écosse, iXouveau-BruiisAvick, ile du l'rince-Édouard, Terre-Aeuve, territoires de l'ancienne compagnie d'Hudson, la Colomhie britannique, l'ile <le Vancouver, réunis en un seul État, sous le nom de Dominion][voy.]; au centre, les Indes occidentales , comprenant les Antilles et la Guyane anglaise, le Honduras; — au sud, les iles Falklaud.

La population totale de ces colonies s'élève a I GU millions d'àmes environ, dont 1 5 1 ,1 4G,5 1 G (I87U) pour rinde orientale. On voit que, déduction faite des possessions indiennes, la richesse coloniale de l'Angleterre se rapprocherait de celle des autres puissances et serait même inférieure à celle de la Hollande , ses immenses territoires de l'Australie et de l'Amôrique septentrionale n'étant pas peuplés eu proportion de leur étendue.

Le territoire de l'Australie est en elTet d'environ G,GG 1,000 kilomètres carrés; la population européenne n'y est encore que de 1,020,000 habitants. Il est vrai qu'elle est en voie ascendante, et que son augnienlalion est plus rapide que celle de la population en Europe. Melbourne, capitale de 1 un des cinq États anglais d'Australie, compte 100,000 habitants.

L'Amérique septentrionale anglaise [Domitiion) s'étend sur une superficie de 1,630,500 kilomètres carrés, peuplée, en 1870, d'environ 3,800,000 habitants.

En Afrique , les possessions anglaises occupent une superficie de 596,922 kilomètres carrés (continent et iles), habités par 850,000 habitants.

En résumé, le pouvoir colonial direct ou indirect de l'Angleterre s'étend, dans les cinq parties du monde , sur une superlicie de peut-être 20,648,990 kilomètres carrés.

Sous le rapport historique, politique et administratif, les colonies britanniques se divisent en deux grandes classes, suivant qu'elles ont été primitivement occupées et mises en valeur par des sujets anglais, ou qu'elles ont été conquises ou acquises sur des étrangers: celles-ci sont spécialement appelées colonies de la couronne, parce que la couronne en établit la constitution et en règle la législation, tandis que pour les premières, émanations plus directes du peuple anglais, c'est le parlement qui en fait la constitution, laquelle reconnaît toujours aux citoyens un droit de participation à la confection des lois.

Sous le rapport économique et financier, on les divise en stations militaires et maritimes, plantations et étabhssements, étabhssements d'Australie.

Les unes et les autres ont pour chef un gouverneur ou un lieutenant-gouverneur, suivant leur importance, que nomme la couronne et qui reçoit les ordres du ministère des colonies, où se centralisent les all'aires coloniales d'un intérêt général. L'Inde seule a un ministre spécial, siégeant à Londres, assisté d'un conseil supérieur, qui ont succédé à la cour des directeurs de l'ancienne compagnie des Indes.

D'après leurs institutions législatives, les colonies anglaises se classent comme suit :

1° Le gouoerneur legisUUeur, seul ou avec un conseil consultatif par lui nomme : Gibraltar, Aden, Siugapore, Cafrerie;

20 Un conseil législatif, nommé pur lu couronne ou son représoitant : Sainte-Lucie, la Trinité, Maurice, l'Inde orientale , Ceyian, Labuan, Hong-lvong, l'Australie occidentale, la Gambie, Sierra-Leone, côte d'Or, Sainte-Hélène, les iles Falklaud ;

3° Un conseil législatif , partie nommé j partie élu : Malte, Aalal, Honduras;

4° Un conseil municipal local, élu : Héligoland, Vancouver;

5° Un conseil législatif nommé et une assemblée élective : la plupart des Indes occidentales, Jamaïque, Antigoa, Dominique, Saint- Christophe, Monserrat, iNévis, la Barbade, la Grenade, Saint-Vincent, Tahago, iles Vierges, (Tortola) , Uaharaas, les lierinudes, Aouvclle- Zélande;

G" Un sénat, partie nommé, partie élu, et une assemblée élective : le Dominion;

7° Uji conseil électif et une assemblée élective : Victoria, Nouvelle-Galles du Sud, Australie méridionale, Tasmanie, le Cap;

COLONIES

8» Une cour de police et un collège de kiesers, sortes de corporations organisées d'après le système hollandais et maintenues après la cession à TAngleterre : la Guyane.

L'ensemble de ces constitutions forme une série de combinaisons qui varient depuis le pouvoir absolu et unique, personnitié dans les gouvernements assistés ou non d'un conseil privé ou d'un conseil exécutif, jusqu'au pouvoir parlementaire, exercé par deux chambres électives, à Tinslar de la constitution anglaise, modèle offert à l'ambition des colonies.

La même variété se reproduit dans chacun des rouages, qui diffèrent profondément de composition et d'attributions , même dans les colonies comprises dans la même classe. Enfin les institutions relatives aux pouvoirs exécutif et judiciaire, non moins diverses , achèvent de compliquer au plus haut degré le système de l'administration inférieure des colonies anglaises.

Un trait commun à toutes, c'est qu'elles n'ont aucun représentant ofïiciel dans la métropole. Ont-elles à y défendre leurs intérêts, auprès du gouvernement ou du parlement, elles doivent envoyer et payer des mandataires spéciaux. Cette lacune n'est pas étrangère aux malentendus et aux conflits qui ont souA'ent éclaté entre la métropole et ses colonies, et dont le plus célèbre se termina , au dix-huitième siècle, par l'indépendance des États-Unis. Du reste, l'autonomie coloniale est loin d'être aussi complète que souvent on le suppose : la couronne et le parlement, n'ayant que délégué leurs pouvoirs, les reprennent quand et comme il leur convient, et imposent, sirintérèt pubhc parait l'ordonner, leurs volontés aux colonies. Ainsi a été proclamée fabolition de Fesclavage, malgré l'aveugle résistance des conseils coloniaux; ainsi se font tous les ans, sans aucune intervention des colonies, les lois d'intérêt général, émanant les unes du parlement, les autres de la coui'onne. En outre, le gouverneur possède le droit de veto à l'égard de tous les actes des législatures locales, qui ne sont valables qu'avec la sanction de la couronne.

Malgré ces attaches légales, les colonies anglaises n'en jouissent pas moins d'une grande liberté. Les mœurs plus encore que les lois y assurent la liberté de la presse; la vie municipale et provinciale y est fondée sur la participation des citoyens, dont le suffrage intervient fréquemment. La liberté personnelle, celle des cultes, d'enseignement, d'association, y sont tout aussi inviolables que la propriété. Rien ne contribue mieux que la pleine jouissance de fous ces biens à la puissante et rapide prospérité de la phipari des colonies anglaises, dont les ressources financières s'élèvent au niveau des besoins. Autrefois les dépçnscs de souveraineté et les défenses dont la métropole croyait devoir les armer, et qui étaient, d'ailleurs, le principid caractère de plusieurs d'entre elles ((lii)rallar. Malle, Aden), grevaient le budget du Koyaumc-Uni d'un assez lourd fardeau financier qui. de !8f).3 à 1857. a varié de

3,845,000 à 4,877,957 livres sterling. Peu à peu la mère patrie s'en est déchargée et le budget de 1871 ne renferme plus, en subventions, qu'une soixantaine de mille livres.

Le budget de 1865 portait les recettes générales des colonies anglaises à 53,966,400 livres sterling; les dépenses à 54,363,0(i0. Le déficit était donc de 896,600, somme supérieure aux déficits précédents de 1862 et 1803, qui ne s'élevaient qu'à 122,189 et 285,000. Eu 1864. le budget s'était .soldé par un équilibre.

Eu 1870, les recettes et les dépenses propres aux principales colonies se sont élevées aux chillres qui suivent :

Recettes. Dépen:>es.

Iiifies 50,901,OS1 53,382,026

Coylaii 1,0(;-J,471 1,026,871

Ile Maurice 608,166 591,579

Les colonies austraUennesréunies 10,000,000 •

Le Dominion 3,.ô80,226 3,307,6~S

Les AutiUes anglaises 1,026,694 989,839

Le Cap 831,211 73.5,69;'.

Autres colonies 944,200 934,500

Les chiffres relatifs à l'Australie reposent en partie sur une évaluation basée sur les résultats des années antérieures. Ou voit que l'ensemble des revenus des colonies peut être J évalué à 69 millions de livres sterling, les '^ dépenses semblent dépasser les recettes. Le montant des dettes a été en 1870, pour rinde, de 108,186,338 hvrcs sterliug; pour l'Australie, de 37 millions de livres sterling: pour le Dominion, de 21,715,283 hvres sterling; pour les Antilles, de 974,664 livres sterling; pour le Cap, de 1,106,458 livres sterUng; pour Ceylan, de 700,000 livres sterling, et pour l'ilc Maurice, de 1.100,000 livres sterhng (d'après le Slatistical Abslracl du Bourd ol Trude de 1872).

Colonies hollandaises. Prédestiné aux eufreprises maritimes par sa position géographique et son génie national , le peuple hollandais a de bonne heure fondé des colonies dans toutes les parties du monde. Les chances de la guerre lui ont enlevé la Nouvelle-Amsterdam (New- York) dans l'Amérique du Aord, le Brésil dans l.Vmérique du Sud, le cap Natal et Gorée eu Afrique, la Nouvelle-Hollande en Océanie; mais ce qui lui reste l'élève encore au second rang des puissances coloniales. Les possessions actuelles du royaume des Pays-Bas sont concentrées dans l'archipel Indien, dans l'Amérique équatoriale et l'Afrique occidentale.

1. La Hollande règne sur la plus grande partie de ces immenses archipels qui constituent la Malaisie, et dont les des de la Sonde (.lava. Sumatra, Bornéo) forment les principaux groupes. Elle possède: 1" Pile de Java tout entière, dont la capitale Batavia est le siège du gouvernement général des Indes orieutales néerlandaises, et qu'entourent un grand nombre d'iles secondaires dont Madura est la priucipale; 2" Pile deSuniaIra, excepté l'extrémité nord-ouest, où les Achem vivent iudépeudauts; parmi les lies voisines, Banca est célèbre par ses mines d'étaiu; 3° les deux tiers environ de Bornéo, avec les lies qui l'entourent. Dans la partie lUn-e . un Anglais, sir James Brooke. a

COLONIES

fondé, entre ISju et 1860, un État quil a offert au gouveruemeut anglais, dont l'acceptation est devenue officielle; 4^ les Gtièbes ; 5° les Moluques. renommées surtout par leurs épices; 6» la côte ouest de la iSouvclle-Guiuée ou l'apouasie, avec quelques iles voisines.

Ce vaste empire colonial est partagé en résidences ou piéfectures. divisées en régences et subdivisées en districts. La côte ouest de Sumatra et Macassar, dans l'ile Célèbes, sont érigés en gouvernements. Une partie des possessions est abandonnée à des sultans indigènes qui relèvent du gouvernement gériéral.

La superficie totale des possessions néerlandaises dans la Malaisie est évaluée à plus de 1,803,738 kilomètres carrés, et leur population à 22 millions d'habitants, répartis à peu près de la manière suivante :

Superficie. Population.

J.iva et ilépendances 143,009 1(;,010,000

Sumatra 521,808 2,478,945

Iles voisines de Sumatra 29,519 73,000

Ile Bornéo 54S,:i6I l,187.li75

Célèbes 19l»,&00 297,875

Moluciuea et îles diverses 112,164 530.(i0:j

Timor 61.192 1,900,000

Page 1