COMMUNE. — COMMUNE DE PARIS
conquête et du morcellement de la puissance. C'est pour cela qu'en 1 789, la grande noblesse était vaincue , liumiliée , réduite au rôle subalterne de noblesse de cour, taudis que le hobereau était eucore un petit tyran dans son fief. D'où venait cette difTérence entre la grande et la petite aristocratie? C'est que la royauté avait arrêté l'extension des communes et qu'elle était parvenue à réduire la puissance de celles qui s'étaient formées. A partir du quatorzième siècle, le mouvement communal s'arrête; les rois ne permettent pas qu'il s'en forme de nouvelles, et celles qui, dans les deux siècles antérieurs, étaient si bruyantes, voient diminuer leur puissance et s'affaiblir leurs garanties politiques et administratives. Depuis celte époque, le pouvoir central ne change pas sa ligue de conduite. Tout ce qui a quelque force locale, lui est hostile , et peu à peu l'aristocratie succombe avec les communes , sous les efforts d'un ennemi conmiun. L'aristocratie n'eut pas chez nous, comme elle l'a fait en Angleterre , la pensée de se liguer avec la bourgeoisie pomcombattre la royauté et lui imposer des garanties politiques. Une vieille inimitié séparait les communes de la noblesse et celle- ci a toujours été animée envers la bourgeoisie d'un dédain frivole, qui n'est jamais entré dans le cœur d'un lord d'Angleterre. L'esprit anglo-saxon est positif avant tout et subordonne les sentiments de la vanité au but proposé. Il semble qu'en France l'aristocratie ait mieux aimé renoncer au but qu'au plaisir de mépriser ses inférieurs. Après de longues années, ce qui reste de noblesse semble reconnaître aujourd'hui qu'elle est intéressée au succès de la décentralisation et à la restauration de la vie provinciale et communale. C'est principalement dans le parti légitimiste que le système de la décentralisation compte ses adeptes; il se peut, en etï'et, que le développement de l'autonomie profitât à son influence, mais sur ce point, comme sur tant d'autres, c'est l'avenir qui prononcera.
A. Batbie.
Mis à jour par M. B. (Italie, Suisse, Prusse, Russie, etc., sont de M. B.)
COMMUNE DE PARIS. L'autorité municipale dans la ville de Paris a été, à deux reprises, en 1792 et en 1871, usurpée par un pouvoir insurrectionnel, connu sous le nom de Commune de Paris.
Le 10 août 1792, pendant que la foule envahissait les Tuileries, plusieurs clicfs du mouvement, se présentant comme délégués des sections, occupaient rilôleldc ville et s'y conslituaient en Commune, avec toutes les attributions politiques et administralivcs. La Commune notifia à l'Assemblée nationale son existence révolutionnaire, en exigeant des pouvoirs sans limites et la création d'un tribu n'ai extraordinaire, chargé de juger sans appel ni recours « les crimes commis dans la journée du 1 0 août et autres crimes y relatifs, circonstances et dépendances». La Commune de Taris devint toiile-pnis.'^aute sous finspiralion de Danton, de llobespierre et de Marat.
Vainement l'Assemblée essaya-t-elle de briser cette tyrannie. Elle prit un décret pour dissoudre la Commune insurrectionnelle et pour ordonner l'élection d'un nouveau conseil municipal La Commune était la plus forte; elle fit de son côté décrets sur décrets; elle ordonna « que les cloches seraient converties en canons; les fers des grilles en piques; que l'argenterie des égUses serait fondue , une solde et des armes seraient données aux indigents; que des visites domicihaires seraient faites pour découvrir les armes et arrêter les suspects'». Pendant ce temps, l'ennemi avait franchi la frontière; à Paris, l'exaspération était au comble; les meneurs de la Commune en profitèrent pour exciter contre l'Assemblée et contre les royalistes la vengeance du peuple; le 2 septembre, à la nouvelle de la prise de Verdun , la foule courut aux prisons et massacra une centaine de détenus , prêtres, nobles, suisses, gardes du roi, que la Commune avait fait arrêter comme suspects.
L'Assemblée nationale, qui allait faire place à la Convention, fut impuissante pour réprimer ces crimes. La Convention elle-même dut compter avec la Commune et subir à côté d'elle, dans la capitale où elle siégeait, ce pouvoir révolutionnaire qui ne pratiquait d'autre gouvernement que celui de la Terreur. Les excitations des clubs , qui avaient leur écho dans les séances tumultueuses de la Convention, poussaient à tous les désordres comme à toutes les folies. La Commune , après avoir détruit , sous prétexte de liberté , la hiérarchie politique et administrative, ne pouvait manquer de s'attaquer à la religion , qu'elle considérait comme une création de l'ancien régime; elle ferma les églises, fit de Notre-Dame le Temple de la Raison , et rendit môme un décret prononçant la démolition des clochers, «qui, par leur domination sur les autres édifices , semblaient contrarier les principes de l'égalité ». Cela dura jusqu'au 27 juillet 179i (9 thermidor). La Commune tomba enfin sous le coup d'une réaction qui ne pouvait être que sanglante . Robespierre , Coufhon, Sainl-Just, et quatre-vingt-deux de leurs collègues, hommes obscurs pour la plupart que l'aveuglement et le caprice révolutionnaire avaient fait entrer dans la Commune, périrent sur l'échafaud. La Commune de Paris a laissé dans l'histoire un souvenir tellement odieux que Ion n'aurait jamais imaginé qu'elle pût revivre avec sou nom, avec ses doctrines, avec ses pratiques de terreur et de sang. Elle a reparu pourtant, elle a régné de nouveau en 1871, notre génération a vu la Commune de Paris.
En 1871, comme en 1792. la Commune est née d'une révolution politique, sous l'impression d'une grande défaite nationale, en présence d'une invasion. Elle a exploité l'exaspération populaire et l'on peut dire en deux mots qu'elle a commis également tous les crimes et toutes les folies. Elle a eu les clubs, les proclamations, les divagations, le régime des