‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 193 sur 557 · ïh. L.ivallée , Ilistoire des Fronçai · texte numérisé non relu

ïh. L.ivallée , Ilistoire des Fronçai

COMiMUNE DE PARIS.

suspects , le massacre des prisonniers , la haine de la religion, la liberté , l'égalité, la fraternité, telles qu on les pratiquait en 1793. Peut-être même, durant son règne plus court (du ISmars au 24 mai), a-t-elle été plus cruelle encore, sans être moins insensée. L'histoire de cette lamentable période est écrite dans tous les souvenirs , sur des ruines et sur des tombeaux. II est superflu d'en retracer les détails, mais il semble utile de marquer le point de départ de la Commune de 1S71, de rechercher dans les documents écrits la pensée qui a inspiré ses actes et de mettre en relief les prétendues doctrines qu'elle a invoquées.

La chute de l'Empire, au 4 septembre 1870, laissait la France et Paris sans gouvernement régulier. Dès ce moment la révolution, mal contenue par une autorité improvisée , avait libre carrière. Bientôt Paris fut assiégé par les Allemands et privé de toutes communications avec le reste du pays. L'histoire rendra hommage à l'énergie patiente avec laquelle l'ensemble de la population parisienne supporta cette rude épreuve, mais elle dira également avec quelle facilité s'amoncelèrent , durant les quatre mois du siège , dans la grande capitale , les éléments d'anarchie et de désordre. L'amnistie fut loin de calmer les ressentiments aigris par les souffrances physiques de la faim et du froid. Le peuple ne voulait pas avoir été vaincu; il accusait d'impéritie ou de trahison les signataires de la capitulation , qui avait été cependant retardée jusqu'à la dernière heure. L'entrée d'une partie de l'armée allemande dans Paris était pour lui une humiliation poignante. Bientôt , quand les relations avec les départements furent rendues libres , et surtout lorsque Pou connut le- résultat des élections à l'Assemblée nationale de Bordeaux, élections qui paraissaient contraires à Popinion parisienne, une grande partie de la population se figura qu'après avoir été abandonnée dans la détresse , elle était une fois de plus trahie daus ses aspirations pohtiques. La décision par laquelle PAssembîée nationale étabUt son siège à Versailles vint encore exaspérer le sentiment parisien , non pas seulement dans les classes inférieures, trop facilement excitables, mais aussi dans les classes moyennes qui croyaient leurs intérêts sacrifiés et Paris dècapilè. L'armée régulière avait été désarmée et se trouvait à peu près lUssoute; la garde nationale avait conservé ses armes , et , sous la direction de chefs audacieux, les bataillons des faubourgs s'étaient emparés des canons qu'ils avaient accumulés à Montmartre et à Belleville. C'était le plus complet désordre en attendant la révolution. Vainement le Gouvernement, à peine constitué, essaya-t-il , le 18 mars, de reprendre par la force cette artillerie qui menaçait la ville. Les troupes envoyées contre Montmartre furent repoussées ou rendirent les armes devant Pinsurreclion; deux généraux furent assassinés après un misérable simulacre de jugement. Le soir, le gouvernement tout entier et ce qui restait de troupes régulières s'étaient, sur Pordi'e de M. Thiers, éloignés de

Paris ; mesure qui était nécessaire sans doute , mais qui livrait la population paisible à la merci des insurgés et qui ne pouvait que combler la mesure du mécontentement général. Bref, Paris, à peine dégagé des Prussiens, allait être attaqué par l'armée réorganisée à Versailles. On entrait en pleine guerre civile. Par suite de quelles séries d'excitations criminelles et de déplorables malentendus Paris se trouvait-il de nouveau dans la condition de place assiégée? Comment une partie considérable de la population se laissa-t-elle entraîner à s'allier avec les révolutionnaires ou à les subir? L'étude de cette situation très-compUquée exigerait un long récit. La Commune de 1871 fut, en quelque sorte, la résultante d'une accumulation vraiment extraordinaire d'événements et d'incidents, de la combinaison des éléments les plus divers, et, comme on l'a dit, d'un état psychologique qui défiait à ce moment tous les conseils du bon sens et de la raison.

On pourrait croire , à première vue , que le mouvement de la Commune a été déterminé par le désir de conserver la forme républicaine, attaquée, disait-on, par des manœuvres monarchiques et de réaliser, en administration comme en politique, Pindépendance municipale. Ce ne sont là que des prétextes et de mauvaises excuses. En fait , la forme républicaine n'était point menacée au mois de mars 1871 , et, à ce moment même, PAssembîée nationale se préparait à reviser dans un sens libéral la législation qui concerne Pétat des communes. Du reste, la composition du personnel cjui avait pris la direction du mouvement parisien montrait que , sous l'apparente modestie des prétentions, il s'agissait de tout autre chose. Ce personnel était formé d'hommes qui, depuis 1830, avaient figuré dans les révolutions, dans les émeutes, dans les sociétés secrètes organisées pour renverser tous les gouvernements, y compris la république. A ces conspirateurs émérites s'étaient joints les orateurs de clubs , quelques hommes de lettres déclassés, les sectateurs des doctrines socia- Hstes, les principaux membres des associations ouvrières, et enfin toute une bande d'étrangers, révolutionnaires cosmopolites, qui étaient simplement accourus à Pappel du désordre. Pour la plupart , la liberté communale n'était qu'un mot vide de sens , bon à inscrire sur un drapeau pour entraîner les foules. En réalité, on voulait s'emparer de Pautoritô, coûte que coûte, non-seulement à Paris, mais encore dans toute la France où les chefs de la Commune comptaient de nombreux affiliés; on voulait le pouvoir pour le pouvoir lui-môme, par les moyens les plus violents, sans autre règle que la souveraineté du but. Il fallait abattre le gouvernement, quel qu'il fût, et renverser tout ce qui faisait obstacle , religion, lois, régime du travail, armée, administration réguhère. C'était bien une révolution universelle qui tantôt se dissimulait sous le simple titre de réforme communale , et tantôt se présentait sous le titre pompeux de régénération sociale.

Page 1