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COMMUNE DE PARIS

On se servit, en 1871, des mêmes arguments, des mômes mots qu'en 1792. Mais de 1792 à 1794, la France était au lendemain d'une véritable révolution, qui avait aboli, nonseulement la royauté, mais encore les castes, les privilèges , les derniers débris du régime féodal, et les partis extrêmes pouvaient, avec quelque apparence de raison, redouter un retour otreusif de cet ancien régime. Il n'en était pas de même en 1871. A cette date, plus de privilèges ni de castes; aucun parti ne songeait à restaurer ce qui avait été détruit dès 1789. La faction révolutionnaire n'avait pas à combattre ce qui n'existait plus. Mais elle appelait à son aide les intérêts nouveaux qui s'étaient créés à la suite de l'émancipation de la bourgeoisie et qui se personnifiaient dans les ouvriers du travail manuel. Elle prétendait que les ouvriers étaient demeurés sous Toppression; que lem' jour d'émancipation était arrivé , et qu'ils avaient , eux aussi , à conquérir leurs droits. Tel était depuis plus de trente ans le thème des prédicateurs socialistes et des ambitieux politiques. La Commune de Paris ne fut , sous un ternie vague , que l'expression du sentiment révolutionnaire, développé en France plus que partout ailleurs par l'iuflanxmable tempérament du peuple, par son ignorance, par l'organisation prématurée du sulirage universel et par la fréquence même des révolutions qui, à tort ou à raison, ont réussi.

Il faut pourtant savoir en quoi consistait cette Commune autonome, dont la Commune de Paris prétendait être le type et qui a servi de mot d'ordre à la tentative révolutionnaire de 1871. Voici la description insérée dans un programme de la Commune, à la date du 19 avril :

« L'autonomie absolue de la Commune , étendue à toutes les localités de la France, assure à chacune lintégralité de ses droits et à tout Français le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes, comme homme, citoyen et travailleur. — L'autonomie de la Commune n'aura pour limite que le droit d'autonomie égal poui" toutes les autres communes adhérentes au contrat, dont l'association doit assurer l'unité française. — Les droits inhérents à la commune sont : le vote du budget communal, recettes et dépenses, la fixation et la répartition de l'impôt, la direction des services locaux, l'organisation de la magistrature , de la police intérieure et de l'enseignement, l'administration des biens appartenant à la commune; — le choix par l'élection ou le concours , avec le droit permanent de contrôle et de révocation des magistrats ou fonctionnaires communaux de tous ordres; — la garantie absolue de la liberté individuelle, de la hberlé de conscience et de la liberté du travail; — l'intervention permanente des citoyens dans les affaires commu- Bales par la liJjre manifestation de leurs idées , la libre défense de leurs intérêts ; — l'organisation (le la défense urbaine et de la garde nationale , qui élit ses chefs et veille seule au

Boaintien de l'ordre dans la cité »

«La révolution communale, ajoutait le pro-

gramme , inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientiflque. C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de Fexploitation , de Fagiotage, du privilège, des monopoles auxquels le prolétariat doit son servage , la patrie , ses malheurs et ses désastres M

Ainsi, chaque commune de France devait former un tout complet, autonome, ne relevant que de lui-même. On ne s'arrêtait pas aux réformes législatives, qui peuvent en effet, selon les circonstances et avec les progrès du temps, donner à Funité municipale plus ou moins d'attributions et de liberté. Pour atteindre ce but , une révolution n'était pas nécessaire. On allait plus loin : il s'agissait de rendre la Couunune absolument indépendante. La nationalité était donc supprimée ; la patrie n'existait plus , et , de fait , aux yeux de ces révolutionnaires rassemblés de tous les points de l'Europe et du monde , l'idée de patrie avait fait son temps. La patrie était remplacée par la république universelle , baptisée par les étranges parrains, les uns inconnus , les autres trop connus, qui s'étaient donné rendez-vous à Paris pour y commettre de propos délibéré les actes monstrueux qu'aucun parti ne saurait avouer et que n'excuse même pas Fétat de guerre.

La Commune estime que , pour établir la répubUque universelle , tous les moyens sont bons , même le meurtre; les princes peuvent être un obstacle, iln'yaqu'àles supprimer. « La société n'a qu'un devoir envers les princes: la mort; elle n'est tenue qu'à une formalité : la constatation d'identité. « C'est ainsi que s'est exprimé un fonctionnaire de la Commune dans un article que celle-ci a reproduit, en Fapprouvant, dans son journal otFiciel, le 27 mars 1871. En 1792, la Commune de Paris admettait au moins la formalité préalable du jugement, elle voulait Fexécution de Louis XVI, mais elle entendait que le roi fût d'abord condamné comme criminel; en 1871, le titre seul de roi ou de prince est un attentat qu'il faut punir de mort.

En supprimant la conscription par son décret du 29 mars, la Commune supprimait Farmée, qu'elle remplaçait par la garde nationale à laquelle devaient appartenir tous les citoyens valides. A quoi bon, en effet, une armée, quand il n'y a plus de patrie à défendre ? Cette abolition n'était d'ailleurs que la conséquence des déclamations qui depuis plusieurs années, dans les clubs et même à la tribune législative , s'étaient fait entendre contre Forganisatiou miUtaire.

En proclamant la liberté de conscience , la Commune fermait ou profanait les églises, faisait disparaître les emblèmes du culte catholique , emprisonnait Farchevêque de Paris et le fusillait.

Tout en voulant universaliser la propriété , la Connnune décrétait la confiscation, la destruction de plusieurs monuments publics et même de maisons particulières. Elle ressusci-

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