‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 195 sur 557 · COMPAGNONNAGE · texte numérisé non relu

COMPAGNONNAGE

tait l'ancienne loi des suspects, et elle l'aggravait par son décret sur les otages , Tictimes choisies dans tous les rangs et vouées également à la mort. Elle violait chaque jour la liherté individuelle , en obligeant les citoyens à prendre les armes contre le gouvernement régulier et en procédant à des enrôlements forcés. Elle ne respectait pas davantage les lois qui régissent la constitution de la famille; l'un de ses décrets assimile les enfants naturels non reconnus aux enfants reconnus et consacre en quelque sorte l'union libre qui avait été prêchée dans les clubs.

Plusieurs membres de la Société internationale des travailleurs faisaient partie de la Commune, où ils exerçaient une grande influence. Us disposaient d'une nombreuse armée d'ouvriers , qu'ils avaient disciplinés déjà pour les grèves. Le moment était venu de mettre en pratique les combinaisons qui devaient supprimer le salariat et le remplacer par l'association. La Commune créa donc un comité du travail, qui fut chargé de réaliser les promesses pompeuses à laide desquelles les révolutionnaires politiques avaient égaré l'esprit des populations ouA'rières et introduit le désordre dans les afehers. On n'aboutit qu'à rédiger quelques décrets où sont exposés en termes vagues les principes de l'association; mais U n'y avait rien qui fût apphcable , et sur ce point encore la Commune échoua misérablement.

En un mot , si l'on passe en revue les différentes mesures prises sous le règne de la Commune, on n'y trouve aucune idée pratique, aucun plan sérieux, aucune réforme utile. Il n'en pouvait sortir, comme en 1793, que des actes insensés ou criminels. Pour la seconde fois, la Commune de Paris s'abîma dans le sang. Aux horreurs de la guerre étrangère elle ajouta la honte de la guerre civile : elle ne sut môme pas être vaincue avec honneur; pour son dernier exploit elle voulut incendier Paris. Bien malheureuses sont les nations qui subissent de pareilles scènes et qui les oublient! C. Lavollée.

Comparez: Démagogie, Internationale, Kévolntion (le 17SÎ1, Socialisme, etc.

COMMUNES (Chambre des). Voy. Grande- Bretagne. Parlement anglais. Procédure parlementaire.

COMMUNIQUÉ. Voy. Pressé.

COMMUNISME. Voij. Socialisme.

COMPAGNIE COMMERCIALE. Toy. Sociétés commerciales.

COMPAGNONNAGE. Le compagnonnage est né au moyen âge à côté des corps de métiers. Les ouvriers qui allaient travailler de ville en Tille ne pouvaient s'enfermer dans le cadre étroit de la corporation, que d'ailleurs les maîtres tendaient à rendre plus exclusive avec le temps. Ils fondèrent des associations particulières, sortes de confréries qui les protégeaient dans leurs

voyages. Ces associations servaient non-seulement à assurer du travail à l'ouvrier qui arrivait, mais elles lui faisaient trouver des visages amis dans une ville étrangère, elles lui assuraient des secours et du pain quand il se trouvait dans la détresse, loin de sa patrie. Comme elles étaient une sorte d'association contre l'arbitraire des patrons, et qu'elles se trouvaient par conséquent en dehors de la législation régulière , elles se dérobèrent au grand jour et prirent le caractère mystérieux d'associations secrètes. La réception des compagnons fut entourée de cérémonies bizarres et ressembla à une initiation de mystères antiques; chaque compagnonnage avait sa mère, c'està-dire une personne tenant le cabaret où logeaient les nouveaux venus , les ouvriers sans travail, et où se tenaient les réunions. Tous les compagnons d'un môme devoir devaient s'entr'aider de leurs conseils, de leurs bras, de leur bourse , et partager fraternellement entre eux le travail. Un compagnon arrivait-il dans une ville , il allait chez la mère , se faisait reconnaître à certains signes mystérieux; et, bien qu'on ne l'eût jamais vu , il était accueilU comme un vieil ami. Il avait droit au feu , au gîte et à la table. Peu importait qu'il eût ou qu'il n'eût point d'argent, on l'hébergeait jusqu'à ce qu'il trouvât du traA^ail ; on lui prêtait même de l'argent s'il en avait besoin ; s'il tombait malade, on le soignait, et l'ouvrier remboursait ensuite sur son travail les avances qui lui avaient été faites. Les compagnons s'arrangeaient de manière à lui faire une part dans leur ouvrage; lorsque l'ouvrage ne pouvait pas se partager, le plus ancien cédait sa place au dernier venu et partait pour continuer son tour de France. A son départ, on lui faisait la conduite et on lui prêtait , au besoin , de l'argent. Quand le travail abondait dans une ville, les compagnons le faisaient savoir aux autres villes et demandaient des ouvriers.

Mais à côté de ces avantages, le compagnonnage eut de graves abus : il devint exclusif comme Pétait devenu le corps de métier; il facilita les grèves , permit de mettre les ateliers, les villes, en interdit, fit naître des rivalités souvent sanglantes entre les différents devoirs'. L'autorité s'alarma promptement; des ordonnances furent rendues du seizième au dix-huitième siècle contre ces associations secrètes qui avaient été plus d'une fois l'occasion de troubles. L'Assemblée nationale se prononça contre elles, comme elle s'était prononcée contre les corporations d'arts et métiers, au nom « du libre exercice de Pindustric et dû travail». Elle défendit (14-17 juin 1791) aux «ouvriers et compagnons d'un art quelconque, de se nommer ni présidents, ni secrétaires, Hi syndics, tenir des registres, prendre des arrêtés ou délibérations, former des règlements sur leurs prétendus intérêts communs». C'est encore aujourd'hui la législation qui règle cette matière en France; cependant les asso-

1. Devoirs est ici synonyme de corps, d'associations, d'ordres.

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