‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 22 sur 557 · AGNAT ET COGNAT. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGNAT ET COGNAT. — AGRICULTURE

portent tous le même nom, tandis que ceux des cognats sont différents de ceux de la ligne principale.

Comparez : Dynastie, Loi salique, Primogéniture.

AGRICULTURE. Entre l'agriculture et la politique , les rapports sont peu apparents, mais profonds. Parlons d'abord de l'influence de la politique sur l'agriculture : nous dirons ensuite (juclques mots de rinilucnce de l'agriculture sur la politique.

On a répété souvent ce mot d'un habile ministre des linances : Faites-moi de la bonne politique, je vous ferai de bonnes finances. On jiourrait dire avec non moins de raison: Faitesmoi de la bonne politique, je vous ferai de bonne agriculture. L'agriculture ne peut, en effet, fleurir que dans un pays où les personnes et les propriétés sont respectées, où les impôts sont équitablement répartis et dépensés avec économie, où le bon état des communications multiplie les débouchés, où régnent, en un mot , la liberté , la justice et la paix. Prenons pour exemple les deux nations qui forment les extrémités de l'Europe : l'Angleterre et la Turquie. Dans la première , le cUmat est brumeux et le sol noyé ; la seconde possède le plus beau clùnat et le sol le plus fertile, ^ous voyons cependant l'agriculture se montrer cent fois plus productive à surface égale en .\ngleterre qu'en Turquie. Pourquoi? C'est que l'Angleterre jouit dune bonne constitution politique, tandis que la Turquie gémit sous un gouvernement déplorable.

Le plus grand des fléaux qui puissent accabler le travail agricole, comme tout autre, c'est riusécurité. On ne laboure pas, on ne sème pas, quand on n'est pas sûr de récolter. Le premier devoir d'un gouvernement , c'est de garantir la sûreté des personnes et des propriétés. Quand cette condition manque, tout manque. L'insécurité peut provenir de deux causes, ou d'un excès de faiblesse ou d'un excès de force dans le gouvernement. Les gouvernements anarchiques sont dans l'impuissance de défendre les intérêts privés; les gouvernements despotiques les violent eux-mêmes. Trop souvent les deux vices se réunissent , et les gouvernements qui respectent le moins les droits de leurs sujets sont en môme temps fort peu soucieux de les faire respecter par d'autres.

Le second devoir des gouvernements envers l'agriculture consiste à lui faire payer le moins cher possible la sécurité qu'ils lui donnent. 11 faut des impôts et des soldats pour faire respecter les lois; il n'en faut pas trop. Les impôts excessifs, les armées trop nombreuses épuisent l'agriculture , en lui imposant des sacrifices démesurés, soit en hommes, soit eu argent.

Les impôts qui intéressent le plus directement l'agriculture, sont ceux qui portent sur le sol , et qu'on appelle fonciers. Ces impôts peuvent être doublomeut nuisibles: par leur quotité et par leur répartition. Une répartition trop inégale ou trof) arbitraire peut avoir des effets aussi mortels qu'un impôt trop lourd par

lui-même. Sous l'ancien régime, le montant total de la taille n'avait rien d'excessif, mais elle était perçue si rudement , avec de telles inégalités et de tels abus , qu'elle ruinait les campagnes. 11 arrivait assez souvent que des cultivateurs aimaient mieux abandonner leurs domaines que de payer la taille, k côté de ces terres surchargées, il s'en trouvait d'autres qui jouissaient d'exemptions à peu près complètes. Aujourd'hui encore, on se plaint d'inégalités dans la perception de l'impôt foncier; mais ces différences n'ont aucun rapport avec celles d'autrefois.

Les agriculteurs s'imaginent volontiers que les impôts indirects ne les atteignent pas : ils se trompent. Les impôts indirects, en frappant toutes les consommations, tombent de deux façons sur l'agriculture : ils élèvent le prix des denrées qu'elle consomme et ils abaissent le prix de celles qu'elle vend '. C'est donc pour elle un mauvais calcul que de laisser accroître indéUnimeut les contril)utions indirectes , pourvu que les charges foncières ne s'accroissent pas. L'ensemble des recettes pubhques pèse à la fois sur toutes les industries; l'agriculture paye sa part des impôts indirects , comme les autres contribuables payent leur part de l'impôt foncier par l'élévation du prix des denrées agricoles. Tout est solidaire dans une nation. Sous quelque forme qu'il soit perçu, l'impôt n'est légitime que quand il est nécessaire; il doit être strictement réduit à ce qu'exigent les services publics.

L'agriculture a d'autant plus d'intérêt à ce que, suivant l'heureuse expression de Montesquieu, CÉtat ne prélève pas sur les besoins réels du peuple de quoi satisfaire à des besoins imaginaires, que les dépenses exagérées se font toujours loin d'elle et contre eUe. C'est dans les grandes villes, et surtout dans les capitales , que se développent ces besoins imaginaires dont parle Montesquieu ; là s'accumulent les gros traitements, les bâtiments fastueux, les fonctions superflues , toutes les prodigalités qui ruinent et démoralisent à la fois. Plus les parasites de tout ordre y pullulent, plus les capitaux qui auraient pu alimenter des œuvres utiles périssent dans des emplois improductifs. L'agriculture y perd en même temps et l'argent qu'elle donne et celui qu'elle ne reçoit pas.

Parmi les dépenses improductives, une des plus fatales est celle des grandes armées. Toute nation se compose d'un nombre énorme de femmes , d'enfants , de vieillards , d'infirmes , qui n'apportent qu'un bien faible contingent à la somme du travail national. Le nombre des travailleurs mâles et vaUdes n'excède guère le sixième de la population totale, soit pour la France, par exemple, six millions sur trentesix. Une armée de 600,000 hommes prend donc le dixième des forces vives du pays, et c'est la classe agricole qui supporte cette perte presque tout entière. Si la même sécurité pouvait être

1. Si l'impôt élève le prix de la marchandise taxée, comment peut-il eu même temps le faire baisser ?

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