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CONSERVATEUR. — CONSISTOIRE

pression; dans le second, il représente l'ordre, qui est la première condition de la liberté.

C'est pour cette raison que les monarchies constitutionnelles offrent la meilleure forme de gouvernement connue jusqu'ici; à côté d'une grande liberté, elles placent une grande stabilité. Quand on examine l'histoire d'Angleterre, on voit que les partis réformistes ne prennent le gouvernement qu'à de longs intervalles et ne l'occupent que peu de temps; c'est le parti conservateur qui a presque toujours l'ascendant et qui ne le laisse échapper que pour le reprendre avec plus de force. Ainsi se concilie le besoin de changement avec le besoin de stabilité, qui n'est pas moins essentiel.

Quand une idée nouvelle se présente, elle est accueillie par les esprits ardents; mais il y a au moins autant de chances pour qu'elle soit mauvaise que pour qu'elle soit bonne, la résistance instinctive du parti conservateur permet de l'examiner, de la discuter, de la mettre à l'épreuve ; ce retard a plus d'avantages que d'inconvénients, car s'il ajourne un peu les véritables progrès, il permet de démêler les progrés faux qui sont bien plus nombreux. Puis , quand une idée nouvelle et juste a fini par l'emporter, c'est encore l'esprit conservateur qui sait le mieux réparer la brèche qu'elle a faite pour la mettre en harmonie avec l'ensemble de l'organisation nationale.

Si, au contraire, aucune force organisée ne s'oppose aux innovations, tout est remis en question tous les jours ; les expériences les plus malheureuses se succèdent; une inquiétude universelle s'empare des esprits. Partout où le passé n'est plus respecté, la confiance dans l'avenir disparait, car, comme Ta dit M. de Maistre, qui a rencontré juste cette fois, le temps ne respecte que ce qu'il a fondé. Rien n'est plus contraire aux progrès matériels et moraux d'une nation que ce sentiment continuel d'incertitude.

Le siège principal du parti conservateur, dans les pays constitutionnels, se place d'ordinaire dans une seconde chambre qu'on appelle sénat ou chambre des pairs. La composition de cette chambre peut varier; elle peut être héréditaire comme en Angleterre , élective comme en Belgique, viagère comme naguère en France; mais partout il est prudent d'en avoir une pour servir de contre-poids aux entraînements d'une chambre unique. Même aux États-Unis et en Suisse, on a senti cette nécessité.

Mais les institutions les plus sages ne servent de rien, si l'opinion publique ne se tient ellemême en garde contre ses propres fantaisies. Quid leges sine moribus ? On a beau mettre dans une constitution des freins légaux, ces freins ne résistent pas longtemps, si la passion nationale n'en tient nul compte. Le procédé le plus contraire à l'esprit conservateur est le procédé révolutionnaire. Si usité qu'il soit de nos jours, ce procédé est rarement bon. Il est très-rare qu'une nation ait à s'applaudir d'avoir fait une révolution.

Il vaut mieux se résigner à attendre patiemment le succès des améliorations les plus lé-

gitimes que de briser du premier coup tous les obstacles. Le parti conservateur le plus obstiné ne résiste pas toujours , il finit par céder sous la pression de la nécessité; mais il faut malheureusement, pour savoir attendre, tout en travaillant au triomphe légal de son opinion, un mélange de résolution et de patience , de modération et de fermeté qui se rencontre rarement chez les peuples. Une révolution paraît le chemin le plus court, qiioiqu'elle en soit en réalité le plus long.

11 n'existe pas de constitution où la résistance soit plus fortement organisée qu'en Angleterre; outre que la chambre des lords a un droit absolu de veto contre toutes les propositions de la chambre des communes, elle a une influence considérable dans la chambre des communes elle-même par les élections des comtés; on a vu cependant toutes les volontés des communes passer dans les lois quand elles ont été soutenues avec persévérance, et sans commotion, sans révolution, par la seule puissance des armes légales. C'est que la liberté anglaise est un large fleuve qui respecte ses rives.

Un des plus grands exemples de la disposition contraire s'est présenté en France lors de la révolution de 18i8. Pour obtenir la réforme électorale en Angleterre, la chambre des communes a lutté pendant plusieurs années, elle a subi de longs ajournements; en France la réforme électorale était sur le point d'avoir la majorité dans la chambre des députés, et la chambre des pairs n'avait pas la force nécessaire pour l'empêcher; le triomphe de cette réforme était donc certain dans un très-court délai, sans subir la moitié des retards et des difll cultes qu'elle avait traversés en Angleterre; on n'a pas eu la patience d'attendre quelques mois, peut-être quelques jours.

Il est vrai qu'en Angleterre ceux qui demandaient la réforme électorale ne voulaient que la réforme électorale, tandis qu'en France, la plupart de ceux qui demandaient la réforme voulaient une révolution, et ceux qui ne la voulaient pas l'ont laissé faire. Jamais la France n'a mieux prouvé qu'elle manquait de cet instinct conservateur qui anime la société anglaise tout entière, aussi bien les partis réformistes eux-mêmes que le parti conservateur proprement dit. L. de L.wergne.

Comparez: Libéralisme, Partis, Progressistes, Représentation nationale, Stabilité, Statu quo, ViUes et C.imp.ignes.

CONSISTOIRE. Ce mot, qui désignait chez les Romains le lieu où s'assemblait le conseil secret des empereurs, puis, par extension, ce conseil lui-même, s'applique aujourd'hui à des assemblées bien différentes et dont la nature et les attributions varient suivant qu'il s'agit du catholicisme ou des communautés protestantes et israéliles. Dans le premier cas, le consistoire est la réunion des cardinaux présidés par le pape. On distingue alors le consistoire public, qui se tient dans la grande salle du Vatican , particulièrement lorsque le saintpère, entouré des principaux fonctionnaires

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