AGRICULTURE. — AIDES
développement fait la priiicipale richesse de ce pays ne viennent qu'au second rang dans les préoccupations publiques. Tout le monde comprend que, quand l'agriculture souffre, tout souffre. L'agriculture à son tour reconnaît que les progrès du commerce et de l'industrie sont nécessaires à sa prospérité.
Ce que les peuples reclicrchent avant tout, c'est la puissance, et ce qui fait la puissance, c'est la population. Or, il y a deux cents ans, la population anglaise était environ le quart de la nôtre; il y a un siècle, elle atteignait déjà la moitié; aujourd'hui, elle est à peu près égale. Depuis quelques années , les rangs sont devenus si pressés sur ce territoire si inférieur au nôtre sous tous les rapports, que le sol ne suffit plus à nourrir ses habitants; mais jusqu'au milieu de ce siècle, l'agriculture nationale a tenu tète au progrès incessant de ses consommateurs, et même aujourd'hui, elle marche encore si vite que l'importation des denrées alimentaires ne s'accroît pas en proportion de la population. (?)
A côté de ce spectacle, voyons ce qu'était devenue la France, à la fin du règne de Louis XIV. Au Ueu de s'accroître , la population avait diminué d'un quart sous ce règne, et les campagnes en France ne nourrissaient qu'à peine les survivants. Une des plus terribles preuves de cet abandon général de la culture , est l'édit royal du 13 octobre 1693, ainsi conçu: «Le roi ayant été informé que plusieurs particuliers et laboureurs, peu instruits que la cherté des blés ne provient que de l'artilice des marchands et autres qui font le commerce et qui les ont recelés pour en faire augmenter le prix, appréhendant d'en manquer pour la subsistance de leurs familles pendant toute l'année, se proposaient de ne point semer leurs terres ; S. M. enjoint à tous laboureurs, fermiers et autres personnes tenant et faisant valoir leurs terres par leurs mains, de semer toutes celles qui par l'usage du pays doivent être semées , et ce , dans le temps convenable, suivant la nature des grains et usage des heux; et faute de ce faire , S. M. permet à toutes personnes de les ensemencer, moyennajit quoi ils en recueilleront tous les fruits, sans qu'ils soient tenus d'en domier aucune part aux propriétaires ou fermiers , ni en payer aucune rente ni Redevance. »
Quelle épouvantable lumière jette un pareil texte sur la situation générale d'un pays ! On comprend que la France, réduite à ce poiut de dépopulation et d'inanition, soit tombée dans le marasme où elle a langui pendant les trois quarts du dix-huitième siècle et qu'elle n'ait pu ni défendre ses colonies, ni soutenir la malheureuse guerre de Sept ans. N'oublions pas cette grande leçon, et sachons bien que, si nous voulons être puissants, nous devons songer avant tout à l'art qui nourrit les hommes.
Si la France était peuplée comme la Belgique, elle aurait 75 millions d'habitants. On comprend qu'avec une pareille force, elle pèserait d'un autre poids dans la balance de l'Europe. Ce qui est vrai des hommes, ne l'est pas moins des capitaux. Quelle que soit la fécondité du commerce et de l'industrie, l'agriculture est
plus productive encore , en ce sens qu'elle fournit la matière première de toutes les autres branches du travail national. Une nation qui ne serait que commerçante et industrieUe, n'aurait point de base , sa richesse serait précaire et incertaine. Un peuple parvenu à un grand développement agricole fournit , au contraire, un immense aliment au conmierce et à l'industrie , et par la combinaison de ces trois sources de production, peut arriver au plus haut point de richesse et de puissance '. Les capitaux qui s'incorporent au sol, sont les fondements solides de tous les autres. C'est ce que démontre surabondamment, en France même, l'exemple des départements les plus riches , comme le Nord ou la Seine-Inférieure. La guerre la plus heureuse n'égale donc pas pour l'accroissement de la puissance nationale . quelques années de paix et de travail agricole. Même en admettant l'acquisition d'une nouvelle province, on la paye en général par la guerre plus cher qu'elle ne vaut, tandis que les conquêtes de l'agriculture ne coûtent ni sang ni larmes. 11 y a en France des milhons d'hectares de terres incultes à défricher et des étendues plus grandes encore de terres mal cultivées, dont on peut doubler, tripler, quadrupler la production , par une infusion toujours croissante de travail et de capital. Voilà la vraie pohtique qui nous convient , celle qui peut le plus sûrement élever encore le nom et la grandeur de la France. L. de Layergne.
Comparez : Absentéisme, Encouragement, Forêts, France (chap. Ressoorces), Haras, MorceUement, Population, Servage, Subsistances, Villes et Campagnes, etc.
AIDES. Les aides furent d'abord un impôt indirect extraorcUnaire sur les ventes. Les états généraux de 1356 les votèrent pour la première fois , sous les conditions qu'elles seraient temporaires, et seraient payées par tous les citoyens sans distinction de rang. Ces deux conditions ne tardèrent pas à être violées; dès 1358 la royauté imposa d'autorité les marchandises entrées dans Paris. Charles V créa de nouveaux droits d'aides dans tout le royaume; Charles VI les rendit permanentes et elles furent dès lors adjugées en ferme comme les autres impôts. D'un autre côté, la noblesse, le clergé et les gens de justice furent successivement exonérés de cette charge.
Il serait difficile, sinon impossible, d'énumérer les différents impôts qui furent compris sous le nom général d'aides. Chaque province avait à cet égard sa jurisprudence particulière. Cependant les aides qu'on appelait ordinaires et
1. Il est certain qu'un pays purement industriel on commercial manque de base et que l'agriculture est indispensable pour donner de la solidité et de la stabilité à un État, mais l'agriculture seule ne fait pas un pays riche. Combien rapporte le capital agricole, et combien le capital industriel? {Voy. France, chap. Ressouiïces.) D'ailleurs, s'il n'y avait pas d'industrie dans un pays , qui achèterait les produits encombrants de l'agriculture? Les débouchés ne sontils pas le meilleur stimulant de la production? Le paye le plus heureux est celui où l'agriculture , l'industrie et le commerce ae complètent pour produire un tout harmonieux. M. B.