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ralt impossible , les sciences et les arts seraient menacés; car ces denx plantes délicates ne réussissent que dans les sociétés où un certain nomlire d'hommes sont dispensés du travail manuel.
La vraie raison pour laquelle la coopération ne s'est pas généralisée, «'est celle-ci : Le salaire des coopérateurs est nécessairement aléatoire; or, l'immense majorité des hommes préfèrent le revenu fixe au revenu aléatoire, de sorte que si on leur laisse la liberté , ils se décideront rarement en faveur de la coopération. La coml)iuaison coopérative qui s'appelle société de production ayant ces trois inconvénients : 1° l'étroite communauté d'intérêt avec d'autres hommes; 2° l'aléa; 3° Tinipossibilité (en fait . sinon en droit) pour l'individu , doué à un degré supérieur d'intelligence, de savoir et d'habileté, de tirer parti de ses dons, il n'est ni probable , ni désirable qu'elle se générahse. Elle pourra rendre des services dans certains cas, et ces services elle les a rendus en tout temps sous toute sorte de noms, et elle continuera à en rendre, quel que soit le nom qu'on donnera à l'association.
Donnons, pour terminer , la statistique des associations coopératives dans les deux pays où elles ont acquis une véritable importance.
Allemagne. — Il résulte des rapports de M. Schulze(Delitzsch)qu'ilyavaiten 1870 1,859 sociétés de prêts ou d'avances [Vorschtiss- Vereine) , 275 sociétés de production , 750 sociétés de consommation comptant ensemble 314,056 associés. Le chiffre des affaires a été de 207,618,387 thalers (plus de 77G millions de francs). Le capital possédé en propre par ces associations était de 14,663.397 thalers (environ 54 millions et demi). En 1871 le nombre de ces associations s'est encore beaucoup accru, et jusqu'à présent on ne saurait découvrir aucune cause d'arrêt dans la pi'ospérité des associations coopératives allemandes , ce qui ne veut pas dire que toutes réussissent également bien ; il en est même qui ne réussissent pas du tout . mais en somme le progrès est rapide et constant. {Voy. les Rapports de M. Schulze- Delitzsch.)
Kons donnons ces chiffres tels quels , mais ils devraient être examinés de près. Que signifie, par exemple, une société pompeusement annoncée comme société de produclio?i, quand elle se compose, et c'est souvent le cas au tableau que nous avons sous les yeux , de 3 , 4 ou 5 associés. C'est purement et simplement une société en nom collectif. Ne croirait-on pas que cela ne s'est pas vu avant 1850! Des associations de 3 à 4 personnes réussissent souvent, mais des sociétés de 100 ou 200? Ce qui a facilité la propagation des associations selon le système de M. Schulze (Delitzsch), c'est que des banques populaires, qui ne s'adressent d'ailleurs pas aux ouvriers des fabriques, ne mettent pas en commun . comme le fait la société de production, l'ensemble des intérêts des associés; les intérêts restent séparés, et, ce qui est d'une importance majeure, chacun profite seul de la totalité des produits de son
travail, de son énergie, de son habileté, de ses dons naturels. En serait-il ainsi des sociétés de production?
Angleterre. — En août 1871, un document parlementaire publié par suite de la motion de M. Walter Morrison nous apprend qu'en 1 870 l'Angleterre et la principauté de Galles comptaient 769 sociétés coopératives avec 250,000 membres, ayant un capital de 2,060,000 1. st. (51,500,000 fr.) et ayant fait 555,000 1. st. ■ (13,875,000 fr.) de bénéfices nets. Le montant des achats dans le courant de l'année avait été de 7,457,000 1. et celui des ventes de 8,202.000 L Tout compensé . les progrès de ces associations (de consommation) avaient été réels et constants, bien que plus d'une ait péri. Le tableau détaillé de l'année 1870, dont voici le résumé, en fournit la preuve : Nombre des sociétés enregistrées depuis l'origine jusqu'à la fin de l'an* née 1870: 1,375; nombre des sociétés dissoutes 406 , reste 969. Sur ce nombre 67 ont été créées — ou au moins enregistrées — en 1870 et 133 n'ont pas fourni de renseignements, peut-être faute d'être en activité; restent les 769 dont il a été question plus haut.
Voilà la situation au moment où nous écri- , vous ces lignes; l'expérience est en train de . se faire, l'avenir nous en fera connaître les résultats. Maurice Block.
Comparez: Associa,tions, Coalitions, Collectivistes, Socialisme , Trade's Unions.
COQ GAULOIS. Vo/j. Aigle.
CORDELIERS. Vo/j. Jacobins.
CORDON SANITAIRE. Troupes échelonnées le long des frontières d'un pays où sévit une épidémie et avec lequel on A^eut interrompre les communications ou que du moins on veut surveiller, pour empêcher la contagion. Nous n'avons pas à examiner ici si ce moyen a jamais eu l'efficacité qu'on lui attribue. Nous rappellerons seulement qu'on a déjà pris le cordon sanitaire comme prétexte pour réunir des troupes dans le voisinage d'un pays qu'on observait et qu'on se proposait d'envahir.
CORONER. Magistrat particulier à l'Angleterre, chargé de rechercher les causes d'un décès qui a lieu par suite de violence, de meurtre, d'assassinat, d'accident, de suicide ou d'une manière suspecte. Il est obligé d'examiner le corps, de visiter le lieu du crime ou de l'accident, d'ouvrir une enquête, de faire emprisonner les meurtriers ; mais dans le cas de l'absence d'un corps il n'a aucune instruction à faire.
Le coroner représente dans une certaine mesure le ministère public en Angleterre; il est le mandataire de la couronne (d'où son titre), bien qu'il soit élu par les francs-îenauciers des comtés. Quelques-uns, cependant, sont nommés par le souverain, et d'autres par quelques ville.-;. Chaque comté a plusieurs (3 à 6) coroners. Les pouvoirs de ce magistrat
CORONER. — CORPORATIONS, ETC
sont très-étendus, et, chose exceptionnelle en Angleterre, il peut ordonner le huis clos; mais on comprend la nécessité de cette disposition. On propose de charger le corouer de rechercher aussi les causes des incendies suspects, un bill a été présenté pour ce but en 1872.
Autrefois l'objet (animal, voiture, etc.) qui avait causé mort d'homme était confisqué sous le nom de deodand et vendu au profit des pauvres. Cet usage ou ce droit a été aboli par une loi. M. B.
CORPORATIONS, CORPS ou COMMU- NAUTÉS D'ARTS ET MÉTIERS (en allemand, Ziin/te, Gilden, Innungen). Associations d'artisans exerçant la même profession dans une localité ou dans un district et dont les membres sont liés entre eux par des droits et des devoirs réciproques. Le caractère commun de ces institutions, à partir du moyen âge, fut de faire dépendre l'exercice d'une profession industrielle de certaines conditions, telles que l'apprentissage, le compagnonnage, la confection d'un chef-d'œuvre et l'admission formelle dans une communauté. Les corporations d'arts et métiers furent donc la négation de la liberté industrielle , qui de son côté n'exclut pas les associations, mais ne les admet que volontaires.
Dans les États européens , les corporations appartiennent à l'histoire ; le nouveau monde ne les a jamais connues. En Allemagne , en Autriche , en Suède et en Danemark , elles se sont maintenues jusque dans ces derniers temps et leur abolition en Allemagne, entre 1 860 et 1870, est due aux efforts des économistes de ce pays ainsi qu'à la réalisation de l'unité politique qui a permis d'unifier la législation industrielle. En France , la révolution de 1 789 a fait disparaître, d'un coup , les corporations ; toutefois , le système de réglementation , de tutelle et d'exclusion de toute concurrence qui caractérisait ces institutions surannées, s'étart conservé encore assez longtemps dans plusieurs branches de l'industrie française ; par exemple , dans le commerce de la boulangerie, la boucherie, le courtage et quelques autres, mais la plupart de ces lois restrictives ont disparu et les autres ne tarderont pas, sans doute, à suivre.
L'obscurité qui enveloppe l'origine des communautés d'arts et métiers n'est dissipée qu'en partie. La situation économique des masses n'a encore occupé que bien peu l'attention des historiens. Les auteurs les plus récents seulement ont compris dans leurs recherches le courant ordinaire de la vie du peuple, les faits et gestes des ateliers et des modestes intérieurs du travailleur. Mais une histoire complète des ouvriers et du travail au moyen âge est encore à écrire. Un point seulement est acquis, et il explique, en partie, la disette de renseignements dont nous nous plaignons, c'est qu'autrefois le travail n'était pas réputé honorable. Dans l'antiquité, les professions manuelles étaient le lot des esclaves et des prisonniers de guerre. Et , pour constater ce fait, il n'est
pas nécessaire de remonter jusqu'aux Assyriens , aux Égyptiens et aux Persans ; il sutDt de s'arrêter aux Grecs et aux Romains. Sans doute, la science, l'art, la poésie, le culte de la liberté , le patriotisme répandent un lustre brillant sur l'époque la plus florissante de l'antiquité classique; mais cet éclat superficiel ne doit pas nous faire oublier l'oppression qui pesait sur les classes inférieures de la population, oppression que des révoltes et des guerres serviles se chargent d'ailleurs de rappeler à notre souvenir. Ce qui manquait à l'antiquité, c'est le travail libre et l'honneur du travail, par conséquent, l'élément le plus essentiel de la prospérité et du développement pacifique de l'État, car la spohation, l'oppression et l'exploitation de la classe la plus nombreuse de la société ne forment pas des éléments de durée pour un État.
L'établissement du christianisme ouvre l'ère de la délivrance des travailleurs; mais cette délivrance et l'élévation sociale des classes inférieures ne s'est réalisée que très-lentement.
Les corporations sont nées dans les villes de l'empire germanique. L'industrie commença par être la servante de l'agriculture , qui lui fournissait son entretien. Les artisans préparaient les objets dont les cultivateurs avaient besoin, et ils en partageaient la situation sociale , ils étaient serfs les uns et les autres. Ils ne travaillaient qu'au profit de leur maître ou seigneur et avaient pour tout salaire l'abri , le vêtement et la nourriture , ou un champ dont ils récoltaient directement les fruits; enfin, ils étaient, comme les cultivateurs, soumis aux lois ou règlements que le seigneur jugeait à propos d'établir sur son domaine. Les serfs exerçant des métiers étaient établis souvent en grand nombre sur les terres des nobles , et plus ils étaient nombreux, plus les occupations se spécialisaient, au point de faire naître une sorte de division du travail. Sur les vastes propriétés des rois et des princes , et plus tard aussi des évêques et des monastères , il y avait même des classes entières d'artisans que, pour faciliter la surveillance , on réunissait en corps, sous la direction d'un viaitre. Ces corps ont été les précurseurs des communautés, soit que celles-ci en dérivassent directement ou qu'elles fussent créées à leur image.
Les Capitulaires de Charlemagne jettent une vive lumière sur cette matière. Dans les règlements relatifs à l'administration de ses domaines, il énumère les artisans qui doivent se trouver sur chacune de ses propriétés. La liste renferme des bijoutiers , des forgerons , des cordonniers, tourneurs, charpentiers, pécheurs, oiseleurs, savonniers, boulangers, selliers et culottiers. Le document en question prouve que l'industrie était un accessoire de l'agriculture, et qu'elle n'avait pas cessé d'être exercée par des gens appartenant au seigneur. C'est la création des villes, en brisant les liens du servage, qui mit un terme à cette situation dégradante et permit à l'industrie et au commerce de prendre un essor prodigieux et de favoriser les progrès de la civilisation.
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Le christianisme contribua beaucoup à l'émancipation de l'industrie en créant des diocèses. Le siège d'un évêque était toujours placé dans une agglomération populeuse, dans une ville entourée généralement d'une enceinte fortifiée. Ces villes devinrent promptement le refuge des habitants des campagnes environnantes, qui y trouvèrent non-seulement un abri contre l'invasion étrangère, mais encore la protection épiscopale contre l'oppression de la noblesse. Il s'y forma ainsi une classe moyenne adonnée aux travaux de l'industrie , qui continue d'exister sous le nom de bourgeoisie. Or, la défaveur qui pesait sur le travail manuel, jadis le lot de l'esclave ou du serf, préjugé qui trouvait un nouvel aliment dans le goût dominant alors des armes et de l'oisiveté , engagea les artisans d'une même profession à s'unir étroitement entre eux pour réagir contre le dédain dont les accablaient les classes privilégiées et même pour se défendre contre les violences que cette époque anarchique voyait commettre tous les jours. L "union leur était imposée par l'intérêt de leur propre conservation. II n'y avait alors ni justice, ni police, ni force armée, ni assistance publique, ni écoles, ni enseignement technique, et même les besoins religieux ne trouvaient pas toujours leur satisfaction. Les individus exerçant la même profession formèrent donc des associations pour protéger leur personne, leur famille et leur propriété ; pour créer une police intérieure économico-morale ; et notaranient pour punir les confrères qui, en trompant sur la qualité des produits, pouvaient nuire à la réputation de l'industrie de toute une ville ; pour veiller à l'accompUssement d'un apprentissage régulier, et pour exercer une censure morale sur les apprentis et les compagnons ; pour avoir soin des veuves, des orphelins, des vieillards et des infirmes parmi eux; pour se joindre à une paroisse et faire dire des messes dans l'intérêt des morts, pour fournir un contingent d'arquebusiers au corps de la ville, et en général pour satisfaire à tous les besoins sociaux. C'était bien là le but des corporations , comme le prouvent des documents du douzième et du treizième siècle, publiés récemment.
Une autre disposition qu'on retrouve dans les statuts du corps des métiers, réservait aux flis et filles des membres de la corporation le droit de succéder à leurs parents, et imposait aux étrangers des conditions d'admission plus ou moins rigoureuses, telles que le versement d'une certaine somme à la caisse de la communauté, la possession d'une certaine fortune, quelquefois l'achat d'un armement complet, etc. La prescription d'établir un chef-d'œuvre, la prohibition d'exercer la profession en dehors des liens de la communauté ne se rencontrent pas dans les documents les plus anciens : les corporations ne paraissent être arrivées que peu à peu à ce système d'exclusion.
Les diverses professions n'ont pas atteint simultanément l'indépendance et la considération. Un certain nombre d'occupations comptaient encore au dix-septième et au dix-hui-
tième siècle parmi les industries ou métiers «méprisés », tels que les tisserands (ûextores), jiortefaix (portiiores), écorcheurs, bergers, etc. Aussitôt qu'une nouvelle communauté s'organisait , il se développait parmi les membres une grande susceptibilité à l'endroit de l'honneur professionnel, de sorte qu'ils évitaient de comprendre dans l'association, soit des métiers moins estimés que le leur, soit des enfants illégitimes, etc. Peu à peu les artisans devinrent les éléments les plus importants des populations urbaines , et aux quatorzième et quinzième siècles on trouve les corps d'arts et métiers en possession de l'administration d'un irès-grand nombre de villes.
Quelque pernicieuse que leur influence soit devenue dans la suite, et quelque bien motivée que soit la condamnation portée sur les corporations par la science économique, il est évident qu'à l'origine cette institution a contribué à réhabiliter le travail et à relever les professions inférieures. Les circonstances leur étaient d'ailleurs favorables; l'artisan, qui n'avait pas à lutter contre la concurrence des manufactures, fournissait des miirchaudises au commerce international ; l'agriculture , dont les ressources sont inépuisables, prospéra et devint un marché pour l'industrie ; les artistes et les ouvriers habiles étaient encore reçus à bras ouverts, au lieu d'être repoussés par crainte de concurrence, ou simplement par envie; l'accroissement de la demande des produits des villes favorisait plutôt qu'il n'empêchait l'admission des étrangers.
Mais cette prospérité croissante des villes aux treizième, quatorzième et quinzième siècles fut suivie, aux dix-septième et dix-huitième siècles, d'une période de décadence. Des guerres sanglantes détruisirent les capitaux et répandirent la dévastation et la misère sur de vastes territoires. Le courage et la force de la bourgeoisie furent brisés et la population décimée. L'agriculture chômait et cessait d'offrir un débouché , les demandes de l'étranger diminuaient, les foires et marchés désemplissaient d'acheteurs ; non-seulement les consommateurs étaient obligés de restreindre leurs dépenses au strict nécessaire, on éprouvait même une véritable disette de bras ; ces ouvriers dont on aurait pu disposer étaient souvent empêchés, par une législation absurde, d'utiliser leurs forces : ils ne faisaient pas partie de la corporation. Autrefois des travailleurs valides avaient été reçus à bras ouverts dans les villes dont ils augmentaient la puissance défensive; mais les mêmes cités dont les murailles abritaient jadis une bourgeoisie libérale et courageuse, étaient devenues le siège d'un égoïsme étroit qui cherchait son salut dans l'cloignement des hommes capables et éclairés. Pour exclure toute concurrence, on avait inventé des mesures d'une rigueur extraordinaire, et on n'avait pas honte de violer le domicile d'un chambrclan, d'un bousilleur , de chercher dans tous les coins les produits de son labeur, de les enlever, ainsi que ses outils, et d'abandonner toute une famille à la misère.
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Il scraif injuste de rendre les industriels seuls responsables des abus de ce système. Les princes, en zuultipJiant les péages de toute nature, droits de douane, d'accise, d'aide et de gabelle, en créant des monopoles, en établissant de nombreuses charges municipales, pesaient lourdement sur l'industrie. Des exactions fréquentes, une administration sans ordre, la corruption des fonctionnaires appauvrissaient le travailleur. Les classes moyennes dépendaient à la fin uniquement de la bonne volonté des princes et de leurs cours, dont le luxe leur procurait de l'occupation, mais dont les mœurs dissolues, en pénétrant dans les couches inférieures de la société, communiquèrent une âpreté au gain qui dut se faire sentir dans l'administration des corporations. Avec le progrès de la corruption, l'esprit de persécution et la dureté des communautés industrielles s'accrurent et se constituèrent de plus en plus en hostilité contre toute amélioration , et les classes industrielles ne furent pas seules à en souffrir.
C'est en Allemagne que le système des corporations a reçu son plus entier développement, et qu'il s'est conservé le plus longtemps, d'une part, parce que les villes acquirent, dans cette contrée , une plus grande indépendance qu'ailleurs, et ensuite, parce qu'il n'existait pas de pouvoir unitaire puissant, ni de législation commune ^
En France, où le pouvoir fut de bonne heure fort et centralisé, les communautés ne purent pas arriver à l'importance qu'elles ont atteinte en Allemagne, mais elles suivirent une marche analogue , et devinrent tout aussi exclusives. D'un autre côté, le gouvernement exploita l'institution au point de vue fiscal et se rése "fa d'accorder la maîtrise moyennant flnan ,(;s. Sous Henri III et sous Henri IV, les édit^ de 1581, 1583 et 1597, et divers règlen euts prescrivirent la durée de l'apprentissag ; , la forme et la qualité des chefs-d'œuvre, Yen formalités de la réception des maîtres, des Mections des jurés, des visites qu'ils pourraient faire chez les maîtres, et les sommes qui seraient payées par les aspirants, tant au domaine, à titre de droit royal, qu'aux jurés et aux communautés. Sons Henri 111, on e i arriva même à soutenir que le roi seul coriférait le droit au travail. Par l'apphcation de ce principe , l'organisation en corps exclusifs pénétra dans toutes les professions et jusqu'aux bouquetières. On ne fit grâce de l'organisation communautaire, ni aux oiseleurs, ni aux maîtres de danse, ni même aux égou tiers. En 1776 il y eut deux communautés de couturières et de découpeuses; les modistes étaient séparées des plumassières, et ces subdivisions furent poussées de plus en plus loin : une énumération détaillée étonnerait le lecteur.
Les droits de réception étaient excessivement élevés et l'on en comprend la raison. Lorsque la corporation des tailleurs de Lyon
1. La plupart des industries ne pouvaient être exercées que dansdes villes : tconférer à une localité des droits urbains •, c'était l'autoriser à recevoir des artisans. 51, b.
demanda qu'on l'autorisât â augmenter la taxe, elle représenta que le montant en était de 1,000 livres à Paris, de 500 dans d'autres villes et de 100 livres seulement à Lyon. Elle ajouta: « On comprend bien que cette augmeulation des droits, en rendant î'enti'ée à la maîtrise un peu plus difficile, pourra diminuer à l'avenir le nombre des maîtres, ils seront plus experts, plus aisés, etc. » On voit que l'esprit de monopole ne s€ gêne guère.
La durée de l'apprentissage s'étendait autrefois jusqu'à dix ans dans certaines industries, par exemple, dans celle des bonnetiers de Paris (règlement de 1601). L'apprentissage était de sept ans pour les tonneliers de Lyon (règlement de 1720), de cinq ans pour les tisseurs de draps d'or et d'argent, non compris les trois années de campagnonnage, au minimum. Et nous n'avons pris ces exemples qu'au hasard.
Aussi les plaintes sur les inconvénients qui résultent du système des corporations remontent-elles bien haut en France. Dès 1614,1e tiers état demanda aux états généraux la suppression des communautés. On sait que Turgot, de son côté, essaya d'en purger la France : le célèbre édit de février 177G, soumis, le 12 mars de la même année , au parlement de Paris , est m l'un des plus sérieux titres de gloire de Fil- " lustre homme d'État. Qui sait si la grande réforme industrielle que le gouvernement voulait introduire en 1776 n'eût pas prévenu la révolution de 1789! Mais Turgot succomba, Fédit fut rappelé au bout de six mois, mais non sans laisser une trace bienfaisante. Sur 110 corporations, 21 furent dissoutes et les 89 restantes réduites, par voie de réunion, au nombre de 44; on diminua aussi les droits de réception, dont une partie cependant fut revendiquée pour le Trésor. Ce n'est que treize ans après que l'Assemblée nationale décréta la liberté du travail. La loi du 2 mars 1791 conféra à chaque Français le droit d'exercer toute industrie quelconque, sous la condition de payer une patente [voy. ce mot). Une loi du 14 juin 1791 prohibe même toute association formée d'individus de la même profession , ainsi que la rédaction de listes de membres, la formation de caisses communes., la nomination d'offîcicrs et de tout ce qui pouvait ressembler aux anciennes corporations.
Dans les pays soumis temporairement à la France, la liberté industrielle fut introduite dès le commencement de ce siècle, par exemple, dans le royaume de Westphalie, en 1807; mais, dans la plupart de ces pays, les corporations furent rétablies , sous une forme quelquefois radoucie , après la cessation de Foccupation, pour être supprimées de nouveau après bien des années. Naples cependant les abolit définitivement dès 1826. Parmi les autres contrées, nous mentionnerons la Suède, qui suivit, en 18 46, l'exemple donné par la Norwégc dès 1839.
En Angleterre, les communautés industrielles i n'ont pas revêtu un caractère aussi exclusif ^ qu'en Allemagne ou en France. Le droit commun, cultivé avec tant de soin parles triliunaïuc et l'esprit général du pays, ne permit pas Fêta-
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blissement de corporations privilégiées couvrant tout le territoire comme d'un réseau inextricable. Les corps de métiers des horoughs ou villes jouissaient, il est vrai, de certains privilèges que les rois leur avaient conférés , et il s'était développé parmi eux aussi un esprit d'exclusion ; mais ils n'eurent jamais le pouvoir coercitif des institutions analogues du continent. En deliors des bourgs, l'industrie resta libre et elle sut se créer un magniflque domaine sur ce terrain neutre. On sait que la plupart des grandes villes de l'Angleterre sont les produits de cette liberté d'expansion. Dans cet état de choses, la conservation des privilèges n'eut plus aucun sens, et la loi municipale de 1835 (5 et 6 William l'V, cap. 7G) les supprima dans les villes où ils existaient encore; depuis lors il ne fut plus nécessaire de jouir du droit de cité pour pouvoir tenir boutique ouverte ou pour devenir maître (art. 14 de la loi précitée). En Allemagne, les corporations d'arts et métiers avaient jeté des racines plus profondes. On avait déjà essayé , il est vrai , dans les diètes de l'Empire de 1530, 1548, 1577, 1654, de faire cesser quelques abus, et à l'assemblée de 1672 on parla même de la suppression des communautés. L'avis impérial du 22 juin 1731 se montra également favorable à la liberté industrielle ; mais l'empereur n'avait pas le pouvoir de réaliser une réforme aussi radicale; aussi l'Allemagne resta-t-elle encore longtemps la terre classique des corporations. Le seul État allemand qui , dès le commencement de ce siècle, et au moment où il était humilié par la défaite, entreprit de profondes réformes économiques, ce fut la Prusse. La liberté industrielle fut préconisée par l'université de Kœnigsberg , et notamment par le professeur Kraus, qui avait fait connaiire ou propagé en Allemagne la doctrine d'Adam Smith. Il se forma alors un groupe de hauts fonctionnaires ou d'hommes d'Éiat, auxquels la Prusse est redevable de sa rénovaiion politique et économique. A partir de 1806 parurent une série d'èdits qui établirent la liberté du travail , la dissolubilité des corps d'arts et métiers, le rachat des droits de banalité. L'édit du 2 novembre 1810 dispose que la prise d'une patente suffit pour exercer une industrie. Ledit du 27 septembre 1811, de son côté, admet que les possesseurs d'une patente (G«re/-65c/jeùi) ne soient pas obligés de faire partie d'une corporation et leur permet, néanmoins, de recevoir des apprentis et des compagnons. Le même acte rend les communautés libres de se maintenir ou de se dissoudre, au choix des membres €t même de l'autorité municipale. Personne ne peut être forcé de rester dans l'association, s'il désire en sortir. Par suite de cette rédaction de la loi , les corporations continuèrent d'exister dans certaines villes, et elles se maintinrent aussi dans les territoires acquis par la Prusse en 1815. Le règlement industriel (GeeterAeon/nimg) du 17 janvier 1845 prescrit la conservation des communautés existantes et même la création de nouvelles, mais sans obliger les maîtres d'en faire partie. Seulement dans qua-
rante-deux catégories d'industries, personne ne peut prendre des apprentis , sans avoir fait preuve de capacité et sans être membre de la corporation.
L'année 1848 n'a pas seulement apporté à l'AUemagne des déceptions politiques; elle est aussi devenue remarquable au point de vue économique. Les idées socialistes que la révolution de Février a mises en lumière et qui ont abouti en France aux ateliers nationaux , portèrent la confusion dans les notions industrielles de la bourgoisie allemande . confusion que la tendance réglementaire de l'administration ne fit qu'accroître. Or l'organisation de l'industrie en corporation, la limitation minutieuse des professions, les soins portés à écarter la concurrence, à assurer l'entretien de chaque artisan , et à garantir le public contre la mauvaise marchandise, tout cet ensemble de mesures, disons-nous, porte évidemment un cachet de socialisme. Or, pendant que le peuple revendiquait partout en 1848 une liberté politique illimitée, la suppression de tout privilège et régalité la plus absolue des citoyens, il rendait en même temps le gouvernement responsable de la cherté, du manque de débouchés, des crises industrielles et des inconvénients inévitables- de la concurrence, en demandant pour chaque industrie une protection eCQcace et pour chaque membre des communautés l'assurance d'un revenu régulier. Les artisans allemands eurent des congrès dans lesquels ils réclamèrent le renforcement de leurs privilèges et assaillirent FAssemblée nationale de demandes en faveur d'une loi réglementaire de rinduslrie. Les principes dont ils recommandaient l'adoption étaient dignes des plus mauvaises époques du moyen âge. On comprendra combien ce mouvement rétrograde était puissant, en constatant qu'en janvier 1849, le gouvernement prussien crut devoir réunir à Berlin les délégués de l'industrie pour délibérer en commun et pour formuler leurs vœux. Le règlement du 9 février 18 i9. promulgué par suite de ces débats, restreignit sensiblement la hberté du travail qui avait fait prospérer l'industrie prussienne. On rétablit notamment pour beaucoup de professions la nécessité d'un examen préalable, et ou accorda des privilèges aux membres des corporations. Dans les autres États allemands, rorganisatiot corporative des métiers ne fut presque pa5 touchée par les tourmentes de 1848 et 1849. et le projet de règlement de l'Assemblée nationale est resté à l'état de projet.
Par suite de la réaction qui suivit cette époque agitée, le peuple allemand tourna tous ses efforts vers les iut( rets matériels. L'exposition universelle de Londres en 1851. notamment, donna un grand essor à ces aspirations. Aux débats politiques succédèrent des discussions économico-sociales, et bientôt lAUcmagne s'occujia de nouveau de l'examen des corporations, cette plaie de son organisation industrielle. Tandis que les fabriques, franches de tous liens, llorissaient, l'artisan allemand était resté en arrière de ses confrères anglais et français 5