CORPORATIONS, ETC. — CORPS. ESPRIT DE CORPS
les expositions de Londres et de Paris ont mis ce point liors de toute contestation. Il devint évident pour tout Allemand intelligent, que la petite industrie allemande, serrée dans ses entraves, emprisonnée dans un réseau de règlements, ne pouvait concourir sur le grand marché international avec des peuples jouissant de la liberté du travail. Cette opinion fit son chemin en Allemagne, et ses partisans augmentèrent rapidement. Elle ne tarda pas à recevoir son expression otTicielle. En décembre 1855, parut le projet de loi autrichien qui reconnut en principe la liberté du travail. Ce projet fit une grande sensation en Allemagne, il provoqua la discussion approfondie de la question des communautés et aboutit à leur condamnation et à leur dépopularisation. 11 a fallu, il est vrai, plus de quatre ans pour que la liberté du travail fût promulguée en Autriche ; mais le branle était donné. En septembre 1857, à l'occasion du congrès de bienfaisance de Francfort , des économistes s'entendirent pour former une association destinée à agiter le pays dans l'intérêt des réformes économiques. En 1858, le premier congrès des économistes se réunit à Gotha, et l'un des premiers buts de cette association fut l'abolition complète des corporations d'arts et métiers. Au moyen d'une propagande active par la voie de la parole et de la presse, les économistes ont exercé une grande influence sur l'çpinion pubUque, et ils gagnèrent ainsi un État allemand après l'autre. La liberté industrielle a été introduite en Autriche le l^'' mai 1860, dans le Nassau le !«'■ juin 1860, à Brème le 4 avril 1861 , Oldenbourg 23 juillet 1861, Saxe royale l^"" janvier 1862, Wurtemberg 1" mai 1862, et à diverses dates en Bade et dans les duchés de la Thuringe. Dans les autres États la question fut résolue par des lois votées par le Reichstag en 1867 et 1868, lois qui reconnaissent aux industriels, patrons et ouvriers, liberté pleine et entière de travail et le droit de s'établir, et qui ont fait disparaître les obstacles au mariage. Les corporations fondées sur la contrainte ont été remplacées par les associations volontaires dont M. Schultze-Delitzsch a été l'initiateur, associations dont le nombre s'est élevé eu 1870 à environ 3,000 avec un million de membres, et cela une vingtaine d'années seulement après l'inauguration de la première banque populaire. V. Boehmert.
CORPS. ESPRIT DE CORPS. La signification politique du mot corps est-elle bien fixée? Nous allons chercher à nous en rendre compte. Et d'abord, il est évident que ce mot ne s'apphque pas à une réunion d'hommes assemblés dans un intérêt passager, accidentel: un congrès, un meeting, un auditoire dans une église ne forment pas un corps. L'identité de profession — identité qui peut faire naître une communauté permanente d'intérêts — ne suffit pas non plus pour créer un corps. Ainsi, on ne parle plus d'un corps des tailleurs, d'un corps des tanneurs, pas même d'un corps des boulangers, bien que l'expression s'appliquerait à
la rigueur à ceux de Paris, puisqu'ils ont un syndicat.
Cependant il fat un temps où les métiers constituaient des corps; mais alors une organisation plus ou moins compliquée unissait les membres de la corporation. Il y avait des conditions d'admission à l'apprentissage, des conditions pour devenir compagnon, des conditions pour recevoir la maîtrise , en un mot, pour toutes les manifestations de la vie professionnelle. De plus, il y avait une hiérarchie, et nul étranger ne pouvait pénétrer dans la communauté autrement qu'en passant par les grades inférieurs.
Le caractère essentiel d'un corps parait donc être Vorganisatio7i. Celle-ci peut affecter des modes très-divers, mais il semble qu'on trouvera partout un classement hiérarchique des membres du corps. Qu'on pense au «corps des officiers» ou au «corps des ingénieurs».
Cependant, on ne parle pas du corps admi' nistratif, bien qu'il y ait là une organisatioa hiérarchique. Qu'est-ce qui distingue l'administration de l'armée? Dans Parmée, personne ne peut devenir commandant sans avoir été capitaine et lieutenant, mais on est nommé d'emblée à n'importe quelle fonction administrative. Ensuite, nul officier nepeut perdi-e son emploi sans avoir été entendu, s'il est accusé: un employé ou un fonctionnaire administratif dépend — en France — du bon plaisir de celui qui Pa nommé. Par conséquent, on doit penser que Padministration ne constitue réellement pas un organisme, bien qu'elle renferme une hiérarchie.
Le clergé catholique, au contraire, possède tous les caractères d'un corps, mais on lui applique rarement, de nos jours, ce terme autrefois d'un emploi habituel. On le désigne plus volontiers par une expression synonyme, la hiérarchie.
Mais si le corps possédant une organisation hiérarchique qui repousse toute introduction irrégulière d'étrangers, qui assure aux membres leurs grades et leurs positions comme une qualité personnelle, pour ainsi dire indélébile, et comme une propriété, qui confère une certaine indépendance relative et qui crée des intérêts communs permanents, si, disons-nous, les corps ayant tous ces caractères sont peu nombreux, il est plusieurs réunions d'hommes qu'on assimile plus ou moins aux corps. Tantôt c'est l'identité de la profession, tantôt c'est la communauté des intérêts, tantôt c'est quelque autre élément sur lequel on s'appuie; mais il importe de constater que le terme, daus ce cas, n'est employé que par analogie.
Examinons maintenant ce que peut être Vcsprit de corps.
On a souvent fait la remarque que Poccupation habituelle d'un homme imprime un cachet particulier à tout son être. Cela s'applique à Pextérieur aussi bien qu'aux sentiments, qu'aux opinions et quelquefoisjusqu'au mode de raisonnement. On ne s'étonnera donc pas qu'on i dise d'un homme qu'il a Pesprif de sa profes- 1 sion, de sou corps. Or, l'essence du corps étant