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CORPS. ESPRIT DE CORPS. — CORPS FRANCS

de se sentir une individualité distincte dans la société, le fond du sentiment que nous cherchons à caractériser est donc l'exclusivisme.

Si, dans notre analyse, nous sommes réellement parvenu à dégager l'élément essentiel, à indiquer la vraie nature de l'esprit de corps, nous avons par là même expliqué la cause principale de la délaveur que ce sentiment provoque. Personne n'aime se voir l'objet d'une exclusion et l'on devient facilement hostile à ceux avec lesquels on ne pourra jamais avoir une étroite communauté d'intérêts. A cette première cause de défaveur, il faut en ajouter une seconde, plus puissante encore etplusji:sliiiée. En analysant l'exclusivisme, on trouve qu'il renferme une certaine dose d'égoïsme et une dose plus forte encore d'orgueil. Tout homme possède à un haut degré l'amour de soi, tout homme aussi est porté à s'exagérer l'importance de sa profession; seulement, la modestie, le décorum, en un mot, les usages du monde ne permettent pas qu'on affiche des sentiments trop personnels. On se dédommage donc, quand on le peut, en exaltant l'être collectif, la compagnie, le corps auquel on appartient. En remplaçant le je suis par nous sommes, on se croit permis d'employer les adjectifs les plus hyperboliques. Mais qu'on ne s'y trompe pas, le .\ous renferme autant de vanité individuelle ou d'orgueil que le je.

Généralement, l'exagération de l'importance de sa profession a pour effet de rétrécir l'esprit de la personne qui se laisse aller à ce penchant. Quand on s'entoure d'un mur chinois, on commence par Jie plus voir ce qui est au delà, et on flnit par le nier. On comprend qu'en s'aveuglant ainsi volontairement, on doit, en outre, se heurter fréquemment contre les sentiments de ses concitoyens et les blesser.

Nous avons vu, jusqu'à présent, le côté défavorable de l'esprit de corps, l'exclusivisme l'orgueil, l'égoïsmc, le rétrécissement des sentiments et de l'intelligence; recherchons maintenant les qualités de ces défauts.

Signalons-en deux dont on ne contestera pas la valeur. L'une, c'est qu'on s'applique le mot célèbre de Noblesse oblige. Pas tous les membres d'un corps, mais ceux qui ont de lesprit de corps, croient devoir éviter tout ce qui peut nuire à la considération de la compagnie. C'est un stimulant de plus ajouté à ceux qui nous poussent, sinon vers le bien, du moins loin du mal. La seconde qualité à faire ressortir, c'est le soutien que les membres s'accordent mutuellement: ce soutien n'empêche pas les querelles intestines, ni les jalousies, ni peut-être môme les haines violentes; mais somme toute, on trouve aide et protection parmi les confrères ou les collègues.

Demandera-t-on si l'on doit restreindre ou multiplier les corps? Nous répondons sans hésiter qu'on doit généralement les restreindre. Certains corps, sans doute, sont indispensables, et quelquefois l'esprit de corps fournira un stimulant, un mobile que l'honmie d'État ne négligera pas; mais on ne devra pas plus abuser de ce stimulant que de tout autre. L'organisation en corps est quelquefois un moyen

pratique, qui permet d'obtenir plus facilement un résultat; mais il est peu favorable au progrès: il sacrifie souvent l'avenir au présent.

Ce qui précède s'applique surtout aux corps professionnels, nous demanderons maintenant: Existe-t-il encore des corps politiques? Ki la noblesse, ni le clergé ne forment plus des corps politiques, et quant au tiers, il est devenu loiiû, il est le corps social. Ni le corps des officiers, ni le corps des ingénieurs, ni le corps des avocats ne sont des corps poliligucs. Sous le régime du suffrage universel, il ne saurait être question de corps électoral, expression qui nous avait déjà paru impropre à l'époque où le cens figurait dans nos lois.

Le Sénat, le Corps législatif, les Chambres ont quelquefois été appelés des corps politiques; mais d'après notre déflnition le mot a«iCHi^/ee paraîtrait plus correct. Le conseil d'État, qui a une organisation hiérarchique, semblerait mieux entrer dans la délinitiou, mais il es' trop peu nombreux. Le corps municipal (comprenant le maire, les adjoints et les conseillers'' est une locution usuelle dans laquelle le mot corps ne doit pas être pris dans son acception rigoureuse.

Consacrons quelques mots à ce diminutif de corps qu'on appelle coterie. Le mot vient de cote-part ou quote-part et fut jadis synonyme d'association. Il ne signifie plus guère qu'une société sans lien extérieur, en nombre restreint, formée quelquefois par une communauté de profession ou diniérèts, mais plus souvent par une communauté d'idées. En politique, la coterie est au parti ce que la secte est à la religion. Une nuance d'opinion forme une coterie, si ses partisans sont passionnés. On aurait tort de donner à ce mot un sens défavorable absolu. Ce qui lui a valu la défaveur générale, c'est son exclusivisme et l'abus, ou même seulement l'usage légitime, que font quelquefois les coteries de l'influence de quelques-uns de ses membres au profit de leurs adhérents. Un grain de dédain se mêle encore à l'acception vulgaire du mot coterie, dédain fondé sur le petit nombre relatif des personnes qui constituent le groupe, surtout vis-à-vis d'un grand parti. Mais combien de fois les masses aveugles qui composent le gros d'un parti, ne sont-elles pas dirigées par la coterie des hommes intelligents qui s'en sont constitués les chefs!

En afl'aiblissant encore les liens, on descend de la coterie à la camaraderie. Ici, il n'y a pas nécessairement des intérêts ou des opinions en commun, mais seulement des habitudes. Bien des choix administratifs plutôt que politiques ont la camaraderie pour mobile, mais cf> lien est trop faible pour avoir une grande influence. Il peut causer quelques injustices de détail, mais pas de grand mal. 11 est donc inutile de s'y arrêter. M.vurige Block.

Comparez : Favoritisme, Népotisme, Sinécure.

CORPS FRANCS. Corps armés , généralement peu nombreux (un ou plusieurs bataillons, quelquefois une ou deux compagnies seulement), organisés militairement, reconnus par

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