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DU PEUPLE EST LA SUPRÊME LOI

La conséquence de ce qui précède, et que nous empruntons au livre XXVI, chap. xxin, de VEspiitdes lois, serait que si un homme énergique ou plusieurs citoyens résolus se livrent à des actes d'où résultera le bien-être de la nation, soit par un coup d'État, soit par la persuasion, cet homme et ces citoyens auraient bien mérité de la patrie.

Mais on sait que les coups d'État n'ont pas toujours eu les résultats que l'on en attendait, et dans la jjliase révolutionnaire que nos pères ont traversée de 1790 à 1800, les coups d'État succédaient aux coups d'État avec une telle rapidité que l'on ne savait plus le matin si la loi d'hier était encore debout. Les factions arrivées au pouvoir par un coup d'Élat étaient renversées par un coup d'Élat, et lous les prétendus principes de la veille étaient écartés par les principes du lendemain.

Machiavel eût appelé ces redoutables désordres des conjurations , il a écrit des pages nombreuses sur les complots, si souvent déjoués par des coups d'Élat , toujours maudits par les uns et bénis par les autres. 11 passe eu revue les coups d'Élat de l'ancienne Rome, et ceux de la république llorenline dont il a écrit l'histoire; il rappelle aussi ceux de la Grèce et donne

selon son habitude la théorie des conjurations. Il pose en principe . qnun prince n'est jamais en silreté sur un trône tant que ceux qui en ont été dépossédés vivent encore^. Que tout potentat , ajoute-t-il , se mette bien dans l'esprit quejauiais les vieux ressentiments ne s'cITaccnt par des faveurs, qui sont d'autant plus inutiles que le mal qu'on aura soulTert sera plus grand que les bienfaits qu'on aura reçus. Mais il ne conseille pas les coups d'État, ainsi que nous allons le voir: « Que les princes, dit-il, se mettent une bonne fois dans l'esprit qu'ils sont en grand risque de perdre leur couronne, dès le moment qu'ils violent les lois et les coutumes sous lesquelles un peuple a vécu longtemps. Mais lorsque ces malheureux princes ont perdu leur État, s'ils devenaient assez judicieux pour voir avec quelle facilité les princes modérés et sages se mainliennentsurle trône, ils auraient encore un plus cruel chagrin de leur perte et ils se croiraient eux-mêmes dignes de peines encore plus rigoureuses que toutes celles qu'on leur fait souffrir, car il est bien plus aisé de se faire aimer des honnêtes gens que des scélérats, et de se soumettre aux lois que de les violer. Ainsi un prince qui voudra régner en honnête homme , n'aura qu'à prendre pour son modèle la vie d'un de ceux qui se sont rendus illustres par leur bonté , comme Timoléon de Corinlhe, et Aratus de Sicyone, et tant d'autres dont le règne a été si assuré et si rempli de satisfaclion réciproque, tant pour le souverain que pour les sujets, que cela seul devrait faire naître dans un prince la passion de suivre de si beaux exemples , puisque d'ailleurs il n'y a rien de si facile, car dès que les peuples sont bien gouvernés, ils ne demandent point d'autre liberté; comme cela s'est vu par l'exemple de ces deux princes, que nous venons de nommer; qui furent contraints de régner toute leur vie, quoique leur penchant les portât à vivre en particulier et dans la retraite. »

II nous a paru intéressant en pareille matière de citer l'opinion de Machiavel , qui pour plus d'une personne, sans doute, paraîtra étrange, vu l'opinion que l'on s'est faite de cet écrivain. En cette matière, d'ailleurs, il ne se contente pas de sa propre opinion, il la corrobore de celle de Tacite, auquel il emprunte cette maxime : « Les hommes doivent avoir de la vénération pour les temps passés, et s'acconmioder aux temps pn sents. Ils doivent souhaiter de bous princes et supporter les autres. Car il est constant que tous ceux qui en usent autrement, attirent souvent une ruine totale, et sur eux, et sur leur patrie. »

Ce serait méconnaître Machiavel que de supposer qu'il enseigne uniquement à régner par la ruse, la force et la violence, alors qu'il affirme dans plusieurs passages de son livre du Prince, qiVil vaut mieux gouverner par la vertu que par la scélératesse, et qu'une domination acquise par des moyens légaux a moins de chance qu'une autre d'être renversée par un coup demain.

1. Xo7i vive giciiro im principe in vno principatO) ■mentre vivono coloro ehe ne sono siati apogliati.

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A peu près à la même époque il y aA-ait en France aussi toute une école, à la tête de laquelle se trouvait G. Naudé, qui considérait les princes comme pouvant, dans un moment donné, se mettre au-dessus des lois , et briser les résistances par des coups d'État. Charron , dans son traité de la Sarjesse, partage cette opinion, il s'exprime en cHet ainsi: «11 faut savoir que la justice, vertu et probité du souverain, chemine un peu autrement que celle des particuliers; elle à ses allures plus larges et plus libres, à cause delà grande, pesante et dangereuse charge qu'il porte; c'est pourquoi il lui convient marcher d'un pas qui peut sembler aux autres détraqué et déréglé. » Mais, ajoute G. Naudé, en citant ce passage de Charron , ce pas lui est nécessaire, loyal et légitime. Les souverains ne sont pas si étroitement obligés aux lois que les particuliers, continue-t-il, si le pas qui semble détraqué en eux est nécessaire, c'est quand ils veulent empêcher qu'on ne les trompe, et qu'ils préviennent ceux qui les veulent surprendre ! Ainsi, Jean II, roi de Portugal, sachant les desseins que Ferdinand, son cousin germain, et le duc de Bragance, son beau-frère, avaient formés contre lui, les prévint, il tua Fun de ses propres mains, et mit Fautre entre celles du bourreau. Leroi Louis XIII, voyant que les Espagnols semaient la discorde pai'mi les Français et aidaient les rebelles de leurs conseils et de leur bourse, pour rester en repos, leur rendit la pareille; ce prince donna aux Catalans et aux Portugais le moyen de se défendre contre leurs maîtres.

Pour justifier les coups d'État, les auteurs de l'école qui nous occupe, traitent de la raison d'ÈlatXvoij. ce mot) qui y conduit, et des moyens que doivent employer les princes pour être toujours prêts à agir dans le sens du pouvoir qu'ils ont entre les mains. Les agents, nonces, ambassadeurs, légats, sont envoyés pour épier les actions des princes étrangers, et pour dissimuler , couvrir et déguiser celles de leurs maîtres. Qui ne sait dissimuler, disaient Tibère et Louis XI, ne sau;'a jamais régner.

II est pareillement besoin, c'est G. Naudé qui parle, de faire et dresser des pratiques et intelligences secrètes , attirer finement les cœurs et affections des officiers, serviteurs et confidents des autres princes et seigneurs étrangers, ou ses propres sujets, ce que Cicéron appelle au premier livre De Officiis : Co?iciliarc siOi animas homitium et ad ksus suos adjungere (s'acquérir le cœur des hommes et les employer à son usage). Ceci est de la prudence ordinaire et ne peut s'appeler secrets d'État, coups d'État et arcana imperioriim.

Il faut réserver ces qualifications aux grandes ruses qui sont comprises dans une sorte de prudence extraordinaire, qui donne Fimpulsion aux allaires difficiles, quelquefois fâcheuses, et qui sont réellement de nature à être classées dans les arcana imperiorum.

Clapinarius dit que les secrets d'État ne sont rien autre chose que les divers moyens, raisons et conseils desquels les princes se servent pour maintenir leur autorité et Fétat du

public, sa7is toutefois transgresser le droit commun ou donner aucun soupçon de fraude ou d'injustice. Il les divise en secrets d'empire, qu'il subdivise même en six autres sections, et en secrets de domination, lesquels ceux qui commandent sont obligés de pratiquer pour se conserver en leur autorité.

G. Naudé résume ainsi ses vues: «La principale force du prince est dans Famour et union de ses sujets » ; mais il ajoute : « La seconde est la raison d'État, excessîonjuri s coin mj/nispropter bonum commune.» Ici la raison d'État ouvre bien large la porte à l'arbitraire, il faut préciser ce qu'est la raison d'État et si chaque prince ne peut pas la comprendre selon sa volonté et même selon son caprice. Abandonner Finférêt des peuples, sans contrôle, à la volonté des princes, qui ne se laisseront guider que par la raison d'État , c'est évidemment le compromettre; car les princes, par une tendance naturelle de l'âme humaine, peuvent trouver une i-aison d'État là où il n'y a que leur fantaisie particulière, et la satisfaction d'une ambition personnelle.

Les puissantes nations qui s'emparent du bien des plus faibles, le font par raison d'État, c'est le manteau spécieux dont elles couvrent leur injustice. C'est par raison d'État que les Espagnols exterminèrent odieusement les Indiens qui défendaient leur pays; c'est encore par raison d'État que les mêmes Espagnols s'emparèrent de la Navarre et de plusieurs terres qu'ils possèdent actuellement; c'est par raison d'État que Charles VIII se saisit d'Anne de Bretagne qui avait épousé , par procuration, Maximilien I^"", roi des Romains.

Si les Anglais envoyèrent deux ou trois flottes à La Rochelle du temps de Richelieu, ce fut plus par raison d'État que par zèle religieux, puisqu'ils vinrent en aide aux catholiques belges contre FEspagne ; c'est encore par raison d'État que les Danois prirent les armes pour empêcher les Suédois de conquérir la Pologne. C'est par raison d'État que tant de puissants personnages sont tombés sous le fer du bourreau; et c'est la raison d'État qui a dû justifier tous les actes que la justice et l'humanité réprouvent. {Voij. Raison d'État, Salut public.)

C'est comme conséquence de la raison d'État que les princes ou les dépositaires du pouvoir méditent les coups d'État, et s'il était bien avéré , par la raison absolue , que la raison d'État commandait de transgresser la loi, dans un cas donné , le coup d'État qui en serait la conséquence devrait être absous aux yeux de Fhistoire et de la philosophie. Mais cette sanction donnée par la raison absolue , qui la proclamera? Hélas! cette sanction manque à d'innombrables actes politiques qualifiés de coups d'État.

Exposons maintenant d'après Naudé et Charron la théorie des coups d'Etat. Il nous semble superflu de prévenir le lecteur que nous sommes ici simple historien.

«La première règle des coups d'Etat, dit Charron, c'est, pour s'en servir avec justice, lion-

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neur et utilité, comme défensive et non comme offensive, à se conserver et non à s'agrandir, à se préserver des tromperies, méchancetés et entreprises ou surprises dommageal)ies et non à eu iaire. Les lois nous pardonnent les délits que la i'orce nous oblige de commettre: Communis utilitus derelictio conlra naturam est, dit Cicéroii.» IN'audé ajoute, après Charron: «Les occasions qui nécessitent les coups dEtat, sont d'abord lors de l'érection des monarchies, empires et principautés, où l'on fait intervenir les religions et les supercheries.»

La seconde régie veut qu'il y ait nécessité évidente , importante utilité publique de l'État ou du prince, à laquelle il faut recourir, il faut une obligation indispensable, car il est du devoir des dépositaires de la puissance de faire le bien de tous : Semper officiofungilur, dit encore Gicéron, ulilitati hominum consule)is et societali.

C'est encore là le salus populi suprema lex esto. Il faut aussi que ce soit pour la conservation ou le rétablissement des Etats qui par quelque malheur ou par la seule longueur du temps penchent vers leur ruine.

La troisième régie de Charron est de ne se décider qu'après un mûr examen sans jamais perdre de vue ce précepte de Glaudien :

Nulla unqttam de morte hominis cunctatio Tonga est.

Naudé veut en troisième lieu que les coups d'État soient légitimés lorsqu'il s'agit de briser les privilèges d'une classe de la nation qui en jouit au préjudice de tous , et qui diminuent l'autorité du prince.

Posant la quatrième règle, Charron recommande que l'on choisisse toujours les moyens les plus doux, car, dit-il, c'est une chose triste que la trop grande rigueur. En quatrième lieu Naudé veut le coup d'État lorsqu'il s'agit de ruiner quelque puissance trop grande qui s'élève dans l'Etat et que l'on ne peut abattre par les A-oies ordinaires.

La cinquième et dernière règle de Charron veut que les princes ne pratiquent les coups d'État que réduits par la nécessité et avec regret. Naudé, dans sa cinquième règle, ajoute que le dépositaire du pouvoir saisit l'occasion qui peut se présenter de borner ou de ruiner la trop grande puissance de celui qui voudrait en abuser au préjudice de l'Etat, ou qui, par le grand nombre de ses partisans et la cabale de ses correspondances, s'est rendu redoutable au souverain. Naudé termine en disant ceci: «Voire même le dépêcher secrètement s'il le faut, pourvu qu'il soit coupable.»

Voilà donc ce que les siècles antérieurs nous ont légué sur les coups d'État. Nous ne ferons pas au lecteur l'injure de réfuter les passages qui précèdent. D'ailleurs, ne vivons-nous jias dans une tout autre atmosphère politique que nos aïeux? Est-ce que le dogme de la souveraineté nationale avait ses croyants par millions lorsque des hommes classés parmi les plus estimables, l'élite de leur époque, ne reculaient pas devant des moyens qui nous inspireraient aujourd'hui une horreur insurmontable !

Écoutons maintenant un auteur moderne.

Benjamin Constant , qui, dans un chapitre intitulé : De l'EJfet des mesures illcgules et despotiques, dans les gouvernements réguliers euxmêmes', dit entre autres choses:

"Quand un gouvernement régulier se permet l'emploi de l'arbitraire, il sacriiie le but de son existence aux mesures qu'd prend pour la conserver. Pourquoi veut-on que l'autorité réprime ceux qui attaqueraient nos propriétés, notre liberté ou notre vie ? Pour que ces jouissances nous soient assur^^es. Mais si notre fortune peut être détruite, notre liberté menacée, notre vie troublée par l'arbitraire , quel bien retirerons-nous de la protection de l'autorilé? Pourquoi veut-on qu'elle punisse ceux qui conspireraient contre la Constitution de l'État? Parce que l'on craiut que ces conspirateurs ne substituent une puissance oppressive à une organisation légale et modérée. Mais si l'autorité exerce elle-même cette puissance oppressive, quel avantage conserve-t-elle?...»

Et plus loin :

"Sans doute, il y a pour les sociétés politiques des moments de danger que toute prudence humaine a peine à conjurer. Mais ce n'est point par la violence, par la suppression de la justice; ce n'est point ainsi que ces dangers s'évitent. C'est, au contraire, en adhérant, plus scrupuleusement que jamais, aux lois établies, aux formes tutélaires, aux garanties préservatrices . . . Tout gouvernement modéré, tout gouvernement qui s'appuie sur la régularité et sur la justice, se perd par toute interruption de la justice, par toute déviation de la régularité. Comme il est dans sa nature de s'adoucir, tôt ou tard, ses ennemis attendent cette époque pour se prévaloir des souvenirs armés contre lui. La violence a paru le sauver un instant; mais il a rendu sa chute plus inévitable; car en le délivrant de quelques adversaires , elle a généralisé la haine que ses adversaires lui portaient.))

Antérieurement le même auteur avait déjà dit (t. II, p. 244):

«Tout confirme cette maxime de Montesquieu, qu'à mesure que le pouvoir devient immense, la sûreté du monarque diminue.

«Non, disent les amis du despotisme: quand les gouvernements s'écroulent , c'est la faute de leur faiblesse. Qu'ils surveillent, qu'ils sévissent, qu'ils enchaînent, qu'ils frappent, sans se laisser entraver par de vaines formes.

«A l'appui de cette doctrine , on cite deux ou trois exemples de mesures violentes et illégales qui ont paru sauver les gouvernements qui les employaient. Mais pour faire valoir ces exemples, on se renferme adroitement dans le cercle d'un petit nombre d'années. Si l'on regardait plus loin, l'on verrait que, par ces mesures, ces gouvernements, loin de s'aH'crmir. se sont perdus.))

M. de Lamartine s'exprime ainsi: « Ceci

était nécessaire pour expliquer à M. Thieri

]. Cours de politique constitutionnelle , é'\\t& par M. E. Laboulaye, Paris, Guillaumiu, t. II, p.2i6, ff.

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que, si Napoléon, dont il absout l'ambition au 18 brumaire, devait se perdre et nous perdre lui-même plus tard, c'était non par faute de génie , mais par faute d'un droit. Un droit , c'est une inviolabilité ; mais un droit, c'est une limite. 11 limite une fortune, mais aussi i*l limite la folie. Kous faisons donc un grand reproche moral et politique à M. Tliiers d'avoir jeté , au début de son histoire, un voile d'amnistie et une pluie de lauriers sur la journée du 18 brumaire. Cette faute historique le poursuivra partout dans le cours de son récit. On a beau ensevelir la conscience dans un drapeau de victoire, elle n'est pas tuée, et elle se réveille toujours à toutes les crises de l'existence du soldat qui lui a porté un coup d'épée.» (De Lamartine, Cows familier de litlérature, t. VIII, p. 117.)

Nous allons citer maintenant quelques-uns des coups d'État les plus saillants de l'histoire.

C'est par un coup d'État que Servius TuUius succéda à son beau-père, Tarquin l'Ancien ; la femme de Tarquin dissimula sa mort pendant quelques jours qui suffirent à Servius pour proscrire les fils d'Ancus qui avaient fait assassiner Tarquin, confisquer leurs biens et flétrir leur mémoire. Le sénat résista, mais Servius Tullius méprisa ses murmures, s'assura de l'assentiment des plébéiens et se lit nommer roi par le peuple, dans l'assemblée des curies.

Celait un coup d'État aussi que l'assassinat des Gracques.

La mort de César fut un coup d'État qui retarda peu la chute de la république et lavéuemeut de la monarchie. César aspirait à la royauté, il voulait arriver à la suprême puissance; il se proposait de réaliser de grandes amélioralions intérieures; mais Une se rendait pas compte que ces bienfaits perdaient de leur prix aux yeux des Romains s'ils étaient accordés par le despotisme.

Le secret est la condition de succès des coups d'État, anteferit quam flamma micet. Le projet de la Saint-Barthélémy ne fut communiqué par la reine Calherine de Médicis qu'à son flls Charles IX, à Henri, duc d'Anjou , son frère, et à Henri, duc de Guise, son faA'^ori. Le dessein de tuer Charles, roi de Naples, qui s'était fait nommer roi de Hongrie par les grands du pays, ne fut révélé qu'à Biaise Forbach, qui lit le coup, et aux reines Elisabeth et Marie qui en attendaient le profit. Jeanne de Naples, voulant faire étrangler André de Hongrie, son mari, n'en parla qu'à Philippe, à la Calauoise, qui avait été sa nourrice, et à Louis, prince de Jarente, son amant.

11 est un coup d'État, cependant, qui fut ébruité, connu à l'avance et qui réussit néanmoins, c'est celui des étals de Blois, où le roi Henri 111 se défit du duc de Guise qui l'avait audacieuscment bravé. Les Parisiens aimaient Henri de Guise comme Hs n'ont jamais aimé aucun prince; et comme Henri lil n'avait ni postérité, ni espoir d'en avoir, l'on pensait naturellement au duc pour le remplacer. Le duc acquit la réputation de zélé cathohque, de grand homme de guerre, de véritable ami du i)euple dont il flaltait (eus les penchants; il déversait, par tous les moyens possibles, le mépris sur le

roi, et les Parisiens accueillaient avec enthousiasme toutes les tentatives du duc, si bien que le duc, étant venu à Paris, alors que le roi menaçait de châtier les Parisiens, ceux-ci firent résistance au roi et élevèrent des barricades jusqu'aux portes du Lou\Te, d'où Pou chassa le roi. Henri 111 se relira à Chartres où le duc l'alla voir, et le roi qui. selon l'opinion du pape Sixte- Quint, le devait faire assassiner, le laissa sortir sain et sauf. Peu après le duc demanda la tenue des états du royaume à Blois , où se fiant à la parole que le roi lui avait donnée de ne lui point faire de mal, et beaucoup plus à Pattention que les députés avaient pour lui, il redoubla d'insolence, parla de faire raser le roi, son maitre, pour le faire enfermer dans un monastère. Le roi n'ignorait rien ni des insolences du duc, ni de ses projets audacieux, il résolut de se défaire du duc et le fit assassiner dans son cabinet, le 23 décembre 1588. Le roi avait voulu charger Crillon d'exécuter ses ordres de mort; Crillon répondit qu'il était trop homme d'honneur pour tuer le duc en traître; mais que, s'il plaisait à Sa Majesté de l'ordonner, il se battrait avec lui et mourrait en combattant ou le ferait mourir. Cette voie sembla trop longue au roi et trop incertaine, il ordonna à quelques-uns de ses gardes de frapper le duc quand il entrerait dans son cabinet. En vain Henri de Guise fut-il averti par un billet placé sous sa serviette, en vain fut-il prévenu des projets du roi contre sa personne, par ses amis, il ne tint aucun compte de- tous ces avertissements et alla au-devant de la mort.

Ce ne sont pas les avis non plus qui manquèrent aux victimes de la Saint-Barthélémy; bien que la reine n'eût mis que trois personnes A dans sa confidence , il régnait une inquiétude ■ vague qui annonçait des événements prochains, (l'oy. Saiut-Barthélemy.)

Il faut arriver à la Révolution de 1789 pour trouver une série de coups d'État que chaque parti qui s'emparait du pouvoir essayait contre le parti menaçant à qui Pavenir semblait appartenir.... au moins pour quelques jours. C'est la Montagne qui fait périr les Girondins , ce sont les Thermidoriens qui proscrivent à leur tour la Montagne; après que Robespierre a sacrifié Hébert et Danton , après que la science, le talent, la réputation, la vertu sont pour lui des titres de proscription, il lombe lui-même frappé par le coup d'État du 9 thermidor. La France respira, et les restes de la Monlagne furent dispersés le 13 vendémiaire an HI. Mais le Directoire n'avait ni la main assez ferme, ni le sens moral assez élevé pour rendre le calme à une nalion fatiguée par les dissensions civiles les plus profondes , et par les excès les plus horribles.

Le Directoire sentant que le conseil des Cinq- Cents allait le dominer et l'absorber, il se décida au coup d'Etat du 18 fructidor, où il proscrivit 2 de ses membres et 53 membres des deux conseils : pour cela il lit approcher des troupes de Paris, sous le commandement d'Augereau; il lit investir la nuit le palais des séances , on arrêta les députés prévenus de

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conspiration, la portion restée fidèle se réunit dans un autre lieu , et , se formant en conseil , approuva les mesures prises par le Directoire. Une liste de proscription fut dressée; on déporta les députés, les journalistes, les chefs du parti Cliclnen , et la Révolution ou plutôt le Directoire fut sauvé cette fois, nous savons pour combien de temps; car les partis ne se soumettent qu'à un pouvoir qui sait se faire craindre , et le Directoire n'avait ni l'autorité , ni le prestige, ni la force, indispensables dans sa situation. .

Le coup d'Etat du 18 fructidor n'empêcha donc pas les partis de conspirer et le Directoire d'être méprisé par tous. Alors trois directeurs sur cinq se concertèrent avec le général Bonaparte, ils sentaient leur pouvoir menacé et ils invoquèrent l'appui du jeune vainqueur; ils comprenaient que le pouvoir exécutif allait périr entre leurs mains , ils voulurent le ranimer en le transformant. Sieyés voulait aussi appUquer sa fameuse constitution pyramidale avec son grand électeur; et le jeune général Bonaparte, arrivé inopinément d'Egypte, depuis quelque temps déjà , fut le bras sur lequel on compta pour accomplir un autre 18 fructidor. Mais ce rôle restreint ne pouvait convenir au jeune héros : bras, oui, mais tête aussi; les directeurs n'y avaient pas pensé. Ils se concertèrent donc avec Bonaparte. Forts des conspirations permanentes des royalistes et des Jacobins et des empiétements journaliers des conseils , ils convinrent de convoquer les conseils à Saint-Cloud pour les isoler du mouvement et de l'appui immédiat des faubourgs.

Parmi les cinq directeurs , Gohicr et Moulin, issus du parti démocratique, le favorisaient et restaient isolés; Barras, engagé avec les Bourbons, voulait un mouvement; Sieyès et Roger- Ducos déclamaient contre les Jacobins, et désiraient une nouvelle conslilution; les Cinq- Cents, de leur côté, en présence de l'étranger, toujours menaçant, toujours en armes, ne voulaient pas que l'on aflaibht l'énergie du patriotisme. Dans ce conflit inextricable , il fallait que l'un des deux pouvoirs succombât.

Cette translation des conseils à Saint-Cloud n'était point précisément contraire à la Constitution, la nécessité de cette mesure avait été éventuellement posée dans le texte môme de cette Constitution de l'an III, mais elle devait être votée par les Cinq-Cents; l'on convoqua ceux des membres qui y étaient favorables et la translation fut décrétée. Talleyrand, Fouché, ministre de la police, le président et beaucoup de membres du conseil des Anciens entrèrent dans la conspiration.

Sieyès est l'àme du mouvement, il s'agit pour lui de faire succéder un gouvernement stable et ferme au faible pouvoir du Directoire, Barras et Roger-Ducos laissant faire. Lucien Bonaparte, qui préside les Cinq-Cents, appuiera son frère dans cette enceinte, où l'énergie des anciennes assemblées semble avoir survécu. Tout étant ainsi préparé, les généraux Augereau, Gardaune, Murât, Leclerc, prévenus, les deux directeurs récalcitrants, gardés à vue

au Luxembourg, Bonaparte se présente au conseil des Anciens au moment où quelques membres, absents la veille, demandaient des expUcations sur la translation et s'étonnaieait du mouvement inaccoutumé qui se manifestait: tout à coup la nouvelle de la démission de Sieyès, de Barras et de Roger-Ducos circule dans la salle, au moment où le général parait, avec son état-major, sur le seuil de la salle des séances; il prend la parole et s'exprime ainsi: «Représentants, vous n'êtes point dans des circonstances ordinaires; vous êtes sur un volcan. Permettez-moi de vous parler avec la franchise d'un soldat, avec celle d'un citoyen zélé pour le bien de son pays , et suspendez, je vous prie, votre jugement jusqu'à ce que vous m'ayez entendu jusqu'à la fin. J'étais tranquille à Paris, lorsque je reçus le décret du conseil des Anciens qui me parla de ses dangers, de ceux de la Répubhque. A Finstant j'appelai , je retrouvai mes frères d'armes, et nous vînmes vous donner notre appui; nous vînmes vous offrir les bras de la nation , parce que vous en étiez la tête; nos intentions furent pures, désintéressées, et, pour prix du dévouement que nous avons montré hier, aujourd'hui déjà, l'on nous abreuve de calomnies! On parle d'un nouveau César, d'un nouveau Cromwell; on répand que je veux établir un gouvernement miUtaire.... Je vous le jure. Représentants du peuple , la patrie n'a pas de plus zélé défenseur que moi. Je me dévoue tout entier pour faire exécuter vos ordres. Mais c'est sur vous seuls que repose son salut: Il n'y a plus de Directoire. Quatre des cinq membres qui le composaient ont donné leur démission, le cinquième a été mis en surveillance pour sa sûreté; Représentants du peuple, consultez votre sagesse et Fimmiuence des dangers; prévenez les déchirements; évitons de perdre ces deux choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices : la liberté , légalité. »

« Un membre interrompt le général Bonaparte et s'écrie: «Et la Constitution!» — «La Constitution, reprend le général, vous sied-il de l'invoquer? Vous Favez violée au 18 fructidor, vous Favez violée au 22 floréal , vous l'avez violée au 30 prairial. La Constitution, elle est invoquée par toutes les factions, tour à tour, et méprisée par elles; elle ne peut être pour nous un moyen de salut, elle n'obtient plus le respect de persoune...., et aujourd'hui encore c'est en sou nom que Fon conspire. Je connais tous les dangers qui vous menacent.

«Représentants du peuple, ne voyez pas en moi un misérable intrigant qui se couvre d'un masque hypocrite; j'ai fait mes preuA'cs de dévouement à la République. Je vous déclare qu'aussitôt que les dangers qui m'ont fait coufier des pouvoirs extraordinaires, seront passés, j'abdiquerai ces pouvoirs. Je ne veux être, à Fégard de la magistrature que vous aurez nommée, que le bras qui la soutiendra et fera exécuter ses ordres.

«Je le répète eucore, qu'on ne croie pas que je tiens ce langage pour m'emparer du

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pouvoir. Le pouvoir, on me l'a offert depuis mon retour à Paris '. Les différentes factions sont venues sonner à ma porte , je ne les ai point écoutées, je ne suis d'aucune coterie, je ne suis que du grand parti du peuple français. Je ne vous le cachepoint. Représentants du peuple, en prenant le commandement, je n'ai compté que sur le conseil des Anciens. Je n'ai point compté sur le conseil des Cinq-Cents, où se trouvent des hommes qui voudraient nous rendre la Convention, les comités révolutionnaires et les écliafauds; sur le conseil des Cinq-Cents où les chefs de ce parti viennent de prendre séance en ce moment; sur le conseil des Cinq-Cents d'où viennent de partir des émissaires chargés d'aller organiser un mouvement dans Paris.

« Que ces projets criminels ne vous effrayent point, Représentants du peuple; environné de mes frères d'armes, je saurai vous en préserver. J'en atteste votre courage, vous, mes braves camarades! vous, aux yeux de qui l'on voudrait me peindre comme un ennemi de la liberté! vous grenadiers, vous braves soldats dont j'aperçois les baïonnettes, que j'ai fait si souvent tourner à la honte de l'ennemi, à l'humiliation des rois, que j'ai employées à fonder des républiques! Et si quelque orateur, payé par l'étranger, parlait de me mettre hors la loi, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre lui-même. S'il parlait de me mettre hors la loi, j'en appellerais à vous, braves soldats, que j'ai tant de fois menés à la victoire! à vous, braves défenseui'S de la République , avec lesquels j'ai partagé tant de périls pour affermir la lUjerté et l'égalité; je m'en remettrais, braves amis, au courage de vous tous et à ma fortune. »

Le général sentait que la difficulté de la journée était devant le conseil des Cinq-Cents, où se trouvaient les chefs du parti démocratique; aussi ce ne fut pas sans émotion qu'en sortant du conseil des Anciens, il se présenta devant le conseil des Cinq-Cents; celle assemblée avait le sentiment du péril qu'elle courait, elle venait de renouveler avec une sorte de frénésie le serment à la Conslitution. Tout à coup elle vit paraître, au seuil de la salle où elle siégeait, la ligure pâle du général Bonaparte, et derrière le général et son état-major, elle vit briller des baïonnettes. Le député Bigounet se jeta au-devant du général, en lui criant: « Que faites-vous, téméraire? vous vio-' lez le sanctuaire des lois! retirez-vous!» Plusieurs autres représentants crièrent: A bas le dictateur, hors lu loi , mourons à noire poste, vive la République! Le général pâlit et son état-major l'entraîna hors de l'enceinte. On demanda la mise hors la loi du téméraire; le tumulte était à sou comble. Le président Lucien refusa de la mettre aux -voix, il dit qu'il se démettait, et descendit du fauteuil présidentiel; il parla aux soldats qui environnaient Bonaparte, il leur dit que la majorité des Ciuq-

1. Le retour du général k Paris avait été fêté avec enthousiasme , depuis Fréjus jusqu'à la capitale.

Cents était sous la pression d'une poignée de factieux qui leur arrachait d'odieuses délibérations, que les représentants qui se rendraient près de lui seraient seuls les vrais législateurs de la France et que les autres allaient être dispersés par la force.

Leclerc, beau-frère du général, se présente dans la salle des Cinq-Cents avec ses grenadiers: «Citoyens représentants, dit-il, on ne peut plus répondre de la sûreté du conseil, je vous invite à vous retirer. » L'assemblée reste immobile. Alors un officier prononce ces mots: Grenadiers, en avant! Les députés se dispersent dans les cours et dans les jardins, un grand nombre retourne à Paris , ce qui reste se réunit sous la présidence de Lucien, et constitue encore une apparence d'assemblée. Plusieurs discours sont prononcés et Ton vote deux résolutions : la première change la forme du gouvernement et substitue au Directoire un Consulat provisoire de trois membres, Bonaparte, Roger-Ducos et Sieyès; la seconde proscrit 61 députés et ajourne le Corps législatif à trois mois. Le conseil des Anciens ratifie immédiatement ces deux actes du conseil des Cinq-Cents, et le coup d'État est accompli.

En 1830, nous retrouvons un autre coup d'État, mais celui-là n'a pas réussi. Le 25 juillet 1830 panu'ent les ordonnances qui dissolvaient les chambres, convoquaient les collèges électoraux en changeant le mode d'élection et suspendaient la liberté de la presse. Ces ordonnances inconstitutionnelles excitèrent de la surprise d'abord, puis une colère qui se traduisit par des barricades élevées dans la nuit, et d'où sortit la révolution qui jeta Charles X dans l'exil.

Le coup d'État du 2 décembre est trop près de nous pour que nous puissions en parler avec toute liberté d'esprit. A'ous nous bornerons donc à raconter les faits.

La république avait été une surprise. les socialistes paraissaient devenir menaçants, les populations avaient accepté ce régime faute de mieux, et elles envisageaient le retour à la monarchie comme nue planche de salut; mais il y avait plusieurs monarchies en présence : les partisans de la république, quoiqu'en minorité, ne pouvaient pas êtr^ tout à fait dédaignés non plus, ils avaient pour eux la forme du gouvernement, et par conséquent la légalité. Les partis étaient en présence à l'Assemblée, tout le monde savait que la république ne pouvait durer, parce qu'elle n'était pas dans le sentiment national, et l'on se demandait au profit de qui et comment elle cesserait; y aurait-il ou non des catastrophes? C'est dans cette situation que se ût le coup d'Élat du 2 décembre 1851.

Le lundi l" décembre, le président de la République reçut comme à l'ordinaire , la foule se pressait dans les salons de la présidence. A minuit et demi, les salons étant déserts, le préfet de police, le minisire de la guerre, le général Magnan et M. de Persigny entourèrent le prince pour recevoir ses derniers ordres. M. de Morny revint du spectacle, où il avait

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paru pour détourner les soupçons, Alors Louis- Napoléon ouvrit, avec une cîef pendue à sa chaîne de montre, le tiroir dun meuble placé à sa portée; il en sortit un pli cacheté qui était destiné à chacun des amis du prince, on se serra la main et Louis- JNapoléon dit : « Messieurs, allons prendre un peu de repos, et que Dieu sauve la France.»

Le 2, les Parisiens, en s'éveillant , virent apposée aux murs et lurent , avec une avidité facile à comprendre, la proclamation suivante : « Au nom du peuple français, le président de la République décrète : Art. 1". L'Assemblée nationale est dissoute. Art. 2. Le sutTrage universel est rétabH; la loi du 31 mai est abrogée. Art. 3. Le peuple français est convoqué dans ses comices à partir du 14 décembre jusqu'au 21. Art. 4. L'état de siège est décrété dans l'étendue de la première division militaire. Art. 5. Le conseil d'État est dissous. Art. G. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret. Fait au palais de lÉlysée , le 2 décembre 1851. Signé, Louis-jN'apoléon Bonaparte. Contresigné, le Ministre de l'intérieur, DE MoR.w. » Une proclamation au peuple français et une à l'armée complétaient l'ensemble de ces documents ; le coup d'État était accompli; quelques insurrections à Paris et dans le midi de la France se produisirent jusqu'au 10 décembre. Peu à peu, le silence se fit et la France accepta le nouveau régime. La nouvelle Constitution fut proclamée, {yoy. Constitutions de la France.)

Voici maintenant, par ordre chronologique, quelques-uns des coups d'État les plus saillants de l'histoire moderne, qui ont eu pour théâtre les autres pays de l'Europe.

Commençons la série, très-incomplète d'ailleurs, — car ces actes ont été innombrables au moyen âge — par le coup d'État de Richard m qui, étant encore duc de Glocester et régent du royaume , fit assassiner Edouard V, son neveu, et le jeune prince, son frère, tous deux fils d'Edouard IV, dans la Tour de Londres.

Richard III ne se contenta pas de faire mourir ses neveux , il voulut les faire passer pour illégitimes; il fit semer le bruit, à la honte de sa mère encore vivante, que le feu roi et le duc de Clarence , son frère, avaient été le fruit des amours impudiques de cette princesse; et que, comme il était le seul fils légitime du duc d'York, il devait lui succéder. Richard avait un puissant parti, à la tête duquel se trouvait un Buckingham, et le peuple le proclama roi, en 1483. Kous n'aborderons pas l'histoire de la guerre des deux Roses.

Gustave I", de la maison de Wasa, roi de Suède, en 1523, voulant retirer des mains des évoques toutes les forteresses qui étaient dépendantes de leurs èvèchés, désirant, en outre, faire faire une recherche exacte des biens que le clergé et les religieux avaient acquis ou usurpés depuis la défense du roi Canutson, convoqua les états généraux de Suède à Westeràs, où il se rendit avec un grand déploiement do forces; il voulut, dés le premier jour.

indiquer formellement son intention d'abaisser l'orgueil dun clergé trop puissant; à table, il fit changer l'ordre des préséances et placer les sénateurs séculiers et les simples gentilshommes avant les évèques. Ceux-ci. étonnés et effrayés de cette décision blessante, sortirent après le repas et s'enfermèrent dans l'église de Sainte-Égide. Là , ils prirent la résolution de résister aux prétentions du roi.

Le lendemain, les états étant assemblés et le roi présent, et malgré le discours du chanceher qui avait montré la situation de la Suède vis-à-vis du Danemark comme très-menacée et demandant de sérieux sacrifices , plusieurs évèques firent entendre les plaintes les plus amères. Mais ils furent forcés de céder à la célèbre déclaration des états de Suède , qui leur ôta leur autorité temporelle; ce qui ne les a pas empêchés de garder une grande influence sur les populations.

Après dix-huit ans d'union avec Catherine d'Aragon, Henri VIII d'Angleterre, qui en avait eu trois enfants, voulut s'en séparer pour épouser Anne de Boleyn qu'il avait créée marquise de Pembroke. Le pape s'opposa à la dissolution du mariage d'Henri VIII avec Catherine d'Aragon. Il menaça le roi d'excommunication. Le roi eut peur un instant et sembla vouloir se soumettre à l'autorité du pape. Mais il se ravisa, et l'an 1535 l'excommunication du roi fut prononcée par le pape Clément VIL

Cranmer, qu'Henri VIII avait fait, de son autorité privée, archevêque de Cautorbéry, cassa sou mariage, par une sentence du 23 mui 1533. Le roi fit ordonner que l'on ne pourrait plus se pourvoir eu cour de Rome pour quelque affaire que ce fût, et qu'elles seraient toutes jugées par les prélats du royaume, qu'on ne payerait ni premiers fruits, ni annales, ni le denier de Saint-Pierre; qu'on ne tirerait de la cour de Rome, ni palliums, ni bulles pour les évêchés, ni dispenses de quelque genre que ce f iit ; et que tous ceux qui violeraient ces lois seraient punis par les lois de Provision et du Prœmunire.

C'est ainsi que ce monarque se sépara de Rome et fonda l'Église anglicane. Le parlement déclara le roi chef suprême de l'Église d'Angleterre, lui accorda les premiers fruits, la dime des revenus de tous les bénéfices et le pouvoir de nommer aux évêchés.

Après une série d'illégahtés et d'actes de despotisme dont il faut lire l'énumération dans l'admirable ouvrage de Mucuulay, Charles P"', roi d'Angleterre, se trouvait eu présence d'un parlement décidé à remettre en vigueur les libertés et les franchises nationales qui avaient été confisquées par Henri YIII et Éhsabeth, et visà-vis de l'Ecosse dont il avait accru les mécontentements. La guerre éclata et fut d'abord soutenue , mais sans succès, par les Écossais seuls. L'Angleterre, représentée parle long parlement, ne vint qu'en 1642. Battu dans plusieurs rencontres, le roi se réfugia au milieu de l'armée écossaise, qui le reçut avec de grandes démonstrations de respect, mais qui le livra, eu 1G46, aux commissaires du parlement Le parlement

COUPS D'ETAT

le retint longtemps en prison. Le roi parvint à S'échapper, il se réfugia dans Tile de Wigbt, où il fut arrêté par les soldats de Gromwell et conduit au palais de Saint-James, d'où il marcha à l'échafaud, le 9 février 1C49.

Si Monli put accomplir la restauration des Stuarts sur le trône d'Angleterre, c'est surtout à l'incapacité de Richard Gromwell, fils d'Olivier, qui ne put supporter le fardeau du gouvernement, et à la réaction naturelle des événements, qu'il faut l'attribuer.

Monk avait servi avec dévouement le Protecteur, qui l'avait investi de fonctions militaires élevées, et lorsque le prétendant Charles II lui écrivit pour la première J'ois , il se hâta de communiquer la lettre du roi à Gromwell lui-même. Malgré cela, Gromwell était plein de défiance. Gependant, à la mort du Prolecteur, Monk se prononça en faveur de son fils Richard. Mais quand il fut sûr des dispositions de l'Ecosse, et qu'il eut suffisamment travaillé l'Angleterre , il sentit qu'il était maître de la situation. Charles II lui fit de magnifiques promesses qu'il tint, du reste, et le 18 octobre 1659, Monk fit arrêter tous les officiers dont les dispositions lui parurent douteuses. Il franchit la frontière d'Angleterre, le l^' janvier IGGO, à la tête d'un corps de 6,000 hommes; il se joignit à Fairfax, qui avait levé un corps d'armée pour Charles II, et le 3 février suivant, il entra à Londres. Il resta dans l'inaction jusqu'au 21 fé- ATier, alors U réintégra sur leurs sièges, au parlement , les membres presbytériens qui en avaient été exclus, en 1G48, la majorité se trouvant alors favorable au rétablissement de la royauté, et le 8 mai 1660, Charles II fut proclamé roi c^ 'Angleterre.

Prenons quelques faits en Russie. Les strélitz (en russe strjelzi, arquebusiers) étaient une milice créée par le czar Iwan Wassiliéwitsch, le Terrible, vers la fin du seizième siècle; elle atteignit jusqu'au chiffre de 50,000 hommes. Elle était redoutable à plus d'un titre , et Piei're le Grand lui - même avait eu à soufitir de ses trop fréquentes révoltes. Souvent, les strélitz servaient ia politique des princes, toujours frondeurs, qui étaient sur les marches du trône. Et puis ils avaient été complètement égarés lors de l'apparition des faux Démétrius. Us ue comprirent que trop tard le maître qu'ils osaient braver quand ils s'attaquaient à Pierre le Grand lui-même. Pierre I" avait, dans les menées de la grande-duchesse Sophie, une intrigue politique permanente. Cette princesse, aidée de plusieurs seigneurs de l'empire , ennemis des innovations, parvint à gagner les strélitz, et Ton ne sait pas ce qui serait arrivé si Pierre le Grand n'eût pas anéanti cette milice redoutable.

Son coup d'État fut ostensible et ne porta pas les caractères de la ruse. profonde de celui de Méhémet-Ali dont nous parlons plus loin; Pierre le Grand rendit tout simplement un ukase qui cassait la milice séditieuse, c'était en 1698. Puis il la fit décimer sur la place Rouge, à Moscou; ce qui échappa fut banni et envoyé à Astrakan. En 1705, les restes de cette cor-

poration militaire furent complètement exterminés.

Pierre III, Fédorowitsch , fut appelé à l'empire en 1762. C'était le petit-fils de Pierre 1«'. U était animé des meilleures intentions, mais ce qui lui manquait, c'était l'énergie du caractère.

Passionné pour les améliorations , il désirait donner à ses sujets tout le bien-être possible. Malheureusement , sa faiblesse vis-à-vis des résistances puissantes qu'il rencontrait pour réaliser ses excellents projets, était un invincible obstacle aux réformes qu'il projetait. L'une d'elles, et c'était la plus délicate, puisqu'elle touchait à la croyance de son peuple, était la réforme de la religion orthodoxe. 11 échoua complètement dans ce dessein. Qu'arriva-t-il? c'est que tous les nobles qui avaient vu ses innovations avec impatience, excitèrent contre le prince le peuple tout entier, menacé dans sa croyance, et la déchéance de Pierre III fut prononcée le 6 juillet 1762. L'impératrice, sa femme, fut reconnue souveraine , elle s'appela Catherine II, et Pierre III mourut dans sa prison.

Gustave III, roi de Suède, se trouvait en présence d'un sénat et d'une noblesse qui, après la mort de Charles XII, avaient enlevé à la couronne le pouvoir législatif et même le pouvoir exécutif. La situation était difficile ; la capitulation que l'on avait fait signer à Gustave, alors prince royal, lorsqu'il était revenu de France, à la mort de son père, était encore plus dure que celle qui avait été imposée à son prédécesseur.

Gustave III prit la résolution de sortir d'une situation qui lui paraissait insoutenable , puisqu'il devait même soumettre au sénat jusqu'à la fixation de la quantité de vin qui serait servie sur sa table.

L'ambassadeur français, de Vergenne, abonda dans le sens du roi, qui voulut faire un coup d'État en promulguant une constitution nouvelle. Sûr des troupes, environné de quelques nobles fidèles, il réalisa son projet d'aflranchissement de la couronne de Suède , à laquelle il rendit son ancienne autorité.

La diète accepta d'abord, notamment en 1778, toutes les propositions du roi; mais plus tard elle résista ; Gustave III ne plia pas , et il força la diète à accepter l'acte d'union et de sûreté qui investissait le roi du droit de faire la paix ou la guerre. Gustave fut inflexible pour la noblesse qui résista; il la réduisit, en apparence, par la prison et les supplices; mais une conspiration se préparait contre lui. Ankarstrœm, dans la nuit du 15 au 16 août 1792, au bal masqué de la cour, le tua d'un coup de pistolet.

La corporation militaire des mamelouks, devenue si puissante qu'elle déposa des sultans d'Egypte, devait son origine aux grandesguerres de Gengis-Khan; les Tartaros, las d'égorger, avaient enfin conservélcursesclaves, et eu 1230 un des sultans saharistes, en Egypte , acheta plus de 12,000 Tcherkesses, Mingré liens et Abases à leurs possesseurs. Il en forma l'un des plus beaux corps de troupes qui fussent jamais en Orient. Telle fut l'origine des mamelouks.

COUPS D'ETAT

Ce corps constitua bientôt une caste redoutable dans laquelle le sultan était obligé de choisir les beys. Ils avaient une puissance immense qui dut néanmoins céder devant les armes de la France. Bonaparte les battit ù Ramangeh. Il les écrasa après la journée des Pyramides, où ils laissèrent 3,000 morts sur le cbamp de bataille. Bonaparte, par une proclamation, dictée sous les murs d'Alexandrie, annonça leur extermination et la résurrection de l'autonomie arabe, ilais ce corps redoutable n'était pas si écrasé que le croyait le grand capitaine. Quand l'armée française abandonna l'Egypte, les mamelouks se maintinrent encore comme corps politique; ils s'étaient reformés de nouveau , et, toujours turbulents et séditieux, ils étaient souvent hostiles aux pachas envoyés par la Porte pour gouverner l'Egypte. Mais ils avaient compté sans un maître énergique et habile, qui, las de leurs révoltes multiphées et de leur indiscipline, résolut le coup d'État qui devait l'en déliarrasser.

A propos de l'investiture de la pelisse que l'on devait faire à son hls, Méhémet-Ali convoqua les beys des mamelouks, le 1^'' mai 1811, dans la citadelle; il les reçut tous dans la grande salle avec les démonstrations les plus vives d'amitié ; il leur oflVit le café , puis lorsque le cortège suivi des mamelouks se mit en route pour aller procéder à l'investiture, il se trouva engagé dans un chemin creux et difficile qui conduit du palais à la porte El-Ajab ; tout à coup des Albanais couronnèrent les hauteurs du défilé dont l'issue avait été fermée, et firent feu sur les mamelouks, qui furent massacrés.

L'ordre chronologique amène au Brésil. Un parti puissant voulait rompre avec le Portugal, Lisbonne ne voulait pas abondonner sa riche colonie. U en était résulté la guerre entre les deux pays. Le Brésil, agité par des partis divers, avait néanmoins une tendance générale vers l'émancipation et secondait dom Pedro P'', qui allait lui donner une constitution.

Après la proclamation de l'indépendance, l'empereur convoqua une assemblée constituante à Rio-Janeno. Cette assemblée ne comprit pas sa mission, elle voulut faire de l'agitation et de la démagogie. Dénuée d'hommes prudents et suffisamment instruits des devoirs des assemblées délibérantes, elle fit naître le trouble dans ce pays qui eiit marché infailliblement à une catastrophe, si la main qui avait ouvert la voie ne l'avait résolument fermée.

Dom Pedro I", après avoir épuisé tous les moyens de concihation, se décida à frapper un coup d'État. Il ne ht pas entrer la force armée dans le sanctuaire de la loi, il opéra un blocus cfTectif de toute l'enceinte où siégeait la Constituante; il fit sceller li^ri^ portes, et une proclamation annonça au peuple brésilien que l'assemblée était d'issoute et qu'une autre chambre devrait délibérer sur un projet de constitution donnant aux bbertés de la nation les plus sûres garanties. Tel fut le coup d'État de dom Pedro par huis clos. Voilà une simple dis-

solution de chambre transformée par les circonstances en acte illégal.

Un coup d'État qui eut en Orient, et même en Europe, un immense retentissement, fut celui qui détruisit le corps redoutable des^anissaires à Constantinople; c'est la répétition de la destruction des strèlitz par Pierre l^', à Moscou. Ce corps remontait à l'année 1334, il avait été institué par le sultan Orkhan. et son importance était devenue telle que lorsque le sultan Mahmoud voulut, en 1826, réorganiser l'armée ottomane et lui donner l'instruction à l'européenne , il rencontra dans lesja?nssaires une résistance redoutable.

11 y avait les janissaires réguliers, au nombre de 25 à 30,0U0, et les janissaires irréguliers appelés jumacks, répandus sur toute la surface de l'empire, au nombre de 300 à 400.000. C'était là une force imposante. Mahmoud avait prévu leur résistance à la nouvelle organisation ; il avait gagné de longue main les officiers les plus iuiluents, et avait été secondé par son conseil, qui comprenait toute la portée du coup d'État que méditait le sultan. Celui-ci fit annoncer qu'il passerait une grande revue sur la place de l'Atmeïdan, le 14 juin (1826). Les manœuvres commencées à l'européenne, plusieurs janissaires se plaignnent avec insolence de ces nouveaux exercices, la populace les soutint et se répandit avec eux dans les rues de Constantinople, où de grands désordres eurent heu pendant la nuit. Le lendemain 15, le tumulte étant à son comble, plus de 20,000 révoltés se trouvaient déjà réunis sur la place, demandant la tète des principaux fonctionnaires de la Porte; le sultan fît déployer 1 étendard du prophète ; à cette vue les masses populaires se réunirent autour du successeur de Mahomet.

Cernés sur la place de l'Atmeidan dont ils avaient fait leur place d'armes , les janissaires furent impitoyablement mitraillés, on mit le feu aux casernes dans lesquelles s'étaient retirés ceux qui avaient pu échapper au massacre. Là , plus de 8,000 périrent dans les flammes. Le reste fut égorgé dans les rues de la capitale.

Un décret du 17 juin 1826 déclara le corps des janissaires à jamais dissous, et leur nom même anathématisô par le muphti. Dans les provinces de l'empire, la dissolution du corps des janissaires provoqua des massacres analogues.

iXous passons sous silence les coups d'État espagnols et nous ne rappellerons que pour mémoire la série des coups d'État par lesquels l'Autriche, la Prusse et divers autres États allemands se débarrassèrent des constitutions qui leur avaient été imposées en 1818, l'espace nous manque pour en retracer les péripéties.

Dans les courtes indications qui précèdent, nous nous sommes presque toujours abstenu d'apprécier les actes que nous indiquions, et c'est la concision qui nous est imposée par notre cadre qui nous y a souvent forcé. D'autres fois tout jugement était superflu, et nous

COUPS D'ETAT. — COUR

pouvions laisser « la parole aux événements », certain qu'ils seraient compris par le lecteur. Jules Pautet.

Comparez : Bonne foi, Dictateur, Gouvernement provisoire, Légitimité, Machiavélisme, Kaison d'État, Salut public , Tyrannie, Usurpation.

COUR. A une époque où le clief de l'État était considéré comme le représentant séculier de Dieu, le peuple entourait souvent sa personne d'une auréole d'autant plus brillante que les rapports entre le souverain et le sujet étaient moins fréquents. Un reflet de cet éclat tombait même sur les personnes qui l'entouraient, et jusque sur les serviteurs, et faisait paraître la demeure du prince comme un endroit privilégié. C'est, en effet, de la demeure du souverain qu'on fait dériver le mot cour, court, Hof [curtis, curia, aula). qui signifierait demeure par excellence, comme de nos jours encore «le château « signifie le cbàteau royal ou impérial, et, en Angleterre, «la cité», la ville entre toutes, Londres. Le mot cour, dans l'acception qui nous occupe, provient peut-être aussi de l'usage des princes — au commencement du moyen âge — de rendre justice dans la cour de leur manoir, et que «aller à la cour» était synonyme de «se présenter au tribunal». Dans tous les cas, c'est dans les bâtiments qui entouraient le manoir, que logeait la suite des seigneurs.

Quoi qu'il en soit, partout où il y a un prince, il y a une cour plus ou moins régulière , plus ou moins brillante, nombreuse. En Chine et en Turquie, aussi bien qu'en France et en Angleterre, et à des siècles d'intervalle, le même phénomène se présente: nous devons donc penser qu'il est fondé sur la nature humaine. Uest naturel que le prince, disposant degrandes richesses, ne s'en refuse pas la jouissance; il est naturel encore que les «sujets», aussi bien que les «citoyens», traitent avec respect celui qui possède ou représente la puissance publique; enfin, il est rationnel qu'une nalion aime voir entouré d'un certain éclat celui qui parle en son nom aux peuples étrangers.

Ce n'est que par la suite des temps que les cours se sont développées et sont devenues, pour ainsi dire, une institution ayant ses lois, ses doctrines, ses usages. Dans l'origine, la cour n'était composée que des serviteurs du prince; plus lard elle comprit encore les hauts fonctionnaires, nous dirions volontiers de l'État, si l'on pouvait nommer ainsi les territoires souvent vastes que le prince considérait comme ses domaines particuliers. A une époque plus récente encore, la cour n'cmbi'assait que des nobles et des personnages influents à divers titres, excluant d'une part les serviteurs proprement dits, et de l'autre, les fonctionnaires non nobles, autres que les ministres. Dans les derniers temps, surtout depuis 1-789, le cercle des personnes pouvant être admises à la cour (en allemand llof-fiihig] s'est élargi au point de n'exclure, dans certains pays, que les individus que la bonne société rejette partout de ses rangs.

Toutefois, les personnes admises à la cour

ne font pas partie du personnel de la cour proprement dite. Celle-ci se compose d'un certain nombre de services chargés du cérémonial et des soins destinés à donner de l'éclat au trône. A la tète de ces services se trouvent des fonctionnaires spéciaux, ayant, les uns, une charge ou emploi purement honorifique, les autres, des charges salariées aux frais de la liste civile. Les charges honorifiques sont héréditaires dans quelques États allemands. Le nombre des grandes charges varie d'une cour à l'autre; sous les ernpereurs germaniques il y en avait sept [voy. Électeurs), aiUeurs plus ou moins; leur nombre tend à diminuer, et dans certains pays, les places restent presque constamment vacantes. Il ne sera pas sans utilité, cependant, de faire connaître les grandes charges qui existent dans quelques-unes des cours de l'Europe.

En France, la cour se composait, sous le second Empire, de la maison civile de l'empereur, de la maison militaire de l'empereur, de la maison de l'impératrice, et des maisons des enfants de France, du prince Napoléon, de la princesse Marie-CIotilde, de la princesse Mathilde. La maison civile de l'empereur se divisait en six grandes charges, ayant chacune un nombreux personnel. Le grand aumônier, secondé par plusieurs aumôniers; le grand maréchal du palais, ayant pour subordonnés les préfets du palais, les maréchaux des logis et îe gouverneur des Tuileries et du Louvre; le grand chambellan, dont le service comprenait, outre les chambellans et les secours, le cabinet de l'empereur; le grand écuyer et le grand veneur, chefs des écuyers et des veneurs de tous rangs ; enfin le grand maître des cérémonies, avec le premier maître et les aides des cérémonies, ainsi que les introducteurs des ambassadeurs, formaient le sixième grand service de la cour. Nous faisons connaître, au mot Étiquette, les points principaux du cérémonial dont la direction et l'exécution sont dans les attributions de ces charges. Nous passons les services accessoires, la musique, le trésor, les médecins et chirurgiens et autres. La maison militaire de l'empereur était sous les ordres du grand maréchal du palais, et comprenait Fadjudant général, seize aides de champ et quatorze ofliciers d'ordonnance, et, de plus, le commandant des cent-gardes et Fétat-major général de la garde impériale.

La maison de Fimpératrice et les maisons des princesses se composaient de dames d'honneur, de dames pour accompagner, de chambellans, de secrétaires de commandement; celle du prince Napoléon, de chambellans, d'aides de camp, d'oflicicrs d'ordonnance.

Pour abréger Fénumératiou, nous nous bornerons à quelques indications sommaires sur les cours des antres souverains, plutôt à titre comparatif que dans l'intention d'être complet. Ainsi, les grandes charges sont à Vienne: le gi-and maître de la maison de l'empereur, le grand chambellan, le grand maréchal, le grand écuyer; la cour spéciale de l'impératrice régnante et celles des autres membres de la fa-

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