‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 28 sur 557 · ALDERMAN. — ALGERIE · texte numérisé non relu

ALDERMAN. — ALGERIE

des licences aux fripiers et aux cabaretiers qui s'établissent dans les limites de la cité.

L'Aldrrman exerce l'autorité supérieure dans le quartier; il en a le gouvernement. Ses pouvoirs étaient autrefois très-étendus ; il avait charge d'y maintenir la paix. Le guet (waich), force militaire alors très-sérieuse, était placé sous ses ordres. Il levait bannière et avait ses armoiries comme un baron. Il tenait le rôle des babitanls, sur lequel étaient inscrits leurs noms, leurs demeures, les lieux où ils séjournaient habituellement et où ils exerçaient leurs métiers ; il publiait les règlements relatifs aux auberges et autres lieux publics, vérifiait les poids el mesures {/leklt/ieviewsoffrankpledge). i/istruisait contre les personnes suspectes. Il veillait au bon état des grandes routes et des cours d'eau , et en un mot avait la haute administration de la police du district. Aujourd'hui, ses principales attributions , comme officier de quartier, sont, outre une surveillance générale sur les intérêts de la circonscription, la convocation et la présidence du Wardmote , et la direction des poursuites intentées à propos des contraventions [niiisances).

L'Alderman a le droit de choisir parmi les conseillers communaux un lieutenant chargé de remplir ses fonctions, à l'exception de la présidence du Wardmote réuni pour l'élection des fonctionnaires. Il est juge de paix, et, dans le quartier qui l'a élu , il est autorisé à expédier seul des affaires qui ailleurs exigeraient l'intervention de deux magistrats.

Un Alderman , désigné par un roulement opéré dans tout le corps, siège pendant une semaine de suite , au tribunal de Guildhall et y décide les aff'aires judiciaires de toute la partie de la cité qui s'étend à l'ouest d'une ligne tracée, presque du nord au sud, à travers Queen Street et King street.

Les Aldermen assistent, comme magistrats, aux sessions de Guidhall, huit fois par an. Ils y siègent au nombre de six pour chaque session , et leur tour de rôle est réglé par rotation. Parmi les affaires qui s'y traitent, celles qui se rapportent spécialement à un quartier (une licence à accorder à un cabaret , par exemple), sont décidées habituellement sur l'avis de l'Alderman du quartier.

Tous les Aldermen, avec le Recorder, ont qualité de juges 0/ oijer mid terminer (qui fonctionnent en vertu d'une commission particulière du roi), et comme tels font partie de la commission qui tient les sessions à Old Bailey. Six d'entre eux, ceux même qui ont assisté à la précédente session de Guildhall , siègent à chacune des huit sessions de Old Bailey.

Le lord maire est nommé chaque année dans la grande salle des dèlihèrations, et choisi par les juenibres des comi)agiiies de Loiulres (Livertj) parmi les AldiTinen. Ces membres des compagnies désignent deux Aldermen qui ont rempli l'office de sheriffs, et soumettent leur choix à la cour des Aldermen , qui élit l'un d'entre eux ])our exercer les foiictions de lord maire l'année suivante. t:haque Alderman est habituellenicnl revêtu à sou tour de la pre-

mière dignité municipale, et il est rare que l'on ne se conforme pas à cette coutume , cependant on peut y signaler des exceptions dans les cinquante dernières années. Dans trois occasions, pendant cette période, le lord maire sortant a été réélu pour fournir une nouvelle carrière annuelle , et il est plusieurs fois arrivé que, pour des raisons particulières, l'Alderman dont le tour semblait arrivé, n'a pas été élu.

Enfin les Aldermen sont une des branches de la cour du conseil communal (Court of com- 7non council) qui se compose de deux chambres, formées l'une du maire et des Aldermen, l'autre de tous les conseillers communaux de Londres, au nombre aujourd'hui de 208. Les délibérations ne peuvent être valables hors de la présence du maire ou de son locum tenens, de deux Aldermen au moins, et en tout de 40 membres, sans compter le lord maire. [Voy. Grande-Bretagne.) Logk, M. P.

ALGÉRIE. Depuis son assimilation à la France, prononcée par le décret du 24 octobre 1870, on doit définir ainsi l'Algérie: c'est la partie de la France située au nord de l'Afrique et formant les trois départements d'Oran, d'Alger et de Gonstantine.

Géographie. L'Algérie est la partie centrale de la région géographique de l'Atlas , qui comprend, avec l'Algérie, à l'ouest le Maroc et à l'est la Tunisie. Elle s'étend du 33" au 37» parallèle , et entre le 6" degré de longitude à l'est et le 5« degré à Fouest. Le méridien de Paris la coupe donc en deux parties à peu près égales, au milieu desquelles se trouve Alger, sur la côte nord de l'Afrique, à 0°4i' de longitude est.

La région montagneuse de l'Atlas a été appelée par les géographes arabes « File de FOccident». C'est, en effet, une sorte d'ile, bornée à Fouest et au nord par FOcéan, au nord et à Fest par la Méditerranée , et au sud par les sables du Sahara, qui semblent une mer desséchée, et qui s'étendent du cap Noun et de bojador au golfe de Gabès. Elle forme un système géographique distinct, sans liaison apparente avec les autres régions de l'Afrique. Le désert la sépare de l'Afrique et la mer la rattache à l'Europe. C'est, à proprement parler, une Afrique mineure, FAfrique européenne. Par son climat, par sa Qore, elle rappelle le midi de l'Europe , l'Andalousie , la Sicile et la Provence. La chaîne de l'Atlas, s'élevant à Fouest en face des Canaries, qui appartiennent à son système, se dirige vers le nord jusqu'à Fez, entre la provkice de Tafllet et celle du Maroc, où elle s'élève à 4,000 mètres et conserve des neiges perpétuelles. De là elle se replie vers l'est et se prolonge . parallèlement à la côte méditerranéenne, jusqu'aux monts Fossato , sur les contins de la Tunisie. A la hauteur do Gabès, elle s'arrête, et les sables commencent. « L'ile de l'Occident » est finie.

11 faut distinguer dans cette région deux grandes chaînes de montagnes, la chaîne du Sahara et la chaîne centrale, et déplus une série

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de montagnes qui touchent à la mer. La cliaîne du Sahara n'envoie ses eaux à la mer que d'un seul de ses massifs , le Djebel-Amour , dont le versant nord donne naissance au Chclif, la plus grande rivière de l'Algérie. La chaîne centrale verse ses eaux: au sud, dans les sables où elles se perdent et dans des cuvettes, appelées chotts, où elles s'évaporent l'été; au nord, à la mer.

L'Algérie a trois divisions naturelles : 1" au nord, le Tell, qui est la terre labourable; il comprend tout le versant méditerranéen, entre la mer et la chaîne centrale , et de plus , quelques parcelles du versant saharien de cette chaîne, telles que le pays de Batna, la Medjana et le Hodna, dans la province de Constantine; à l'est, le Tell s'étend plus loin de la mer que dans les autres provinces. Le Tell contient environ 14 millions d'hectares; 2° au sud de la chaîne centrale, la région des hauts plateaux et des chotts, pays de steppes et de bas-fonds propre seulement à la vie pastorale; 3° le Sahara, qui. à proprement parler, ne commence qu'au sud de la chaîne saharienne. Sur ses deux versants, on trouve, dans la saison pluvieuse, des terres de pâture. Au delà, on aperçoit, de loin en loin, une forêt de palmiers-dattiers, comme une île de verdure au miheu de la mer de sables ; ces oasis, situées dans des bas-fonds , sont alimentées par des rivières, presque toujours souterraines, et dont les eaux, amenées à la surface par des puits ordinaires ou des puits artésiens, rendent possibles la culture du palmier et celle d'un certain nombre de végétaux. En montagne, de gros bourgs , appelés ksours , servent d'habitation à une population sédentaire, ainsi que de marché et de grenier aux tribus pastorales des environs.

Le climat du Tell est celui des pays chauds tempérés, et il rappelle le midi de l'Europe. Au bord de la mer et en plaine , il n'y a pas d'hiver, mais seulement une saison des pluies. La partie la pins chaude du Tell se trouve dans les plaines de l'ouest et la vallée du bas Chelif. Il n'y a, clans le Tell, d'hiver qu'en montagne et dans les villes de rintérieur, dont l'altitude est généralement considérable. Sétif s'élève à 1,085 mètres au-dessus du niveau de la mer; Médéa à 940; Miliana à 900; Aumale à 850; Tlemcen à 800 ; Constantine à 650 ; Mascara à GOO. Dans ces villes, l'été est chaud, mais le froid est relativement sensible en hiver. Les neiges y interdisent les toits en terrasse. Partout , la saison des pluies commence au plus tôt en octobre et elle s'arrête complètement à la fin d'avril au plus tard. La moyenne annuelle des eaux pluviales augmente à mesure qu'on s'avance vers l'est. D'Oran à Alger , à Constantine et en Tunisie , elle croit à peu près comme les nombres 3 , 4 , 5 et G.

Au sud du Tell , les chaleurs sont très-fortes l'été, mais l'hiver est froid sur les hauts plateaux, ainsi que les nuits d'été. Dans les basfonds des chotts et les oasis , il n'y a pas d'hiver sensible pour l'Européen, et les nuits sont chaudes.

Toutes les cultures de France réussissent en Algérie , et tous nos arbres fruitiers y sont productifs. Le blé dur est la variété indigène. On cultive, pour sa graine, le hn de Sicile. Une graminée que l'Espagne seule exportait, l'alfa ou sparte, qui sert à faire des cordages, des paillassons , et en Angleterre du papier , croît spontanément et est exportée d'Oran en grande quantité. Le climat a permis de naturaliser en Algérie le bananier et le cotonnier. Le Henné du sud et de Mostaganem est exporté pour les teintureries de France. Sous le soleil torride du bassin inférieur du Chelif et des plaines de l'ouest, certaines cultures tropicales sont possibles, à la condition d'irriguer. Lorsqu'on aura terminé le barrage de l'Habra, qui sera le plus vaste du monde entier (30 milhous de mètres cubes), on compte utiliser ses eaux pour la culture de la canne à sucre.

Aux animaux domestiques de France , l'Algérie joint , dans le sud , le dromadaire , qui sert aux transports , à l'alimentation , au vêtement et à l'ameublement des indigènes. Les steppes du sud nourrissent d'innombrables troupeaux de moutons. On en exporte beaucoup en France et en Espagne, et leur laine alimente la fabrique de Roubais.

L'Algérie est très-riche en marbres et en minerai. On a retrouvé et on exploite , entre Oran et Tlemcen , la mine qui produisait l'onyx translucide , si célèbre dans l'antiquité. Les marbres blancs de Filflla sont de premier ordre. Le manque de houille ne permet point de traiter le minerai de fer; mais il est assez riche pour qu'on exporte, d'Alger, celui de Souma, et, à Bône, mille tonnes par jour de minerai de fer magnétique de Moktar-el-Adid. A Gar-Rouban , près du Maroc , on exploite le plomb argentifère. Le zinc est exploitable dans l'arrondissement de Bône , et il existe plusieurs gîtes de minerai de cuivre.

Eth7iologie. ^- Berbères (Kabyles). La race berbère, parmi toutes celles qui occupent maintenant l'Afrique du Nord, est la plus anciennement installée sur le sol. Tous les conquérants de l'Afrique , Carthaginois , Romains , Vandales , Arabes , Turcs et Français , ont eu à lutter avec eux. La conquête arabe les refoula dans les montagnes, où ils sont encore. Puis, convertis à l'islamisme, ils prirent une grande part aux diverses invasions de l'Espagne par les Musulmans. C'est à eux qu'on attribue les belles cultures de l'Espagne musulmane.

Leur langue se ramène au type sémitique, mais elle diffère plus do l'arabe que l'bébreu et le syriaque. Un cril exercé ue confondra jamais un Kabyle avec un Arabe de race pure. Entre les Kabyles et les Arabes, tout diffère : la langue, le type physique, les aptitudes, les mœurs, les institutions. La rehgion seule est la môme pour les deux races; mais, au contraire de l'Arabe, le Kabyle est peu religieux.

Dans les montagnes, où la population est dense, la terre rare et la vie dilTlrile. le laborieux Kabyle est plutôt jardinier et induslri'cl qu'agriculîeur. Il produit, pour l'exporlation .

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de l'huile et des figues, de la poudre et des armes, des outils et des ustensiles de ménage, du savon, des tissus, des bijoux, des poteries, etc. 11 colporte ces produits en pays arabe et se procure en échange les céréales que ses montagnes ne lui fournissent point en quantité suffisante. Il va dans les villes et dans les plaines louer ses bras au cultivateur arabe ou à l'industriel européen. Il vit dans des maisons et non sous la tente ou dans des gourbis comme l'Arabe, qui n'est jamais qu'à demi sédentaire. Ses villages, bâtis sur les crêtes des collines, sont de petites places fortes. Lorsqu'il y reçoit des hôtes, il n'éloigne pas les femmes, qui ne se voilent point. Les terres appartiennent, non pas à la tribu, mais à la famille.

Chaque tribu kabyle est une république démocratique , avec une assemblée [djemmâà] composée de tous les hommes en état de porter les armes ; la djemmâa fait les lois, juge les procès, règle l'administration, élit un chef, appelé amin, qui est chargé d'exécuter ses décisions ; elle conclut les alhances entre tribus , et décide de la paix et de la guerre. Les tribus kabyles se groupent en confédérations, semblables aux anciennes ligues grisonnes. Des rivahtés personnelles les divisent presque toujours en deux partis, appelés sofs, dont chacun se ligue avec les sofs des tribus voisines.

L'hospitahté est réglementée et elle s'exerce à tour de rôle. On la considère non pas comme un devoir religieux, mais comme une obligation communale. Enfin, les Kabyles ont une institution du droit des gens qui leur est particulière : c'est Vanaya. Elle consiste dans la protection accordée à un individu , soit par un particulier, soit par une tribu. L'étranger et même l'ennemi qui a obtenu Tanaya est inviolable, sous peine de mort. Souvent la guerre a éclaté entre des tribus, parce que l'anaya n'avait pas été respectée. De tribu à tribu, la paix se conclut par l'échange d'un gage , dont la reprise ou le renvoi est une déclaration de guerre.

L'autorité française intervient seulement en Kabylic de la manière suivante : elle se réserve la police et les afi'aires criminelles et correctionnelles ; elle donne l'investiture à ' l'aniin élu par la tribu; elle fait élire par les amin. des agents supérieurs, appelés Amin-el- Oumcna, qui lui servent d'intermédiaire avec l'amiii de chaque village ; elle perçoit un im- ))ôt de capitation , établi suivant' des listes nominatives dressées par la djemmàa : les Kabyles y sont rangés d'après leur fortune en quatre catégories, dont la dernière est exempte d'impôt, et dont les trois autres payent une capitation qui varie d'une classe à l'autre, mais (pii est égaie pour tous les indi\-idus d'une même classe. Quant aux procès civils, on avait songé à introduire des càdhi dans la grande Kaiiylie ; mais les Kabyles veulent juger enxn^émes. en assemblée générale . et d'après des lois qu'ils ont faites. Ils n'admettent ni le càdhi. ni l'autorité de la loi islamique. La jus-

tice est à leurs yeux une question sociale , à régler par des hommes, et non une affaire religieuse que trancherait souverainement le Koran.

Ces institutions kabyles ne se sont conser- A'ées complètes et intactes que dans la grande KabyUe.

Les Berbères portent en Algérie le nom de Kabyles, qui dans leur langue signifie confédérés. Dans l'Aurès seulement on les appelle Chaouia. La population des oasis et des ksours du Sahara est en grande partie d'origine berbère, et elle a conservé partiellement les institutions des Kabyles, leur organisation communale. Les Touaregs , au fond du Sahara et à moitié chemin du Soudan, sont de pure race berbère.

Arabes. Les tribus arabes vivent à l'état pastoral dans la région du sud, à l'état agricole dans celle du Tell. 11 en est qui changent de région et de genre de vie suivant la saison. Chacune forme une sorte de petite nation, ayant son territoire, ses chefs naturels et son histoire. La tribu n'est guère qu'une famille arrivée à son maximum d'extensiou, ce qui va loin en pays musulman.

La famille musulmane a plus d'alliances que la famille chrétienne. Par la polygamie, par l'adoption, par la parenté de lait, des liens se forment plus uonibreux que chez nous, et le divorce lui-même ne les rompt pas complètement , si des enfants sont nés du mariage. De plus, les parents ne sont pas séparés d'intérêt, car leur patrimoine foncier reste indivis (terre melk) , et ils vivent ensemble sur la terre de farmlle. La vie commune des parents , les alliances innombrables, déterminent la formation d'un groupe naturel, qui est la tribu et qui se compose en presque totahté de parents ou d'aUiés. Les fractions de la tribu sont appelées , suivant leur importance , Ferka , Klioms ou Douar. Les chefs de famille, ou chefs de tente, sont les représentants de la tribu, et ils forment la djemmâa, qui en est l'assemblée nationale. S'il existe une famille plus ancienne ou plus puissante que les autres , son chef sera le chef naturel de la tribu. Le gouvernement de la tribu arabe est donc patriarcal et aristocratique.

En pays arabe , il existe trois sortes de noblesse: les chorfa, nobles d'origine, par descendance de la fille ou de l'oncle du prophète; les djouad, de noblesse guerrière; les marabouts, descendants des saints de l'islamisme. Dans certaines tribus, tous les hommes prétendent être nobles; d'autres ne sont composées que de marabouts.

Le noble n'est point jalousé et on ne conteste pas son autorité. Il est l'honneur Je sa tribu. Cette organisation sociale rend solidaires les membres de la tribu, et les amène à se prêter assistance muluelle dans leurs besoins, et secours contre l'étranger. Telle était la tribu arabe, avant que la conquête eût altéré son caractère.

Le conquérant, Turc ou Français, a été souvent obligé , dans l'intérêt de sa domination.

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d'enlever le pouvoir au chef naturel, et de le confier à un inférieur, quelquefois même à un étranger. Ce chef est devenu un fonctionnaire à notre service, chargé de soumettre la tribu à notre politique, imposé à elle et soutenu contre elle par la force de la France. L'autorité lui manque souvent, et il a contre lui la tradition. S'il commet des exactions , la tribu devra les subir, à moins d'entrer en guerre avec nous; ses plaintes contre un chef qu'elle n'a plus le pouvoir de déposer sont regardées comme une opposition dirigée contre notre domination , et ordinairement on les repousse. En un mot le fonctionnaire imposé a remplacé souvent le chef naturel.

De plus , l'interdiction par nous des guerres de tribu à tribu, et la sécurité que notre pohce assure aux personnes, ont fait que maintenant l'aristocratie arabe n'a plus besoin, pour se défendre , d'avoir les nombreux cUents qu'elle soutenait et protégeait et qui, en revanche , combattaient pour elle. En même temps , l'exportation des blés, qui a pris naissance depuis la conquête, a eu pour résultat de diminuer les réserves de céréales. Vienne une mauvaise année, et le khammès, ce colon partiaire qui cultive au cinquième , ne trouvera plus ouverts pour lui les silos de son maître , rempUs autrefois des excédants de récolte des années fécondes. Ces blés ont été vendus, le prix en est déjà dépensé, ou si le maître l'a enfoui en terre, il est moins disposé aujourd'hui à donner de l'argent à ses khammès qu'il ne l'était autrefois à leur fournir , pendant la disette, des blés de réserve, presque sans valeur vénale. En cas de disette , le Ichammès mourra donc de faim, comme en 1867.

Ainsi la domination des conquérants a enlevé au gouvernement de la tribu son caractère patriarcal; la sécurité établie par nous a relâché les liens d'intérêt mutuel qui unissaient l'aristocratie et sa cUentèle; le commerce des blés a entravé l'assistance à donner, en cas de disette, au pauvre par le riche. C'est une révolution sociale et pohtique qui s'accompht dans la tribu , par la force des choses et indépendamment de la volonté des hommes. Cette révolution amènera la dislocation de la tribu et la suppression des rapports traditionnels entre la noblesse et ses chents, par conséquent la destruction du pouvoir aristocratique.

Maures. Ce sont des musulmans qui n'appartiennent à aucune tribu, et qui habitent la ville ou la banlieue. On les appelle had7-i ou citadins. Ils se composent en faible partie des descendants des Maures expulsés d'Espagne et en majorité d'Arabes ou de fils d'Arabe de tribu, qui sont sortis du cadre de leur tribu pour devenir citadins. Certains d'entre eux sont propriétaires fonciers. Le principal moyen d'existence des autres est le commerce et surtout la fabrication d'objets à l'usage des tribus: chaussure, sellerie, outils, ustensiles, etc. A Tlemcen, à Constantine, des rues entières sont bordées d'ateliers d'artisans musulmans.

La population mauresque est en décadence. La vie est devenue plus chère; vivres et loj'crs

ont énormément augmenté depuis la conquête. Leurs procédés de travail n'ont pas fait de progrès ; les consommateurs indigènes de la banlieue ont été remplacés par des Européens; pour l'artisan de la ville, les tentations de dépenses sont plus grandes qu'autrefois. Il est résulté de là que des familles, riches naguère, mais incapables d'ordre et de calcul, ont vendu d'abord leurs fermes (haoKch) , puis la maison de campagne, puis la maison de ville , en dernier heu les perles et les bijoux des femmes, engagés à Alger au mont-de-piété, ailleurs chez le juif, et qu'on retire bien rarement. On est descendu peu à peu et on ne remontera pas. A Constantine. à Tlemcen et dans d'autres villes, l'artisan se soutient encore. Mais déjà, pour un certain nombre de produits à l'usage des indigènes, il a à lutter contre la concurrence des fabriques de l'Europe. Peut-être sera-t-U, pour d'autres produits, chassé également du marché.

Kouloughlis. Ils descendent des enfants des Turcs mariés à des femmes arabes. On en trouve surtout dans les villes qui ont été des centres de domination turque. Ils ont conservé la fierté méprisante du vainqueur pour la race vaincue. A Tlemcen, égaux en nombre aux hadri, ils sont toujours en rivaUté avec eux, ce qui crée des difficultés à l'administration française.

Les Kouloughlis suivent , comme les Turcs , le rite Hanefi , tandis que les Arabes sont du rite Maleki. Ce sont deux des quatre rites, également reconnus comme orthodoxes par les musulmans sonnitcs. Ces deux rites différent par quelques dispositions légales, en particuher sur la part héréditaire des femmes , et par la manière de prier Dieu. A Alger et à Constantine, chacun des deux rites a ses mosquées, ses ministres du culte et son càdhi.

Mozabites ou Beiii-Mzab. Commerçants et industriels, émigrés temporairement de leurs oasis, qui sont situées à 1° long, est et à 33° lat.; musulmans abadites , partisans des assassins d'Ali, et regardés également comme hérétiques par les Sonnites et par les Chiites; leurs iman ou souverains avaient Tiaret pour siège, au temps de la conquête musulmane. Actuellement, leur iman réside à Mascate. Ce sont des puritains d'une grande probité et regardant de haut tout ce qui n'est point Mozabite. Laborieux, industrieux, économes, ils réalisent des bénéfices sérieux. Il est interdit au Mozabite qui émigré d'emmener avec lui sa femme ou ses enfants en bas âge , d'épouser une femme étrangère, de fréquenter des femmes de mauvaise vie, de négliger les pratiques de sa rehgion. Il doit rendre compte au conseil fédéral de ses opérations commerciales. Les émigrants dans une même ville tiennent des réunions pour la prière et la censure des mœurs privées; des punitions corporelles y sont infligées séance tenante. Mais si un Mozabite fait de mauvaises affaires, et qu'il soit constaté par l'assemblée qu'il n'a pas été fautif, ses coreligionnaires couvrent la failhte.

Indigènes isracliles. Leur langue maternelle

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est l'arabe; un certain nombre a appris le français. On trouve parmi eux de riches négociants, faisant à Ja fois le grand et le petit commerce, et prôtant à intérêt (en Algérie, l'intérêt n'a pas de maximum légal); beaucoup de boutiquiers; un certain nombre d'artisans urbains; des factotums de grands seigneurs arabes; des colporteurs faisant dans les tribus arabes concurrence aux Kabyles; des bijoutiers nomades, qui fabriquent sur place, et rendent en bijoux le poids que l'Arabe leur a donné en numéraire. Actifs, industrieux, économes, vendant à meilleur marché, ils réussissent habituellement. La conquête française les a affranchis des exactions et des humiliations. Dans l'extrême sud seulement, oii gouvernent de grands seigneurs arabes, tantôt nos vassaux, tantôt nos ennemis, les juifs continuent à ôter leurs souliers en passant devant la mosquée, à ne pouvoir monter à cheval et à fournir caution s'ils s'absentent. Un décret rendu le 2i octobre 1870 par la délégation de Tours a attribué à ces indigènes la qualité de citoyen français. Ils sont donc, comme nous, électeurs et jurés.

Nègres. Venus du Soudan , en esclaves. La traite des nègres, par le Sahara, s'est continuée longtemps après son interdiction. Ils ont été affranchis par la république de 1848. Ils sont peu nombreux et ils tendent à disparaître , par extinction ou par mélange des races. Certains ressemblent à des Arabes passés au noir.

Européens. Les Espagnols s'installent surtout dans les provinces de l'ouest et du centre; les Italiens et les Maltais à l'est et au centre. Les Français sont plus nombreux dans la province d'Alger.

Population. Le dernier recensement date de 1866. 11 accuse un chiffre total de 2,912,630 habitants, qui se décompose ainsi: indigènes musulmans, 2,652,072; indigènes Israélites, 33,952; Européens, 226,606. La statistique officielle ne distingue pas les Kabyles des Arabes.

La population européenne, dans laquelle n'est pas comprise l'armée, se compose de deux éléments: la population en bloc (personnel des hôpitaux, lycées, écoles, orphelinats, séminaires, couvents et prisons), 8,616; la population fixe, 217,990. Le chiffre de chaque nationalité n'a été constaté que pour la population fixe. On compte 122,119 Français; 58,510 Espagnols; 10.655 Italiens; 10,627 Anglo-Maltais; 5,436 Allemands; 4,043 d'autres nationalités.

Depuis le recensement de 1866, la famine qui a désolé le territoire militaire en 1867-1808 a enlevé peut-être 500,000 Musulmans. Certaines tribus ont été presque détruites et certaines régions dépeui)lées. Dans la même période, la sécheresse qui a régné en Espagne et, |)lus tard, l'exporiulinn de l'alfa ont amené dans l'ouest une grande quantité d'Espagnols.

Histoire. Elle est ronjccturalc jusqu'à la fondation de Cartilage (850 avant .I.-C). Cette ville acquiert la domination de l'Afrique du .Nord, qui fournit à ses armées mercenaires ses fameux cavaliers numides. En 250, les Romains

commencent à disputer aux Carthaginois l'Afrique du Nord; en 146, ils détruisent Carthage.

Eu 646, les Arabes se montrèrent pour la première fois en Tunisie. Les Golhs étaient alors maîtres de la Tingitane. En 670, dans la 50« année de l'hégire, Okba fonda, au sud-est de Tunis, Kairouan, la métropole musulmane de la province d'Afrique.

L'Afrique du ÎN'ord était à l'état de décomposition pohtique, après la chute des Almohades, lorsque deux corsaires , les frères Baba-Aroudj et Kheir-ed-Din, fondèrent la domination turque, en enlevant aux Génois Djidjelii (1504), aux Arabes Cherchell et la ville d'Alger (1515), aux Espagnols, en 1530, les rochers en face d'Alger. En reliant ces rochers entre eux et à la terre par une digue, Kheir-ed-Din fut le créateur du port d'Alger. Les successeurs de ces deux corsaires complétèrent la conquête de l'Algérie.

Le gouvernement turc en Algérie consistait dans la piraterie exercée en mer contre les chréliens, sur terre contre les Arabes. Ses instruments étaient: 1" des janissaires recrutés en Turquie; 2° des Kouloughlis, descendants de pères turcs et de mères arabes; 3° des tribus arabes , désignées sous le nom générique de Maghzem, et qui étaient installées de Test à l'ouest sur la ligne stratégique au nord de la chaîne des montagnes centrales: ces tribus, exemptes d'impôt et occupant des terres à elles concédées par les Turcs, étaient astreintes à prêter main-forte pour la perception des impôts et contre les tribus qui s'insurgeraient, et elles avaient leur part dans les razzias. En général , les Turcs laissaient les Arabes faire ce qu'ils voulaient, pourvu qu'ils payassent l'impôt, et se prêtassent aux exactions du conquérant. Protégés par leurs montagnes, les Kabyles, presque partout, avaient conservé leur indépendance.

Conquête française. On sait qu'en 1827, à la suite d'une réclamation infructueuse adressée au gouvernement français par le pacha-dey, Hassein-bcn-Hasscm, au sujet d'une fourniture de grain faite en 1796 par le juif Bacri, dont le dey était créancier, celui-ci frappa de sou éventail notre consul, M. Deval; qu'Alger fut mis bientôt en état de blocus, et que toute réparation étant refusée, une armée française débarqua le 14 juin 1830 à Sidi-Ferruch, et entra victorieuse à Alger, le 5 juillet. Ce jour est la date de l'abolition de la piraterie et de la fondation de la France africaine.

Alger pris, il restait à conquérir r.Ugérie. En 1831, on occupa définitivement Oran; en 1832, on prit Bône; en 1833, on s'installa dans les ports d'Arzew et de Mostaganem et on s'empara de Bougie. Tlcmcen, occupé on 1836, fut conservé par Cavaignac pendant sept mois, au bout desquels le général Bugeaud vint faire lever le blocus de la place. La même année, Clauscl échoua devant Constantine, qui fut pris le 13 octobre 1837 par le général Vallée, après la mort du général Damremont. .Nous primes Djidjelii en 1839, Cherchell, Môdéa et Miliaua en 1840. Mais ce fut seulement en 1841 , à l'a-

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vénement du général Bugeaud au gouvernement général, que commença la grande guerre d'Afrique.

Abd-el-Khader, salué émir en 1832 par les Hachem, au sud de Mascara, avait été reconnu souverain par nous dans un traité de paix conclu en 1834 par le général Desmichels. Ce traité rompu, il battit, en 1835, le général Trczel à la Macta ; ce fut une déroute et l'ennemi massacra nos blessés. Clausel vengea cette défaite en s'emparant, la même année, de Mascara, la capitale de l'émir, et en la détruisant; Tannée suivante, Bugeaud battit Abd-el-Khader à la Chiffa. Malheureusement il conclut avec lui, en 1837, le fameux traité de la Tafna, qui li\Tait à l'émir la moitié de l'Algérie.

Le passage des Portes de Fer, en octobre 1839, par le maréchal Vallée et le duc d'Orléans , fut l'occasion de la rupture avec Abdel-Khader. On avait, par le traité de la Tafna, désigné comme ligne frontière à l'est, la route d'Alger à Constantine, qui aujourd'hui n'existe pas encore. L'émir prétendit que nous avions dépassé cette ligne et il nous déclara la guerre. Le maréchal Vallée laissa les Arabes envahir et dévaster la Mitidja. Ils s'avancèrent même dans le sahel d'Alger, et des cavaHers arrivèrent au bord de la mer jusqu'à une portée de canon de nos forts. En 1840, la guerre devint générale, au centre et à l'ouest. Le général Bugeaud, nommé gouverneur général en février 1841, inaugura un nouveau système de guerre qui devait aboutir à la ruine d'Abd-el- Khader.

Notre base d'opération , qui jusqu'alors était la mer, fut portée au centre du Tell, entre la mer et la chaîne de montagnes qui sépare le Tell des hauts plateaux. On s'installa fortement, de l'est à l'ouest, sur les points qui dominent cette ligne stratégique. De là partaient sans cesse des corps expéditionnaires, légers, opérant à petite distance et formant un réseau mobile qui couvrait le pays. En même temps , on isolait Abd-cl-Khader de ses alliés du sud, par la création d'une chaîne de petits postes qui gardaient les passes par lesquelles on entre des hauts plateaux dans le TeU algérien et oranais. Quand le filet fut tendu, la battue commença; elle dura près de six ans. On détruisit les étabhssements permanents d'Abdel-Khadcr, à Boghar, à Taza, à Tackdemt, à Goudjela. Toutes les tribus du Tell virent successivement nos colonnes entrer dans leur territoire, et elles apprirent par expérience que ni les montagnes de l'Ouarensenis, ni celles du Dahra et de la grande Kabylie ne les protégeaient contre les Français. Les pointes faites dans le sud, par Yousouf au Djebel- Amour, par Cavaignac, Renault et Gcry chez les Oulad-Sidi-Chikh, par Marey-Monge à Laghouat, enlevèrent à l'ennemi toute chance d'un secours des populations sahariennes. Abdel-Khader comptait encore sur les Marocains; mais ceux-ci furent repoussés en mai et eu juin 1844 par Lamoricière et Bedeau, et définitivement vaincus à Isly, le 14 aoiit suivant, par le maréchal Bugeaud.

Cependant Abd-el-Khader était insaisissable. Si en 1843 le duc d'Aumale, en son absence, lui enleva, à Taguin, sa smala, cette grande ville nomade, la capitale errante de l'émir, celui-ci, par une marche prodigieuse exécutée la même année dans une moitié de l'Algérie, avait échappé à cinq corps français qui le guettaient au passage. En 184G, iî vint encore dans la grande Kabylie, qui ne voulut pas se soulever pour lui. Réfugié au Maroc , craignant de nous être Uvré par le sultan de Fez, ayant vu se soumettre ses deux lieutenants, Ben-Salim et Bcl-Kacem, et bientôt après Bou-Maza , il se rendit au général Lamoricière le 23 décembre 1847, à Sidi-Brahim, où deux ans auparavant il avait enlevé le colonel Montagnac et sa colonne. La grande guerre en Afrique se termina à la chute de ce redoutable adversaire. Il ne restait plus qu'à achever la conquête et à réprimer des insurrections.

En 1849, la prise de l'oasis de Zaatcha, après 52 jours de siège, et l'occupation de Bouçaada; en 1852, la prise de Laghouat et la fondation de Djelfa; en 1853, la création de GéryviUe, ont assuré notre position dans le sud. La grande Kabylie, soulevée de 1851 à 1853 par le chérif Bou-Barla, a été définitivement soumise en 1857, sous le gouvernement du maréchal Randon. Les postes de Tizi-Ûuzou (1851), de Drà-el-Mizan (1855) et de Fort-Aapoléon (1857), actuellement fort de la RépubUque), nous assurent la domination de l'intérieur de la grande KabyUe.

En 1859, l'expédition sans résultat du général Martimprey au Maroc nous a coûté plusieurs mUIe hommes, morts du choléra. En 1864, une querelle avec le chef des Oulad-Sidi- Chikh, tribus de marabouts dans l'extrême sud, dont l'influence religieuse est fort grande, a amené, entre eux et nous, une guerre qui dura longtemps. 11 en est résulté, la même année, une insurrection dans le Tell oranais et dans le sud de la province d'Alger.

On espérait que la guerre avec la Prusse s'achèverait sans insurrection en Algérie, quoique nous n'eussions plus en Algérie un seul régiment français, et que nous fussions réduits aux dépôts des régiments d'Afrique et à des mobiles ou mobilisés de France, sans instruction militaire et que les Arabes ne craignaient point. Mais un ordre de mobUisation des spahis, à destination de France , amena, le 23 janvier 1871, un soulèvement de la smala d'.Un-Guettar sur la frontière de Tunisie; les tribus voisines se joignirent aux spahis. Plus tard , après la conclusion de la paix, Mokhrani, le grand chef de la Medjana, qui devait près d'un million à Constantine, se souleva à son tour, et il entraîna toute la grande Kabylie. Bientôt la province de l'est fut presque tout entière en insurrection. La révolte n'a été complètement étoulfée qu'en novembre 1871.

La domination française en Algérie est assurée par l'existence de trois chaînes de postes, allant chacune de la frontière du Maroc à celle de la Tunisie: la ligne maritime, la ligne centrale du Tell et la ligne frontière du Tell. Au

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sud de cette dernière, des avant-postes ont été établis dans le Sahara.

La ligne maritime comprend, de l'ouest à l'est, les ports de Nemours, de Mers-el-Kébir et d'Oran , d'Arzew , de Mostaganem , de Tenès , de Cherchell , d'Alger, de Dellys, de Bougie, de Djidjclli, de Collo, de Stora et Philippeville, de Bùne et de la Galle. On y compte deux belles rades naturelles, Mers-el-Kébir et Bougie; un excellent petit port naturel, qui a été agrandi de main d'homme , Arzew ; deux autres ports naturels, dont le second est bon, Djidjelli et Collo ; le grand port d'Alger, créé comme celui de Cherbourg, au moyen d'une digue; celui de Bône , moins étendu , mais devenu meilleur qu'Alger par nos travaux. Le port d'Oran a été créé au moyen d'une digue, puis d'une seconde digue parallèle, établie plus au large. Celui de l'hilippeville se construit et on y supplée par la rade de Stora. Sur les autres points, ce ne sont pas de véritables ports qu'on rencontre, mais de simples rades foraines.

La ligne centrale du Tell est la grande ligne stratégique de l'Algérie. Qui l'occupe est maître du pays. Nous la tenons par une chaîne d'établissements situés presque tous sur les points où s'étaient installés avant nous les Romains et les Turcs. Ce sont, de l'ouest à l'est, Lalla Maghnia, Tlemcen, BeKVbbès, centre stratégique de la province d'Oran; Mascara, Relizane, Orléansville, Mihana, Médéa, Aumale, Bordj-bou-Arreridj , Sétif, Constantine, Guelma et Souk-Ahras. L'invasion arabe a suivi cette ligne, de l'est à l'ouest, en se rabattant de là au nord et au sud. Les Romains, les Turcs, le maréchal Bugcaud ont dompté l'Algérie en prenant la hgne centrale pour base d'opération, tandis que les Espagnols ont échoué pour n'avoir occupé que la côte.

Enlin les postes-frontières du Tell ferment la porte aux invasions venant du sud. Ils occupent, en montagne, les passes qui donnent accès dans le Tell, et en plaine, les points qui commandent les grandes voies du sud. Ce sont de l'ouest àrcst,Sebdou,El-Haçaïba, Dal'a, Saïda, Frenda, Tiaret, Tcniet-el-Haa°d, Boghar, qui couvre l'entrée du Tell par la vallée du Chehf, Batna et Tebessa. Ces postes ferment le Tell aux invasions des pasteurs du sud, et l'ouvrent à leur commerce. Par là ils viennent échanger les dattes des oasis et les laines de leurs troupeaux contre les céréales du Tell, qui nourrissent le sud.

Au sud de la frontière du Tell, nous occupons encore, d'une manière permanente, sur la route du Sahara, Djcll'a et Boucaada, et dans le Sahara, les oasis de Laghouat et de Biskra et le poste de (îéryville. Cette occupation a pour but de protéger et de contenir, en les enserrant entre nos postes du sud et ceux de la frontière (hi Tell, les tribus pastorales que leur position géograpliique ratt'aclie au Tell de l'Algérie, comme à leur marché naturel.

Gouvernement. Le caractère constant du gouvernement de r.Vlgérie est l'instabihlè, et son état normal est de changer toujours déforme. Voici les phases principales de ses transformations:

l" Organisation provisoire (1830-1834). Commandement exercé par le général en chef de l'armée d'occupation. Celui-ci a sous son autorité immédiate un conseil appelé successivement : conunission de gouvernement , comité , commission administrative, conseil d'administration de la régence. Le maréchal Clausel confle la présidence du comité et l'administration territoriale à l'intendant militaire. Le duc de Rovigo institue une intendance civile.

2° Gouvernement général. L'ordonnance du 22 juillet 1834 crée « un gouverneur général des possessions françaises du Nord de l'Afrique ». L'ordonnance du 15 avril 1845 change ce titre en celui de gouverneur général de l'Algérie, divise l'Afrique en trois provinces, et chacune d'elles, en territoire civil, arabe et mixte. Elle institue une direction générale des affaires civiles, un conseil supérieur d'administration et un conseil du contentieux. En 1847, l'ordonnance du 1" septembre inaugure la décentraUsation en instituant dans chaque province un directeur des affaires civiles et un conseil de direction. L'assimilation progressive à la France est commencée par la république de 1848, qui supprime, le 9 décembre, la direction générale des affaires civiles, et crée dans chaque province un département, avec un préfet et un conseil de préfecture.

L'Algérie ressortissait au ministère de la guerre, où on avait créé, en 1837, sous le nom de division d'Alger, et plus tard de direction des affaires de l'Algérie, une division chargée des affaires politiques et civiles, et, en outre, un comité consultatif, examinant tous projets de loi, ordonnances ou règlements, ainsi que les atfaires à lui déférées par le ministre.

3» Ministère de l'Algérie et des colonies (décret du 24 juin 1858). Le gouverneur général est remplacé par un miuistre résidant à Paris ; on supprime le conseil du gouvernement; des conseils généraux sont institués; les préfets en territoire civil, les généraux de division en territoire militaire , voient grandir leurs attributions administratives. Sous le nom de commandant supérieur des forces de terre et de mer. un officier général est le chef de l'armée d'Afrique.

4» Rétablissement du gouvernement général (décrets du 24 novembre et du 10 décembre 1860). Le ministère de l'Algérie et des colonies est supprimé. Un gouverneur général réunit en ses mains le commandement des forces de terre et de mer, le gouvernement et l'administration de l'Algérie. 11 correspond directement avec le chef de l'État. Il prépare le budget, qui sera approuvé et présenté aux chambres par le ministre de la guerre, comme une annexe du budget militaire , et il ordonnance les crédits alloués. Il prépare les décrets que le minisire de la guerre soumettra à la signature du chef de l'État, et contre-signera. Il nomme à certains emplois. Mais la justice et Pinstruction publique françaises, les cultes et les douanes, les postes, le trésor rcssortissent chacun à son ministère spécial.

Sous Pautorilé du gouverneur général, deux

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hauts fonctionnaires, un sous-gouverneur et un directeur des affaires civiles, indépendants l'un de l'autre, se partagent l'administration de l'Algérie. Le sous-gouverneur, outre ses fuuctions de chef d'état-major de l'armée d'Afrique, administre le territoire militaire, par les mains des trois généraux de division , des généraux de brigade ou colonels commandant les subdivisions, et des commandants supérieurs de cercle. Chacun de ces otTiciers continue à avoir sous ses ordres un de ces bureaux qui sont devenus si célèbres sous le nom générique de bureaux arabes et qui s'appellent, suivant le degré, eu allant du sousgouverneur au commandant de cercle : bureau politique, bureaux divisionnaires, bureaux subdivisionnaires et bureaux de cercle.

Le directeur des affaires civiles administre le territoire civil, par l'entremise de trois préfets, de sous-préfets et de commissaires civils; ceux-ci réunissent, dans les parties du territoire civil où la commune n'est pas encore organisée, les fonctions de maire, de sous-préfet, et sur certains points , de juge de paix. Enfin , un conseil supérieur, dont font partie six délégués des trois conseils généraux, prépare le projet de budget du gouvernement général et la répartition des impôts. Un conseil consultatif donne son avis sur toutes les affaires à lui renvoyées par le gouverneur.

Dans cette organisation, l'autorité civile et l'autorité militaire étaient indépendantes Tune de l'autre et libres chacune sur son territoire. Le maréchal Pélissier disait : « Je ne suis ni gouverneur civil, ni gouverneur militaire : je suis le gouverneur général, »

Par le décret du 7 juillet 1864, l'autorité civile fut au contraire partout subordonnée à l'autorité militaire. Les généraux commandant les trois divisions prirent le titre de commandant la province ; les préfets furent placés sous leur autorité, reçurent leurs instructions et leur adressèrent des rapports. L'Algérie était soumise à uu gouvernement purement militaire, ayant sous ses ordres un certain nombre d'agents civils.

Toutefois, deux décrets de 1866 et de 1870 rendirent électifs les conseils municipaux et les conseils généraux.

5° Gouvernement général civil (décret-loi du 2i octobre 1870). Par ce décret, la délégation de Tours fonda en principe le gouvernement civil, tel qu'il existe encore, au moins dans la forme, au moment où nous écrivons.

Le gouverneur général civil conserve les attributions politiques et administratives du gouverneur miUlaire. Il administre l'ancien territoire civil par l'entremise d'un secrétaire général et de trois préfets, et l'ancien territoire militaire par les mains d'un commandant supérieur des forces de terre et de mer, lequel a sous ses ordres, comme administrateurs de ces territoires, trois généraux de division, les "Commandants de subdivision et de cercles. En lin, un conseil supérieur du gouvernement et uu comité consultatif sont institués, le premier, avec plus de membres élus que par le passé,

le second avec introduction de membres élus , ce qui n'existait pas dans le conseil de gouvernement qu'il remplace.

Pendant la guerre contre l'Allemagne, cette organisation , prise dans son ensemble , n'a existé que sur le papier. Les conseils généraux de l'Algérie avaient été dissous en même temps que ceux de France ; le conseil supérieur ne pouvait donc être réuni faute de délégués de ces conseils. De plus , la délégation de Tours , sur des réclamations venues d'Algérie, avait, décidé en principe, au mois de novembre, la suppression du gouvernement général , du commandement supérieur des forces de terre et de mer, du secrétariat général, du conseil supérieur et du comité consultatif, étabhs ou maintenus par elle eu octobre. L'Algérie allait être assimilée à la France , et ses institutions spéciales devaient disparaître. Déjà un décret avait enlevé au commandant supérieur des forces de terre et de mer Fadministration des tribus de l'ancien territoire militaire, et uu autre décret supprhnait le budget spécial de l'Algérie et en répartissait les chapitres entre les budgets des divers ministères. Des institutions fondées par le décret du 24 octobre , les unes ne pouvaient donc fonctionner; les autres, n'existant plus. que temporairement, et privées du concours des conseils généraux et du conseil supérieur, ne pouvaient fonctionner réguhèrement.

f^ Le gouvernement de M. Thiers a maintenu le g-ouvernemeut géuéral et le conseil supérieur; il a supprimé de fait le commaudcmcnt des forces de terre et de mer et rétabli le budget spécial de FAlgérie. L'Algérie conserve les six représentants à FAssemblée nationale que lui a attribués la délégation de Tours. Des indigènes, désignés par le gouvernement, font partie des conseils généraux, composés en grande majorité de conseillers français élus. Ils y ont voix déhbéralive, ce qui a donné lieu à des protestations formelles dans les trois conseils.

Il serait diflicile de définir et de classer le gouvernement actuel (1872) de l'Algérie. Bornonsnous à constater qu'il porte le nom de gouvernement ciuil et qu'il a pour chef un officier de marine, qui administre, par les mains d'officiers de Faimée de terre, Fancien territoire militaire, c'est-à-dire la presque totaUté de FAlgérie.

Administralion terriloriale. Avant la révolution de septembre, elle avait pour base la division de chaque province en deux territoires, Fun civil, qui constituait le département et était administré par un préfet, Fautre militaire, et administré par le général commandant la division mihtaire. Le décret du 24 octobre 1870 a supprimé en principe le territoire militaire, mais, en fait, il en a laissé Fadministration aux olTicicrs qui l'exerçaient auparavant, sans les subordonner au préfet. L'ancien territoire militaire est donc encore actuellement (1872) en dehors de Fautorité préfectorale. Des oITlciers l'administrent, sous Fautorité directe du gouverneur général civil. Mais Fancien

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terriloire civil ne forme qu'une parcelle de rAlgéric. L'administration du pays est donc resl6e militaire de fait, quoique le gouverneur porte le titre de gouverneur civil , et que le nom de territoire militaire n'existe plus. La situation est indéterminée, et il n'y a pas accord entre les choses existantes et les mots qui les désignent. L'.\lgérie est à l'état de transition entre le régime militaire qui subsiste de fait et le régime civil qui n'existe encore que de nom.

Il est question d'augmenter le nombre des départements algériens. Les conseils généraux et municipaux ont les mêmes attributions qu'en France. Les conseils généraux ont des membres indigènes, désignéspar le gouvernement; les conseils municipaux ont des membres à titre indigèjie et des membres à titre étranger, nommés à l'élection, comme les conseillers français. Il n'existe pas de conseils d'arrondissement.

Les tribus arabes et kabyles de l'ancien territoire militaire sont administrées, comme par le passé , par des commandants militaires ayant sous leurs ordres des bureaux arabes. Le titre de ces agents français a changé; leurs attributions sont restées les mêmes. Ils continuent à exercer dans les tribus la direction politique, l'administration, la police judiciaire, l'établissement de l'impôt. Ils ont toujours sous leurs ordi'cs des chefs indigènes, appelés caïds, qui font exécuter leurs ordres, chacun dans sa tribu, et perçoivent l'impôt.

Finances. L'impôt arabe est resté ce qu'il était. Il consiste dans : 1° Vachour ou la dime sur les céréales ; l'unité imposable est la charrue (djeOda), c'est-à-dire l'espace qu'on peut labourer chaque année avec une charrue.

Tous les ans on détermine , suivant le rendement, le taux de l'impôt à payer pour une charrue ; 2° le ze/ikal, impôt sur les troupeaux; le tarif est fixé annuellement; 3° le lioc/ior ou le loyer des terres azel , qui appartiennent à l'État et sont exploitées à titre permanent par des indigènes ; 4" la lezma ou obligation ; elle se perçoit sous diverses formes : la capitatiou, en Kabylie; certains- droits mobiliers ou immobiliers; 5» enfin, dans le Sud, divers impôts sur le commerce , sur l'achat des grains, sur les palmiers-dattiers.

Un dixième de l'imjjôt arabe est attribué aux chefs indigènes qui le perçoivent. Quatre di.\ièmes profitent à l'État; six'dixièmcs sont affectés au budget départemental.

Depuis longtemps on projette de remplacer la dime des blés et des troupeaux [achour et zckliut) par l'impôt foncier.

Les terres des Européens ne sont pas soumises à l'impôt foncier. iMais l'enregistrement, le timbre, la douane, les patentes, les contributions indirectes, les droits de poste et les recettes télégraphiques pèsent presque exclusivement sur les Kuropéens.

Le budget du gouvernement général de l'Algérie présente les chitfres suivants: 18G5, receltes, 17,7l.3,80i fr.; dtyje^ses, 25,350,000 francs.— 1870. receltes, 16,500,000 fr.; dè-

pe?ises , 14,016,000 fr. — 1872, recettes, 17,0i3.000 fr.; dépoises, 22,015,014 fr.

Voici les principaux chiffres pour 1872 :

Recettes.

Enregistrement : timbre, domaines et forêts, 5,047,500 fr.

Douanes: 2,351,000 fr.

Contributions diverses: 7,421.500 fr., sur lesquels les quatre dixièmes de l'impôt arabe, qui ])rofi!cntau Trésor, montant à 4,005,000 fr.; poste: 1,000,000 fr.

Produits divers: 623,000 fr., dont 535,000 pour le télégraphe.

Dépenses.

Administration centrale 51 4,500 fr.

Administration départementale . . 969,660

Prisons 973,200

Service télégraphique 1,041,700

Commandement et administration

des populations arabes 1,586,390

Services financiers 3,122,762

Service maritime et miUfaire . . . 500.000

Colonisation 1,325,000

Topographie et cadastre 1,035,500

La Commission du budget de 1872 rappelle qu'en transférant la perception de l'impôt arabe, qui ra])porte en moyenne dix millions, des mains des collecteurs indigènes à celles des agents financiers français, on arriverait peut-être à doubler le rendement de cet impôt, tout eu allégeant la charge pour le contribuable arabe.

Un octroi de mer, établi à la frontière et perçu par la douane au profit de l'Algérie, donne en moyenne nn produit net de quatre millions, dont les quatre cinquièmes, répartis suivant le chiffre de la population, alimentent les budgets municipaux, et dont le reste profite aux budgets départementaux. Ceux-ci ont pour ressources principales les six dixièmes de l'impôt arabe, que l'État leur a abandonnés.

Justice. La justice, pour les Européens, se rend comme en France. Les indigènes sont restés , quant au droit civil , sous la loi islamique ; mais les crimes et délits commis par des musulmans sont punis suivant la loi française. Les procès civils sont jugés en Kabylie ])ar la djeniniàa. partout ailleurs par les càdhi. Des conseils, appelés viedjeiès. peuvent revoir le jugement du càdhi; mais l'appel proprement dit n'est ])orté que devant la cour d'appel d'Alger et les tribunaux de première instance d'Oran et de Constantiue, auxquels sont adjoints, à cet effet, des assesseurs musulmans. La législation impériale a interdit l'appel dans les questions d'état et de mariage; elle ne permet aux plaideurs de se passer du càdhi et de venir, en première instance, devant le juge français, que si toutes les parties y consentent. On réclame contre ces deux dispositions et contre l'institution des viedjeiès.

Cultes. Aux trois cultes salariés en France par l'État , s'ajoute eu Algérie le culte musulman. Le domaine s'est emparé des biens des mosquées et de cq\]\ qui profitaient, avant la

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conquête, à l'instniction, à lassistance et aux pélerïDages à la Mecque.

L'Algérie compte un archevêque et deux évêques. Elle a , pour chaque province , un consistoire prolestant et un consistoire Israélite.

JnstruclioH publique. L'Académie d'Alger comprend les trois départements. Son recteur est aidé par deux inspecteurs. Il existe un lycée à Alger, des collèges communaux à Oran, à Constantine, à Bône et à Phihppeville ; une école secondaire de médecine à Alger. L'instruction primaire est organisée. En 1870, les conseils municipaux ont partout retiré les subventions accordées aux congréganistes ; ceuxci tiennent encore des écoles libres, mais les écoles communales sont laïques.

Voies de communication. L'Algérie n'avait ni routes ni ponts. On en a beaucoup construit. Mais le gouvernement militaire a oublié de construire une route de Constantine à Alger. La moitié la plus importante de l'Algérie n'est donc reliée au centre de l'administration que par la mer, et Constantine se trouve en relations plus fréquentes avec Marseille et même avec l'aris qu'avec Alger. 11 n'existe pas non plus de route entre Bône et Constantine. Par contre , on a établi des routes sur des lignes peu fréquentées (1872).

Le chemin de fer d'Alger à Oran réunit l'ouest et le centre de l'Algérie. Constantine atteint la mer par le chemin de fer de Phihppeville.

Commerce. Les principaux articles d'exportation sont le blé dur, qui sert à la fabrication des semoules et pâtes d'Italie; la laine en toison et les moutons, que les steppes du sud peuvent produire en quantité presque illimitée; le tabac ; l'huile; l'alfa; les oranges; le minerai. L'Algérie importe les tissus, les fers, le sucre, le café, le savon, les spiritueux, etc.

Colonisation. Dès que la France se décida à s'installer déllnilivcmcnt sur le côté nord de l'Afrique, elle comprit qu'en face d'une population conquise et hostile par religion, la dojnination française serait précaire tant qu'une nombreuse population européenne ne serait pas le point d'appui de l'armée et la base de notre puissance en Afrique. L'occupation par les armes ne pouvait être que temporaire; la prise de possession par la charrue serait seule permanente et délinilive. Aussi le gouvernement de Juillet, la République et l'Empire, au moins jusqu'en 18G1, furent-ils favorables à la colonisation.

Cependant la colonisation rencontrait beaucoup d'obstacles , résultant les uns de la guerre, les autres de la nature, d'autres enfin des erreurs de l'administration. Jusqu'à la soumission d'Abd-el-Kliader, en 1817, le manque de sécurité empêcha la colonisation de se développer au delà de la banlieue des villes. Les colons s'installaient sur un sol où tout était à créer: les routes, les ponts, les villages, les villes, et on pourrait ajouter: le sol lui-même, car le travail nécessaire pour le nettoyer et le rendre propre à la culture équivalait à un achat ou à une création. De plus, il leur fallait changer toutes leurs habi-

tudes d'Europe. Ils avaient à apprendre, par une rude expérience, qu'en Afrique, il y a du 15 juin au 15 octobre, entre la moisson et les labours , une morte -saison où la terre n'exige que peu de soins, et où le travail de force, au soleil, est une cause de mort. Ils ignoraient que le climat de l'Algérie exige plus de sobriété, et pour l'homme qui travaille de ses bras, une alimentation plus substantielle que celle du cultivateur de France. II leur fallut du temps pour apprendre à vivre à rafricaine, et s'acclimater. D'un autre côté, les nécessités de la guerre et les erreurs de l'administration créaient à la colonisation des obstacles artificiels. .\u lieu de concentrer les colons dans un périmètre restreint, où ils se seraient soutenus les uns les autres, industriellement et militairement, on disséminait les villages nouveaux, pour assurer les communications sur les lignes stratégiques. De grandes concessions de terres, faites à la faveur, épuisaient le domaine de la colonisation et restaient incultes, tandis que les vrais colons, les agriculteurs des villages, ne recevaient que des concessions insutfisantes de 7 à 10 hectares. Les routes manquaient pour porter les produits sur le marché , le transport à petite distance coûtait plus cher que le fret de Marseille à Alger, l'administration mihtaire trouvait profit à faire venir de France des blés et même des fourrages, au lieu de les acheter à quelques myriamétres de la côte. Si les produits algériens arrivaient dans un port de la métropole, ils y étaient arrêtés par des droits de douane. Enfin, les lenteurs de l'administration française décourageaient l'immigration. Tel colon, arrivé en Algérie avec un petit capital et la promesse vague d'une concession, avait tout mangé avant de l'avoir obtenue, et il s'en retournait en France, avec passage gratuit, pour raconter dans sou village qu'il n'y avait rien à faire en Algérie.

Cependant la colonisation marchait malgré tout. Dans les derniers temps de la monarchie de Juillet, un flot de colons arriva eu Algérie. La république de 18i8 en installa en Afrique un grand nombre. Le coup d'Etat et ses proscriptions créèrent beaucoup de colons involoniaires, qui prirent goût au pays et qui y sont restés. Le gouvernement mihtaire était resté fidèle à la pensée du gouvernement français et des généraux qui ont conquis l'Algérie. 11 voulait fortement la fondation d'une France africaine, créée, suivant la devise du maréchal Bugeaud, par l'épée et par la charrue. Mais lorsqu'on 1858 le gouvernement militaire fut remplacé par le ministère de l'Algérie, c'est-à-dire par un gouvernement civil, le parti militaire changea brusquement de politique. Sa chute imjirévnc lui apprenait que le (léveloj)pcment de la colonisation devait avoir pour conséquence nécessaire l'abolition du pouvoir militaire et l'établissement du régime civil. Il devint donc, dans son intérêt propre, hostile à la colonisation, et il entama contre elle une campagne qui n'est pas encore terminée (1872).

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Le parti militaire persuada à Napoléon III que la colonisation était impossible et que les colons étaient les ennemis naturels des Arabes ; qu'il n'y avait d'avenir en Algérie que pour les Arabes, et qu'un gouvernement militaire pouvait seul relever la race arabe et lui rendre quelque chose de son ancienne splendeur. Napoléon III résolut donc d'entraver la colonisation, et au lieu d'une France africaine, il tenta la fondation de son fameux « royaume arabe».

• Le peuple arabe devait être soumis à perpétuité à de grands chefs indigènes, lesquels obéiraient à des généraux. Il fut même question de reconstituer une féodalité indigène et de lui superposer une féodalité militaire française. On rêva la création de grands fiefs militaires. L'empereur, roi d'Algérie, aurait alors de grands vassaux français et de petits vassaux musulmans. Quant aux colons français, qui étaient un obstacle à l'exécution de ce plan, on songea un moment à les exproprier. Le maréchal Pélissier coupa court à cette idée en répondant à l'empereur que cela coûterait quatre milliards. Mais il fut décidé et déclaré que les colons ne seraient pas des agriculteurs, et que, comme à Java et dans l'Inde anglaise, ils devaient se borner au rôle de directeurs d'exploitations rurales indigènes, de chefs industriels et de commerçants.

Pour arrêter l'essor de la colonisation, il fallait lui enlever toutes les terres disponibles. On arriva à ce résultat par le retrait du projet de cantonnement et par le sénatus-consulte de 18G3, sur la propriété indigène. Le cantonnement était une opération par laquelle on déterminait d'abord sur le territoire d'une tribu quelles étaient: 1» les terres du beijlik, c'est-à-dire le domaine de l'État; 2" les terres patrimoniales, possédées en indivis par une famille (terre mel/c); 3" les terres non appropriées formant le domaine collectif de la tribu (terre arch ou scbeka); 4° la partie de ces terres o.rch qui, sans constituer pour personne une propriété permanente ou transmissible, était du moins occupée et utilisée à titre temporaire par la tribu; 5° la portion de ces terres ardi qui n'était ni occupée ni utilisée par personne. Lorsque ce départ des terres avait été fait dans une tribu, le cantonnement consistait : 1» à donner un titre régulier aux propriétaires traditionnels des terres de famille [mc.lk); 2" à transformer le fait <!(! roccujjalion d'une fraction de la terre arcli en un droit de propriété et à concéder un titre régulier; 3» à prélever sur le reste de la terre arch une fraction sutTisante pour créer un comnninal à la tribu; 4" entin, à attribuer au domaine de l'Elat, et à accorder à la colonisation le reste de la terre arch, c'est-à-dire la partie qui n'était ni occupée par des parliculiers. ni utilisée par la tribu. Celle fraction n'atteignait qu'à peine un cinquième du territoire de la tribu.

Tel élait le cantonnement, dans le plan du maréchal Pélissier. Il se trouvait dégagé des excès et des abus qui avaient e.xisié dans la

pratique antérieure du cantonnement. On n'enlevait à la tribu qu'une faible part de son trop vaste territoire, qu'elle ne pouvait utiliser en cnlier. L'opération était conforme au droit musulman, qui attribue au sultan la propriété du sol, et ne reconnaît le droit de propriété aux individus que lorsque le sol est vioifié, c'està-dire utilisé par eux et cultivé. Elle avait pour l'indigène l'avantage de constituer pour lui un droit de propriété, avec titre régulier. Mais elle permettait de livrer à la colonisation des terres inutiles. Aussi, comme on voulait arrêter la colonisation, on retira, en 1863, le projet de cantonnement du maréchal Pélissier; puis l'empereur écrivit au maréchal sa fameuse lettre du 25 mars, où il contestait que l'Algérie fût une colonie française et proclamait le royaume arabe; enfln, Napoléon III lit voter par ses sénateurs le sénatus-consulte du 22 avril 1863, qui reconnaissait aux tribus la propriété de tout leur territoire, que la terre fût utilisée par elle ou qu'elle fût inoccupée. Le maréchal Pélissier résista en vain. Il aura dans l'histoire l'honneur d'avoir été le dernier des généraux de la grande époque de l'armée d'Afrique qui ait conservé la pensée patriotique de créer, de l'autre côté de la Méditerranée, une France africaine.

Le sénatus-consulte de 1863 porta un grand coup à la colonisation. On lui enlevait la terre promise. C'était le cantonnement des Français qui remplaçait le cantonnement des indigènes. Cependant il restait à la colonisation deux ressources. Dans la discussion du sénatus-consulte. on avait promis de réserver aux colons les 900,000 hectares appartenant au beylik. De plus, le sénatus-consulte décidait que la propriété individuelle serait établie dans les tribus, ce qui aurait permis aux colons d'acheter des terres. On s'occupa avec succès de leur enlever ces ressources.

Les 900,000 hectares promis à la colonisation se sont évanouis. Ordre verbal a été donné aux commissions chargées d'appliquer le sénatus-consulte, de renoncer à toute revendication des terres du beyUk, lorsqu'un indigène aflirmerait qu'il en est propriétaire, et on a pris soin d'exciter en sous-main les indigènes à faire ces déclarations de propriété. De plus, comme le sénatus-consulte prescrivait de constituer la propriété individuelle là où la terre serait arch, et qu'il y avait danger que le colon achetât la terre, si elle devenait propriété individuelle, on s'est arrangé pour ne trouver à peu près nulle part de la terre arch. Parlout on a reconnu que la terre élait melk. c'est-à-dire propriété indivise d'une famille, et cette indivision rend l'achat presque impossible dans la pratique. Enlin, les sous-commissions opérant sur place, ayant vu les faits de trop près pour se prêter autant qu'on l'eût désiré à ces manœuvres , les commissions qui revirent leur travail ont rectifié leurs opérations et faussé, autant que le voulaient les ennemis de la colonisation, l'application du séJiatusconsulle.

La tâche qui s'impose à un gouvernement

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