CROISADES
rins de la Terre-Saiate et des cruautés exercées coutre eux par les musulmans. L'Europe entière s'ébrank à la voix d'un simple ermite qui racontait, dans des prédications éloquentes, les exactions, les avanies que le fanatisme des sectateurs de Mahomet faisait peser sur les fldèles. A ces récits les peuples se lèvent eu masse et s'arment pour la délivrance du saint tombeau. Le pape Urbain II applaudit au projet couçu par Pierre l'Ermite, d'organiser, contre fislamisme, une coalition européenne. La guerre sainte est proposée par lui dans le concile de Plaisance; elle est acceptée avec entliousiasme dans celui de Clermont eu Auvergne (1095). Ce cri: «Dieu le veut ! Dieu le veut 1 a s'échappe du sein de la foule agglomérée dans la ville et autour des remparts: l'Europe entière y répond avec le même entraînement. Les soldats de cette guerre sont les soldats mêmes du Christ ; une croix brille sur leur polinne , ils s'appellent croisés, leur entreprise reçoit le nom de croisade.
Ou a beaucoup écrit sur les causes des croisades et sur leurs résultats; on a cherché à expliquer l'enthousiasme des premiers croisés. Pour nous, les causes des succès des croisades ressortent de l'état de l'Europe à la fin du onzième siècle. Kotre continent olTrait, à cette époque, l'aspect d'une vaste iice où toutes les ambitions s'agitaient, souvent sans reculer devant les crimes les plus atroces. L'Évangile, prêché à ce Ilot de Barbares que le cinquième siècle vit inonder le monde romain, n'opérait que péniblement et avec lenteur son œuvre civilisatrice au sein de peuples pour qui la force était le droit, la vengeance une tradition, et qui conservaient les plus absurdes superstitions. La société était divisée en deux partis, celui des oppresseurs et celui des opprimés. Dans ces circonstances, la croisade vint en quelque sorte changer l'état social de l'Europe. Les privilèges accordés au soldat de la guerre sauite étaient inappréciables. Le croisé se trouvait à l'abri de toute poursuite pour dette, il pouvait se dispenser de payer l'intérêt de l'argent qu'il avait emiu'uutè, il était exempt de taxe, il lui était permis d'uliéuer sa terre sans le consentement de son seigneur, l'Église couvrait de sa protection spéciale sa personne et ses biens, elle lançait ses aualhèmes contre ses ennemis, tous les privilèges des ecclésiastiques lui étaient accordés; soumis à la seule juridiction spirituelle , il échappait aux tribunaux civils ; il obtenait une indulgence plénière, c'est-à-dire un pardon complet de toutes ses fautes ou crimes quels qu'ils fussent. Voilà la vraie cause de l'enthousiasme qui accueillit la première croisade. Par la suite, des intérêts politiques se mêlèrent à ces intérêts privés. Quelques souverains, désii'eux de centraliser le pouvoir, virent avec joie leurs grands vassaux s'enrôler sous la sainte bannière et laisser le champ libi-e à leur ambition. D'autre part, les papes firent des croisades un moyen puissant de domination universelle. Ainsi, Pintérèt des souverains pontifes, celui des princes, l'ignorance des laïques,
l'autorité des ecclésiastiques qui trouvaient leur avantage dans le départ de la noblesse et dans la vente à vil prix des propriétés seigneuriales, une passion désordonnée de guerroyer, enfin et surtout le besoin qui se faisait généralement sentir d'opérer une diversion pour arrêter les troubles, étouffer les haines, faire oublier les crimes et rejeter hors de l'Europe des luttes sanglantes et sans cesse renouvelées: telles furent les causes des croisades.
Quant à leurs résultats , il est impossible de les méconnaître. En rapprochant l'Europe de l'Asie , en mettant en rapport la civilisation relative des Arabes avec la barbarie des peuples chrétiens, elles activèrent singulièrement notre avancement moral et intellectuel. iS'os progrès se seraient réalisés bien plus lentement sans ces luttes gigantesques qui transportèrent en Palestine plus de deux millions d'Européens. Le commerce développé, le goiît des voyages répandu, les communications devenues plus fréquentes avec l'Inde, la Chine et les autres contrées de l'extrême Orient, nous devons aux croisades ces incontestables avantages. Et, ne l'oubhons pas, l'invention derimprinicrie, celle de la boussole, jusqu'à celle de la poudre à canon , sont considérées comme des importations de la Chine. L'imprimerie était connue dans cette contrée dès 952. Au dixième siècle, les Chinois faisaient usage de l'artillerie; ils employèrent le papier-monnaie dès 1154.
Les croisades ont précipité l'heure où l'Europe devait recevoir, dans son sein, les germes de ces précieuses découvertes que l'esprit stationnaire des peuples de l'extrême Orient ne sut pas rendre féconds. Par elles, les nations que séparaient la distance ou les mers nouèrent des relations diplomatiques et commerciales. On vit des Mongols à Rome, en Espagne, en France , eu Angleterre , tandis que d'intrépides voyageurs s'aventuraient dans les contrées lointaines d'où ils rapportaient des notions précieuses, bien que vagues pour la plupart: ce fut en allant à la recherche du Zipangu de Marco Polo que Christophe Colomb découvrit l'Amérique. Au point de vue du progrès des lettres et des arts, les croisades eurent également des résultats remarquables. Ces grands événements inspirèrent la verve nationale do quelques esprits d'élite. JN'os chroni(iueurs parurent, et leurs récits naïfs de faits dont ils étaient les contemporains, parfois même les témoins oculaires, formèrent notre langue, influencèrent notre littérature de la manière la plus heureuse. Plusieurs acquisitions de Part européen furent le fruit de ces guerres. L'architecture, improprement appelée gothique, n'est autre chose que l'architecture arabe modifiée par le génie chrétien. Les croisades ne permirent-elles pas aux peuples de l'Occident de se familiariser avec les chefs-d'œuvre de sculpture, de peinture et d'architecture de la Grèce et de Byzance, et n'est-on pas fondé à penser que cette counaissance des restes de l'antiquité prépara Pépoquc glorieuse de la Renaissance? Mais le progrès le plus remarquable
CKOISADES. — CULTES.
qui fut la couséquence de cette lutte prolougée eûîre l'Occident et rOiient, ce fut le développemcut des principes libéraux. En éloignant la noblesse, les croisades permirent aux souverains de procéder plus facilement à l'unification de l'Etat. Il en fut ainsi en France. Nous observons que, sous Philippe III, le domaine de la couronne a doublé. Eu même temps , les populations se dégag-eaient peu à peu des liens de la féodalilé. Alors prit naissance le tiers état ou les communes, cette première des conquêtes populaires.
Ainsi, progrès de la science, des lettres et des arts ; progrès du commerce et de l'industrie; progrès du libéralisme; constitution des nationalités; en un mot , avancement général des peuples de l'Europe: voilà quels nous paraissent être les résultats des croisades. Mais ici, comme dans toutes les grandes crises que traverse l'humanité, le mal est à côté du bien ; et on ne peut fermer les yeux sur les suites fâcheuses de ces guerres. Elles amenèrent l'inquisition , croisade clandestine, à l'intérieur; elles habituèrent les chrétiens à voir, dans les infidèles, quels qu'ils fussent, des ennemis à extirper et non des êtres semblables à euxmêmes. Dirigées d'abord contre les musulmans, les croisades armèrent, plus tard, les populations d'un même pays les unes contre les autres. Les guerres contre lesVaudois, contrôles Albigeois, les fureurs des chevaliers de l'ordre Teutonique dans le nord de l'Allemagne, sont des conséquences des croisades. La Saint-Bar- Ihélemy ne fut-elle pas provoquée par le même esprit de fanatisme accouplé aux calculs infâmes de l'ambition? La quatrième croisade, qui se termina par l'incendie de Gonstantinople, coûta aux lettres la perte d'ouvrages précieux et uniques qui furent consumés par les flammes. Kous n'exalterons donc pas, avec Robertson, d'une manière exclusive, l'heureuse influence des croisades; nous ne les considérons pas non plus conune des fléaux, ainsi que l'ont fait Mosheim et Gibbon. Nous résumerons notre pensée dans ces paroles de Gondorcet: «Les croisades, entreprises par la superstition, servirent à la détruire. » Henri Thiers.
Bibliographie : Gesta Dei per Fj-crncos , etc. '-"L' Esprit, des Croisades, par Mailly. — Charles Mills, History qf the Crusades. — Heeran, Essai sur t injluenee des Croisades.
CROISSANT. Le croissant ne représente pas
précisément les armoiries de la Turquie, mais il est l'emblème de ce pays, et dans le langage ordinaire il est synonyme d'Empire ottoman. Des explications très-diverses ont été données sur l'origine de cet emblème, mais aucune ne parait fondée sur des documents authentiques. Ainsi, les uns l'attribuent a une superstition musulmane, les autres prétendent que le croissant avait ligure dans les armoiries de Coiislantinopie. Au moyen âge, il existait un ordre de ehevalerie fondé par René d'Anjou, sous le nom d'Ordre du Croissant En 1801, le sultan SeiilQ m ayant donné à Nelson^ à l'occasion du
comî)at naval d'Aboukir, un croissant orné de diamants , l'amiral anglais s'en décora et se dit chevalier du Croissant, ce qui donna au sultan l'idée de fonder un ordre pour les non-mahométans, les croyants ne pouvant pas en porter les insignes.
CULTES. II ne s'agit ici de considérer les cultes, ni en eux-mêmes, ni dans leur valeur comparative, ni dans leur histoire. Il ne ipeut être question que de leurs rapports avec l'État. C'est le seul point de vue sous lequel la politique ait à les envisager.
Ces rapports ne sont pas au.ssi variés qu'on pourrait le croire. L'Église et l'État ne peuvent se trouver l'un vis-à-vis de l'autre que dans l'une de ces quatre positions:
1° Ou l'Eglise domine l'État; c'est le régime théocratique ;
2° Ou l'État tient entre ses mains les choses religieuses et les règle à son gré; c'est ce qu'on a proposé d'appeler la Césaropapie ;
3" Ou l'Église et l'Etat se limitent l'un l'autre d'un commun accord; c'Côi le régime des concordats ;
4° Ou enfin les cultes, séparés de l'État, restent entièrement libres, aux mêmes conditions que toute autre association.
Examinons l'une après l'autre ces quatre formes des rapports de l'Église et de l'État.
1° THÉOCRATIE
La domination de l'État par l'Église constitue un ordre de choses bien connu et très-fréquent dans l'histoire. Dans l'Egypte antique, dans l'Inde depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, dans la plus grande partie de l'Europe pendant le moyen âge, la religion a eu la suprématie, non pas seulement sur les consciences et dans la sphère des choses spirituelles, mais encore sur l'existence humaine tout entière , et par conséquent sur la loi civile et le gouvernement. Dans les théocraties pures, il n'y a pas d'autre législation que le code religieux. Dans les Étals chrétiens du moyen âge, la théocratie n'a jamais atteint ce degré de perfection, malgré tous les efforts qu'elle a faits pour y arriver; mai.'^ quelque imparfaite qu'elle soit restée, elle n'en a pas moins pesé d'un poids immense sur les gouvernements de l'Europe occidentale. Le droit canon tenait alors une place considérable à côté du droit civil, et les prescriptions ecclésiastiques primaient souvent et déterminaient d'ordinaire les lois de l'État. Ce n'est pas sans raison qu'on a pu à cette époque comparer le pouvoir religieux au soleil et le pouvoir civil à la lune qui, obscure par elle-même, emprunte son éclat au soleil.
Toutes les nations sans exception ont commencé jiar ce régime. 11 n'en est point qui n'ait été gouvernée d'abord par un pouvoir religieux; un petit nombre seulement d'entre elles ont réussi à se donner une forme sociale plus ou moins indépendante des institutions religieuses primitivi.s.
Que le régime théocratique ait toujours été
CULTES
la première forme des sociétés civilisées, c"est ce qu'on s'explique facilement, quand on considère que la religion a eu seule la force nécessaire pour arracher les nomades à leur vie errante, les fixer au sol et les rendre accessibles à la civilisation . ou pour soumettre des peuplades barbares au joug des lois et les plier à une vie policée. Ce fait est au-dessus de toute contestation; l'on sait aujourd'hui que toutes les législations primitives ont été théocraliques.
Elles ont toutes pour caractère commun de traiter les hom.mes comme des enfants incapables de se conduire dans les sentiers difficiles de la vie. Elles les ont pris, en elfet, dans un état d'enfance , et elles ont été obligées de leur tracer un programme détaillé de tous les devoirs de la vie civilisée, sans rien laisser à leur libre détermination, à laquelle on ne pouvait pas. dans le principe, s'en rapporter. Les chefs n'y sont pas traités autrement que la foule. Ils étaient aussi barbares qu'elle, aussi indisciplinés, aussi peu capables de la vie civilisée. Les législations îliéocratiqucs durent également les mettre en tutelle, et leur tracer leurs devoirs de chaque jour, de chaque heure, avec autant de précision qu'elles le faisaient pour toutes les autres classes de la société. Diodore de Sicile nous apprend que les rois d'Egypte étaient liés par des lois antiques. Le septième Uvre du code de Manou est consacré tout entier à l'énumération des devoirs des souverains. Au moyen âge, sans être assujettis à des règles aussi détaillées, les rois et les princes de l'Europe occidentale étaient surveillés avec un soin jaloux et constant par les papes, qui ne leur épargnaient ni les conseils, ni les encouragements, ni les censures.
Les législations théocratiques sont condamnées par leur nature même à l'immobilité. Elles s'en font, au reste, un titre de gloire. Les lois humaines se modifient selon les événements qui surviennent dans les mœurs publiques. Les législations théocratiques, s'attribuant, à tort ou à raison, une origine divine, n'ont pas cette élasticité ; elles doivent rester ce qu'elles sont. Comment la petite sagesse humaine pourrait-elle modifier, corriger, améliorer des décrets qui viennent de Dieu luimême? Il arrive de là, que ces lois qui ont été faites pour l'enfance des peuples, ne connaissant pas d'autre état, n'en permettent aucun autre, et que leur effet le plus positif est de maintenir ou de chercher à maintenir à jamais la civilisation primitive à laquelle elles se rapportent et pour laquelle elles ont été faites.
Et si, par suite de certains événements, le niveau de la culture monte ch<z un peuple soumis à ce régime, qu'on ne demande pas à la législation de suivre le mouvement. Ce n'est pas seulement à Rome qu'on répondrait : No7i possumus. Ce refus e.st la conséquence forcée des principes de la théocratie. Puisqu'elle vient do Dieu, elle ne peut être changée. Il faut l'accepter telle qu'elle est; les concessions qu'on lui propose ne peuvent lui apparaître logique-
ment que comme une infidélité à la volonté divine.
11 est à peine nécessaire de faire remarquer les funestes conséquences d'un semblable régime. 11 paralyse la vie et condamne tout progrès; il enferme les nations qui le subissent, dans un cercle fort restreint, puisqu'il n'embrasse que les éléments primitifs de la civilisation; la science ne peut s'étendre au delà du cadre du symbole de la foi ecclésiastique; l'industrie, le commerce, les arts, les rapports sociaux sont maintenus au point où les produit une civilisation naissante; la liberté de la pensée est supprimée ; les droits de la raison individuelle méconnus; la personnalité étouffée par la réglementation qui pèse sur elle.
A un certain moment du développement social, ce régime, excellent tant qu'il n'a qu'à conduire les premiers pas de peuplades indisciplinées dans la vie civilisée, devient un joug intolérable. Deux moyens se présentent pour le rendre moins pesant ou même pour le secouer entièrement. Le pouvoir civil, selon qu'il est plus ou moins fort , ou qu'il est plus ou moins soumis à la discipline ecclésiastique, s'empare de l'autorité religieuse et se déclare le chef de la religion, ou bien il cherche à s'en- Icudre avec le pouA'oir ecclésiastique et à éta- ])lir, par une sorte de traité, des limites entre le spirituel et le temporel.
Dans le premier cas on a ce qu'on a propose d'appeler la Gésaropapie, dans le second le régime des concordats.
2° CÉSABOPAPIE.
Le mot de Gésaropapie exprime assez bien l'ordre de choses dans lequel le prince est en même temps le chef de la religion. Dans les temps anciens, les rois d'Egypte et les souverains de l'Inde essayèrent à diverses reprises de renverser la caste sacerdotale qui les dominait; ils n'y réussirent jamais. Il est probable que , si la victoire s'était fi.xée de leur côlé, ils se seraient déclarés les chefs de la religion et que les choses religieuses auraient été régies par l'administration au même titre que les finances, l'armée et toutes les autres branches du gouvernement. Les empereurs d'Allemagne ne furent pas plus heureux au moyen âge contre la théocratie de Rome.
Au commencement du dix-huitième siècle, le czar eut plus facilement raison de l'Église russe. Depuis la fin du seizième siècle, les patriarches de Moscou, appuyés par les évêques russes, avaient rompu avec le patriarche de Gonstantinople; ils aspirèrent dès lors à s'emparer du pouvoir suprême dans l'Église. Ces tentatives inspirèrent des inquiétudes au czar. Kicon fut déposé dansunconcile tenu à Moscou, en 1GG7; cette défaite n'empêcha pas ses successeurs de nourrir les mêmes projets. Pierre le Grand coupa court à toutes ces vues ambitieuses en se déclarant lui-même, en 1719, le chef de l'Église russe. L'année suivante, il établit, pour la gouverner, un conseil appelé le saint synode, et composé d'archevêques, d'évêques et d'archimandrites. Mais le czar s'en réserva la pré-
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sidence et la nomination de tous les membres, et comme aucun acte de cette assemblée n'est valable qu'après avoir été revêtu de l'approbation de l'empereur, celui-ci est le maître absolu de tout ce qui concerne les choses religieuses, croyance, culte et discipline.
On voit bien ce que le czar a gagné à cet ordre de choses. Sa double qualité d'empereur absolu et de chef de la religion lui a donné, aux yeux de ses sujets, un prestige qui le place bien au-dessus de toute autre puissance de ce monde. Il a de plus sous ses mains tous les membres du clergé qui, iustruments dociles et soumis, rendent à son pouvoir des services qu'on ne saurait attendre des autres employés de l'administration. Mais il est certain que la religion n'a pas retiré les mêmes avantages de ce régime, elle n'en est devenue ni plus éclairée, ni plus spiritualiste. Ajoutez que la liberté de la pensée n'y rencontre pas de moindres obstacles que dans le régime théocratique. Le chef de l'État, qui est en même temps le chef de la religion, peut sans doute être moins inaccessible qu'un chef purement ecclésiaslique, au progrès des idées et aux changements que le développement de la science introduit peu à peu dans la manière de penser. Mais, d'un autre côté , que pourrait-il faire pour la cause de la liberté de penser en matière de religi-on, quand ses intérêts politiques lui conseillent de maintenir l'ordre de choses établi, et de ne pas se dessaisir d'un aussi puissant moyen de domination que l'administration des choses religieuses?
Dans les États protestants, la marche même des événements, à l'époque de la réformation, a mis entre les maius despriuces l'administration des cultes. Mais par suite du principe du libre examen, qui est au fond l'essence du protestantisme, on s'est habitué à respecter, à un degré plus ou moins étendu, les droits de la conscience, et, en somme, il s'y est établi, moins par l'etret des lois que par celui de l'opinion publique , une certaine indépendance au point de vue dogmatique. 11 n'en reste pas moins vrai que le pouvoir civil est le juge des controverses, qu'il tient la religion sous sa main et que, même sans avoir recours à des mesures violentes, il a mille moyens indirects d'agir sur elle. Il faut cependant rendre cette justice aux gouvernements des pays protestants, qu'en général ils ont eu le bon esprit de ne pas abuser de leur autorité dans les choses religieuses.