DECADENCE
périodicité avec uuc assurance telle, qu'où a osé en prédire le retour avec précision? Cette question, nous l'abandonnons, comme à jamais insoluble.
La durée de la société nous semble un sujet de discussion tout aussi stérile. L"Lomme est un animal sociable; il recherchera donc toujours son semblable; Tisolement est contre sa nature. Seulement il semble rationnel de penser que les liens d'une société se compliquent, s'enchevêtrent et se serrent avec le temps.
La civilisation peut èlre considérée comme un état parlicuher de la société {voy. Civilisation), dont on a vu l'origine et les progrés et dont ou peut à la rigueur concevoir la flu. Les civilisations de l'Egypte, de Rome, d Athènes, se sont évanouies daus les temps historiques. Serait-il déraisonnable d'en conclure que la nôtre pourra un jour s'éteindre à son tour? L'avenir peut sans doute réserver des surprises de toute nature à nos neveux, mais il y a lieu de penser qu'une civilisation ne s'éteint jamais spontanément, mais seulement par suite de violences intérieures ou extérieures, c'est-à-dire par suite de guerres civiles ou de guerres étrangères. Jusqu'à ce jour, c'est presque toujours l'invasion des Barbares qui a obscurci l'éclat des civilisations connues. Et qu'on le remarque bien, nous disons obscurci et non éteint, car la force du développement social acquis était telle que les Barbares ont généralement été absorbés par les vaincus , non sans exercer temporairement sur ces derniers une influence rétrograde. Pour mieux préciser notre pensée, ou pour être plus exact, nous dirons que la civilisation a seulement été resserrée dans un cercle plus étroit , bornée à un plus petit nombre d'individus, mais sans rien perdre de sa qualité intrinsèque. Pendant que les masses, chassées du temple de la lumière, erraient dans l'obscurité, quelques prêtres se cachaient dans une retraite profonde pour entretenir le feu sacré et préparer la Renaissance.
Mais les États ont-ils une décadence? Il est certain qu'on en a vu sombrer un grand nombre. 11 importerait seulement de savoir si l'État mourra nécessairement à son heure, s'il a une jeunesse et une vieillesse, enfin si sa décadence est inévitable ou si on peut la conjurer?
La succession des diCTérentes phases de la vie d'un État semble être généralement admise; d'abord, parce que l'histoire nous montre des États qui oui commencé, progressé, dépéri et cessé d'exister, et ensuite, parce que les idées de progrès et de décadence s'imposent à priori à notre intelligence, .'^lais il ne faudrait pas pousser trop loin le parallèle entre l'individu et les grandes communautés politiques. La naissance, la croissance et le dépérissement de l'homme, suivent des lois aussi uniformes qu'immuables, modérément inOuencées par le milieu dans lequel la vie s'écoule. Il n'en est pas de même des États; leur sort est essenliellcraent dominé parles causes contingentes, par d'innombrables
circonstances qui se combinent de mille manières ditlêrenies. Pense-t-on que chaque ville fondée daus un endroit favorable soit destinée à devenir Rome ou .Vlhènes. Paris, Londres ou New-York? L'empire de Charlemagne divisé en deux a produit, d'une part la France unilaire. et de l'autre l'Allemague longtemps Iractioiiuée. Les hordes de Tamerlan pourraient-elles encore conquérir la Russie? Ou Tunis, ville voisine de Carlhage, peut-elle espérer l'emporter sur Marseille ?
Mais si l'on est forcé d'admettre que , pour grandir, une ville ou un État doivent être favorisés par les circonstances'; si en outre , on reconnaît que l'histoire n'a pas encore enregistré un assez grand nombre d'observations pour que l'âge relatif d'un État puisse être délerminé d'une manière certaine, il est néanmoins évident qu'il y a des signes caractéristiques qu'on ne saurait mécouuailre. Ainsi , la barbarie se rencontre toujours à l'enfance d'une communauté politique; malheureusement elle n'est pas nécessairement suivie dune époque de progrès. Un État, comme un homme, peut périr avant d'avoir atteint tout son développement. D'un autre côté . nous avons vu des États naître sans passer par cette phase si fréquente dans l'antiquité. .\ous rappelons l'Union américaine.
La jeunesse ne présente donc pas toujours le même aspect; la vieillesse encore moins. Gomment n'en serait-il pas ainsi? La décadence ne peut-elle pas avoir des causes très-variées? Le corps politique ne peut-il être, comme l'individu, attaqué de maladies très-diverses? Si, dans l'homme, c'est tantôt le sang ou les nerfs, tantôt les muscles ou les os qui peuvent s'altérer, si l'un ou l'autre organe, l'une ou l'autre fonction vitale peut être entravée dans son exercice, la société peut voir l'un de ses principes renié, l'un de «ses dogmes s'en aller», l'un de ses éléments essentiels disparaître. Ici ce sera la religion, là les mœurs, ailleurs l'organisation politique, l'autorité ou la liberté, ailleurs encore la vie économique qui seront en soufTrance. Dans chacun de ces cas. la décadence se manifestera sous un autre aspect, la maladie sera autre et exigera des remèdes différents.... si des remèdes il y a.
A la rL'Iigion revient de droit la première place dans notre énumération. 11 est bien entendu que nous la considérons ici au point de vue de l'histoire politique, et non de la foi. La religion est le plus puissant lien de la société; on peut concevoir un État athée, mais jamais une société sans religion. Cependant, toutes les croyances qui ont exercé leur iulluence sur l'humanité n'ont pas été également puissantes. Ensuite, les unes sesontélevées, épurées, spiritualisées; d'autres se sont ossifiées et ont déchu au point do ne plus être qu'une pratique purement mécanique. Telle est, par exemple, cette religion de l'extrême Asie, dont les prêtres, nous raconte un missionnaire, ne se contentent pas toujours de répéter leur prière dominicale à l'aide d'un chapelet; quelques-uns l'ont écrite sur une roue qu'ils font tourner à la main, d'autres ont