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DECADENCE

même utilisé un cours d'eau : la pnùre est censée dite chaque fois qu'elle arrive en face du ciel. Croil-on que ces honzes puissent inspirer les populations, les pousser vers le progrès, les forîifier contre l'oppression du dedans ou du dehors? Une pareille religion est pour ainsi dire une barrière intellectuelle, elle n'a d'actiou que sur les esprits superstitieux. Et les esjirits éclairés de ces pays , comment satisfont-ils à leurs besoins moraux? i\"ont-ils réellement aucune autre ressource que de se plonger dans le Néant? [Voy. Bouddhisme.)

Lorsque les minisfres de la religion n'ont d'autre prétention que de diriger les croyances et de gouverner le for intérieur, les dogmes qui entravent les progrès , quand U en existe, subissent des moditîcations insensibles, mais conslantes. Les mots peut-être resteront, mais ils n'auront plus le même sens. Les intérêts moraux et les intérêts matériels s'élant maintenus dans leurs domaines respectifs, ce seront tantôt les uns, tantôt les autres qui contribueront le plus à l'avancement de la nation; ils se soutiendront et se pousseront mutuellement. Mais si un régime théocratique parvient à s'établir d'une manière durable , si la religion persiste à vouloir régler les choses de ce monde, au même titre que le for intérieur, il arrivera, ou qu'elle proscrira tout progrès, ou qu'elle perdra toute influence, deux choses également fâcheuses. La séparation n'aura pas lieu sans lutte, le divorce s'opérera violemment, et si la nation n'a pas une grande vitalité, si les circonstances ne la favorisent pas, elle pourra s'abîmer dans une catastrophe.

Les mœurs sont en rapports très-étroits avec !a religion, mais elles n'en sont pas entièrement dominées. D'ailleurs, qu'entend-on par mœurs? S'agit-il seulement du genre de vie plus ou moins moral, ou de l'ensemble de l'organisalion sociale? La débauche, les habitudes de mensonge, le dédain du travail, l'égoïsme sans frein sont des causes de décomposiiion pour toute communauté humaine. Ces vices préparent un peuple à l'asservissement, en lui ôlant l'énergie et l'esprit de sacriflce nécessaires pour s'alfrancbir; ce sont ces vices qui donneront tout son effet à une mauvaise organisation politique.

On peut poser en principe que, tant valent les hommes, tant valent les institutions. Laconslitulion la plus rationnelle, la mieux équilibrée, la plus riche en cgaranlies» est une lettre morte, si l'esprit public ne la vivifie pas. A quoi servent les droits qui y sont inscrits, SI personne ne tient à les exercer, ou s'il ne s'agit que de remplir une formalité sans portée pratique?

Néanmoins, la forme du gouvernement, et la part des ciloyens dans la direction des affaires d'un pays, ne sont jamais chose i-ndifTérenie. Si les hommes n'étaient dirigés que par la raison, il y aurait rarement des conflits enire les gouvernants e( les gouvernés : les gouvernants Saiir;iient que leur pouvoir est d'autant plus solide qu'il est plus sympathique aux popula-

tions, qu'il leur rend plus de services; Icsgouvernéscomprendraient qu'ils n'ont rien àgagner à l'anarchie. Mais la raison n'a qu'une intlueuce relalivcmenl faible sur les aciions humaines : c'est le plus souvent le sentiment ou la passion qui l'emporte. Et qu'on ne s'y trompe pas : le sentiment sait très-bien emprunter le langage de la raison, accumuler des arguments et aligner des motifs les uns plus plausibles que les autres. Or, les passions ne son! pas les mêmes aux dilTérenls degrés de l'échelle sociale, et si les intérêts réels, sérieux, sont les mêmes pour les gouvernants et les gouvernés , il est souvent des intérêts factices . irrités par la passion, qui se contrecarrent. De là, lutte sourde ou ouverte, selon les circonstances.

Dans une pareille situation, une bonne constitution est un paratonnerre, et quelquefois, la syiithèse dans laquelle se résolvent deux forces opposées. Dans les États despotiques, dans les gouvernements absolus, il n'y a aucun dérivatif, à un moment donné il se produit une explosion destructive; dans les contrées organisées poliliqucment, les populations ont des armes pacifiques pour conquérir la réalisation de leurs vœux, la satisfaction de leurs besoins; les formes consiiiutiounelles deviennent une soupape de sîireté.

Les deux forces auxquelles nous venous de faire allusion, sont Vautorité et la liberté; leur synthèse est Yonlre^ formulé en une constitution. L'excès de l'une ou de l'autre de ces deux forces est également nuisible à l'ordre, à l'organisalion harmonique des éléments sociaux (voy. Anarchie , Arbitraire, Despotisme); il faut que cJiacune reste dans sou domaine. Lorsque l'une déborde, elle rompt l'équilibre nécessaire à la santé sociale ou politique; la désorganisation, la décomposition envahit LÉtat tout entier, l'édifice perd son ciment et s'écroule au moindre choc.

Ainsi, ce qui a causé la chute de l'empire romain , c'est la disproportion entre les deux forces. Celle disproportion se manifeste de tlifférentes manières dans les divers pays. Elle s'est trahie à Rome par la nécessité où se sont trouvés les successeurs d'Auguste de diviser leur pouvoir, ou plutôt de diviser le pays. Cette divi^ion a été la conséquence de la grande étendue du terriloire. Tour gouverner despotiqucment un si vaste pays, il fallait des hommes hors ligne, et on n'en trouvait que rarement. Un petit Élat — ou une contrée très-libre — peut plus facilement supporter un souverain médiocre. Nous sommes même assez disposé à croire qu'un Étal n'est plus gouvernable dès qu'il dépasse une certaine étendue, quelle que soit la liberté dont jouissent les ciloyens. D'où résulterait la conséquence pralique que l'esprit de conquèle est une i)assion aveugle : il ne voit pas qu'il produira forcément une situation où les liens poliliqiies ne pourront plus maintenir le faisceau social.

La grande étendue du pays a élé une des

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