DÉCLARATION DES DROITS. — DECORATIONS
réunion et la liberté d'enseignement y étaient spécialement consacrés: l'article 13 portait ce qui suit: «La Constitution garantit aux citoyens la liberté du travail et de l'industrie.»
La Constitution du 2"= Empire (14 janvier 1852) ne contient aucune déclaration des droits, mais elle reconnaît implicitement ceux qui ont été proclamés par la Constitution de 1791, comme l'indique son article l". Voici en quels termes il est conçu: «La Constitution reconnaît, confirme et garantit les grands principes proclamés en 1 789, et qui sont la base du droit public des Français. » [Voi/. Constitutions. Principes de 1789.)° ■ RiTTiEz.
DÉCORATIONS. La Brnj'ère dit quelque part, dans son chapitre du «Mérite personnel» , qu'il faut en France «beaucoup de fermeté et une grande étendue d'esprit pour se passer des charges et des emplois et consentir à demeurer chez soi et à ne rien faire.» Et le célèbre morahste entreprend alors le portrait des «Trophime» et des «Érasme» qui, «pour étendre leur renommée, entassent sur leurs personnes des pairies, des colliers d'ordres, des primatics, la pourpre, etc....» — Toute cette page de l'émule de Théophrastc pourrait être le tableau de notre époque. Kous aimons encore à entasser des «colliers» et des «pairies», et Voltaire, surenchérissant sur La Bruyère, pourrait répéter que «les décorations n'ajoutent pas au mérite des hommes».
Seulement la réflexion de Voltaire ne serait plus que banale. Devenue le pendant du proverbe : «L'habit ne fait pas le moine», elle trouverait, tout comme le proverbe, une réponse déjà faite. S'il est incontestablement vrai que le mérite des hommes s'atteste bien plus par des actes que par des récompenses vaniteuses, comment ne pas avouer aussi que ces récompenses sont, dans tous les cas, des encouragements dont la philosophie la plus farouche ne fait pas toujours fl , et des témoignages presque publics, dont tout homme de bien a le droit d'être flatté ? Les décorations sont, en un mot, la parure du mérite, parure olTiciclle, quelquefois inutile si l'on veut, trop désirée peut-être pour être toujours bien donnée, mais nécessaire après tout, si l'on admet avec nous que le caractère français n'a pas changé depuis La Bruyère.
Le seul progrès réalisé , ou si l'on préfère , la seule faute commise, par notre époque, c'est que l'amour des «colliers d'ordres» est devenu •une véritable passion, et que, comme toutes les passions, elle a engendré bien dos abus. Son •excuse est heureusement dans l'innocuité de ses excès. Rien n'aurait pu, d'ailleurs, réagir contre elle. Elle s'est développée en même temps que bien d'autres, et le vrai mérite l'a rachetée en s'en faisant spiritueljemcnt une ressource contre les insolences de la richesse. Le mallieur est que la richesse a pu, elle aussi, se procurer cette ressource, ce qui parfois assure encore aujourd'hui à la sottise le pas sur le talent.
Mais ce n'est pas ici que nous pouvons dé-
velopper ce trait curieux et tout à fait original des mœurs contemporaines. Eu nous bornant aux particularités politiques d'un sujet plus fécond chaque jour en observations piquantes , nous dirons seulement, à l'excuse de notre société , que ce sont moins les hommes que les gouvernements qui ont encouragé le goût des décorations; peut-être même affirmerait-on avec raison que ce sont ces derniers qui l'ont fait naître. Que d'Étals qui ne conféraient jadis aucun ordre ou qui n'en possédaient pas, se montrent aujourd'hui empressés à distribuer des croix et des rubans nouvellement façonnés! Conférées autrefois à titre d'échanges aux membres de la diplomatie, comme des gages de sympathie réciproque entre nations , les décorations sont devenues bientôt des témoignages d'estime accordés à des hommes politiques ou à des écrivains spéciaux. Jusque-là c'était bien. Elles étaient encore une récompense honorable réservée à de sérieux travaux. Mais les services de la presse ont ensuite donné lieu à des distributions générales qui devaient forcément diminuer la valeur des générosités ministérielles, sans rendre toutefois moins pi'essantes les sollicitations individuelles.
«Il n'est pas, a dit un critique spirituel, de poitrine qui ne s'élargisse pour recevoir des décorations.» Les poitrines se sont élargies à mesure que les croix se distribuaient, et l'amour est devenu passion. C'est alors qu'un décret dut imposer aux bénéficiaires des largesses gouvernementales certaines obligations très-rigoureuses. Un tarif fut établi, en 1853, pour le port des décorations étrangères , et les titulaires furent contraints à solliciter désormais l'autorisation du gouvernement, laquelle ne leur est accordée qu'après enquête et consignation a\iMo7n(eurK C'est moins, cependant, il faut le dire , la quantité considérable de croix données parles souverains, que la quahté souvent douteuse de ces ordres de chevalerie, qui provoqua le décret de 1853. Un procès resté célèbre dans les annales de l'efifronterie humaine avait fait voir un Jour qu'on n'ambitionnait pas seulement les croix des gouvernements établis , mais que des aventuriers pouvaient trouver aussi des ambitieux et des dupes. Néanmoins, au lendemain de ce procès, de petites républiques américaines avaient ouvert boutique de croix, pour faciliter la souscription de leurs emprunts; et enfin les salons parisiens se laissaient encombrer par une avalanche de décorations de tontes couleurs et de toutes formes. La couleur rouge, il est vrai, dominait généralement en France. On devine pourquoi.
La passion a grandi néanmoins. Les diflicultés l'ont alimentée. Rien n'y résiste, ni le ridicule qu'entraîne l'excès, ni la convenance envers le public, ni le puritanisme des hommes trop empressés à parler des «hochets de la vanité» , pour ne pas les rechercher. C'est ainsi que tout arrive à dégénérer à notre époque ^
1. En tout temps et d.ins tous les pays il f.aut solliciter du souverain l'.iutorisation de porter les insigues d'une décoration conférée par un prince étranger.