Enjarit des lois, liv. XXII, chap. xvilt
sifs; voilà ce qui est vrai, et ainsi parait atteint l'un des buts du crédit: l'argent stérile est rendu productif d'intérêts. Mais pour qu'il y ait profit aussi, pour la société, il faudrait que les capitaux qui étaient oisifs hier fussent aujourd'hui engagés dans une activité productive; or, placer son argent en rente, c'est rarement lui donner une destination productive. Au point de vue général il n'y aurait pas précisément perte, mais seulement absence d'avantage , manque de profit, si l'emprunt ne faisait qu'absorber les capitaux qui seraient restés enfouis ou oisifs; la masse d'instruments de travail ne se trouverait point amoindrie par l'emprunt, puisque ces capitaux ne travaillaient pas. Mais la force aspiratrice de l'emprunt s'exerce encore sur d'autres capitaux et les détourne des emplois productifs. Plus la somme des capitaux oisifs diminue par l'effet des institutions qui les soUicitent à sortir de leur oisiveté (banques, actions, obligations, etc.), et plus aussi devient fâcheuse l'action que l'emprunt exerce sur les capitaux placés ou en quête de placement , en les détournant d'un emploi réellement productif pour la société.
Comment la propriété foncière, par exemple, qui tire à peine 3 ou 4 p. 100 de revenu net de son exploitation, entrerait-elle en compétition avec un concurrent qui, comme tel Ë(at, offre 6 ou 7 «/o au capital disponible? Le propriétaire foncier devra renoncer à emprunter ou se soumettre à des conditions ruineuses. Et pourtant le même emprunt public qui empire sa situation et diminue ses revenus comme exploitant, accroît ses charges comme contribuable. Ceci s'applique également au commerçant, au manufacturier pour lesquels le crédit renchérit par suite de la concurrence de l'État et qui voient en même temps s'accroître les imjjôts, par suite même de l'empiunt. L'attraction que l'emprunt public peut exercer sur les capitaux a donc plus d'inconvénients que d'avantages, au point de vue de l'intérêt général Ajoutons que l'avantage même qu'on lui attribue, de faire sortir certains capitaux de leur retraite, diminue forcément d'étendue et de valeur avec le progrès de la civilisation économique. Quand, sous l'égide de la liberté et de la concurrence, les affaires de banque sont suffisamment développées pour absorber tous les capitaux disponibles; quand la multiplication et le développement des associations financières et industrielles permettent à tout capilaliste qui ne sait pas faire travailler luimême son argent, de participer aux profils des placements productifs; quand, enfin, la propagation des assurances satisfait les besoins de ceux qui veulent se débarrasser des soucis du capital pour n'avoir plus qu'à toucher un revenu fixe : les avantages attribués à la rente, comme stimulant à l'épargne et lui servant de placement, diminuent à vue d'œil.
L'avantage politique attribué aux emprunts ne saurait pas non plus soutenir l'examen. Les créanciers d'un gouvernement sont, dit-on, intéressés à son maintien et deviennent des.
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soutiens de Tordre de choses établi; cette considération est d'un grand poids, notamment, ajoute-t-on, avec les modernes emprunts nationaux, réalisés par la souscription publique et dont la clientèle se recrute jusque dans les classes les moins ricbes et souvent les moins conservatrices. Cette thèse pouvait présenter un certain semblant de vérité aux temps où les gouvernements étaient, pour ainsi dire, les créanciers personnels des rentiers, où ceux-ci devaient craindre de voir la dette contractée sous tel règne reniée par le règne qui lui succéderait. Cette crainte ne peut aujourd'hui avoir la moindre prise en Europe. Les Bourbons qui, lors de leur rentrée en France, refusèrent de reconnaître la République et l'Empire, n'eurent pas un instant l'idée de répudier les dettes contractées sous ces deux régimes. Quelque vive qu'ait été l'opposition faite par le parti libéral au fameux milliard des émigrés , ni les libéraux, lorsque la révolution de Juillet les porta au pouvoir, ni même les radicaux, lorsque la révolution de Février leurlivra les rênes de l'État, ne pensèrent à contester la légitimité du 3 p. 100 dont ce miUiard avait été l'origine. L'accroissement de la dette publique sous le second Empire a été fort rapide; tout le monde conviendra pourtant que ses créanciers n'ont rien à redouter pour leurs titres, quelles que puissent être les vicissitudes qui attendent la France dans l'avenir. Dans toute l'Europe continentale, l'opposition avait fort crié avant 18 i8 contre l'abus des emprunts, contractés souvent dans des buts liberticides ; a-t-elle profité de sa domination éphémère de 1848-1849, pour répudier ces dettes? La réaction, redevenue victorieuse, ne pensait pas non plus à faire protester les lettres de change que l'interrègue avait pu lirer sur les ressources du pays. La loyauté et le sentiment très-juste que c'est le pays et non le gouvernement qu'engagent les dettes publiques, ne sont peut-être pas les seuls motifs de ces reconnaissances réciproques. Tout règne qui arrive et quelles qu'aient été les antipathies sincères ou affectées de ses membres contre les dettes publiques , éprouve aussitôt la nécessité de recourir lui-même au crédit; il sent que pour s'attirer la couûance des capitaux, U ne doit pas commencer par les effrayer; que pour trouvera emprunter, il est indispensable de commencer par reconnaître les emprunts des autres. Consultez d'ailleurs les faits contemporains. Si l'endettement était un moyeu de consolidation, jamais les gouvernements n'auraient dû être mieux assis. A quelle époque, pourtant, leur situation a-t-elle été moins affermie?
Le grain de vérité qu'on pourrait trouver dans le sopliisme en question, c'est que les partisans de tout gouvernement de fait , les soutiens de tout ordre de choses établi se mulliplient avec l'aisance. Plus la prospérité se développe, plus il y a des gens qui ont quelque chose à perdre, et plus grand sera le nombre des personnes intéiesbées et zélées à prévenir toute perturbation dans la marche des aflaires publiques. Or, quand la dette ab-
sorbe de fortes sommes qui auraient pu être employées plus productivement par leurs propriétaires ou par d'autres emprunteurs que l'État, elle mine plutôt qu'elle ne consoUde la paix publique , puisqu'elle entrave le développement de l'aisance. Il est manifeste aussi que l'accroissement des charges de l'impôt, conséquence fatale de l'endettement, n'est pas le moyen de rendre un régime populaire et de lui créer des partisans dévoués.
Après les observations qui précèdent, il est superflu de réfuter longuement la singulière doctrine qui ne voit aucun inconvénient dans la dette intérieure, parce que «les intérêts sont payés de la main droite à la main gauche». K'est-ce donc rien que de détourner le capital des placements productifs? Ensuite, si, pour payer les intérêts d'un emprunt , l'on prend, par hypothèse, 10 millions de francs, en portions de 50 fr., à 200,000 contribuables, dont la majeure partie n'a peut-être pas 1000 fr. par au à consommer, et qu'on les donne en groupes de 1000 fr. à 10,000 rentiers qui dépensent vingt fois autant ; si l'impôt enlève ces 10 milhons là où ils seraient instrument de travail, pour les verser là où ils seront objet de consommation , le plus prévenu devra reconnaître qu'il s'opère un « mouvement » de fonds qui est loin de profiter à la communauté économique. Il y eut un temps où les classes riche et moyenne exerçaient par les chambres et la presse une influence prédominante dans l'État; c'étaient ces classes qui touchaient la rente (les petites coupures n'existaient pas), et une pohtique à courte vue pouvait croire que l'avantage de s'attacher un certain nombre de capitalistes n'était pas acheté trop chèrement par le mécontentement que la dette pouvait provoquer chez la masse des contribuables. Aujourd'hui, sous le régime du suffrage universel, il est évidemment impohtique de surcharger des milhons de contribuables en faveur de quelques centaines de mille rentiers. Encore cette faveur n'est-elle qu'apparente : les placements, tout aussi sûrs et tout aussi productifs que la rente, ne manquent pas aujourd'hui au capitaliste qui ne sait ou ne veut pas lui-même faire valoir son argent.
• Il serait donc temps de cesser de vanter les prétendus bienfaits des emprunts, et les avantages politiques ou économiques d'une forte dette. L'emprunt peut quelquefois être une nécessité, c'est sa seule excuse et sa seule raison d'être. Mais, dira-t-on, il y a des emprunts productifs. L'emprunt productif fournit de quoi payer les intérêts; il amortit en outre son capital dans un délai plus ou moins long.
Mais ces emprunts productifs même doivent diminuer. Plus se développent et se généralisent les bonnes notions économiques d'une part, la fortune publique , l'esprit d'association et d'entreprise d'autre part, et moins souvent l'Élat se voit dans la nécessité de se charger d'entreprises qui nécessitent l'appel au crédit. Le gouvernement anglais n'est entré pourrieu dans les 8 à 10 milliards de francs que le réseau ferré de la Grande-Bretagne a absorbés
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jusqu'à ce jour. Il aurait peut-être mieux valu que le gouvernement français se fût abstenu de toute intervention dans la construction des chemins de fer ; mais de bons esprits pensent que son intervention a été indispensable. L'Autriche a vendu les lignes construites et exploitées par l'État. L'Italie entre à grands pas dans la voie des concessions à l'industrie privée, mais non sans s'intéresser dans les dépenses. La Belgique, où le réseau national avait été créé et est encore exploité par TÉtat, fait aujourd'hui une place de plus en plus large aux compagnies ; le Trésor n'intervient que pour les entreprises qui ne trouvent pas de concessionnaires. C'est dans le même esprit que le gouvernement néerlandais a dû accepter la charge de construire une grande partie du réseau national, et que le gouvernement helvétique s'est occupé un moment de l'idée de racheter les lignes d'abord concédées à l'industrie privée. En un mot, les grands travaux d'utilité publique qui peuvent nécessiter de forts emprunts, diminuent pour lui à mesure que l'association des capitaux montre plus d'nptitude et plus de force pour les exécuter. Ne voyonsnous pas les compagnies se charger des lignes postales transatlantiques, de l'établissement de canaux, du percement de tunnels, delà construction de rues et de quartiers entiers, déchargeant ainsi successivement l'État de tout ce qui est entreprise proprement dite, de tout ce qui sort de sa besogne courante? Les raisons d'emprunter en dehors des besoins de guerre faiblissent ainsi visiblement ou du moins devraient faiblir. On peut donc entrevoir l'avènement d'un ordre de choses où, dans tout État bien organisé, l'insutïisance du revenu à couvrir les dépenses pubhques ne saura être que momentanée, où l'on empruntera peu et s'appliquera à payer, aussitôt que les circonstances qui auront nécessité le recours au crédit auront été écartées. Déjà l'Angleterre n'a fait depuis un demi-siècle que de rares demandes au crédit public; divers pays travaillent avec succès à amoindrir la dette nationale.
Et ces pays ne font que leur devoir. Si l'emprunt ne se justifie que par d'impérieuses nécessités du moment; si la dette abonde en inconvénients auxquels ne correspond aucune compensation sérieuse, comment ne pas s'appliquer à rembourser l'emprunt aussitôt que faire se peut, et à amoindrir ainsi la charge de la dette? On invoque l'exemple de l'Angleterre qui a renoncé, après une longue tentative, à l'amortissement systématique. On cite l'Autriche, où la caisse d'amortissement, créée en 1817, n'a pas empêché la dette publique de doubler entre 1850 et 1860. Il est exact encore qu'en France l'amortissement, réfaltli un instant à diverses reprises, se trouve en fait légalement suspendu depuis 1818. On a raison aussi de dire que l'amortissement est souvent un pur trompe-l'œil, fort onéreux par-dessus le marché , quand il n'y a pas d'excédants réels de revenu, lorsqu'on s'endette à des conditions plus lourdes pour rembourser un emprunt ancien. Mais qu'est-ce que cela prouve contre
l'amortissement sérieux? Est-il vrai ou non que les Pays-Bas ont aujourd'hui, du chef des intérêts de la dette, 10 à 12 millions de francs en moins à payer par an qu'ils n'ont payé il y a vingt-cinq ans? i\'est-il pas vrai que les États- Unis étaient parvenus en 1837 à amortir presque entièrement les dettes contractées lors de la guerre d'indépendance, et que depuis la fin de la guerre sécessionniste ils ont considérablement réduit les emprunts que cette guerre leur a fait contracter? L'adage populaire : Qui paye ses dettes s'enrichit, peut ne pas être toujours vrai pour les emprunts particuliers , contractés dans un but productif et produisant un revenu; nous avons vu qu'il peut y avoir à la fois avantage individuel et avantage social à ce que les sommes empruntées continuent à être employées par quiconque sait bien les faire valoir. L'adage, par contre, est de tous points vrai, quand il s'agit de l'État, qui, presque toujours, emprunte pour consommer et non pour reproduire. En empruntant avec mesure et uniquement sous la pression de nécessités impérieuses, en s'empressant de rembourser aussitôt et dans la mesure que faire se peut , l'État ne « s'enrichit » pas seulement de la somme dont s'amoindrit sa charge annuelle d'intérêts; il gagne encore, par l'amélioration qui en résulte pour son crédit et qui se traduira en bénéfices chiffrables lorsqu'il lui faudra contracter un emprunt.
Plus l'État tient à son crédit, plus il doit hésiter à se surcharger de dettes, ou s'empresser de les payer. Croit-on, par hasard, que l'abstention prolongée du gouvernement anglais de tout appel nouveau au crédit public, comparée aux appels si fréquents et si forts de la France, ne soit pour rien dans le cours supérieur de la rente anglaise? A la vérité, on trouve aujourd'hui encore bien des gens qui soutiennent avec un sérieux imperturbable : C'est à son énorme dette publique que l'Angleterre doit sa prodigieuse fortune , puisque son merveilleux essor économique, fils du dix-neuvième siècle, est contemporain du monstrueux enflement de sa dette. C'est tout simplement confondre le quoique et le parce que. Ne vlmcsnous pas pareille confusion se produire au sujet de la politique commerciale delà Grande- Bretagne? Si Findustrie et le commerce de ce pays marchaient à pas de géant , c'est — prétendaient bien des gens — parce que et non quoique l'industrie et le commerce étaient entravés par le régime pretectiounisfe et prohibitionniste; aujourd'hui, en présence des succès éclatants et universels de la liberté commerciale , aucun homme raisonnable n'ose soutenir cette thèse qui, il y a vingt ans, passait pour un axiome, 11 en arrivera de même avec les paradoxes débités au sujet des dettes publiques. La vérilé vraie est que l'Angleterre, la France, l'Europe en général, avancent malgré et non à cause de leurs dettes. De combien leur marche se serait-elle accélérée , si leurs jambes étaient délivrées de ce boulet!
Est-ce à dire qu'il faudrait, comme on Fa proposé, faire des efforts héro'iques pour amor-
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tir (l'un coup toute la dette publique? L'opération est impossible ou à peu près. Mettons qu'elle ne soit que difficile et que les populations soient déterminées à se racheter, par le payement du capital, de la servitude éternelle de l'intérêt : la majeure partie des contribuables devrait emprunter pour opérer ce rachat, et la dette se trouverait seulement déplacée. Nous n'entendons pas soutenir non plus qu'à défaut de pouvoir amortir la dette , il faille du moins ne rien y ajouter, qu'on doive fermer le grand-livre et ne plus jamais emprunter. Cela est presque impossible dans les grands États où la gestion la plus prévoyante et la plus économe ne parviendra pas toujours à maintenir un parfait équiUbre entre les ressources et les charges. Or, plutôt que de laisser en souffrance des besoins légitimes , il faut recourir au crédit ; il peut aussi se rencontrer des cas où l'emprunt, sans être d'une nécessité absolue, est d'une utilité tellement évidente, que le financier le plus scrupuleux ne le déconseillerait point.
En disant qu'il ne faut recourir à l'emprunt que lorsqu'il n'y a absolument pas moyen de l'éviter et qu'U faut s'appliquer à le rembourser aussi promptemeut que possible, nous croyons avoir répondu aussi à cette question fort discutée: 'Vaut-il mieux, en cas de besoins extraordinaires , augmenter l'impôt ou recourir à l'emprunt? Tant que l'impôt peut suffire, sans devenir écrasant, la nécessité absolue, qui seule peut légitimer l'emprunt, n'existe pas. Ce fut le système adopté d'abord par le gouvernement anglais lors de la guerre de Grimée ; en voyant la guerre se prolonger, on se détermina à renforcer par un emprunt de 16 millions liv. st. le rendement de l'impôt surélevé ; en France, on avait commencé par l'emprunt et fini par les emprunts, sans se refuser dans l'intervalle la création du second décime de guerre. On fait valoir, en faveur de l'emprunt, d'abord la facilité plus grande d'obtenir promptement des sommes considérables; ensuite, l'avantage de répartir les charges entre les générations présente et à venir, au lieu de les faire peser entièrement sur les contemporains. Mais pour se croire en droit de surcharger la génération future , il faudrait avoir l'évidence la plus incontestable que la dépense ainsi répartie sera féconde en bons résultats pour l'avenir. Quel^ sont , en dehors de certains emprunts pour les chemins de fer, les emprunts modernes dont la destination a été évidemment productive. Encore, si l'argent, destiné aux chemins de fer, a été bien employé par l'État, puisqu'il est probable que, un peu plus tôt, un peu plus tard, l'industrie privée &'cii serait acquittée à moindre frais, la génération future pourrait bien contester la légitimité d&s charges que nous lui avons imposées de ce chef. Quant à la grande facilité qu'olï're l'emprunt sur l'impôt , nous sommes loin d'y voir un avantage absolu : c'est juslemunt cette facilité qui tantôt favorise de regrettables cutraiuements, et tantôt pousse à des entreprises où l'énorme dépense n'est pas encore le côté le plus fâcheux, bien aveugles
sont donc les populations qui croient être habiles, en accordant au gouvernement foute latitude pour emprunter plutôt que pour élever les impôts! En imaginant de se décharger sur l'avenir, elles aident principalement à accroître les charges du présent.
Ce n'est pas de nos jours seulement que le Trésor a pris l'habitude de dépenser plus que ne le comportait l'état de ses revenus: les guerres ne datent pas d'hier et les gaspillages pacifiques non plus. A toute époque, les gouvernements étaient donc plus ou moins souvent dans la nécessité de couvrir , par des moyens extraordinaires, l'insuffisance des ressources courantes. Les moyens, jadis, étaient effectivement «extraordinaires »: leur iniquité n'était égalée, la plupart du temps , que par leur inefficacité. Le crédit public n'a rien à voir à ces violences. Quel que fiit le nom donné à certaines « saignées » périodiques ou à d'autres manières semblables de prendre de l'argent là où l'on en supposait, la confiance, cet élément constitutif du crédit, n'y figurait point. L'emprunt proprement dit ne pouvait naître qu'avec la consoUdation de la paix intérieure dans les États , qu'avec le règne de la Uberté et de l'égahté, qu'avec le développement général de la fortune privée. On comprend ainsi que la dette pubHque soit née dans les Pays-Bas, où ces conditions se trouvaient réunies, plutôt que dans n'importe quelle contrée de l'Europe. Dès le commencement du dix-septième siècle, on rencontre dans la république batave des plaintes sur les charges trop fortes de la dette, amenées par la guerre ; d'autres écrits de cette époque n'hésitent pas à conseiller l'emprunt forcé au cas où les capitalistes se montreraient moins disposés à continuer leur concours à la cause publique. Le crédit de l'État était cependant bien florissant, puisque les intérêts ont pu être réduits, sous le stathouder Maurice, de 6 1/4 à5, et, en 1655, sous Jean de 'Witt, de 5 à 4 p. 100. La réduction — aujourd'hui on dirait : la conversion — ne dut pas s'arrêter là; au dix-huitième siècle , la République arrivait à ne plus payer, en moyenne, que 2 1/2 p. 100. La situation devenait beaucoup moins bonne vers la fin du dixhuitième siècle. Par la ijarticipaliou de la Hollande à la guerre anglo-américaine, la dette avait été fortement accrue. En 1795, la RépubUque perdit plusieurs de ses provinces et dut payer à la France une rançon de 100 miUions de florins. Les difficultés du temps continuaient à peser sur le Trésor et le forçaient à s'endetter de plus en plus. A l'avénemcnt du roi Louis , les dettes anciennes et nouvelles s'élevaient à 1,200 millions; elles nécessitaient une dépense annuelle de 38 millions d'intérêts, quand l'ensemble de revenu ortUuaire ne s'élevait qu'à 58 millions ! Ou imita la liquidation Ramcl : deux tiers de la dette furent rayés. On les rétablit sous Guillaume l", mais seulement comme dette lUfféréc [ailgestellte] : elle ne portera pas d'intérêts, et une somme de 5 millions seulement passera chaque année dans la dette régulière. L'intérêt de colle-ci est réduit à 2 1/2 p, 100, La révolution de 1830, qui détacha les
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provinces belges , apporta de nouveaux troubles dans les finances des Pays-Bas; en 1836, 11 fut jugé nécessaire d'assigner les colonies comme hypothèque spéciale aux créanciers de l'État. L'arrangement final survenu en 1839, et grâce auquel la Belgique se chargea d'une partie de la dette hollandaise , amena un notable soulagement. Les Pays-Bas profitèrent de la paix ainsi rétablie, pour travailler de nouveau à la consolidation de leur crédit, jadis si bien étabh. Ce but a été complètement atteint par le procédé élémentaire que tant de financiers prétendus pratiques disent encore impossible : en ne faisant pas de nouvelles dettes et en s'apphquant à réduire les dettes anciennes par le remboursement. Durant cette même époque décennale de 1850 à 1860, où presque tous les États du continent ont si largement usé et abusé du crédit, les Pays-Bas au contraire ont amorti une partie de leur dette. En 1846, la dette était encore de 1,231,122,702 florins de capital et demandait un intérêt annuel de 35,787,948 florins; en 1 800, le capital se trouve réduit à 1,057,524,213 florins et l'intérêt annuel à 31,402,675 fl. Les quatre cinquièmes de la dette ne coûtent que 1 1/2 à 2 p. 100 d'intérêts. Le taux de 4 p. 100 est le maximum que payent certaines autres parties de la dette.
A en croire Mac Culloch , ce serait de la Hollande, et par l'intermédiaire de Guillaume 111, que le crédit public se serait introduit en Angleterre. Cela ne veut pas dire qu'antérieurement le Trésor ne se soit pas endetté. Les emprunts étaient connus et pratiqués au delà du détroit bien avant la révolution qui amena le stathouder hollandais sur le trône des Stuarts. Sous Henri VIII notamment , la couronne avait largement exploité son pouvoir d'imposer des emprunts forcés. Edouard VI s'adressait à l'étranger et notamment aux capitalistes hollandais qui lui prêtaient à 14 p. 100. La dette s'accroissait également sous le règne d'Elisabeth; le duc de Buckingham, sous Jacques 1", n'était pas homme à la réduire. Les règnes de Charles l^' et de Charles II amenaient encore de fréquents recours au crédit. Les emprunts se faisant à courts termes et, pour la majeure partie, en tontine, l'amortissement marchait à côté de l'endettement; une partie des anciennes dettes était toujours payée lorsqu'une nouvelle se contractait. Aussi, à Pavénement de Guillaume III, le capital de la dette ne s'élevaitil encore qu'à 064,263 liv. stcri., exigeant un intérêt annuel de 39,855 liv. sterl. A sa mort, le capital de la dette était monté à 15 millions environ; l'intérêt moyen était de 7 p. 100. Elle s'accrut dans des proportions plus fortes sous Anne H, grâce surtout aux frais de la guerre d'Espagne; Anne II laissait une dette de 54 millions, exigeant environ 3,300,000 liv. steri. d'intérêt annuel. Sous le règne pacifique de Georges 1'='", le capital de la dette put être diminué de 2 millions liv. sterl., et l'on put réduire de 8 à 5 p. 100 l'intérêt moyen des emprunts. Une nouvelle conversion, opérée en 1746, devait, en quinze ans, ramener successi-
vement l'intérêt de 5 à 3 p. 100. C'est le taux actuel des consohdés (consols), nom donné, en 1751, à la dette anglaise, après une espèce d'unification des titres. La guerre de 1755 Paugmentait de 68 millions ; elle approchait , en 1762, de la somme de 139 millions. Douze années de paix la diminuèrent de 10 millions; la guerre d'indépendance des colonies américaines vint bientôt la doubler. Le système d'amortissement général, que le docteur Priée réussit à faire adopter, ne put pas fonctionner bien longtemps, grâce aux etTorts immenses que PAngleterre s'imposa bientôt pour soutenir la guerre contre la France. Son crédit en souffrait natureitement, en 1798, elle dut emprunter à 6 1/4 p. 100; en 1802, elle n'obtint que 28 millions efi"ectifs pour 49 millions souscrits : la même perte se reproduisait sur la plupart des emprunts contractés durant les guerres du premier Empire. Quand eHes finh-ent, l'Angleterre se trouvait chargée d'une dette montant à la somme effrayante de 840,850,491 liv. sterl. (21,021,262,275 fr.). Tout en ayant renoncé à l'amortissement systématique et continu, le gouvernement anglais s'est appliqué, depuis 1817, et non sans succès, à réduire et le capital de la dette et la charge d'intérêts. A la veille de la guerre de Crimée , le capital des dettes consolidée et non consolidée s'était trouvé réduit à 771.3 millions etl'intérêt annuel à 27.8 mOlions liv. sterl. Il y eut ensuite une sensible recrudescence ; le chiffre de 800 millions de capital était de nouveau largement dépassé dès l'année 1856. On travailla de nouveau à la réduire. Au commencement de 1861, la detteanglaise se montait à 799,949, 807liv. sterl., dont 15,529,800 liv. sterl. en dette non consolidée ; la charge annuelle d'intérêts et d'administration s'élevait, en 1861, à 26,090,260 liv. sterl., soit une dhninution de 743,2 lOhv. sterl, sur l'année 1860. (Voy. le chiffre actuel au mot Grande-Bretagne, chap. Finances.)
L'ancien régime, en France, empruntait beaucoup et à tous prix; on sait (ooy. Banqueroute publique) la manière expéditive dont parfois il s'acquittait. Un règlement de 1604 parle de rentes créées sous Charles V, en 1375 : les plus anciennes dont fasse mention Phistoire de la France. Sully abaissait arbitrairement les intérêts de la dette et , avec les profusions de la cour et de Padministration , arrêta Pendettement. A sa mort, les anciens désordres reprirent de plus belle. Colbert réduisait de 8 millions les arrérages des rentes; son autorité ne suffisait cependant pas pour empêcher longtemps de nouveaux accroissements de la dette. Les guerres malheureuses qui marquèrent la fin du long règne de Louis XIV, portèrent le désordre financier à son comble; à Pavénement de la Régence, Pensemble des créances sur PÉtat se serait élevé à la somme, écrasante pour cette époque, de 2 milliards. La banqueroute générale, sérieusement discutée, fut repoussée par le Régent; mais les épurations, les visa, la chambre de justice ne valaient pas beaucoup mieux. Les brillantes promesses de Jean Law donnèrent pour un instant un éclat