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inaccoutumé au crédit de l'État; on connaît la débâcle désastreuse à laquelle aboutit cette fortune éphémère. Le règne des Dubarry et l'admiDistraflon des Terray portèrent aux extrêmes limites le désordre financier et contribuèrent grandement à préparer 89. La Révolution eut bien de la peine à s'orienter dans ce chaos de dettes de toutes natures et de toutes provenances. Un règlement du l*^"" août 1793 établissait les arrérages annuels à la somme de 127.8 millions de francs, dont 87.8 millions pour l'ancienne dette consolidée, 17.7 millions pour créances diverses, et 31.3 millions provenant de dédommagements accordés pour charges et offices supprimés. Les nécessités impérieuses d'une guerre où il s'agissait pour la France de vie ou de mort, les fausses maximes économiques qui prédominaient dans toute la politique intérieure de cette époque, amenèrent l'émission désordonnée des assignats : le chiffre nominal de la circulation dépassa, à la fin de 1795, la terrible somme de 45 milliards de francs. Des mesures qui ressemblaient grandement à une banqueroute générale firent disparaître les assignats, quand, de fait, leur dépréciation les avait déjà rendus nuls. {Voy. Papier-monnaie.) La dette proprement dite fut réglée par les lois du 30 septembre 1797 et du 29 janvier 1798. On écarta les créances plus ou moins contestables, notamment toutes les réclamations des émigrés; des dettes dont l'État se reconnaissait débiteur, on remboursait les deux tiers en bons; le dernier tiers fut maintenu comme dette consolidée à inscrire au grand-livre et portant un intérêt fixe de 5 p. 100 l'an. Les bons, qui servirent à rembourser les deux tiers, perdirent 80 p. 100 dès leur émission; le lendemain, ils étaient sans valeur aucune. Les créanciers ne gardèrent donc que le dernier tiers. Cet arrangement, appelé — d'après le ministre des finances qui l'a exécuté — la liquidation Ramel, et officiellement, le tiers consolidé, devint la base de la dette publique en France. La somme des rentes annuelles, inscrites alors au grand-livre, s'élevait à 40,216,000 fr.

Le crédit public, nul au moment de la liquidation (la rente était cotée à 7 p. 100), se releva et se consolida.sérieusement. A l'époque même où la forlune commençait à tourner le dos à Kapoléon I", la rente 5 p. 100 se tenait encore (décembre 1812) au delà de 82. On le voit, IS'apoléon pouvait emprunter à des conditions beaucoup meilleures que n'obtenait bientôt après la Restauration, dont les premiers emprunts se sont faits à 57 francs. Malgré cela, la charge annuelle des intércLs n'a été accrue, de 1798 à 1814, que de 23 millions: la Restauration la trouvait (8 avril 1814) à 63.3 millions. Celle-ci emprunta b:^ancoup. Elle n'était pas toujours libre, à la vérité', de ne pas le faire. Les dettes contractées dans les premières années de la Restauration servaient, en grande partie, à acquitter les arrérages des dernières années de l'Empire et à payer aux puissances étrangères la rançon de la France. Il n'en était plus ainsi, cependant, des dettes contractées

après 1820 : le milliard des émigrés a été fort discuté, et l'expédition d'Espagne était condamnable à tous les points de vue. A sa chute, la branche aînée laissait à la France (l"août 1830) la charge d'une rente active de 164,568,100 fr. Le gouvernement de Juillet ne figure au grandlivre que pour un accroissement d'environ 12 millions, provenant en partie d'emprunts contractés dans des buts productifs. Au 1" mars 1848, la dette active se trouvait ainsi portée à 176,845,367 fr. Durant la seconde République, la dette réelle s'est accrue de prés de 54 millions, bien que les annulations des fonds publics inscrits au compte de la caisse d'amortissement aient allégé la charge annuelle de Fintérôt, qui était, le l^' janvier 1852, inférieure au chiffre du 1^'' mars 1848. Par contre, les accroissements de la rente ont été forts et norabreux sous le deuxième Empire et surtout par suite de la guerre désastreuse de 1870-1871. [Voy., pour les détails, l'article France, chap. Fix.\xces.)

La dette consolidée de FAutriche se place, par Fimportance de son chitTre nominal, immédiatement après ïcs, dettes consolidées de la Grande-Bretagne et de la France. Les guerres que dut soutenirlajeune héritière de Charles VI contre FEurope conjurée pour la dépouiller, et surtout contre Frédéric II, avaient déjà porté de graves perturbations dans les finances de l'empire des Habsbourg. A son avènement, Marie-Thérèse aurait trouvé une dette fondée de 12 millions de florins; quinze ans après, elle était de 118 millions; de nouvelles guerres l'avaient portée, en 1763, à 272 millions. Les troubles intérieurs et la guerre avec la Turquie l'accrurent fortement sous Joseph II. A la mort de Léopold II elle approchait de la somme de 380 millions. Bien autrement fortes devenaient les exigences des guerres du premier Empire , dans lesquelles l'Autriche eut une part si large et où elle joua un rôle si malheureux. Avec une dette fondée qui s'élevait à la somme de 660 millions et exigeait un intérêt annuel de 74 millions, FAutriche se trouvait encore, en 1797, en possession d'un crédit relativement bon; le papier était accepté à Fégal de la monnaie. Il cessait naturellement d'en être ainsi quand, sous la pression de guerres malheureuses , le gouvernement autrichien ne connut plus aucune limite à Faccroissement de la dette consolidée et à Fémission du papier-monnaie. En .1800, la première s'élevait à 690 millions, et l'autre dépassait la somme de 200 millions de florins. Dix ans plus tard, la dette consolidée était bien ramenée à 658.2 millions, mais la dette flottante approchait déjà grandement du milliard qu'elle devait dépasser au commencement de 1811. Kous avons signalé ailleurs (l'oy. Banqueroute publique) les mesures désespérées auxquelles aboutit ce désordre financier; nous y avons dit encore que cette liquidation n'apas arrêté Faccroissement des dettes fondées et Uotlantcs, qu'une nouvelle liquidation dut, cinq ans après, ramener à des proportions relativement limitées. Malgré cette double banqueroute et les nombreuses opérations de cré-

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dit que TAutriclie accomplissait bientôt après, son crédit ne tarda pas à se releA'er sous Tinflucnce de la paix générale, du développement intérieur de l'empire et du concours actif cpie prêtait la Banque au rétablissement de la situation financière et monéfaire. On fit à l'Autriche des conditions relativement favorables dès le lendemain de sa seconde liquidation; après 1830 surtout, son crédit se consolida au point qu'elle put emprunter au-dessus du pair: l'emprunt de 40 millions à 5 p. 100 est contracté, en 1841, au cours de 102; en 1843, un nouvel emprunt 5 p. !00 (de 43.6 millions) se plaçait même à 106. Les événements de 1818-1849 et le régime de réaction dans lequel François-Joseph !«■■ s'est ensuite laissé entraîner, devaient bientôt conduire l'empire autrichien, sous le rapport financier aussi, au bord de l'abime. Il en résultait que, fout en ayant, de 1848 à 1858, doublé les recettes et au delà (315.2 millions en 1858, contre 153.3 millions, en 1847), l'Autriche n'en était pas moins forcée de recourir chaque année au crédit. Après avoir, dans les années 1851 à 1853, emprunté à l'intérieur, emprunté à l'étranger, emprunté sur gages, le gouvernement autrichien profita, en 1 854, de la guerre de Crimée , pour faire la plus vaste opération de crédit que gouvernement ait jamais exécutée. L'emprunt national , dit volontaire, décrété le 20 juillet 1854, devait s'élever à 500 millions de florins (1,250 millions de francs). chLDfre qui jusqu'alors n'avait jamais été demandé en une fois. Des révélations ultérieures ont appris au public que ce chifTre a encore été dépassé de 112 millions environ. La dette fondée, de 804 millions de florins capital nominal au commencement de 1848, la veille de la révolution, dépassait 1,900 miUlons au commencement de 1859, la veille de la guerre d'Italie. Le crédit du gouvernement était ruiné : ni à l'étranger, ni à l'intérieur, il ne put emprunter l'argent réclamé avec tant d'urgence par les besoins de cette guerre. 11 fallait encore une fois recourir aux bons offices de la banque de Vienne qui dut cesser de nouveau ses payements en espèces, suspendus entre 1848 et 1859, et qu'elle avait repris le 1" janvier de celte dernière année. Mais les revers de 1859, en amenant le gouvernement autrichien à changer l'ensemble de sapolitique dans un sens libéral, ont finalement exercé une heureuse influence également sur son crédit. Le régime constitutionnel et la publicité financière le relèvent à vue d'oeil. Le premier rapport (du 4 juin 1860) fourni par la commission spéciale de la dette, créée le 23 décembre 1859, portait l'ensembledeladette consolidée à 2,268,071, 532 florins, exigeant un intérêt annuel de 99,465,9 1 7 florins (le florin = 2 fr. 50 c). Vint ensuite la guerre de 1866 et l'an-angement avec la Hongrie , qu'on trouvera à l'article Autriche-Hongrie.

Les dettes consolidées des Pays-Bas, de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Autriche, présentent ainsi p elles seules un chifl^re de 50 milliards de francs, plus des deux tiers du total de la dette permanente européenne. Nous

serons plus sommaire au sujet de ce dernier tiers, fort divisé, que nous ne l'avons été pour les deux premiers tiers * accumulés sur quelques pays. La dette de la Russie est bien, elle aussi, d'une étendue fort considérable, mais il n'est guère facile d'en fixer avec précision l'étendue pour un pays qui n'a pubhé son premier budget qu'en 1862 ; la confusion des titres de rente et du papier-monnaie , du crédit de l'État et de celui des banques, déroute les investigations de l'économiste, malgré les efforts sérieux que le gouvernement russe fait depuis quelques années pour débrouiller ce chaos. Bien autrement nette et relativement bonne est la situation de la Prusse : la moins obérée parmi les grandes puissances, une partie de ses dettes ont été, d'ailleurs, contractées pour la construction des chemins de fer. C'est la même manie qui, dans les États secondaires et tertiaires de l'Europe , a si fortement accru le montant des dettes pubhques. La Suisse est le seul État qui ne possède presque pas de dettes , tandis que la Turquie eÛe-mème , depuis que le congrès de Paris l'a admise au « concert européen», s'est empressée de copier FOccident sous le rapport du prompt endettement. Un État créé parle même congrès de 1856, les Principautés-Unies, a également tenté la voie de Femprunt. L'Italie, à peine née, a dû recourir à plusieurs reprises au crédit public; elle est parvenue ainsi à doubler en peu d'années le chitTre des dettes réunies des États dont elle a été formée. En mars 1863, elle a réalisé d'un coup un emprunt de 700 millions effectifs. qui accroissait de plus d'un milliard le capital nominal de la dette et la charge correspondante des intérêts. Voyez la situation actuelle au mot Italie. [Voy. aussi les autres États.)

Nous n'avons à nous arrêter ici , où le résultat seul, c'est-à-dire la dette, nous intéresse , ni aux conditions , ni aux modes de ces emprunts si multiples et si divers , au moyen desquels FEurope accroît sa dette; il en est parlé à l'article Emprunt.

On peut, sans risque d'exagérer, porter aujourd'hui le total de la dette consolidée en Europe à 70 milliards, exigeant plus de 3 milliards d'intérêt annuel, et absorbant plus du quart des revenus publics. Encore les estimations respectives embrassent-elles rarement la totalité des frais que cause la dette ; souvent c'est la rente seule qui est portée en ligne de compte. Cette charge ne serait pas trop regrettable, si Fargent provenant des emprunts avait servi à des emplois reproducteurs ; nous avons déjà dit que cela est à peine vrai pour une faible partie. Ce sont les guerres des quinze premières années du dix-neuvième siècle, la pair armée des années postérieures à 1848, enfin les guerres de 186G et 1870, qui ont créé et si étrangement enflé les dettes publiques en Europe. La source du mal étant si patente, le remède est aisé à découvrir. Il n'est pas à supposer que, avec les exigences croissantes que

1. Voy. d'aUlenrs l'article consacré à chaque pays,, au chapitre des finances.

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le développement social impose à l'État , Ion puisse de sitôt arriver à réduire les dépenses civiles; le budget de la guerre, par contre, est partout susceptible des plus larges réductions sans que la sécurité de l'État en souffre et au grand bénéfice du progrès social, politique et économique. Que Ion se figure une partie seulement de l'argent, aiijourd'hui immobilisé dans les mains de l'État débiteur, retournant peu à peu aux créanciers qui seraient forcés de lui chercher un nouveau placement ; la production et la consommation ne ressentiraient-elles pas immédiatement le bienfait de cet accroissement de capital disponible? Qu'une partie de plus en plus considérable des 3 milliards aujourd'hui dépensés en intérêts de la dette, puisse être employéepar l'État en œu^Tes d'utUité publique ou rester aux mains des contribuables pour accroître leurs instruments de travail ou leurs moyens de jouissance; n'y aurait-il pas là de quoi compenser largement et sérieusement les avantages mesquins, fictifs, que les fantaisistes complaisants attribuent à l'existence de grandes dettes publiques?

J. E. HORN

Comparez : Amortissement, Banqueronte publique, Bous du Trésor, Crédit, Emprunt, Papier-Moanale, Bente permanente, Kentes à terme.

DEVOIR. Il a été de mode au dix-huitième siècle , et même un peu au commencement du dix-neuvième, de chercher quels auraient pu être les idées et les sentiments de l'homme . s'il n'avait pas vécu en société. Outre que cette recherche était impossible et n'aboutissait qu'à des hypothèses parfaitement gratuites, elle roulait tout entière sur une erreur. L'homme n'a jamais vécu dans cet état d'isolement; il n'y pourrait pas vivre, il est fait pour la société. Non-seulement il serait malheureux et impuissant sans elle, mais, ce qui est capital en philosophie, il serait inexplicable. S'il y a une vérité qui ressorte évidemment de tout ce qu'il y a en nous de faiblesse et de force, c'est que la nature nous a faits pour être, par excellence, une créature sociable.

Or, quel est le principe fondamental de la société? Est-ce le besoin que nous avons les uns des autres ? Cela revient à demander si une société fondée exclusivement sur le principe de l'intérêt est possible. Assurément si tous les hommes étaient intelligents et sages , et s'ils ne se trompaient jamais sur leurs véritables iûtérêts, la société pourrait se passer de tout autre lien; mais comme rien n'est plus rare qu'un esprit avisé et une volonté maîtresse d'elle-même, il est certain que, si nous étions réduits au calcul des intérêts , l'état de guerre serait permanent parmi nous. Ce qui empêche l'état de gueiTe, ou, en d'autres termes, ce qui rend la société possible, c'est l'existence de certaines obligations auxquelles nous sommes tenus les uns envers les autres. 11 y a entre la notion de société et celle d'obligation un rapport d'identité, parce que la société et l'obligation se supposent l'une l'autre, et ne peuvent exister l'une sans l'autre.

Les obligations réciproques par lesquelles la société subsiste, peuvent être conçues comme résultant seulement de la force, ou d'un contrat social, ou de la justice. Mais en y réfléchissant, il est clair qu'elles ne résultent que de la justice. Dii'ons-nous qu'elles ont pour fondement la force? Convenons d'abord que, s'il n'y avait pas de justice, il serait très-heureux pour les hommes d'être soumis à la force ; car une société, même oppressive et cruelle, est préférable pour eux à l'absence de société. Mais quelle serait cette société fondée sur la force, c'est-à-dire sur un principe inintelligent ? Elle ne serait ni régulière ni viable, car il est de l'essence de la force de se déplacer. Elle peut se mettre au service de l'ordre , mais par ellemême et à elle seule, elle ne saurait l'engendrer. Il en est de même du contrat social, c'est une hypothèse qui n'est admissible qu'à la condition d'être réglée et gouvernée par un principe supérieur; car si le contrat n'a pour base que l'intérêt, aucun législateur n'aura assez de prévoyance pour le rédiger, et aucun malfaiteur assez de simplicité pour s'y soumettre. Concluons que l'humanité n'est pas intelUgible sans la société, la société sans l'obligation, ni l'obhgation sans la justice.

Il suit de là que la justice n'est pas une création humaine. En effet, elle ne saurait résulter de la société, puisque c'est d'elle que la société résulte. Quand nous prenons, avec intelligence et fermeté, la résolution de penser par nousmêmes, et de rejeter tout ce qui s'est introduit dans notre esprit sans que nous puissions en vérifier personnellement la légitimité et la solidité, nous trompons certes beaucoup d'idées qu'il nous est aisé de bannir de notre entendement comme deshôtes inutiles ou dangereux; d'autres , qui paraissaient certaines , ne sont plus que probables ou douteuses après l'examen; mais il y en a aussi, et la justice est de ce nombre, qui résistent à tous nos efforts, et sur lesquelles, quoi que nous fassions, le scepticisme ne peut mordre. Non-seulement nous ne pouvons les réfuter, mais nous ne pouvons les écarter. Leur empire sur nous est absolu. Ces idées sont de diverses sortes, car les unes ont trait à la physique , comme par exemple le principe de causalité sans lequel on ne peut comprendre le mouvement, d'autres à la logique, comme le principe d'identité, sans lequel on ne peut raisonner , et d'autres à la morale, comme le principe de la justice. U est également impossible de croire qu'un mouvement puisse commencer, sans une cause qui le détermine, ou qu'un homme puisse commettre un assassinat pour cacher un vol, sans se rendre criminel. U faut admettre , au même titre, cette double impossibiUté . ou renoncer à la raison. Ainsi, la justice est deux fois vraie, deux fois nécessaire; d'abord, pour que la société existe , et ensuite pour que l'homme pense. C'est par elle que nous sommes des êtres sociables et des êtres raisonnables.

La justice gouverne le monde de la liberté, comme le principe de causalité gouverne le monde de la fatalité. Or, au point do vue de

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