DICTATEUR
la couronne des enfants de France est un cercle surmonté de huit fleurs de lis; celle des princes du sang est semblable.
La couronne ducale est un cercle à huit grands fleurons refendus.
La couronne de marquis est de quatre fleurons et de trois perles en manière de trèfle , entre chaque fleuron.
La couronne de comte est un cercle d'or, à seize grosses perles au-dessus.
La couronne de vicomte est un cercle d'or, à quatre grosses perles au-dessus.
La couronne de baron est un cercle sur lequel se trouvent, en six espaces égaux, des rangs de perles , trois cà trois en bande.
Nous mentionnons pour mémoire seulement, car cette dignité et ce titre n'existent plus , la couronne des vidâmes, formée d'un cercle sur lequel sont quatre croix pattées, pour désigner qu'ils ont été établis pour soutenir les droits de l'Église.
Quelles qu'aient été les révolutions politiques, la forme de ces diverses couronnes n'a point changé à l'égard de la noblesse; la couronne du souverain et celle des princes de sa famille ont, seules, subi des modiflcations.
Le souverain pontife porte une triple couronne, nommée tiare. Cette tiare n'avait d'abord qu'une seule couronne ; Bouiface VIII y en ajouta une seconde, et Benoît XII, une troisième. Ce triple diadème indique la triple autorité du pape, comme le chef de l'Église, évêque de Rome et souverain temporel de ses États. Il n'est pas probable que la perte des États fera réduire la tiare d'une couronne. D'ailleurs, par la situation qui lui a été faite après 1870, le pape reste souverain , c'est-à-dire indépendant de toute autorité, bien qu'il ne possède plus aucun territoire. (Vo//. Tiare.)
Nous dépasserions de beaucoup les bornes de ce travail, si nous voulions parler de toutes les sortes de couronnes dont les anciens se sont servis, et de leurs différents usages. Si tous les mérites, surtout le mérite militaire , ont eu des couronnes; si la famille les tressait aux jours de ses joies comme aux jours de ses douleurs, le fanatisme païen nous les montre aussi couvertes du sang des victimes humaines ou souillées de débauches. Le christianisme a consacré par de purs symboles et de respectueuses croyances , cet emploi des couronnes en dehors de l'idée de pouvoir et de juridiction. La jeune fille allant à l'autel y recevoir un époux, met à son front une couronne blanche, symbole de son innocence et de sa chasteté... Sur la tombe de ceux que nous avons aimés, nous mettons une couronne d'immortelles, symbole de nos regrets! — Les premiers travaux de l'enfance sont récompensés de la couronne de laurier; il sufllt de rappeler ce souvenir pour faire naitre les plus douces émotions ! Il est beau et touchant de donner le signe de la valeur et de la victoire aux jeunes athlètes de la science et du travail! Henry Lege.w.
Comp.\i:ez : Couronne, Main de justice, Sceptre, Tiare , Troue.
DICTATEUR. Le mot vient du latin comme nous vient des Romains la chose qu'il représente. Le dictateur était un magistrat que l'on nommait pour faire face à une situation exceptionnelle et qui, au lieu de recevoir son investiture du peuple comme les consuls, était désigné par l'un des consuls sur la demande du sénat. Le dictateur avait les pouvoirs les plus étendus et on ne lui donnait pas de collègues, aûn qu'il pût agir en toute liberté. Il pouvait disposer de la liberté, des biens et de la vie de tous les citoyens, mais il lui fallait l'autorisation du sénat et l'ordre du peuple pour dépenser les revenus publics. La durée légale de la dictature était fixée à six mois, mais le dictateur abdiquait souvent lorsque avait disparu le danger auquel il avait mission de faire face. Ainsi quelques-uns, comme Gincinnatus, n'exercèrent la dictature que pendant quinze jours; d'autres, comme Q. Servilius, ne la conservèrent qu'une semaine. Le dictateur ne pouvait sortir de l'Italie sans perdre immédiatement ses droits. Depuis l'installation des tribuns, la dictature était une arme que le sénat employait pour se défendre contre le peuple, et quand Sylla fut investi de cette magistrature, elle n'avait pas été exercée depuis près de 120 ans.
On ne trouve point dans les constitutions modernes cette dictature légale ; toutes les dictatures qui ont été instituées depuis la chute de Rome ont été des dictatures de fait qu'il faut bien se garder de confondre avec la magistrature antique. C'est ordinairement dans les temps de troubles et pendant les périodes révolutionnaires que le peuple, fatigué des luttes, se réfugie dans une dictature, et les démagogues sont les premiers à la proposer comme le souverain remède.
Les opinions sont encore partagées sur l'utilité que peut avoir la dictature à certains moments et pour parer à des difficultés exceptionnelles: il faut donc faire connaître les arguments que l'on produit pour et contre. Montesquieu a dit à propos de la dictature : « L'usage des peuples les plus libres qui aient jamais été sur la terre me fait croire qu'il y a des cas où il faut mettre, pour un moment, un voile sur la liberté, comme on cache les statues des dieux. » Cette pensée résume d'une façon fort exacte et assez précise l'opinion des partisans de la dictature. En principe , ils admettent la nécessité de la liberté et l'indépendance des intérêts individuels; mais, en fait, ils proclament qu'à certains instants de crise ou de démoralisation, il faut que la société, se repliant en quelque sorte sur elle-même, se personnifie dans un homme ou dans un groupe énergique et moral. Une fois la société sauvée, moralisée, régénérée, les discordes éteintes, l'esprit public reconstitué, l'homme ou le groupe se démettra et l'on sortira du fait pour rentrer dans le droit. Un gouvernement ordinaire, tiraillé par les partis, préoccupé de sa conservation, influencé par le milieu vicié, eût été impuissant et la liberté n'eût point trouvé les solides assises qui lui sont nécessaires pour être durable; tandis que le dictateur, dégagé
DICTATEUR. — DIÈTES. DIETINES.
de toute influence, sûr de son lendemain, n'obéira qu'à sa conscience sans être embarrassé de formalités puériles ou des mesquines réclamations des petits intérêts. Comme le commandant du navire laisse son pouvoir pour quelques instants au pilote expérimenté , la nation doit, aux heures du danger, laisser une main ferme et habile la conduire vers le port. Cette opinion sur la dictature est partagée par un grand nombre de socialistes modernes et par toute la démagogie.
Les adversaires de la dictature font remarquer d'abord une difficulté pratique: le choix du dictateur. Si , en effet, on ne veut de dictateur que pour une société démoralisée ou agitée , n'est-il pas à craindre que le dictateur ne vaille pas mieux que le milieu par lequel il est investi? Logiquement, cela doit être, carie scrutin ne donne qu'une moyenne de l'opinion, de la moralité et du savoir des votants. Dans ce premier cas, la dictature irait contre son but, puisqu'en voulant se jeter dans les bras d'un sauveur, on se serait seulement donné un maître. Mais on va plus loin : l'on admet l'hypothèse d'un dictateur vertueux dont le seul but est «d'imposer la vertu par la terreur «, suivant l'expression consacrée , et l'on dit que le dictateur deviendra forcément un tyran, tandis que la société, loin de se moraliser, ira s'avilissant de plus en plus chaque jour. Le dictateur deviendra un tyran, parce que, si vertueux qu'on le suppose, il est homme, et que tout homme qui prend l'habitude de ne compter avec aucun obstacle , de ne s'imposer aucune contrainte, de briser ce qui l'arrête, arrive à une exaltation de volonté qui est sa propre ruine. La seconde raison, c'est que le dictateur gouvernant seul est un dictateur chimérique , tandis que le dictateur véritable est entouré nécessairement d'une coterie qui le flatte, l'adule, le surexcite, le perd, d'autant plus promptement qu'aucune contradiction, aucun avertissement ne vient faire contre-poids aux approbations. La vertu même du dictateur est uu danger pour lui, en ce sens qu'elle lui sert d'excuse à ses propres yeux en même temps qu'elle sert de masque aux passions de ceux qui l'entourent. Quand le dictateur s'est ainsi démoralisé, il y aurait un remède si la société régénérée pouvait lui enlever le pouvoir. Mais, de son coté, le milieu, loin de s'améliorer, s'est avili. Sous l'influence de la servitude , l'esprit public a complètement (.lisparu; chacun a pris l'habitude de considérer la chose publique comme lui étant étrangère, et l'opposition à la volonté du dictateur comme une révolte insensée; d'un faisceau de volontés on a fait un amas d'intérêts et d'appétits sans lien et sans ressort. Cette masse méritct-elle la liberté et pourrait-elle en faire usage? Si elle y était impropre au moment où le ilictateur s'est établi, ne l'est-elle'pas davantage, et si le dictateur a trouvé daus rairaissemcnt général une raison sulfisante de prendre le pouvoir, n'en trouvcra-t-il pas de semblables et de meilleures pour le conserver? lia moins envie de donner la liberté, parce qu'il n'a plus
le tempérament des gouvernements réguliers; on a moins envie de l'avoir, parce qu'on a pris l'habitude de s'en passer. Nul souci de céder, d'un côté , nulle velléité de revendiquer , de l'autre, voilà la fin. Rousseau a résumé celte opinion en ces termes : « Aussi n'est-ce pas le danger de l'abus, mais celui de l'aviUssement qui me fait blâmer l'usage indiscret de cette magistrature. »
Entre ces arguments pour et contre, nous ne pensons pas que l'hésitation soit permise , et nous croyons que pour préparer un peuple à la liberté, le meilleur moyen, c'est de la lui donner. C'est à la rude école de l'expérience que se forme le tempérament physique des individus, et c'est à cette môme école que se forme le tempérament moral et intellectuel des peuples. Laissons donc une sorte de dictature morale, que le peuple ne leur conteste point, aux esprits sages et éclairés : mais le fussentils dix fois plus, ne les exposons pas au danger d'une tentation trop grande et n'oublions pas que la première règle en poUtique, c'est qu'un pouvoir ne se contient que s'il est contenu. Clément Duverxois.
Comparez: Anarchie, Coup d'Etat, Démagogiç, Despotisme, Gouvernement provisoire, Kaison d'Etat, Salut public, Tyrannie.
DIÈTES. DIETINES. Les diètes sont des assemblées politiques dans lesquelles se réunissent les divers états ou ordres d'un même pays , pour déhbérer sur les affaires de leur compétence. — L'Allemagne, la Pologne, la Suisse et la Suède, ont spécialement donné ce nom à leurs Assemblées. — La Pologne divisait ses diètes en diétines ante-comitiales ou d'instruction, et en diétines post-comitiales ou de relation.
Ces pays ayant des formes de gouvernement très-diff'érentes, nous ne pouvons les confondre dans une môme étude; nous dirons donc ce qu'était la diète de chacune d'elles eu particuher.
Diète d'Allemagne. Du temps de l'empire germanique, la diète fut réunie, dans le principe, selon le bon plaisir de l'empereur seul; plus tard , le consentement des électeurs lui devint nécessaire, et enfin les capitulations lui imposèrent l'obligtiUon de convoquer la diète au moins tous les dix ans. Sous le régime féodal, tous les nobles dont les possessions relevaient directement de Pempereur, prenaient part aux délibérations; en 1500, Maximilien P'' leur enleva ce droit. Les comtes le reprirent pourtant en se soumettant à la forme du suffrai:c collectif. — Jusqu'à ce que la diète fiit divisée en collèges, ses délibérations furent à peu près le seul fait des grands et de la noblesse , mais il en fut autrement à partir de l'assemblée de Nuremberg tenue par Frédéric III, en 1467. — Ces collèges étaient au nombre de trois : le collège [o\\ chambre) des électeurs, le collège des princes et le collège des villes impériales. — Après les droits exclusifs que le collège des électeurs s'attribua arbitrairement, le traité de Westphalie vint lixcr, en les déterminant, les
DIÈTES. DIETINES.
droits de la diète, comme ceux de l'empereur, dont le pouvoir était à ce moment presque illusoire, par suite de l'influence que l'Autriche et la Prusse avaient prise sur les petites principautés. Plus tard, de 1815 à 18GG, végéta la Confédération germanique , pour laquelle une nouvelle diète fut instituée; enGn l'empire allemand {voy.) créé en 1871, a un Reichstag, le parlement prussien s'appelant Landtag, mots qui pourraient être traduits Pun et Pautre par diète.
Diète de Pologne. Alors même que les rois de Pologne exerçaient le pouvoir absolu, ils consultaient, sur les affaires iuiportantes , les grands qui formaient, pour ainsi dire, leur sénat. A la diète de Gheucinq, en 1331, Ladislas le Nain convoqua la noblesse entière; depuis cette époque, les nobles neutralisèrent Pautorité des grands. A mesure que les lumières faisaient plus de progrès, la réunion de la diète devenait plus fréquente, mais la convocation en était faite selon le bon plaisir du roi, et elle n'avait aucune forme régulière. La noblesse s'y rendait en masse , discutait à cheval, et se séparait au bout de quelques jours. La loi de 1468 ayant déterminé la forme des diètes, c'est alors que les diétines prirent naissance. Deux députés devant représenter chaque district, à la diète , après avoir reçu les instructions de leurs mandataires , il y eut des assemblées de toute la noblesse de chaque district, et ces assemblées prirent le nom de diétines ante-comitiales ou d'instruction. Les opérations de la diète terminées, les députés en rendaient compte à leurs mandataires, dans des réunions ou diétines post-comiliales ou de relation.
Après Pextinction de la dynastie des Jagellons, le gouvernement éprouva de profondes modiûcations. Les pacta conventa , imposés en 1573 à Henri de Valois , mettent tous les hauts pouvoirs aux mains de la diète, fixent les époques et les lieux des sessions, comme aussi la durée de chaque session. Malgré le consentement unanime , déclaré nécessaire pour valider les décisions de la diète, elle délibéra à la majorité des voix jusqu'en 1651. Sycinski, député d'Upita, donna alors le premier exemple du liberum veto annulant, par sa protestation, toute délibération prise et à prendre. Cet abus, toléré d'abord, fut reconnu constitutionnellement en 1718, et mit pour ainsi dire le pays à la merci d'un seul homme. Aussi , vit-on souvent les rfié^es rompues par un ve^o lancé avant Pouverture même de la session. Il arriva aussi que l'auteur du veto, provoqué en champ clos, emportait son opposition dans la tombe et rendait par là toute liberté d'action aux députés. Le liberum veto fut enfin aboli par la diète constitutionnelle, qui dura quatre ans, de 1788 à 1792, et qui donna à la Pologne la sage constitution du 3 mai. — Lorsque la monarchie devint élective , il y eut les diètes de co)i vocation, qui avaient eu lieu après la mort du roi, afin de pourvoir à îa tranquillité publique pendant l'interrègne et de fixer l'époque de l'élection. Aux diètes d'élection , toute la noblesse
participait en masse, en vertu d'une motion faite en 1573 par Jean Zamoyski.
Diète helvétique. Liés par un pacte fédéral , les huit premiers cantons suisses envoyaient , de temps à autre, leurs députés respectifs dans un endroit convenu, pour se consulter sur leurs intérêts mutuels. Ces assemblées, qui datent de 1481, paraissent être Porigine de la diète helvétique. Les cantons fédérés augmentant et avec eux la puissance de la confédération, ces assemblées devinrent plus nécessaires et plus fréquentes. Il fut décidé alors que la diète se tiendrait tous les ans. Le canton de Zurich avait le droit Je convocation et son premier député était président de la diète. La durée de la session était d'un mois et le lieu de réunion fixé à Baden, dans PArgo vie ; en 17 12 il fut transféré à Frauenfeld en Thurgovie. Chaque canton envoyait deux députés dont les délibérations portaient sur les différends arrivés entre les cantons , ou entre eux et leurs alliés, et sur les mesures propres à garantir le pacte fédéral. La diète s'occupait ensuite des comptes des bailliages et prononçait sur les appels formés tant au civil qu'au criminel. Chaque canton conservait son autonomie pour son administration intérieure, mais la diète centrahsait les pouvoirs vis-à-vis des puissances étrangères.
La diète helvétique offrait, à cette époque, un singulier contraste: admirée, à l'extérieur, pour sa simphcité , sa droiture de jugement, et Péquité qu'elle mettait dans ses rapports avec les États étrangers, elle était, en dedans, déchirée par les petites haines, les jalousies de voisinage, une sourde rivalité et la méfiance mutuelle de ses membres. Elle était par là impuissante à remédier aux vices de la constitution. Le pacte fédéral marchait à sa dissolution; la Révolution française le fit tomber. La désertion de la diète réunie à Arau, en 1797, mit la France dans le cas de briser la confédération pour former la RépubHque helvétique. Les deux chambres remplacèrent alors la diète, mais dans un sentiment d'antagonisme au nouveau gouvernement. Une lutte sanglante allait avoir lieu pour le rétablissement du pacte fédéral, lorsque Napoléon intervint comme médiateur et fit de la Suisse un État fédéré. La diète fut rétablie en vertu de la constitution du 19 février 1803. Elle s'assemblait tous les ans au mois de juin, alternativement dans chacun des chefs -lieux des cinq cantons directeurs, et la session durait un mois. Chaque canton y envoyait un député; mais Berne, Zurich, Yaud, l'Argovie, les Grisons et Saint-Gall, jouissant du double vote, il y avait vingt-cinq voix à recueillir. Tous les hauts pouvoirs étaient aux mains de la diète, qui n'inspira guère ses délibérations que de la pensée du puissant médiateur qui l'avait rétabhe. Le congrès de Vienne confirma le nouveau pacte fédéral fait par la Suisse en 1815, et laissa les mêmes attributions à la diète. Elle s'assemblait le premier lundi du mois de juin et se composait de vingt - quatre députés. Depuis, de profondes modifications ont eu lieu, et Pétat actuel se trouve au mot Suisse.