‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 327 sur 557 · DIMANCHES ET FETES · texte numérisé non relu

DIMANCHES ET FETES

distinction du spirituel et du temporel : ils ne s'étonnent pas de voir l'État entrer dans des questions de conscience individuelle.

On ne peut nier que, dans les considérants de la loi américaine qui interdit le travail du dimanche, figurent, à côté de raisons religieuses, des motifs d'ordre hygiénique ou social; que d'autre part , les partisans de l'observation légale , jaloux de réunir le plus de raisons possible, ont mêlé aune discussion juridique des considérations religieuses , morales , hygiéniques, artistiques même, qui ont leur valeur, mais qui ne sauraient contraindre l'État à sortir de son rôle. Les raisons tirées de la religion ont leur mode de persuasion spéciale à laquelle la loi civile ne peut rien ajouter, et qui sont d'ailleurs déplacées dans la bouche du législateur d'un pays où l'Église et l'État sont complètement séparés.

Proudhon a écrit un livre étrange, éclatant et confus, de la Célébratioji du dimanche, où il réunit toutes sortes de considérations pour recommander non-seulement le repos , mais la célébration du dimanche. 11 décrit en traits de feu la vie dominicale des ouvriers et des paysans, les uns livrés à un travail sans relâche , les autres , à des plaisirs grossiers , à une oisiveté pesante. 11 admire l'haj'monie du septême qui avait fixé le repos au septième jour, et qui ennoblissait l'inaction par des cérémonies religieuses.

Proudhon, dominé par sou érudition biblique, ne voit en tout cela que Moïse et le jubilé. Il est prouvé au contraire que presque tous les peuples ont connu , de temps immémorial , l'institution de la semaine. Cette uniformité ne donne d'ailleurs que plus de force à l'observation de Proudhon sur la profonde raison physiologique du repos du septième jour : distance si naturelle qu'on n'a pu l'étendre ou la diminuer sans danger. Et Proudhon a raison de le dire, institution n'a pas toute sa valeur si le jour consacré n'est ennobli par la religion, la famille, l'étude ou les arts.

Cette sanctification est entièrement au choix des individus! : elle dépend de leur degré de culture. Ce qui dépend de la nature même, c'est la nécessité du repos. On lit dans le rapport de M. Amédée Thayer au Sénat, en 1863 :

« On entend dire : Mais l'ouvrier qui a une famille nombreuse est obligé de travailler sans un seul jour de repos; ou bien encore : On mange tous les jours, il faut donc travailler tous les jours. Depuis quand donc cette nécessité a-t-elle surgi? Comment se fait -il qu'elle n'existerait qu'eu France?

« 11 est impossible qu'un homme puisse travailler 365 jours de suite sans interruption; ceux qui mettent en avant cette théorie seraient promptement désabusés si on les obligeait à l'expérimenter sur eux-mêmes.

« On fait reposer les machines, le travail des locomotives est réglé, on sait exactement le nombre de kilomètres qu'elles peuvent parcourir, on en change comme on changeait de chevaux , et l'on nierait la nécessité de faire reposer la machine humaine! Ceux qui ont

voulu se livrer à un travail continu , soit intellectuel, soit manuel, ont chèrement payé ces excès.

(I Aussi ce travail sans trêve ni repos est-il resté à l'état de théorie. Le lundi passé en cabaret a pris la place du dimanche passé en famille. »

Il est du reste reconnu aujourd'hui par la plupart des chefs d'industrie que l'inobservation du repos hebdomadaire n'accroît nullement la production. Il n'est pas douteux d'ailleurs que, cet avantage fût-il réalisé, le bon sens prescrirait aux ouvriers de ne pas se prêter, aux dépens de leur santé et de leur liberté, à la fantaisie du travail à outrance.

Si le repos hebdomadaire est reconnu nécessaire , il n'en est pas de même des autres jours fériés. Sous Pancien régime il en existait en France , outre les dimanches , quatre-vingtdeux.

« Ce sont sans doute les cabaretiers, dit Voltaire, qui ont inventé ce prodigieux nombre de fêtes : la religion des paysans consiste à s'enivrer le jour d'un saint qu'ils ne connaissent que par ce culte. C'est dans ces jours d'oisiveté et de débauche que se commettent fous les crimes : ce sont les fêtes qui remplissent les prisons, qui font vivre les archers, les greffiers, les heutenants criminels et les bourreaux. Voici parmi nous la seule excuse des fêtes : les champs cathohques sont à peine cultivés, tandis que les campagnes hérétiques , labourées tous les jours, produisent de riches moissons. C'est le travail qui est nécessaire; il y a plus, c'est lui qui sanctifie. « [Dictionnaire philosophique.)

On lit dans J. B. Say : « Les jours où le repos est imposé, soit par des lois, soit par des usages qu'on n'ose enfreindre , sont des contributions dont il n'entre pas la moindre parcelle dans le trésor de PÉlat. » Cependant on ne peut nier que les dépenses n'alimentent les contributions indirectes. J. B. Say veut dire sans doute que le repos même est une contribution, parce que la production s'en trouve arrêtée : idée évidemment fausse, puisque le repos n'est pas moins nécessaire au travail que le travail lui-même ne l'est à la production. Quant à la proportion du repos et du travail, elle est fort rationnellement déterminée par la semaine , et pour le nombre des autres fêtes, c'est une question de mesure. 11 ne faut certainement pas prendre comme jours de repos tous les jours fériés des anciens'. A Rome, les tribunaux vaquaient les jours de marché ; le jour était dit néfaste : il n'y avait pas assemblée parce qu'il y avait marché.

Les fériés d'été n'étaient pas, d'ailleurs, des. jours de repos; les propriétaires allaient aux clianips faire les récoltes.

Nos lois, spécialement celles de Pan YI et de 1814, exceptent toujours les semailles et la^ moisson des travaux prohibés.

Qitijietiam fcstis quœdam crercere diebiis Fat et Jura sinent.... (Virg., Géorg. , 1,270.)-

Page 1