‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 328 sur 557 · DIMANCHES ET FÊTES. — DIME · texte numérisé non relu

DIMANCHES ET FÊTES. — DIME

«Quand la religion, dit encore Montesquieu, ordonne la cessation du travail, elle doit avoir égard aux besoins des hommes , plus qu'à la grandeur de l'Être qu'elle honore.» (Esprit des lois, liv. XXIV, ch. xxiii.)

Nous conclurons que si en France la conception rationnelle de l'État s'oppose à toute coercition ayant pour objet d'assurer le repos du dimanche; si l'abrogation de la Charte de 1814 entraîne l'abrogation de la loi spéciale de la même année ; si, d'autre part, les États qui admettent en cette matière l'intervention de la loi civile n'ont pas tiré toutes les conséquences du principe de la liberté de conscience, en fait le repos, pour l'individu et la société, du dimanche est un véritable bienfait'. Jacques de Boisjoslin.

Comparez : Fêtes nationales.

DIME. La dime est un impôt, du dixième environ des récoltes, qui, jusqu'à la Révolution française., a été perçu, en nature, par le clergé français et qui l'est encore en certains pays, et par exemple en Angleterre.

C'est dans la Bible qu'on a trouvé le fondement de cet impôt. On voit, en effet , qu'Abraham donne la dixième partie de son butin à Melchisédech [Genèse^ xiv, 20) et que Jacob, partant pour la Mésopotamie, la promet à Dieu (Genèse, xxviii, 22). Mais il n'y a pas, à vrai dire, de société fondée au temps des patriarches, et ces offrandes du chef de famille n'ont pas le caractère politique d'un impôt établi par une loi. Avec Moïse , la dime devient un impôt véritable , institué légalement au profit des ministres des autels [voy. l'Exode, xxii; le Lévitique, xxviii, et les i\omb7-es, xvui et xxx), et elle prend place sans ditTiculté parmi les institutions fondamentales de l'État qui s'organise tout d'un coup, à la voix d'un homme et au nom de Dieu.

Après la venue du Christ et la fondation de l'Église universelle , la dime fut pendant longtemps le seul revenu des prêtres , mais elle était alors redevenue une offrande naturelle dont la quotité n'était déterminée nulle part, et encore ne la voit -on en usage qu'après la période de communisme par laquelle le christianisme passa d'abord. Saint Augustin la demande aux fidèles , mais sans l'exiger d'eux.

On ignore quand l'usage s'établit généralement de payer les dîmes aux églises, mais c'est avec Pépin et Charlemagne que le payement de la dime devient, dans l'Occident, une institution civile. Les conciles avaient invoqué vainement l'exemple d'Abraham et le texte de Moïse; il fallut que l'empereur, couronné à Rome par le pape , dotât le clergé de l'empire par une loi générale et n'exemptât pas même ses terres de l'impôt qu'il établissait.

Son grand-père , Charles-Martel , avait agi dans un bien autre esprit. Chef des guerriers,

1. L'académie des sciences morales et politiques a ouvert im concours sur le repos dominical. Le prix a été décorné en 1873 et les mémoires seront sans doute imprimés. {Voy. le Rapport de M. Baudrillart, rapporteur.)

il avait partagé à ses compagnons une partie des vieilles dîmes que la piété des fidèles avait accordées aux égUses et aux abbayes naissantes. C'est ce qu'on appela depuis les dîmes inféodées, c'est-à-dire données en fiefs à des laïques et possédées héréditairement par leurs familles. Ces dîmes inféodées ne pouvaient être vendues sans l'autorisation du donataire , et, lorsqu'elles étaient mises en vente, l'église ou l'abbaye qui les avait perdues avait le droit de les racheter avant tout autre acquéreur. Charlemagne eût voulu supprùner ces inféodations, mais il mourut sans l'avoir fait. Sous ses faibles successeurs, le clergé montra bientôt des prétentions nouvelles. La dîme avait été établie sur les grains; elle le fut sur le bétail. Le concile d'Arles, en 813, avait demandé qu'on la fit payer à l'ouvrier , sur son salaire , et au marchand, sur ses bénéfices; le concile de Trosly, en Soissonnais , l'exigea du soldat lui - même, et les moines s'arrangèrent pour obtenir partout les mêmes profits que les évêques. Enfin, sous le second roi de la troisième race, l'Église obtint que les dîmes inféodées lui seraient rendues; mais, quand il fallut décider qui les aurait, des évéques ou des moines, la discorde envahit l'assemblée sainte, et bientôt le sang coula. Seguin, l'archevêque de Sens, eut le dos ouvert d'un coup de hache, et l'épiscopat fut vaincu par les cohortes monacales.

En somme, il y eut jusqu'à la Révolution des dîmes ecclésiastiques transformées en fiefs héréditaires. Quant à la régularisation du payement des dîmes, quelles qu'elles fussent, ce n'est qu'à la longue qu'elle s'opéra. Pendant des siècles, il y eut, suivant les temps et les lieux, mille tentatives faites pour en secouer le fardeau; mais enfin, de gré ou de force, et en la plupart des cas à la suite de quelque compromis, les lois de Charlemagne, « ouvrage de nécessité et non de superstition », comme le remarque Montesquieu , finirent par ne plus rencontrer d'opposition. Les peuples n'avaient consenti d'abord à payer les dîmes qu'à la condition de les pouvoir racheter, mais il fut plus tard interdit de réclamer le droit de rachat.

Les dîmes , une fois définitivement constituées comme impôt , se divisaient en dîmes 1-éelles , personnelles ou mixtes. Les dîmes réelles se prélevaient sur les produits des champs; les dîmes personnelles, sur les salaires ou sur les bénéfices ; et les dîmes mixtes, sur les biens qui dépendaient à la fois de la nature et de l'homme, comme les bergeries, les pêcheries.

On appelait « dîmes anciennes » celles qui n'étaient pas contestées, «dîmes solites» celles qui se prélevaient depuis au moins quarante ans, «dîmes insolites ou nouvelles», celles qui n'étaient exigées que depuis une époque récente. D'autres qualifications encore étaient données aux dîmes. On les disait «grosses», quand elles pesaient sur la principale récolte d'un terroir, «vertes», lorsqu'elles se demandaient sur les légumes ou les herbages, Sur les viviers, c'était la «dîme des poissons».

Page 1