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DIME

DIPLOMATIE

estimée officiellement, en 1789, à la somme de 133 millions, et de 123 millions de livres, si l'on en distingue 10 millions de dîmes inféodées. Cela ferait aujourd'hui au moins 250 millions de francs. Arthur Young- dit qu'alors ce n'était guère à plus du douzième qu"il fallait porter le chiflfre moyen de la perception des dîmes; il ajoute que les cultures nouvelles n'y étaient pas assujetties, par exemple, les pommes de terre, les grandes plantations de choux, les ensemencements de trèfle; mais aussi le clergé s'opposait-il de toutes ses forces à ce que les cultures fussent changées et voulait-il faire condamner à l'immohinté le travail et les récoltes des champs. Là où il avait droit de lever la dîme du seigle, il fallait faire du seigle indéfiniment ; là où il avait droit de la lever sur le blé , il fallait faire du blé , et en faire toujours, ou laisser le sol en jachère. Sinon, les assignations ne tardaient pas. Quelle agriculture que celle qui subissait de telles entraves!

Mais la contrainte n'était pas le seul mal subi par les campagnes. L'essence même de l'impôt de la dime , levée sur un produit brut et non sur le produit net, c'est l'injustice. Il parait équitable parce qu'il oblige tout le monde, et il n'y en a pas de plus inique parce qu'il ne tient compte ni de la valeur inégale du sol , ni du travail inégal, ni des inégales dépenses du cultivateur, et qu'il- prend ainsi à l'un le cinquième de son revenu réel, à l'autre le tiers, à l'autre la moitié, à l'autre quelquefois le tout. Tous les économistes sont d'accord pour le condamner. J. B. Say l'a fait avec sa clarté ordinaire et Ricardo avec la subtilité de son système, appliqué surtout à l'Angleterre.

La dime a été , eu effet , un impôt universel que n'ont pas secoué tous les peuples en se séparant de l'Église de Rome. C'est même en Italie que la dime a toujours été perçue le moins rigoureusement, et en Angleterre qu'elle l'a été le plus. On l'y lève, en effet, sur les récoltes annuelles des champs , sur le bétail , la laine , le lait , les œufs , et sur les revenus nets du travail et du commerce. Il n'y a guère d'exempts que les produits des mines et carrières , et en partie , le gibier.

Autrefois, toutes les terres anglaises, sauf le domaine de la couronne, étaient assujetties à la dîme. A présent , les trois huitièmes environ sont exemptés, par suite de compositions plus ou moins auciennes. La répartition du revenu des dimes favorise singulièrement les évêques et un certain nombre de gros bénéficiers, comme en France l'étaient les curés primitifs , et à peu près pour les mêmes raisons. Ce qui ajoute encore à l'inégalité de la répartition des dimes entre les membres du clergé anglais, c'est que, lorsque Henri VIII fit changer de religion à son peuple et supprima les monastères , il donna leurs biens à des laïques , par une sorte d'inféodation , et que ces laïques n'eurent d'autre charge que d'entretenir un desservant dans la paroisse, ce qu'ils firent et ce que leurs héritiers font au plus bas prix possible.

On estime qne, pour le royaume d'Angleterre proprement dit et la principauté de Galles, les dîmes ecclésiastiques valent 125 miUious, dont le clergé touche les deux tiers, tous frais déduits; mais, en y comprenant les dimes inféodées, il faut évaluer le total à 200 millions. La loi civUe, depuis une série d'années, a établi en principe que les dimes agricoles devaient être successivement rachetées et transformées. L'Irlande paye pour environ 20 millions de dimes.

En Allemagne, il ne se lève plus de dimes depuis 1848, et le rachat s'en est opéré à divers taux. On sait qu'en France il n'y a pas eu de rachat et que les dimes ont été purement et simplement supprimées par l'Assemblée constituante, le 12 août 1789, à la charge, il est vrai , par l'État de fournir au culte un budget. Cette condition du contrat, mise en regard de l'abohtion des dimes et de la prise de possession ultérieure des biens de l'Eglise, sera évidemment rappelée par le clergé et ses défenseurs, toutes les fois que, pour mieux séparer l'ÉgHse de FÉtat , il sera proposé de supprimer à son tour le budget des cultes.

On a donné quelquefois le nom de dime à des impôts qui n'étaient pas affectés au service des égUses. Par exemple , au temps des Croisades, Philippe-Auguste établit une taxe qui, du nom du sultan Saladin, fut appelée «la dime saladine». La «dime royale» que Vauban proposa, en 1707, d'établir sur tout le royaume, était également un impôt civil général qui, sans doute, pouvait être critiqué comme ne répondant pas à l'idée d'une parfaite égalité de répartition, mais qui supprimait pourtant des inégalités et des injustices bien plus criantes.

Il n'y a aucun rapport entre la dîme et l'impôt du « dixième », puis du «vingtième » qui, au dix-huitième siècle, frappa le revenu en France. Paul Boiteau.

Comparez : Clergé, Impôt.

DIPLOMATIE. «C'est ainsi qu'on appelle Fensemble des connaissances et principes nécessaires pour bien conduire les affaires publiques entre les États » , dit Kliiber (DroU des ge?is). Cette définition, cependant, n'épuise pas le sens que Fusage allrlhue au mot diplo7natie. Kliiber n'avait en vue que la science du diplomate ; mais la pratique ou Fapplication de cette science — si science il y a — est également de la diplomatie.

La chose est ancienne , le nom est moderne. De tout temps des rapports ont existé entre les États; des hordes nomades, des tribus de sauvages elles-mêmes ne sont pas toujours disposées à s'attaquer et à s'exterminer dès qu'elles se rencontrent; de là la nécessité, pour chaque pays ou communauté , de confier à des mandataires le soin de représenter ses intérêts vis-àvis des autres États ou tribus. L'art des négociations peut être acquis dans une certaine mesure; mais Fhabileté supérieure du négociateur est un don naturel comme le talent du peintre ou du musicien. Tant que les rapports

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entre les États étaient relativement simples, et surtout quand ils étaient peu fréquents, on se borna à choisir, pour chaque cas, la personne qui paraissait particuhèrement apte à remplir la mission : à une époque où il n'y avait aucune tradition , il n'y avait aucun apprentissage à faire. Mais, à mesure que la civilisation étendit son domaine, que les États qui en reconnaissent les lois se multiplièrent, il s'établit, sinon un corps de doctrine , du moins un ensemble de règles et d'usages, en partie purement conventionnels , en partie fondés dans la nature des choses, qu'il était nécessaire de connaître et d'appliquer. On trouve des traces de ces règles dans l'antiquité et plus encore au moyen âge ; mais c'est dans les temps modernes qu'on les a réduites en un véritable système. C'est aussi dans les temps modernes que quelques pays ont imposé aux agents chargés des affaires internationales certaines études préparatoires, certaines connaissances, dont l'une, l'art de lire les diplômes (diplomatique) ou les documents authentiques , leur a fait donner le nom qui les désigne encore aujourd'hui.

La diplomatie, et nous comprenons ici la théorie et la pratique , a rendu de grands services : elle a contribué à adoucir les rapports internationaux et à diminuer les guerres. Les premiers négociateurs ont été, le plus souvent, d'une part, des vaincus qui venaient comme solliciteurs, et de l'autre, des vainqueurs souvent brutaux qui ne se croyaient obligés à aucun ménagement. Généralement , on ne devait plus se revoir; le respect humain, l'opinion publique et tant d'autres freins qui modèrent l'expression des passions violentes, n'existaient pas, ou n'exerçaient pas leur influence. Mais lorsque, notamment après la paix de Westphahe , l'usage des missions permanentes devint général , et que les tifulaircs de ces missions furent choisis , soit parmi les membres de la haute noblesse , soit parmi les personnes qui fréquentaient les cours, ils'élai)lit nécessairement des habitudes de courtoisie dont on aurait tort de déprécier la valeur et d'atténuer la portée.

L'un des résultats les plus immédiats de ces habitudes, ce fut, disions-nous, de diminuer les guerres. La facilité ofTerte au souverain d'un pays de pouvoir conférer aisément avec le représentant du gouvernement avec lequel il a une contestation, suffit pour aplanir bien des difficultés. Les maux de la guerre sont si grands qu'on aime généralement mieux s'entendre à l'amiable que de s'y exposer. D'ailleurs , plus les relations entre deux hommes deviennent étroites ou seulement fréquentes, plus ils éprouvent de répugnance à commettre des injustices l'un envers l'autre. Ce frein-là , sans doute n'est pas toujours assez fort; mais quelle qu'ait pu être son action avant la constitution de l'opinion publique, il n'y avait que le corps diplomatique qui pût inspirer une certaine retenue aux gouvernements dans leurs relations internationales. L'intervention de ce corps n'était pas motivée uniquement par la solidarité qui règne entre tous les États civilisés, solida-

rité assez étroite pour faire ressentir jusque dans les campagnes de France et d'Angleterre les efTets d'une guerre civile qui sévit sur les bords du Potomack ou du Mississipi; elle se fondait encore sur les principes de la morale éternelle et quelquefois même elle a pu se borner à invoquer des convenances sociales. C'est ainsi que le corps diplomatique, conduit par le représentant de la France à Lisbonne, M. Hyde de Neuville, empêcha, en 1 824, par une démarche commune, l'insurrection de don Miguel contre son père. Et ce n'est pas là le seul fait de cette nature que l'histoire ait enregistré; la diplomatie a atténué plus d'une fois la répression dans la guerre et adouci les persécutions religieuses.

La diplomatie a donc été un instrument de paix. D'où vient-il alors qu'elle est en si mauvais renom ? La diplomatie n'est-elle pas souvent prise comme synonyme de ruse et de dissimulation ? Un diplomate (à distinguer de l'agent diplomatique), n'est-ce pas , pour beaucoup de personnes, un homme fin , possédant le talent de «parler pour cacher sa pensée». Il fut un temps où ce sentiment défavorable était assez fondé. Mais ce n'était pas précisément la- faute de l'institution. On peut dire ici : Tel maître, tel serviteur. L'ambassadeur, le ministre plénipotentiaire ne sont que des mandataires , ils doivent exécuter les ordres de leur gouvernement et du souverain «leur auguste maître». Or, à l'époque où tous ces souverains étaient des monarques absolus et quelques-uns même des despotes dans l'acception la plus rigoureuse du mot, les idées d'honneur, de loyauté, de bonne foi, n'étaient pas aussi répandues que de nos jours, et la société n'élait pas aussi exigeante sur ce point qu'elle l'est actuellement. On comprend que des princes absolus et ambitieux aient donné à leurs mandataires des missions que la morale réprouve , et que ces agents aient dû employer, pour réussir, la ruse et le mensonge, l'intrigue et la cabale, et autres moyens qui soulèvent notre indignation. Poursuivant un but souvent peu avouable, et généralement par des procédés qui l'étaient moins encore, les diplomates durent aussi envelopper leurs actions dans le plus profond mystère , et leur qualité la plus prisée était celle de savoir parler sans rien dire.

Actuellement , l'agent diplomatique est plus que jamais le mandataire de son gouvernement, ,. mais le télégraphe et la rapidité des commu- -A nications l'ont presque entièrement privé d'ini- * tiative. Souvent sa tâche consiste à porter au ministre des afTaires étrangères du pays auprès duquel il est accrédité , la feuille de papier renfermant les idées de son supérieur et de lire cette feuille, en laissant ou en ne laissant pas copie (T'oy. Dépêche), selon les ordres qu'il reçoit. Et ce n'est même pas lui qui est chargé de transmettre la réponse. Ainsi l'ambassadeur français à Londres est chargé de faire une communication au chef du foreigfi office, et celui-ci répond an gouvernement français par l'organe de l'ambassadeur anglais à Paris. Avec des lâches comme celle-là, l'inllucnce de

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