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DISCIPLINE

est le plus interpellé dans sa conscience au nom d'une loi divine et transcendante, au nom d'une éternité de peines et de récompenses , est en même temps celui où il est le plus réglementé, le plus discipliné dans ses actes par une loi de tous les instants. Cela n'est pas bien surprenant et il n'y a là rien de trop : la condition qui demande à Thomme le plus de sacrifices, et comme une abdication de l'humanité, doit s'imposer à lui avec une hauteur, avec une profusion de commandements toute particulière.

En général, les corps font eux-mêmes leur police , leur discipline. Comme ils ont une loi particulière de répression, ils ont aussi leur juridiction particulière. De là les conseils académiques pour le corps enseignant , Tofficial qui siège à l'évêché, les conseils de discipline pour le barreau , la chambre des notaires et la chambre des avoués pour ces deux compagnies, et dans certains cas déterminés l'action disciplinaire de la magistrature sur elle-même.

Dans l'armée et dans une congrégation religieuse la discipline n'appartient pas aux corps, mais aux chefs qui sont la règle vivante. Les conseils de guerre n'ont rien de commun avec la discipUne : ils constituent une justice criminelle extraordinaire , à raison des personnes , et quelquefois à raison de la nature des délits.

Il est tout naturel qu'un corps soit le gardien, quelquefois l'unique gardien de ses règles, de ses traditions et de son honneur. On peut s'en fier à lui , sauf le cas où ce corps n'est pas hiérarchisé, où il se compose d'égaux, de compétiteurs dont les poursuites et les jugements peuvent être égarés par de mauvaises passions. C'est pourquoi au barreau et paraii les officiers ministériels, les sentences disciplinaires sont sujettes à révision et peuvent être frappées d'appel par-devant les tribunaux ordinaires. Il faut noter qu'ici n'a pas lieu la publicité qui est de droit dans les choses judiciaires; tout est particulier dans la disciphne des corps, la loi, le juge, l'opinion, laquelle n'a pas besoin d'être l'opinion publique.

La discipline est un supplément et un renfort du droit commun à l'égard de certaines classes de personnes qui ont des obhgations spéciales; mais elle ne dispense pas ces personnes du droit commun, pour toute infraction aux devoirs généraux de l'homme et du citoyen. Le prêtre lui-même est justiciable en pareil cas des tribunaux ordinaires. Il n'y a d'exception que pour le soldat qui a commis un crime ou un délit de droit commun, étant sous le drapeau. Ici le drapeau attribue juridiction aux conseils de guerre, lesquels d'ailleurs peuvent prononcer déjà au nom de la loi militaire toute espèce de peines, même la peine capitale. Cependant rien n'est plus douteux que le mérite de cette disposition, quand la victime du délit n'est pas mihfaire. Ici l'esprit de corps peut engendrer une indulgence déplacée, tandis qu'il est la garantie d'une justice rigoureuse, (Juand tout se passe dans les limites du corps.

La disciphne n'est pas toujours quelque chose d'aussi positif, d'aussi armé, pour ainsi

dire, que nous venons de le voir. La discipline peut être en certains cas de l'ordre purement moral, une autorité qui s'exerce par des voies tout intellectuelles. Il y a certainement quelque disciphne dans le fait des universités et des académies. Elles gouvernent les esprits jusqu'à un certatu point , celles-là par la méthode et l'inspiration de leur enseignement, celles-ci par la nature de leur choix et de leurs exemples.

Kous avons dit que la discipline était une loi particulière à l'usage de certains corps: cela ne veut pas dire que tous les corps aient une disciphne. Ainsi les ingénieurs n'en ont pas. Ils sont sujets à des devoirs et à des répressions comme fonctionnaires publics et non comme membres du corps auquel ils appartiennent. Il faut, pour donner naissance à la disciphne, une certaine communauté d'existence dont la caserne et le couvent ofTrent le type le plus parfait. Peut-être faudrait-il ajouter comme cause de discipline, le nombre. Ce n'est pas que les devoirs professionnels naissent uniquement de ces circonstances; mais où elle n'existe pas, à quoi bon créer une loi et une juridiction qui seraient sans lumière , sans police pour constater les cas répréhensibles ?

Plusieurs questions s'élèvent au sujet de la discipline.

1° Doit-elle être préventive ou répressive? La répression, où l'autorité n'intervient qu'au dernier moment, est ce qui plaît le mieux aux races douées du tempérament individuahste, à l'Anglo-Saxon par exemple. La prévention qui surveille l'homme à tous les moments , et oppose au méfait non-seulement la pénalité mais l'obstacle , est à l'usage des peuples qui ont le tempérament intellectuel et le sens philosophique , où le but professé n'est pas le développement individuel, mais la justice, la règle.

Il y a en Angleterre, tout près de Windsor, une maison d'éducation nommée Eton, où sont élevés les enfants des meilleures familles, dans des conditions dont les nôtres seraient fort étonnés. Naturellement, l'écolier a sa tâche, ses devoirs à faire comme chez nous. Mais nul emploi de son temps ne lui est imposé, nulle surveillance n'est exercée sur lui; il peut travailler ou se récréer, sortir ou rester comme bon lui semble, sans la moindre précaution contre les dangers , contre les pièges de la rivière et de la ville qui sont à deux pas. Seule- f ^ ment, si l'élève d'Elon n'a pas fait son devoir ;. ■ à l'heure dite , il est sévèrement puni. Voilà le ' ■ type d'une discipline purement répressive. Ces enfants ainsi confiés à eux-mêmes, où se cultive, pour toute éducation morale, le sentiment de la responsabihté, deviennent les hommes que l'on sait.

2° Les devoirs particuhers que sanctionne la discipline doivent-ils prévaloir, en cas de conflit , sur des devoirs généraux?

Point de difficulté à l'égard du prêtre ni même du conseiller légal : ils doivent garder la confidence qu'ils ont reçue, celle même de faits

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