Ibid., p
Il est juste de faire remarquer que la qualité d'esclave n'était pas une cause d'exclusion dans les élections religieuses. Ainsi l'acte le plus important de l'Église, la nomination de révoque, se faisant avec le concours du peuple chrétien tout entier, vint rétablir la véritable égalité humaine. Riches et pauvres , hommes hbres ou esclaves, tous au même titre devaient prendre part au vote qui désignait le nouvel élu à la consécration apostolique.
'«L'Église faisait ainsi passer le dogme de l'égalité devant Dieu dans l'application sociale, elle ennobUssait et sanctifiait même aux yeux des nouveaux chrétiens le travail des mains, dont les évêques donnaient les premiers l'exemple. Elle ne prêchait pas la haine des oisifs , mais elle honorait celui qui gagne sa vie par le travail de chaque jour. L'esclave chrétien redevenait donc un homme en dépit de la loi qui le déclarait une chose '. »
La situation intermédiaire que l'influence des idées chrétiennes créa entre la servitude et la liberté fit naître le colonat , qui fut un progrès immense pour les esclaves des campagnes. Le colon était un homme attaché au sol, mais non pas un citoyen. La loi protégeait sa dignité comme sa vie et sa famille; le magistrat seul pouvait le condamner à une peine corporelle. Tel sera le régime de transition au servage, que va subir la population des Gaules après l'invasion des peuples barbares.
Ainsi que cela avait eu heu en Italie, l'affranchissement des esclaves dans la Gaule avait placé toute la population atTranchie dans une situation embarrassée; les anciens esclaves, n'ayant plus ni abri ni pain, ne trouvaient plus le moyen de vivre. La misère qui en fut la suite amena une prostration générale qui aida puissamment l'invasion des Barbares.
C'est en cet état que les Francs trouvèrent le pays occupé par la colonie gallo-romaine. Les Francs, en important les mœurs de leur patrie, favorisèrent cependant les éléments de liberté qu'ils trouvaient dans le pays conquis. «Ils se divisaient en trois classes : 1" les Ahri- }7ians, hommes libres par excellence; 2° les hommes libres , de condition inférieure . exerçant les métiers, dont le plus grand nombre, sous le nom de lides , se mettaient dans la mainburnie des Ahrimans et leur rendaient des services domestiques qui n'avaient alors rien de dégradant ; 3° les esclaves, moins avilis quoique plus maltraités que les esclaves romains, et réservés pour les travaux manuels inférieurs et la culture de la terre. »
Le premier obstacle que présenta la société gallo-franque , ce fut ratraiblisscment des protections légales pour toutes les classes laborieuses, et parmi celles-ci les esclaves qui se trouvaient livrés dans un temps d'anarchie et de violence à l'arbitraire du propriétaire foncier plus riche ou plus puissant. Mais les changements apportés dans la situation du [)ays se confirmaient [lar la prédominance désormais incontestée des idées chrétiennes sur le travail et la dignité humaine. L'église favori-